LA MONARCHIE AUTRICHIENNE
Elle appartient, s'il est permis de parler ainsi, à la catégorie des êtres inférieurs, lents à se mouvoir, mais d'autant plus résistants, et que l'on coupe en tronçons sans que la vie disparaisse.
Cette conception de l'Autriche est classique: c'était celle de la vieille diplomatie française, et nos hommes d'Etat avaient assez d'intérêt à la bien connaître pour que leur opinion unanime ait grande chance d'être exacte. En général, d'ailleurs, en histoire les idées traditionnelles sont justes, et il y aurait une grave outrecuidance à s'inscrire en faux contre une théorie qui a pour elle de si nombreux défenseurs et que confirme l'observation des événements contemporains.— Peut-être cependant doit-il être permis de remarquer que l'on risque de fausser la vérité en la marquant trop nettement.
LesHabsbourgs, en même temps qu'ilsobtenaient les couronnes de saint Etienne et de saint Venceslas, devenaient les chefs du saint Empire romain germanique ; une branche de leur famille gouvernait l'Espagne et ces provinces de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin inférieur, que Louis XI n'avait pas réussi à enlever à l'héritier de Charles le Téméraire. Ils parurent ainsi sur le point de réaliser le rêve de domination universelle qui avait hanté tous les Empereurs. La liberté de l'Europe fut défendue contre eux par la France, que leurs possessions enserraient de tous les côtés, et la lutte des Habsbourgs et des Capétiens est restée le plus grand fait de l'histoire politique moderne. Les imaginations en furent fortement frappées; de là une tentation toute naturelle d'antithèse : on opposa les deux États, l'un né d'un effort lent et continu, dont l'unité a été déterminée par les conditions géographiques, et dont l'énergie ph3'siologique est d'autant plus forte que sa grandeur n'est que le résultat d'une évolution naturelle; l'autre, né brusquement, du hasard des événements, sans autre raison d'être que l'ambition heureuse d'une famille, à la merci de tous les accidents. — Le contraste est réel, il est frappant, mais il admet quelques nuances. Il n'est pas douteux ainsi qu'il existe un pa-