LA CIVILISATION MEURTRIERE
ter d'amélioration immédiate. Ainsi chez les Oulong»es, visités par Dali, sur une population mixte de 2.4^0 individus, la mortalité est de i3o pour une nativité de loo. Les Aléoutes sont peu fécondes. On s'accorde à dire que la race entière des Esquimaux <J<^'périt rapidement, sauf peut-être dans les districts ê^roenlandais, sur lesquels le Danemark veille avec ^ne sollicitude paternelle.
Sur les Inoïts fait ravage la consomption, qui lue à elle seule plus d'individus que toutes les autres ïnaladies ; et ce terrible fléau, jusqu'alors inconnu, c'est la civilisation qui l'apporta (i). Tout à côté, les Peaux-Rouges sont détruits par la petite vérole, triste cadeau des Visages Pâles.
Pourquoi cette action funeste du civilisé sur le sauvage ? — D'autres apprécieront les causes physiologiques ; examinons quelques-unes des causes morales qui amènent ce résultat.
Pris pour des dieux, forts du prestige qui entoure le civilisé, tout grossier et ignorant qu'il soit, les Russes n'eurent qu'à se montrer pour s'emparer de tout un archipel et réduire toute sa population en servitude.
— L'Aléout était donc lAche et indigne de la liberté ?
— Non pas. Écoutez le témoignage que donne h sa race un des hommes qui la connaissent le mieux :
« Les Inoïts sont des Inoïts, Inoïts ils resteront. L'indépendance est le traitessentielde leur caractère ; ils ne supportent jamais la contrainte, quels enga-
Kouskokolm, du Youkon, du Héring septentrional et de la côte arctique.
(i)llall.
144 LES INOÏTS OCCIDENTAUX.
gements qu'ils aient pris ou qu'on leur ait fait prendre. Nés libres, sur une terre sauvage, ils veulent aller et venir à leur guise, jamais ils ne se laisseront mener à la baguette (i). »
— Les Aléouts, cependant, se sont laissé mener à la baguette?...
— A la baguette cela mérite explication. Les
Russes eussent volontiers joué du knout et de la plète nationale sur ces fantasques insulaires, qui se laissaient tuer presque avec indifférence, et qui, sans mot dire, allaient se suicider pour un coup de bâton. C'est parce que les Russes prétendaient les mener ^i la baguette que les Aléouts meurent ou sont morts. La vie sans liberté ne leur offrant aucun charme, ils pensèrent s'enfuir dans l'autre monde, pour échapper aux tâcherons et aux exacleurs. Ils avaient commencé par se donner sans réserve, mais n'avaient pas pensé que ce serait pour être fouettés. Dociles et disciplinables à un rare degré, ils avaient accepté la direction d'hommes dont ils s'exagéraient la supériorité, et qu'ils prenaient pour des frères aînés. Que n'eussent accompli des hommes intelligents et bons avec ces volontés qui s'offraient de si bonne grâce ? Mais quoi ! des âmes et des cœurs ? Les flibustiers ne demandaient que liuile et saindoux, que peaux de martre et de renard (2).
Généralisons la question :
Dans les luttes pour lexislence, à travers lesquelles l'humanité se fraye un chemin sanglant, les vertus passives sont égorgées par les vices agressifs. Et, sans agiter la question vice et vertu, on a vu par-
(1) HaU.
(a) Voir Sproat, Rink el Baslian qui déveioppenl la même idée.