‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 123 sur 264 · LANGUE IMPARFAITE · texte numérisé non relu

LANGUE IMPARFAITE

loppée chez nous. Voyez donc rembarras d'un honnête apôtre exposant la doctrine de la Résurrection, dans une langue où Tidée d'âme n'a d'autre équivalent que le mot « boyau » ! Pour faire comprendre à ces sauvages qu'ils possèdent une a àme immortelle », il était obligé d'expliquer qu'ils ont dans le ventre une « tripe qui ne pourrit pas ». — 11 les faisait compter jusqu'à dix, mais ne pou- .vait leur inculquer le dogme de la Trinité. Comment les révérends pères auraient-ils traduit, dans une langue où le verbe être n'existe pas, la célèbre définition de l'Éternel Jéhovah: « Je sui§ Celui qui suis »?

Les Peaux-Rouges ne parient que fort peu, et moins que tous autres les Apaches, qui préfèrent s'exprimer par gestes. On en a observé qui, accroupis autour du feu, entretenaient une longue conversation dans laquelle ils ne faisaient que remuer les lèvres*; méthode que nous venons d'adopter pour l'enseignement des sourds-muets. La langue apache abonde en sons nasaux et gutturaux, en claquements de langue^, que les étrangers ne parviennent pas toujours à imiter; l'idiome est décidément désa- .gréable, et cependant les Mohaves, voisins immédiats, ont un parler doux et sonore, harmonieux autant que l'italien ou le japonais^. — Notons en passant l'absence de toute salutation, de toute formule de bienvenue ou d'adieu*.

Puisque la moralité, au moins dans ses lignes générales, se mesure au développement de l'intelligence, on ne s'étonnera pas de la trouver réduite ici à ses rudiments. Ces

Page 1