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ARRIVÉE DES CIVILISATEURS. i3â
par bandes, des aventuriers toujours plus nombreux se mirent à la tête des indigènes inofPensifs, et bientôt les traitèrent en esclaves.
En i 764, le gouvernement russe concéda l'exploitation de l'archipel à une compagnie dite « Sibéro- Américaine », dont le sièfite administratif et politique devait être à Pétersbourg, et le comptoir principal à Irkoutsk. Conçue sur le modèle de la Compagnie des Indes, elle se proposait de conquérir les Kouriles et TArchipel Aléoute, prendre pied sur le continent américain, du 54^ degré nord & la Mer glaciale, comptait se faufiler au Japon, y faire merveilles. On lui concédait le droit d'enrôler des soldats, de construire des forts, d'arborer pavillon. Le tout, à charge de prélever au profit de la Couronne 10 p. i 00 sur ses bénéfices nets, sans préjudice d'un tribut en pelleteries que paieraient les naturels : « Dans le cuir d'autrui, large courroie! »
Les civilisateurs arrivaient avec canons, mitraille et proclamations magnifiques. Ils apportaient l'abondance, disaient-ils ; ils apportaient les arls et l'industrie de l'Occident; ils apportaient les félicités éternelles que dispense la religion orthodoxe; ils apportaient des haches, des couteaux, du fer, de l'acier, du bois, des couvertures, plusieurs choses utiles, d'autres que la nouveauté faisait paraître admirables; ils apportaient surtout du tabac, et la merveilleuse, l'effrayante eau-de-vie, pour laquelle tout sauvage donne son âme. Ils passaient pour des êtres divins, et leur empereur pour le Dieu du monde *. Vu les bienfaits que conférait leur seule présence, ils ne pouvaient pas moins faire que de s'adjuger le territoire, im-