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LES SEIGNEURS ET LA ROYAUTÉ

prudente, ce qu'on attendait de lui. Aussi, lorsque le roi pria les Tchèques de voter des subsides pour la guerre contre les Turcs, ils refusèrent net : on n'aurait pas un denier tant que leurs vceux n'auraient pas reçu satisfaction. Ils se départirent un peu cependant de leur rigueur, accordèrent quelque argent, sur la promesse de Mathias qu'il convoquerait pour le commencement de l'année suivante une diète générale où seraient représentées les diverses parties de la monarchie et où serait enfin tranchée la question des quatre vœux. — Dans quel sens? Aucun doute n'était possible, à voir les dispositions des Etats. Ils constituaient un comité de défense qui siégerait à Prague et, en cas de besoin, lèverait une armée. L'avertissement était formel. Deux des principaux chefs de l'oligarchie, Colonna de Fels et Mathias de Thurn, remirent à l'Empereur une sorte de mémorandum qui était presque une déclaration de guerre et dont les protestations de lo3'alisme dissimulaient mal l'arrogance : il avait bien tort, lui disaient-ils, de se donner tant de peine pour la Trans3ivanie, elle était beaucoup trop éloignée pour être longtemps conservée, et tout était compromis dès qu'on s'éloignait « de la chère mère » le Danube ; mieux valait rester en repos que de réunir des troupes, l'expédition des mercenaires de Passau n'était pas oubliée, et toute algarade coûterait facilement à Mathias sa triple couronne.

Même après tant d'échecs, l'erreur serait grande de supposer que la royauté n'eût d'autre ressource que de contresigner sans débat les clauses d'un traité onéreux. Un pouvoir n'est vaincu sans espoir de revanche que lorsqu'un autre s'est substitué à lui et qu'une constitution nouvelle offre aux habitants des garanties suffisantes de sécurité et de prospérité; or, les nobles, un peu parce qu'ils n'étaient pas sûrs du lendemain et que le combat dans lequel ils étaient engagés absorbait leur attention, beaucoup parce qu'ils songeaient plus à leurs intérêts particuliers qu'au bien public et avaient moins l'intelligence que la passion du gouvernement, n'avaient pas organisé leur victoire; ils avaient annihilé la royauté, mais ne l'avaient pas

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