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LE DOSSIER ULTRA-SECRET

J'arrive au dernier chapitre de mon étude sur l'afiaire Dreyfus au moment même où la procédure de revision vient d'être ouverte.

Un pas décisif a été accompli : mais la bataille n'est point terminée. Le parti des faussaires essaiera de troubler l'opinion par des mensonges.

Déjà il faut au général Zurlinden une singulière impudence pour oser dire, en se retirant, que le dossier contient la preuve de la culpabilité de Dreyfus. Par quel miracle alors, toutes les fois qu'au lieu d'affirmer ainsi sans t)reuves les ministres ont essayé de prouver, n'ontils pu invoquer que des pièces fausses comme la lettre fabriquée par Henry ou des pièces qui, comme le bordereau, sont d'Esterhazy f

Les grands chefs ne se résignent pas à leur défaite : mais qu'ils prennent garde Plus ils s'obstineront, plus ils compromettront la haute armée.

Boisdeffre, pour s'être porté garant d'une pièce fausse, a dû démissionner. Le général Zurlinden, qui se porte garant, après la mésaventure de Cavaignac, d'un dossier inepte et taux, devra démissionner à son tour, quand la pleine lumière sera faite par un débat public.

En attendant, ce que nous savons du dossier ultra-secret suffit à démontrer au peuple à quelles inventions ineptes les césariens et les cléricaux recourent pour le berner. Il ne faut pas laisser tomber dans l'oubli l'histoire pro-

digieuse que Rochefort a osé raconter à ses lecteurs. Peut-être espère-t-il que ceux-ci, ahuris par son incohérence, ont perdu la mémoire du roman inepte qu'il leur a servi. Mais l'heure est venue où ce mépriseur du peuple qui a traité le prolétariat en vieille dupe imbécile, doit rendre ses comptes.

Donc, au moment où furent produites des accusations précises contre Esterhazy, Rochefort, essayant de sauver le délicieux uhlan partons les moyens, imagina la diversion que voici. Le 15 décembre 1897, V Intransigeant , sous le titre : « La vérité sur le traître », publiait l'article suivant :

Dreyfus et Guillaume II

Dreyfus était exaspéré depuis long-temps de la campagne antisémite menée par plusieurs journaux.

Très ambitieux il se disait que juif, il ne pourrait jamais atteindre aux sommets de la hiérarchie qu'il rêvait.

Et il pensait que, dans ces conditions, il serait préférable pour lui de reconnaître comme définitifs les résultats de la guerre de 1870, d"aUer habiter l'Alsace où il avait des intérêts et d'adopter enfin la nationalité allemande.

C'est alors qu'il songea à donner sa démission, à quitter l'armée.

Mais auparavant , il écrivit directement à lempereur d'Allemagne, afin de lui faire part de ses sympathies, pour sa personne et pour la nation dont il est le chef, et lui demander s'il consentirait à lui permettre d'entrer avec son grade dans l'armée allemande.

Guillaume II fit savoir au capitaine Dreyfus, par l'entremise de l'ambassade, qu'il était préférable qu'il servît le pays allemand, sa vraie patrie, dans le poste que les circonstances

lui avaient assig-né, et qu'il serait considéré h V Etat-Major allemand comme un officier en mission en France.

La promesse lui fut faite, eu outre, qu'eu cas de guerre il prendrait immédiatement rang- dans l'armée allemande.

Dreyfus accepta ces conditions et la trahison commença : elle dura jusqu'au jour où le traître fat arrêté.

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