Vogel, Vom indischen Océan bis zum Goldlande
2. Steol, Journal of the Ethnological Society, VII. Campbell.
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corvée, ne laissant aux hommes que les plus grossiers ouvrages. Les mères de famille marient leur progéniture encore en bas âge; dépensent, aux repas des fiançailles, moitié moins pour le conjoint que pour la conjointe. Quant aux filles adultes et aux veuves, elles savent fort bien se trouver des époux; aux riches, les partis ne manquent guère. Le préféré va vivre chez la belle-mère qui règne et gouverne, prenant sa fille pour premier ministre. Si le consort se permet des dépenses auxquelles il n*a pas été autorisé spécialement, il les soldera comme il pourra. On a vu vendre pour esclaves des pères de famille, l'épouse se refusant à payer les amendes qu'ils avaient encourues ; — il lui était loisible de convoler en secondes noces*. »
Nulle population ne s'est complu davantage que les Naîrs dans la famille maternelle, ne l'a plus logiquement développée, en dépit des obstacles accumulés contre cette institution par une race admirablement intelligente, et qui, de plus, était servie par la victoire.
Les Brahmanes, cette caste orgueilleuse et d'intelligence affinée, comment eussent-ils renoncé à dominer, à exploiter des populations simples et naïves? Entre le patriarcat et le matriarcat, entre ces deux systèmes de filiation, la conciliation semblait impossible, infranchissable. Ils tournèrent l'obstacle avec une ingéniosité, une persévérance digues d'une race sacerdotale. Us étaient obligés de reconnaître que décidément la population indigène ne voulait pas de leur système familial. L'imposera nouveau, impossible. Et cependant, leur loi était formelle; ils ne pouvaient abandonner la filiation par le père sans se frapper
1. Hodgson, Journal ofthe Asiatic Society of Bengal, I8i9y D<on,
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eux-mêmes de déshérence, sans avouer qu'ils s'étaient trompés. Nous verrons comment ils s'y prirent.
Les Naïrs aiment leur famille plus qu'autre chose au monde, en font le but de leur existence. Comme tous les Indous„ ils tiennent pour répréhensible l'homme qui, de propos délibéré, refuserait d'être père et se priverait des doux soucis que les enfants coûtent à élever; ils s'indignent contre la fille qui se refuse à être mère*; ils vouent à de terribles châtiments dans l'autre monde celle qui n'a pas reproduit l'espèce. Les onze mille vierges, gloire de Cologne, firent bien de se présenter devant saint Pierre qui les reçut avec honneur dans le paradis chrétien; du paradis tamoul elles n'eussent jamais franchi le pontlevis. On marie les Malabares dans leur douzième année et même auparavant. Un astrologue fait choix d'un jour heureux pour la fête, qui est célébrée en grande pompe* Ont été convoqués musiciens et comédiens, saltimbanques, danseurs et danseuses. Sont présents, les parents et amis venus de près ou de loin. L'oncle et les frères de la mariée reçoivent les visiteurs, les présentent h la mère et aux sœurs, parées de leurs plus beaux habits. La demoiselle et le monsieur qu'on lui a choisi pour époux font leur entrée. En grande cérémonie on leur passe au cou une chaîne d'or avec deux carcans mignons, et ainsi enchaînés l'un à l'autre ils vont et viennent devant l'assemblée. Après quelques tours de promenade, on les délivre, mais tout aussitôt l'époux noue à la gorge de l'épousée un tali, l'équivalent indou de notre anneau de mariage. C'est un cordon
1. tt Si une fille, arrivée à Tépoqae où les signes de nubilité se manifestent, vient à mourir sans avoir eu commerce avec un homme, les préjugés de la caste exigent que le corps inanimé soit soumis à une copulation monstrueuse. A.bbé Dubois, Mœurs de l'Inde.
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auquel on a attaché quelque bagatelle symbolique : ici une pierre précieuse, là une feuille d'or enroulée en cornet, et traversé par un fil de soie. Sitôt le tali attaché, les jeunes gens sont déclarés unis au nom de la loi, et les divertissements commencent. Après quatre ou cinq jours de festivités, les gens de la noce sont congédiés, même le nouvel époux. On le remercie poliment du service rendu :
— € Nous vous remboursons vos dépenses, nous vous faisons cadeau d'un habillement complet , et nous vous mettons dans la main une douzaine de francs, après quoi, vous êtes tenu d'honneur à ne plus encombrer de votre présence l'appartement conjugal. »
Un demi-Brahmane, quelque Franciscain ou Capucin, comme on dirait chez nous, consent parfois à faire luimême et en personne la remise du tali ; mais cet honneur fait à l'épousée, il se refuse à l'œuvre maritale, pour laquelle consommer on appelle un entrepreneur payé à forfait. Marco Polo, que ces épousailles émerveillaient fort, raconte en substance :
« Les Patamares, faquins et ouvriers du port, embauchés pour la besogne, marchandent leur service, débattent la rémunération; mais s'ils tiennent trop haut les prix, on s'adresse à des Arabes et étrangers, qui, travaillant gratis et sans se faire prier, seraient préférés à tous autres, s'ils savaient s'éloigner à temps. Plus d'un voyageur bien fait et d'aspect agréable a été surpris par la proposition qu'on lui faisait d'épouser, sur l'heure, quelque charmante créature ; mais après le mariage, la famille lui tirait la révérence en lui faisant comprendre qu'il y aurait indiscrétion à rester plus longtemps, et danger à revenir. — Cependant la mariée portera toute la vie le précieux tali autour du cou et ne le quittera que si l'homme qui le lui a remis vient
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à mourii'. Alors elle prendra le deuil, se purifiera, se baignera, et tout sera dit. »
Cela ressemble peu, il faut Tavouer, aux larmoyantes histoires qu'on nous avait contées de la « veuve du Malabar ».
Arrêtons-nous, un instant, pour constater que ces curieux mariages sont évidemment un reliquat de l'époque brahmanique, alors que les conquérants s'évertuaient à imposer leurs institutions à une peuplade qui n'en avait cure. Peut-être, les habitants, chefs de famille, étaient-ils malmenés, s'ils ne prouvaient avoir satisfait aux prescriptions du mariage légal? Ils en prenaient bravement leur parti et se mariaient pour la forme, le fiancé et la fiancée s'accordant à ne pas prendre au sérieux l'engagement contracté. L'officier d'état civil exigeait un billet de mariage ? — On lui apportait son billet. Mais aucune police ne pouvait forcer les nouveaux époux à se prendre en affection, ne pouvait contraindre le père à s'inquiéter d'enfants qui lui étaient indifférents. On avait beau le déclarer auteur authentique de sa progéniture; il haussait les épaules. Car la paternité ne compte pour rien en ces pays où tous les enfants ont une mère, mais point de père. Ce n'est pas que la filiation fût toujours incertaine. Il est des princesses, hautes et puissantes dames, qui se permettent la fantaisie d'avoir un amant en titre, et même de n'en avoir qu'un seul. A Cannour, Buchanan alla présenter ses respects à la Bibi, qui l'accueillit fort bien et lui présenta le père de ses enfants. Au dîner de gala qui fut donné au voyageur, le mari de la reine mangeait à l'office. Les princes et rois avaient des maltresses sur la fidélité desquelles ils pouvaient compter et qu'ils gar-