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CHUTE DE PACHEK ET DE LEV

au milieu desquelles s'usaient leurs richesses et leurs forces et des défaites qu'elles avaient essuyées. C'était contre elles que s'était brisée jadis la puissance de Sigismond et, tout récemment, celle des Jagellons ; en ce moment même, Pachek de A'rat tenait en échec le roi. — Ici encore Ferdinand fut servi par les fautes de ses adversaires.

Les souffrances auxquelles le triomphe de l'absolutisme condamna la Bohême sont telles qu'on éprouve une involontaire sympathie pour tous ceux qui ont combattu la royauté, pour Pachek en particulier; il y a dans la vie de ce tribun qui, sorti de rien, était devenu, à force d'audace et de talent, le représentant des libertés municipales, et qui, sans autres armes que sa parole, arrêtait le souverain, quelque chose de prestigieux qui explique l'admiration de certains historiens. Malheureusement, un examen impartial des faits montre que le tribun avait mérité sa chute et que ses fautes ou ses crimes facilitèrent et justifièrent le triomphe de la monarchie. La liberté n'est durable que si elle est fondée sur la justice, et ce n'était pas la justice qui régnait à Prague avec Pachek; victorieux, il abusait de son triomphe sans scrupule comme sans pitié. — En n'admettant que sous bénéfice d'inventaire les accusations dont ses ennemis ont chargé sa mémoire, sans vouloir tenir pour prouvées les exactions dont on l'accuse, il n'en demeure pas moins qu'il avait chassé de la ville tous ceux qui lui étaient suspects et qu'il refusa toujours de leur permettre de revenir. Son pouvoir dans la cité ressemblait beaucoup moins à celui d'un bourgmestre qu'à celui d'un tyran dans les anciennes républiques grecques. Une véritable terreur pesait sur Prague : les expulsions et les confiscations se multipliaient, quelques personnes dénoncées comme hérétiques et dont le principal crime était sans doute de déplaire au parti dominant, furent envoyées au biacher. Kn même temps, Pachek bravait les lois du royaume et représentait, comme Lev, l'anarchie bien plus que la liberté. Abandonné par ses alliés nobles, il fut chassé du conseil de la cité, sollicita vainement l'autorisation de finir obscurément ses jours dans cette

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ville qu'il avait si longtemps gouvernée, et mourut en exil peu de temps après sa chute (i333 ').

Ferdinand, en même temps qu'il supprimait les diètes provinciales, avait ordonne que les assemblées communales ne seraient plus désormais réunies que de son consentement (i528)2 : il n'accorda son autorisation que dans des cas nettement déterminés '-\ — Les Conseillers, soustraits ainsi à la surveillance quotidienne du peuple, rappelés par le sous-chambellan au respect de l'autorité royale, n'opposèrent plus au souverain qu'une résistance timide et inquiète : l'âge héroïque de la bourgeoisie tchèque est passé, elle est dès lors à la remorque des autres Ordres, et on a quelque peine à reconnaître dans les chefs hésitants et apeurés des Villes les successeurs de ces fiers tribuns qui avaient tenu tête aux nobles et pour lesquels les bourgeois « avaient souvent plus de respect que pour le roi. » Ferdinand acheva de briser l'influence de Prague en séparant de nouveau la Vieille et la Nouvelle-Ville ; toute tentative de réunion serait à l'avenir punie de mort.

Après Pachek, ce fut le tour de Lev. Ferdinand connaissait ses intrigues avec les Bavarois ; dès qu'il fut assez siir du terrain, il accepta sa démission (février i53o) : depuis lors cet homme qui, pendant près d'un quart de siècle, avait dominé toute l'histoire de la Bohême, se perd dans l'oubli. La destitution de Lev, car il est impossible de voir autre chose dans cette démission acceptée, était légale, elle fut sans doute accueillie avec joie par les nombreux ennemis qu'il avait poussés à bout : elle n'en portait pas moins un coup grave aux institutions oligarchiques ; les hauts fonc-

1. C'est peut-êlrc dans ces dernières années qu'apparaissent le mieux ses qualités d'esprit, sinon de cœur. Dès i528, le roi avait séparé les deux villes de Prague et destitué Pachek: pendant deux ans, celui-ci balance encore l'autorité royale et réussit à empêcher le retour de Hlavsa. Ferdinand, très catholique, n'avait pas hésité à soutenir les exilés, suspects d'hérésie ; il s'agissait avant tout pour lui de faire reconnaître son pouvoir.

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