ORGUEIL ET PRIVILÈGES
ne songent qu'à maintenir les distances *; on dirait qu'ils les redoutent. Ils ont refusé bataille à des ennemis jugés trop inférieurs : on leur eût manqué de respect en leur opposant de simples Tayeurs, et jusqu'à la (in du dernier siècle, un prince eût craint de les offenser mortellement en leur donnant comme adversaires de simples roturiers et petits soldats, des pas grand'chose. Cette vanité n'est point le fait des seuls Naïrs, toutes les armes aristocratiques en ont leur dose :
« A la bataille de Bouvines, les chevaliers flamands, après avoir renversé quelques hommes d'armes, les laissèrent de côté, ne voulant combattre qu'entre gentilshommes*... Ils s'indignèrent que la première charge dirigée contre eux n'eût pas été faite par des chevaliers, ainsi qu'il était convenable, mais par des gens de Soissons, menés par un certain Garin. Ils montrèrent une répugnance extrême à se défendre, car c'est la dernière honte pour des hommes issus d'un sang illustre, d'être vaincus par des enfants du peuple. Ils demeuraient donc immobiles à leur poste ^. >>
Interdit de mettre un Naïr en prison. D'une accusation qui l'atteignait il se justifiait par l'ordalie, — saisissait un fer rouge et le portait à quelque distance, trempait la main dans de l'huile bouillante, — allait prendre un bain dans un étang d'alligators. L'accusation était-elle prouvée? Des envoyés du roi avaient mission de le tuer où ils le trouvaient; sauf à laisser l'ordre, piqué dans le cadavre.
« Honneur et galanterie ! Amour et bataille I Mon épée et ma maîtresse ! » prenaient-ils pour devise. Bretteurs et chatouilleux sur le point d'honneur. Détail à noter : les