‹ Les premiers HabsbourgsChapitre 197 sur 248 · DD · texte numérisé non relu

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il ne partageait ni les rancunes des Tchèques qui voulaient écarter la dynastie des Habsbourgs, ni les désirs des Autrichiens ou des Hongrois qui demandaient une indépendance presque complète et n'admettaient qu'une union purement personnelle.

Beau rêve de conciliation et de concorde, qui n'avait qu'un tort, celui d'être irréalisable. Il y a une contradiction irréductible et essentielle entre les termes d'Église catholique et de tolérance, — et que l'on ne voie pas dans cette affirmation une accusation ; après plusieurs siècles de défaites, elle s'est inclinée devant la force, sans d'ailleurs abandonner aucun de ses droits; mais supposer qu'au xvi^ siècle, lancée à fond dans une voie de conquêtes, elle renoncerait à la domination du monde et partagerait avec l'erreur la conduite des âmes, l'utopie était manifeste. Elle voulait, elle devait reprendre le terrain perdu, et pour y arriver, elle ferait litière de tout ce qui lui barrait la route, hommes et choses! Certes entre Ziérotyn et Mathias de Thurn, aucune comparaison n'est possible, et cependant c'était Mathias qui avait raison contre Ziérotyn quand il soutenait que toute tentative pour réconcilier Ferdinand de Styrie et les Protestants, était impossible et absurde.

La vie a été dure pour Ziérotyn : apercevoir le but, seul, sans réussir à convaincre ceux même à côté desquels on combat, signaler l'abîme où va s'engloutir la patrie et ne recueillir pour fruit de son dévouement que des rebuffades et des soupçons, assister à la ruine de son parti, à la dispersion de son Église, à la destruction des libertés publiques, et enfin, mourir en exil! Quelle destinée fut plus amère ! Une douleur suprême du moins lui a été épargnée, il n'a jamais eu ni regret ni doute. Il n'avait jamais obéi qu'à sa conscience, et elle ne l'a jamais trahi. Quand, tout jeune,

uni à un dévouement profond à la dynastie et à l'Autriche ; c'est aussi la même foi. — Heureusement les circonstances ne sont plus les mêmes, et cependant qui sait si, avec un peu moins de loyalisme et plus d'imprudence, le grand patriote bohème contemporain n'eût pas lui aussi mieux servi sa

cause ?

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il était parti pour combattre dans l'armée de Henri IV, il avait vite pressenti le futur renégat et s'était détourné avec tristesse du roi-politique ; les admirables qualités de ce génie fait de prudence, de bonne humeur et de souplesse, lui étaient antipathiques ; il n'admettait pas que l'on biaisât avec la vérité ou que Ton discutât avec le devoir. Héritier de plusieurs générations d'austère vertu et de piété, élève d'un prêtre de l'Unité et plus tard formé à l'école de Théodore de Bèze, c'était avant tout un croyant, je dirais presque un sectaire, si ce mot n'impliquait une certaine dose de violence etd'àpreté. Il avait beaucoup voyagé, était en relations intimes avec la plupart des seigneurs étrangers, au courant de toutes les intrigues, mais son âme était d'un métal si pur qu'elle sortait de la fournaise sans avoir été mordue par la flamme. Très riche, vivant en grand seigneur, il croyait de son devoir d'accomplir sans omission les tâches que lui imposait sa naissance et de rendre témoignage à Dieu par toutes ses actions : aussi apportait-il dans la politique une application grave et triste, une prudence attentive et volontiers pessimiste, une conscience droite et un peu courte, une bonne volonté rigide et étroite. — Après tout, la vertu n'est jamais une complète duperie. Il est infiniment probable que la finesse la plus éveillée et la plus souple eût tout au plus retardé, et non détourné la catastrophe : ce qui importait peut-être le plus, c'était de ménager aux générations futures de nobles souvenirs où se réchauffât leur patriotisme. De Ziérotyn et de Ferdinand II, quel a été en définitive le vainqueur?

La naissance de Ziérotyn, l'étendue de ses domaines, ses illustres et nombreuses amitiés l'avaient désigné de très bonne heure à l'attention des chefs du parti protestant. Son éloquence, sa connaissance profonde du droit et des traditions nationales, son intrépide modération, le respect qu'il inspirait à tous, l'avaient bientôt investi d'une véritable dictature morale. Aussi, quand s'ouvrit la campagne catholique, les premiers coups furent pour lui. Il fut impliqué dans un absurde procès de haute trahison : on n'osa

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pas le condamner; mais, pendant plusieurs années, il fut contraint à d'humiliantes démarches, menacé dans sa fortune et son honneur. Chassé sous un prétexte frivole du Tribunal Suprême, il se retira dans ses terres; navré par la lâcheté de ses coreligionnaires, frappé au cœur par des épreuves domestiques répétées, il assista assez longtemps inactif aux progrès des ennemis de sa foi : peut-être se complaisaitil dans son impuissance; il n'était ni ambitieux ni vaniteux, remerciait le Seigneur qui lui épargnait le cruel devoir de se mettre à la tête d'une insurrection. Ses amis lui firent honte de ce repos trop facilement accepté; la voix du peuple, criant dans la détresse, lui parut la voix de Dieu : il se retrouva. « Nous sommes tous unis par un joug commun de servitude, écrivait-il à Tschernembl (9 décembre 1607), c'est une chaîne commune qui nous conduit tous en prison; le mal est trop grand pour que les secours ordinaires suffisent, Dieu seul nous donnera les moyens de nous sauver; ce salut est proche : quand les choses humaines paraissent aller le plus mal, l'aide de Dieu ne manque pas. Les ennemis dans leur méchanceté ont perdu toute honte, on nous met la corde au cou... La maladie est aiguë, il faut une médecine violente; un Moïse est nécessaire pour conduire les Israélites hors d'Egypte, car le cœur des Pharaons est sourd. Le bras de Dieu n'a jamais manqué : Abraham a chassé les Assyriens, Gédéon les Moabites, Cyrus a rendu leur liberté aux Juifs, et quelles n'ont pas été les victoires des glorieux Macchabées ! Maintenant, aucun moyen terme : toutes les prières, les négociations, les ambassades n'ont servi de rien, il ne nous reste qu'à vaincre ou à périr '. »

Les seigneurs moraves ne répondirent pas sur le champ à l'appel de Ziérotyn; mais l'inaction de Rodolphe, les progrès de Mathias, la défection d'une partie des Catholiques qui passèrent à l'insurrection avec un de leurs principaux chefs, Charles de Liechtenstein, triomphèrent de leurs scrupules ou de leurs craintes. L'armée impériale, commandée

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