‹ Les premiers imprimeurs de Saint-LoChapitre 11 sur 11 · M. D. LXXXIX · texte numérisé non relu

M. D. LXXXIX

(i) Caroli Paschalii régit in Normaniae senatv consiliariichristianarvm precvm lihri dvo. Ex iypographia (acohi le Bas, Typograpki Regii, 1592. Cvm privilegio'.^ei. ïn-S^ de i fT. préliminaires non chiffrés «t St08 p. chiffrées. C est un livre de prières catholiques.

(2^ Pet. in-S*» de 27 p.

Sur le titre de ce charmant volume, très élégamment imprimé, se trouve la marque à la vigne, avec l'inscription en italique, telle que Pavaient disposée Thomas Boucnard et Jacques Le Bas sur l'édition des Pseaumes de David de 1565, c'est-à-dire à gauche : Quelle chose ay-ie deu faire à ma vigne ; et à droite : que ie ne luy aye faicte ? es a. v (1).

Qu'était devenu Thomas Bouchard ? Peut-on l'identifier avec un certain Thomas Bouchard « de Landalles en Normandie » (2), reçu habitant de Genève, en septembre 1559, ou avec un Bouchard, dont le prénom est inconnu, qui, deux mois après la Saint-Barthélémy, figurait çarmi les réfugiés normands arrivés à Londres ? On ne peut rien dire de positif à cet égard.

L'art typographique n'eut plus de représentants à Saint-Lo après le départ de Jacques Le Bas. Cependant M. Ed. Lepingard, président de la Société d'Archéologie du département de la Manche, a retrouvé, dans un acte passé devant les tabellions de Saint-Lo mention de « l'imprymerie appartenant à honeste home Pierres Quesnot, laquelle faict butz et costez » à diverses propriétés et à la « rue des Menueres (aujourd'hui rue des Mennuyers), proche le jardin Tiphene » . Comme, dans cet acte, Pierre Quesnot, n'est point qualifié d'imprimeur, comme on ne connaît aucun livre sorti d'un atelier portant son nom, il est bien probable que ce particulier était simplement le propriétaire de l'immeuble dans lequel Thomas Bouchard et Jacques Le Bas avaient exercé leur industrie.

Il faut attendre la seconde moitié du xvii® siècle pour revoir des imprimeries à Saint-Lo.

Jean Pien s'y établit comme libraire et imprimeur vers 1656. Il se servait de caractères usés, achetés d'occasion, et ses productions sont fort médiocres; mais elles sont en général intéressantes au point de vue historique et littéraire. M. Claudin en a énuméré quelques-unes, dues notamment à Jacques de Caillières et à Les Isles le Bas, « escrivain », auteur de méchantes pièces de théâtre.

(i) Ësa pour Esaxas, nom donné dans la Vulgate au prophète Isaïe. (3) Aujourd'hui Landelles-et-Coupigny, arr. de Vire (Calvados).

On connaît surtout Y Vrbs San Lavdvs, panégyrique en vers latins de la ville de Saint-Lo, par Guillaume Ybert, prêtre, professeur d'humanités et principal du collège, publié en 1668, et réimprimé à Baveux, en 1840, avec une traduction de Victor-Évremont Pillet^

Quoique ayant le titre d'imprimeur et de libraire de la ville et du collège, quoique protégé par la municipalité qui, pour l'empêcher d'aller se fixer ailleurs, le logeait avec son atelier dans l'Hôtel-de- Ville et l'exemptait de contributions, Jean Pien ne vit pas la fortune lui sourire. Il mourut pauvre en 1670 et sa veuve lui succéda. On ne connait qu'un seul ouvrage imprima par elle, le Carmen céréale, autre poème de Guillaume Ybert (1 ) .

Pendant les cinquante années qui suivirent, Timprimerie végéta à Saint-Lo et ne produisit rien de bien intéressant. Elle y fut supprimée par des arrêts du Conseil d'État, le 31 mars 1739, puis le 12 mai 1759, tout en étant tolérée plus ou moins et en continuant à donner quelques rares publications sans importance.

Après la Révolution, P.-F. Gomont s'établit à Saint-Lo et s'intitula « imprimeur national », puis vinrent J. Marais et Agnès, précédemment fixé à Goutances.

Enfin il convient de constater que, de nos jours, l'art typographique a compté à Saint-Lo d'habiles représentants en MM. Élie et en M. F. Le Tuai, leur honorable successeur.

Emile Travers .

P. S. — Au moment où cet article était sous presse, M. Glaudin a bien voulu m'envoyer une nouvelle brochure dans laquelle sont étudiées les premières impressions de La Réole, impressions qui datent de 1517 et sont dues à un Coutançais (1). Celui-ci, Jean Le More, dit Maurus, après avoir professé la grammaire dans divers collèges de la province de Guyenne, établit à La Réole une presse pour imprimer ses élucubrations ainsi que des documents émanant de l'autorité épiscopale.

(1) V. Frère, Manuel du Bibliographe normand, t. ii, p. 021.

Le premier livre, publié par Maurus et ayant une date certaine, est le Joannis Mauri Constantiani in Com[m]entarios Compositionu[m] ac deriuationu[m] Lingue latine ad Mica[n]tiS' simu[m] Spectateqz nobilitatis Viru[m] D. Joanne[m] de Hautcourt Radi(j^n]tissimu[rn\ Juris vtriusqz doctore[m] BurdeQaleu[m]qz Senatorem ; ij^et in. 4°goth., de 4 ff- prélim. non chifTrés et de 52 ff. chiffrés, à la fin duquel on lit : Finis Co7hpositionu[m] ac Deriuationu[rn] Lingue Latine Reole impressarum Jn edibus Joannis Mauri Constantiani. Anna d\o7ni]hi. Millesimo. quingentesimo , XVIJ. XV, Junii, Cet olûvrage, dont on ne connaît qu'un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque publique de Bordeaux, est, d'après M. Glaudin, « une espèce de vocabubaire grammatical des mots composés et des dérivés de la langue latine, mis en ordre et rédigé par l'im-

Srimeur lui-même à Tusage de la jeunesse qu'il était chargé 'instruire ».

La vie et les ouvrages de Jean Le More, qui professa avec un talent incontestable à La Réole, à Lectoure et à Montauban, étaient peu connus jusqu'ici, car son nom a été omis par presque tous les recueils biographiques. Les détails précis donnés par M. Glaudin viennent donc très utilement combler une lacune ; d'aubes renseignements encore plus complets seront bientôt fourftl^par M. E. Forestié, dans une histoire de l'imprimerie à Montauban, et par M. Paul Bonnefon, de la bibliothèque de l'Arsenal, qui se propose d'étudier l'auteur coutançais comme linguiste.

On saura gré à ces érudits d'avoir remis en lumière l'intéressante figure d'un de nos compatriotes qui, ainsi que le constate M. Glaudin, « n'était pas un simple artisan, mais un lettré, un travailleur opiniâtre, un savantqui s'était voué à l'instruction de la jeunesse, un homme de valeur enfin, dont la mémoire méritait d'être tirée de l'oubli ».

(1) Les Origines de l'imprimerie à la Réole en Guyenne (4 $4 7). Recherches sur la vie et les travaux de Jean Le More, dit Maurus, de CoutanceSt imprimeur et professeur de grammaire (1507-1550), par A. Glaudin; Paris, librairie A. Glaudin, 1894, gr. in S*» de 39 p., avec des fac simile dans le texte. (Extrait de la Revue catholique de Bordeaux; tiré à cent exemplaires non mis dans le commerce).

RETURN TO the circulation desk of any Unlversity of California Lîbrary or to the NORTHERN REGIONAL LIBRARY FACILITY Bldg,400. Richmond Fîeld Station University of California Rtchmond, CA 94804-4698

Page 1