RELIG'ON ET POLITIQUE
dents de Prague et de Vienne dépend dans une large mesure à cette époque le triomphe de la réaction ou du Protestantisme dans l't^urope entière, de même que la victoire complète du Catholicisme en Autriche semble devoir du même coup livrer aux Habsbourgs la monarchie universelle.
Singulière complication des choses : Hus devenant un allié des Bourbons contre l'Autriche ; la liberté du Calice transformée en question de politique générale; l'insurrection, commencée parce qu'on conteste aux Protestants le droit de se bâtir des églises, aboutissant aux traités de Westphalie dans lesquels les cessions de territoire ont tant de place, et si peu les stipulations confessionnelles. — Et pourtant la révolution n'avait pas autant dévié de son point de départ qu'on est disposé à le supposer à première vue : à la fin comme au début, deux conceptions du monde sont en présence; en face des puissances qui représentent le moyen âge et la réunion de la chrétienté sous une même foi et une autorité commune, les insurgés défendent les idées modernes, l'indépendance de la pensée et l'affranchissement des nationalités. La défaite des Habsbourgs n'est en somme que le dernier acte de la dissolution du Saint-Empire romain germanique, et celle-ci était la suite nécessaire de la révolte de la conscience contre la tradition et l'Église.
L'inextricable confusion des revendications religieuses et politiques que signalent avec tant de complaisance les historiens de la guerre de Trente-Ans, ne saurait surprendre que ceux qui n'ont aucune idée de l'évolution du monde. Quelque violentes que soient les crises morales, elles ne suppriment pas plus les intérêts qu'elles ne rompent les traditions : la phraséologie des programmes seule varie. La Révolution française par exemple, comme le démontre avec tant de force M. Sorel, abstraite dans son principe et cosmopolite dans son action, n'a modifié ni les tendances ni les passions particulières des divers peuples qu'elle a affectés ; chacun d'eux l'a adaptée à sa propre nature. De