DÉPOPULATION
lira 2,500,000 peaux d'ours marins, pendant les trente années qui suivirent la découverte *. On tua tant, que certaine année', environ 800,000 peaux étaient entassées dans les magasins, et comme on n'en avait pas l'écoulement, on en brûla la majeure partie. L'exploitation atteignit son terme logique : la ruine. Ce pillage finit par coûter au delà de ce qu'il rapportait; « l'affaire ne payait plus »,et en 1867, l'on vendit l'Âléoutie aux États-Unis, avec ce qu'elle ct>ntenait encore d'Aléouts.
Que feront les Américains de ce nouveau territoire dont ils ont maintenant la responsabilité? Gomment traiterontils les indigènes? — A la façon des Peaux-Rouges, probablement. Youdraient-ils ressusciter l'infortunée peuplade, ils ne pourraient : el^e agonise déjà. Mais s'ils veulent adoucir sa fin, qu'ils se hâtent.
Affamée, fatiguée, surmenée, la population a pris l'existence en dégoût. Pourquoi se donner des enfants qu'on serait incapable de nourrir? Pourquoi augmenter le nombre des malheureux? Quand abondèrent les civilisés, escortés de leurs bienfaits , les Aléouts nombraient cent mille, s'il faut en croire les premiers trafiquants, mais le chiffre nous parait très exagéré. L'évaluation, peut-être encore trop forte, donnée par Chélikpf en {7Qii^ portait cinquante mille âmes, don^ le père Joasa|vti se vantait d'avoir converti tout un quart. En 1860, les registres paroissiaux n'accusaient plus que dix mille individus, et, dans ce total, comprenant les Russes et les métis, les Aléouts proprement dits n'entraient que pour deux mille ^environ *, Le
3. Le recensement américain opéré en 1880 sur le territoire d'Alaska, par M. Petrof, indique 2,214 Aléouts, et 16,903 InoTts, éparpillés dans
HO LES INOÏTS OCCID'ENTAUX.
chaD^ement de suzeraineté n'a point apporté, ne pouvait apporter d'amélioTation immédiate. Ainsi chez les Oulo'ngués, visités par Dali, sur une population mjxte de 2,450 individus, la mortalité est de 130 pour une nativité de 100, Les Aléoutes sont peu fécondes. On s'accorde à dire que la race entière des Esquimaux dépérit rapidement, sauf peut-être dans les districts groénlandais, sur lesquels le Danemark veille avec une sollicitude paternelle. . "
Sur les Inoïts fait ravage la consomption, qui tue à elle seule plus d'individus que toutes les autres maladies; et ■ce terrible fléau, jusqu'alors inconnu, c'est la civilisation qui l'apporta ^. Tout à côté, les Peaux-Rouges sont détruits par la petite vérole, triste cadeau des Visages Pâles. ; Pourquoi cette action funesie du civilisé sur le sauvage? — D'autres apprécieront les causes physiologiques; examinons quelques-unes des causes morales qui amènent ce résultat.
Pris pour des dieux, forts du prestige qui entoure le civilisé, tout grossier et ignorant qu'il soit, les Russes p'eurent qu'à se montrer pour s'emparer de tout un archipel et réduire toute sa population en servitude,
— L'Aléout était donc lâche et indigne de la liberté ? — Non pas. Écoutez le témoignage que donne à sa race un des hommes qui la connaissent le mieux :
« Les Inoïts ^oot des Jnoïts, Inoïts ils resteront. L'indépendance est le trait essentiel de leur caractère; ils ne supportent jamais la contrainte, quels engagements qu'ils aient pris ou qu'on leur ait fait prendre. Nés libres, sur
les districts du Kadiak, de la Baie de Bristol, du Kouskokolm, 'du Youkon, du Bering septentrional fet de la côté arctique. • 1. Hall. •' ,-•' 1 ■".;■'■••. ■\ •■ •
LA CIVILISATION MEURtttIÈRE. i4l
une terre sauvage, ils veulent aller et venir à leur guise^ jamais ils ne se laisseront mener à la baguette *. » .;
. — Les Aléouts, cependant, se sont laissé , mener à la baguette ?... -
— A la baguette.... cela mérite explication. Les Russes eussent volontiers joué du knout et de la plète nationale sur tes fantasques insulaires, qui se laissaient tuer presque aveè indifférence, et qui, sans mot dire, allaieht;sè suicider pour tm coup de bâton. C'est parce que lés Russes prétendaient les mener à la baguette que les Aléouts lïieu* rent ou sont morts. La vie sans liberté ne leur offrant aucun charme, ils pensèrent s'enfuir dans l'autre mohde, pour échapper aux tâcherons et aux exaçteurs. Ils avaient commieûcé par se donner sans réserve, mais n'avaient pas pensé que ce serait pour être fouettés. Dociles et disciplinables à un rare degré, ils avaient accepté la direction d'hommes dont ils s'exagéraient la supériorité, et qu'ils prenaient pour des frères aînés. Que n'eussent accompli des hommes intelligents et bons avec ces volontés qui s'oflraient de si bonne grâce ! Mais quoi ! des âmes et des cœurs ? Les flibustiers ne demandaient que Jiuile et saindoux, que peaux de martre et de renard*.
Généralisons la question : ' j >
Dans les luttes pour l'existence, à travers lesquelles l'hutnanité se fraye un chemin sanglâat, les. vertus passives sont égorgées par les vices agféàsifs. Et sans agitét la question vice iet vertu, on à.vu partout, au contact des hlancs, se détraquer les systèmes politiques et sociaux,