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paroles do Roudovets, et ajouta : Comme en réalité les Etats sont convaincus que les deux seigneurs ici-présents doivent être considérés comme les violateins de la Lettre de Majesté, ils les déclarent leurs ennemis et les ennemis de la république. Est-ce votre avis? demanda-t-il à ceux qui l'entouraient. — Oui, oui, répondit-on de tous côtés. Quel dommage que nous n'ayons pas aussi le Loiii^-, ajoutèrent quelques-uns; ils parlaient du Chancelier, qui était à Vienne avec Mathias.
Le sort était jeté; le grand burgrave et le grand prieur essa3'èrent de s'interposer, supplièrent les nobles de ne pas souiller leurs mains de sang, d'avoir pitié d'eux-mêmes et du ro3'aume. Slavata et Martinits s'attachaient à eux, leur demandaient de ne pas les abandonner, Martinits était le gendre de Sternberg qui, assez populaire, essayait de l'arracher à ses ennemis : on enleva de force Sternberg ainsi que Diepold de Lobkovits et on les entraîna hors de la salle.
Maintenant, ces deux brigands-là qui restent, il faut les jeter en prison, dit quelqu'un qui voulait peut-être les sauver. — Par la fenêtre, par la fenêtre, crièrent les autres. Guillaume de Lobkovits se glissa derrière Martinits et lui saisit les mains, pendant que Thurn prenait Slavata, et ils cherchèrent à les entraîner vers la fenêtre. Ils se défendaient, résistaient de leur mieux. Au moins un confesseur, suppliait Martinits. — Attends un peu que nous t'amenions tes vauriens de jésuites! lui répliqua-t-on. — Recommande ton âme à Dieu, disaient les autres. — Quelques nobles le tenaient à bras le corps : il était enveloppé de son manteau, l'épée au côté, la tête nue, on le jeta dans le fossé; c'était un saut de 28 toises. En tombant, on l'entendit crier : Jésus, Marie! — « Nobles seigneurs, voilà l'autre, » dit Thurn en leur passant Slavata. Slavata s'accrocha à la fenêtre ; on le frappa avec la poignée d'une épée, il lâcha prise et roula dans l'abîme.
Le secrétaire, Philippe Fabricius, qui avait assisté en tremblant à cette terrible scène, s'approcha alors du comte Schlick et implora sa protection. On voulut se venger sur
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lui de Michna qu'on n'avait pas pu atteindre et on l'envoya rejoindre ses maîtres. Il arriva de fort méchante humeur, et, se tournant vers Martinits : Qu'ai-jc donc fait à ces Messieurs pour qu'ils me jettent ainsi par la fenêtre? — Monsieur Fabrice, lui répondit Martinits, le moment est mal choisi pour discuter la question ou pour attendre la réponse des Protestants. Vous êtes le moins maltraité, levons-nous et tachons de porter secours à Slavata. — Par un hasard qui tenait du miracle, Martinits et le secrétaire n'avaient reçu dans leur chute que d'assez légères contusions; la situation de Slavata était plus grave. En tombant, il s'était blessé assez grièvement au rebord d'une fenêtre, puis avait roulé jusqu'au fond du fossé; il y gisait à demi évanoui, en grand danger d'être étouffé par le sang qui lui coulait par la bouche et par son manteau dont il ne parvenait pas à se débarrasser. Martinits se laissa glisser auprès de lui, lui fit respirer des sels, le ranima et l'exhorta à implorer la miséricorde de Dieu. Quelques seigneurs, en se penchant pour voir dans quel état se trouvaient les malheureux suppliciés, furent fort étonnés de voir qu'ils ne paraissaient pas en trop mauvaise posture. Ils appelèrent leurs serviteurs et leur ordonnèrent de tirer sur les gouverneurs. Plusieurs coups partirent, en effet, des fenêtres et des remparts, mais ne les atteignirent pas. Les domestiques du château accoururent en toute hâte, quelques amis se joignirent à eux et réussirent à les mettre à l'abri. Fabricius quitta aussitôt Prague et accourut à Vienne où il apporta des nouvelles détaillées de l'insurrection; il fut anobli et créé seigneur de la Haute-Chute; Martinits se sauva en Bavière ; Slavata, qui avait trouvé asile dans le palais de la femme du Chancelier, Polixène de Lobkovits, fut gardé dans une demi-captivité et réussit enfin à quitter la Bohême Tannée suivante.
Les Catholiques attribuèrent à un miracle le salut des gouverneurs ; une femme raconta qu'elle avait vu la Vierge Marie , revêtue d'un vêten^ient couleur de ciel, preudre Martinits et Slavata dans les plis de son manteau et les dé-
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poser doucement à terre. Les Protestants donnèrent une explication plus naturelle : les condamnes étaient tombes sur un tas de débris; depuis plusieurs années, disent-ils, on jetait dans le fossé les papiers de la chancellerie, et la chute des gouverneurs fut amortie par le monceau de fumier qui s'était entassé là. Slavata nie absolument le fait, ce qui n'est pas une preuve décisive, car sa inémoire est évidemment sujette à d'assez graves défaillances, et, dans le cas particulier, il avait certainement le droit d'être quelque peu troublé. D'ailleurs, peu importe : tous les fumiers du monde, remarque Skala lui-même, n'eussent servi de rien sans la volonté divine, car il arrive souvent que dans une simple chute un homme, en tombant de sa hauteur, se casse la jambe ou se brise la tête '.
Parmi les seigneurs et dans l'ensemble du parti protestant, plus d'un fut ému de ce présage : Dieu passait-il dans le camp des Catholiques? La majorité du pays n'éprouva à la nouvelle du crime du 23 mai que terreur et indignation. Certes ils ne méritaient aucune sympathie, ces sectaires qui, au mépris des lois et de la Constitution, n'avaient pas cessé de poursuivre de leur haine les dissidents et dont le fanatisme impitoyable ne reculait pas devant une guerre civile et la ruine de la patrie pour assurer le triomphe de l'Eglise. Profondément imbus des doctrines intransigeantes répandues par les Jésuites, ils n'avaient jamais sincèrement accepté le principe de la liberté religieuse, et l'égalité des confessions, telle qu'elle ressortait de la Lettre de Majesté, leur inspirait une superstitieuse horreur. Traîtres à leur pays, indignes des hautes charges qu'ils occupaient, pour rétablir la domination de l'Église romaine, tous les moyens leur étaient bons, et aucune mesure ne leur semblait ni périlleuse ni cruelle.
Mais quels que fussent leurs espoirs, les violences dont ils venaient d'être victimes n'en étaient pas moins criminelles. Les conjurés avaient beau invoquer pour leur défense les