POLITIQUE RELIGIEUSE DE FERDINAND 9I
gressistes apparaissaient dès lors comme des révolutionnaires, mais le roi ralliait à lui les timides, les modérés, et grossissait d'un appoint fort important la poignée de Catholiques qui, réduits à leurs seules forces, n'auraient pas été de taille à soutenir la lutte.
A la diète de lôSy, il indiqua très nettement la position qu'il comptait prendre : il y a beaucoup de désordres, ditil, dans les affaires de la religion ; beaucoup se donnent pour Utraquistes et ne sont en réalité pas plus utraquistes que catholiques, — et il demandait aux États d'observer lesCompactats comme il s'engageait à les faire respecter lui-même. La majorité de la diète accueillit avec une froideur marquée cette ouverture '. Que nous importent les Compactats? dirent quelques seigneurs; ce n'est pas sur eux que nous voulons nous régler, mais sur la parole de Dieu. Le projet que les Etats proposèrent au roi potir rétablir l'ordre dans l'Église tchèque, loin de préparer une réconciliation avec Rome, aurait laissé libre carrière à la propagande protestante. Ferdinand partit fort mécontent, mais la guerre avait recommencé avec Soliman, difficile et malheureuse, et pendant qu'il était absorbé par les affaires de Hongrie, les Luthériens poussèrent leur pointe.
Depuis plusieurs années, ils avaient nommé dans le Consistoire des prêtres favorables aux nouveautés. En 1541, ils choisirent pour administrateur le curé de Saint-Nicolas, Jean Mvstopol, dans l'énergie duquel ils avaient pleine confiance. C'était un nouveau Cahéra; imprudent et lâche, inconsistant et agité, sans conviction sincère et sans talent réel, il compromit sa cause par ses excès de zèle, la discrédita par son intolérance et la trahit au jour du danger. En attendant, instrument très souple, toujours prêt à prendre l'initiative des mesures que désiraient les seigneurs. En i543,
I. Gindely, Gesch. der bœhm. Brûder, I p. 241 et sq. Gp. la lettre célèbre de Ferdinand à Jaroslas de Pernstein : on l'accuse d'avoir violé les libertés religieuses du pays; c'est une calomnie, mais il y a des gens en Bohême et en Moravie qui ne croient ni à Dieu ni aux sacrements ni à la résurrection des morts. Il ne peut pas les tolérer dans ses Etats, pas plus qu'il ne tolère les erreurs des adeptes de Luther ou de Zwingle (Bucholtz, IV, 458).
92 MYSTOPOL
M3stopol réunit le clergé utraquiste et lui soumit diverses questions : la messe est-elle un sacrifice? Convient-il d'invoquer les saints? Sommes-nous sauvés par la foi ou par les œuvres? — L'ancien culte national gardait encore dans le clergé d'assez nombreux représentants; le parti conservateur était conduit par des chefs énergiques, l'abbé du couvent d'Emmaiis, le doyen de Kourzim, Bartochek, le curé de Saint-Gall surtout, Paul Bydzovsky, qui depuis plusieurs années poursuivait les hérétiques de ses dénonciations et qui avait même été suspendu de ses fonctions à cause de l'intempérance de son zèle '; ils comptaient sur l'appui du roi, très mécontent de cette convocation du clergé dont il n'avait même pas été averti. Un reste de respect pour le passé, Tespèce de brutalité aussi avec laquelle les questions avaient été posées, arrêtaient la majorité. Elle déclara que la messe n'était pas un sacrifice, mais sur les deux autres points, bien que les Luthériens fussent visiblement les plus nombreux, elle hésitait. Mystopol appela à son aide les laïques. On écarta les questions de dogme, mais on vota la suppression des cérémonies d'institution humaine, — la messe, les processions, l'exposition du Saint-Sacrement» les prières pour les morts, l'invocation des Saints, etc.
Le roi refusa d'approuver les résolutions de l'assemblée; lorsqu'on les lui présenta il se contenta d'envoyer en réponse une copie des Compactais. — Mystopol résolut de ne pas célébrer la procession habituelle de la fête de Hus. Le roi ordonnerait-il une cérémonie que condamnait l'Eglise? et s'il n'intervenait pas, la brèche était ouverte. Ferdinand vit le piège : il se souciait peu du concile de Constance, beaucoup de ses propres droits ; Mystopol, obligé de conduire la procession, soulagea sa colère dans une déclamation virulente : il fut cité devant le roi en compagnie d'un de ses séides, Venceslas Mitmanek. — C'était aussi un agité, qui avait vu bien des pays et traversé bien des confessions. Il avait quitté l'Unité pour le Protestantisme, heureux,