Gindely, Gesch. des dreissigjœhrigen Krieges, I, p. i
LE COMMERCE ET l'iNDUSTRIE SSj
Statistiques signalent de nouveau un recul rapide : les feux passent de cent trente et un mille en 1567 à cent cinquante mille en 1596, pour retomber en 161 5 à cent trente-trois mille.
L'agriculture est assez florissante. Datchitsk}', au moment même où il se lamente sur la misère générale, déclare que la Bohême est le grenier de l'Allemagne; mais, si l'agriculture nourrit un peuple, l'industrie et le commerce seuls l'enrichissent, et ni le commerce ni l'industrie n'ont repris l'activité qu'ils avaient au xiv« siècle.
La Bohême avait été au moyen âge un grand centre de production et de trafic. Les guerres hussites avaient interrompu les relations avec les peuples voisins, en même temps que l'expulsion de l'ancien patriciat allemand, les querelles civiques, les invasions étrangères et l'influence des doctrines ascétiques supprimaient ou ralentissaient le mouvement industriel. Le règne de Podiébrad avait été marqué par une reprise assez accentuée, bientôt arrêtée par la rupture avec le Saint-Siège, la guerre avec la Hongrie et les désordres qui remplissent Tépoque des Jagellons. Sous Ferdinand, les rapports plus étroits avec l'Empire et le rétablissement de la sécurité avaient de nouveau ramené quelque activité : malheureusement, sa bonne volonté n'était pas toujours très éclairée et les mesures qu'il édicta aboutirent souvent à des résultats opposés à ceux qu'il désirait.
La constitution politique d'un pays implique un ensemble de principes et d'idées qui régissent la vie tout entière : sans aller jusqu'à prétendre, comme certains historiens, que les seigneurs, par une sorte de jalousie instinctive contre la richesse mobilière, s'ingéniaient à entraver les échanges et à ralentir la production par des décrets restrictifs et une absurde réglementation, il était naturel que le triomphe des théories féodales se manifestât aussi dans les lois relatives à l'industrie et au commerce. C'est le moment d'ailleurs où se formule et se précise la doctrine de la protection. Les souverains, dont l'intérêt évident est de favoriser la bourgeoisie, n'ont pas en matière économique d'autre
388 LE COMMERCE ET l'iNDUSTRIE
opinion que les diètes, et le système introduit ou plus rigoureusement appliqué à cette époque dans le royaume ne diffère guère de celui qui est en vigueur dans le reste de l'Europe. Mais, pour être général, il n'en est pas moins funeste, et les effets en sont particulièrement fâcheux dans un pays cruellement éprouvé et grevé de très lourdes charges.
Les villes n'ont pas été vaincues par les seigneurs, mais elles ont été converties par eux, pour ainsi' dire; leur organisation est désormais tout oligarchique et l'administration municipale s'est concentrée peu à peu dans les mains de quelques familles qui ont écarté des affaires le reste des habitants. Ce patriciat bourgeois est animé visà-vis des ouvriers des mêmes sentiments que les nobles vis-à-vis des pa3^sans : les rangs se marquent plus nettement, les castes se ferment, la liberté disparaît, et avec elle l'esprit d'initiative et le goût du travail. Les corporations deviennent plus exclusives, et les faveurs et les droits sont réservés aux fils et aux veuves des anciens maîtres. Les ouvriers, suspects, sans avenir, ne pensent plus qu'à travailler le moins possible. L'habileté technique se perd. — La bière de Bohême conserve sa renommée; ajoutons-y encore les verreries, quelques draps et quelques toiles que fabriquent les districts du nord et du nord-est, — et voilà tout. Les habitudes de luxe auraient été un élément de prospérité, si la production nationale avait suffi aux demandes des consommateurs : elles deviennent une cause d'appauvrissement, parce qu'ils se fournissent exclusivement à l'étranger '. La gêne, créée par cette sorte de torpeur, provoque à son tour de nouvelles mesures de réglementation qui aug-
I. Véleslavin, dans sa Politique, signale cette exportation de l'argent : les sommes que l'on envoie à Venise pour acheter le jais qui s'y fabrique suffiraient à entretenir plusieurs milliers de soldats contre les Turcs, sans parler des étoffes de soie, brochées d'or et d'argent, des différentes boissons qui nous viennent des contrées lointaines et que nous payons à beaux deniers pour notre ruine. Cité par J. Jiretchek, (les habitudes des anciens Bohèmes,) Tchas. tch. M. 1864, p. 23. On trouve d'intéressants détails sur l'industrie et le commerce en Bohême dans Schlésinger, Gesch. liœlimens, p. 53o et sq. La question est loin encore pourtant d'avoir été complètement étudiée.
LE COMMERCE ET l'iNDUSTRIE BSq
mentent le malaise universel. Le dernier pas dans cette voie de tracasseries et d'abitraire est la fameuse ordonnance de Rodolphe en i6o5. Elle avait été longuement préparée, puisque la diète de 1697 avait nommé une commission pour l'étudier, et les huit années qu'elle y avait consacrées n'avaient pas été perdues. — En comparaison, les règlements de Colbertles plus minutieux sont libéraux. Pour remédier à la cherté dont tout le monde se lamentait, on n'avait pas imaginé de meilleur moyen que d'établir une sorte de maximum. Les tailleurs sont soumis à un tarif général qui comprend vingt numéros; celui des cordonniers en a trente -neuf. La surveillance est confiée à des employés spéciaux, et, pour empêcher toute infraction aux ordonnances, les diverses corporations sont chargées d'une sorte d'inspection mutuelle. Les boulangers doivent tenir la main à ce que les meuniers se conforment aux décrets, et les tanneurs sont surveillés par les cordonniers. Dans quels détails entre la loi, on s'en rendra compte en sachant que les fabricants de savon étaient obligés d'acheter la matière première pendant l'été, parce qu'à cette époque elle est à meilleur marché. Personne ne peut posséder plus d'une maison ou exercer plus d'un métier. Un maître ne fabriquera qu'un nombredéterminé de pièces de drap blanc, et sera contraint de fabriquer dix pièces de drap brun pour une de blanc. Quiconque viole le règlement, est chassé de la corporation et condamné au supplice de la corbeille, c'est-à-dire enfermé dans une sorte de panier et plongé une ou plusieurs fois dans l'eau. Cette variété de pilori s'est conservée jusqu'en 1787'.
« Les fonctions municipales et l'industrie, dit M. Chloumetsky, sont devenues une sorte d'assurance mutuelle en faveur d"un petit nombre de familles étroitement unies entre elles. Tout ce qui n'appartient pas à ce petit groupe est suspect, et on n'ose pas approcher de cette oligarchie bourgeoise