PASTEURS, AGRICULTEURS ET SYLVESTRES
' Vers la' pointe de la péninsule indone, à la rencontre des Ghâts de TEst avec les Ghâts de l'Oufist, se dressé' le paissant massif des ^ilgherris ou Montagnes-Bleûes'. Les -Anglais lui donnent le nom de Hills ou de collines, bien que Farête faîtière, dont le Dodabetta est le point culminant, ait encore une hauteur de cinq à huit mille pieds au-dessus de la plaine. Grâce à cette, élévation, cette région montagneuse jouit d'un climat salubre et charmant ; la température moyenne oscille autour de. 15 degrés centigrades. Après la saison pluvieuse, Tatmosphère se montre d'une transparence et d'une pureté admirables ; la végétation repart, Therbe monte, des fleurs à puissant coloris tranchent sur les fougères, les arbres sont envahis par des plantes grimpantes. -^ •
Les montagnes abruptes se dressent en muraille coupée par de profondes entaillés. A la base, des bambôusaies et jungles épaisses, retraite des tigres, ours et sangliers. Aux marécages succèdent des prairies, puis on entre dans la forêt. Au-dessus, des rochers à pic. Sur les plateaux, se
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déroulent des collines aux flancs ombreux, sillonnées de vallons étroits où courent des eaux limpides. On chemine par des parcs et des bosquets, par des sentiers bordés de mûriers et d'églantiers, le long de prairies où se vautrent les buf&es ; tout à coup, on se voit sur la lisière du plateau. La vaste plaine s'étend au loin, nuancée, selon les cultures et la forestation, de vert, de jaune et de violet, piquée deblanc"par les villes, fourmilières humaines, limitée à l'occident par la mer d'azur; au midi montent les Cardamones délicatement bleutées. L'œil s'emplit de suaves clartés, plane sur l'étendue, plonge dans les profondeurs éthérées, contemple l'innombrable variété des formes, des couleurs et des mouvements. Au soir, la divine splendeur qui emplissait les cieux se brise en couleurs éclatantes ; l'or et l'orangé, le cramoisi, le ponceau et le vermillon, passent par degrés aux nuances rosées et pur'purines. Et quand le soleil s'est engouffré dans l'Océan, la terre fatiguée d'éclat, ivre de lumière, ramène sur ses membres voluptueux les voiles d'une ombre transparente, s'enveloppe de silence. L'atmosphère est d'une rare limpidité, lès étoiles semblent être plus brillantes qu'ailleurs * ; les -constellations surgissent, semblables à des volées de lucioles, à des tourbillons de pyrosomes et mouches d'or; l'univers infini, qu'avaient caché les éblouisse ments du jour, apparaît en son auguste majesté.
Sur plusieurs versants dès Nilgherris, les malades viennent en de nombreux « sanitoires » se guérir de leurs
l. R. Bwtoti, Pilgrimàge toAfecah.
RACES ET PRODUITS DU SOL. iU
fièvres et dysenteries. Églantiers, vignes, orangers, pêchers, pruniers, pommiers, poiriers, fraisiers, groseilliers, framboisiers, raves, choux, pommes de terre, toutes les plantes d'Europe* prospèrent à côté de l'indigotier et du pavot opiuraifère, à côté de caféiers, théiers, et des cinchonas à la bienfaisante écorce. Tôt ou tard, ces cultures et plantations changeront le régime économique et social du pays, modifieront jusqu'à son apparence physique, mais serace pour Témbellir? Quoi qu'il en soit, cette région ne peut manquer de voir soft importance grandir, grâce à là salubrité du climat, la fertilité du sol, la diversité de ses produits. Déjà les routes se multiplient, aboutissant à la trouée de Coïmbatour, qui ouvre sur l'intérieur de la péninsule.
On nous décrit ainsi les monticoles :
(( Race chétive. Les hautes tailles atteignent 1™,58, les moyennes 1™, 52; les petites, celles de l™,42, sont assez nombreuses. Teint foncé. La chevelure, longue et hérissée chez les femmes, tourne au laineux chez les hommes, dont la barbe grisâtre a la rudesse des soies. Bouche petite, lèvres grosses. Poitrine plate, de faible circonférence; épine dorsale quelque peu concave. Longs bras, courtes jambes. Genoux tournés en dehors. Ongles imparfaitement développés. « La race autochtone de l'Inde méridionale, prononce Huxley, a une frappante ressemblance avec les indigènes de l'Australie. » Même profil, même front en surplomb, même chevelure molle et luisante. Arrachez leurs loques, mettez-les tout nus, vous ne les distingueriez. »
Ce portrait, dans ce qu'il a de peu flatteur, s'applique sans conteste aux misérables [roulas et Gouroumbas, aux