‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 129 sur 264 · CHASSEURS INVÉTÉRÉS · texte numérisé non relu

CHASSEURS INVÉTÉRÉS

gneur Bœuf, haut en cornes, avec sa corpulente compagne, et la nombreuse famille de veaux et de velles. Ensuite le Loup, la Louve et les louveteaux, le Renard, la Renarde et les renardins... on voit la kyrielle qui suit — la marche est fermée par un chameau de bosse majestueuse.

Nous avons parlé des Apaches comme d'un peuple toujours existant, toujours agissant; en réalité, il ne compte plus. Tant qu'ils n'étaient que des sauvages au milieu d'autres sauvages, leur population se maintenait telle quelle, malgré la faible fécondité des femmes, malgré les hasards des combats; mais quand du haut de leurs montagnes, ils distinguèrent à l'horizon le panache des locomotives, leur arrêt de mort fut prononcé. Pressée de jouir, dévorée de désirs, s'inventant des besoins, notre civilisation extirpe les peuplades envahies, parce qu'elles ne peuvent se plier, instantanément, à la transformation qui lui a coûté une vingtaine de siècles. Or, les peuples chasseurs, tels que les Peaux-Rouges, se montrent récalcitrants à notre culture. Non qu'ils soient inintelligents, mais leur intelligence s'enferme de parti pris dans une spécialité. Né chasseur, l'Apache mourra chasseur. De plus, il est nomade, et, comme dit la sagesse des nations : pierre qui roule n'amasse point de mousse. Tant que le corps n'a pas sa demeure fixe, l'esprit difficilement trouvera son assiette , difficilement s'habituera aux longues réflexions, aux patientes études qui arrachent à la nature ses secrets. Sans y mettre la moindre sévérité, et sans tenir à le c< ravaler plusjbas que la brute », on peut douter que

rintelligence de TApache soit vraiment supérieure à celle du castor, ou même égale à celle des fourmis qui savent récolter des grains, qui savent en semer, nous dit-on. — A un de ces centaures, on demandait pourquoi il ne plantait pas du maïs, pour se garantir des méchances de la chasse, ainsi que le font, depuis temps immémorial, les Pueblos qu'il connaissait bien. — «Planter du maïs? Pour que les camarades mangent la récolte sur pied, avant qu'elle n'ait mûri*?»

Ils ne savent pas, ils ne veulent pas cultiver, mais ils pillent ceux qui cultivent, crime irrémissible. Les farmers sont mécontents que le gouvernement de Washington préconise — officiellement — une politique humaine ; qu'il cantonne les Apaches dans une partie du territoire qui jadis leur appartenait en entier, et qu'il leur paye une annuité de quinze cent mille francs, au grand profit des commissaires, lis trouvent qu'elles étaient plus viriles et plus décidées, les mesures du gouverneur mexicain de Chihuahua, qui avait mis les scalps des pillards à prix : 500 francs par adulte mâle; 250 francs par femme, et 125 francs par enfant. Des chasseurs de chevelures se mirent en campagne, apportèrent quantité de ces dépouilles, mais on se priva de leurs services quand on s'aperçut qu'ils livraient trop de têtes suspectes; les blancs étant plus faciles à assassiner que les Indiens ^, L'Arizone, la Sonore, la Californie, décidèrent qu'on abattrait tout Indien à portée de carabine. En 1865-, des Visages Pâles organisèrent une expédition contre les Payoutes, dont ils tuèrent deux cents individus en une a battue splendide » ;

Page 1