Hnrkness
OlUGINES-DU SACERDOCE. 281
jeteurs de sorts et rebouteux, ces tire-laine et histrions; gardez-les dans votre souvenir. Ces humbles ancêtres des castes sacerdotales font comprendre pourquoi les ministres, des autels, malgré la respectabilité, les énormes pouvoirs et la toute-puissante influence qu'ils ont su gagner, n'ont pas lavé la tache originelle. Ceux-là même qui s'agenouillent 'devant eux les croient corbeaux de malheur, oiseaux de mauvais augure ; craignent de les rencontrer, de les avoir pour compagnons de voyage. Le peuple a le vague, mais ineffaçable souvenir, que les oracles qu'ils rendent aujourd'hui au nom des anges de lumière, ils les avaient délivrés jadis par un soupirail de Tenfer. Ces serviteurs du Très-Haut, il se rappelle les avoir connus suppôts du diable, et se méfie. Il se méfie... mais plus il se méfie, mieux il est dupe.
Persuadés que le missionnaire qui venait d'Europe était un sorcier fort supérieur à ceux. 'du crû, les Tpdas et les Badagas lui firent grand accueil. Ils ne demandaient qu'à croire tout ce qu'il voudrait, mais insistaient pour qu'il les débarrassât de ces affreux Couroumbas, qui grêlent les fruits, stérilisent les vaches et tarissent les sources du lait. Bien ^étonnés, furent-ils, et désappointés, quand le prédicateur de l'Évangile refusa . d'organiser le massacre de ses rivaux, ou tout simplement d'en faire rafle par une bonne peste. Cependant, force leur était de reconnaître que le Dieu anglais. Seigneur des Fusils et Baïonnettes, Maître des Canons et du Whisky, avait le bras tout auti'eraent long que Cotorou Peïkî, même que Siva et son taureau Bassava. Espérant capter sa faveur, ils lui élevèrent une chapelle où ils déposèrent en pompe un Nouveau Testament tamoul, que les convertisseurs leur avaient
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donné comme le grand édit de rÉlemel Jéhovah, le secret du salut, Tabrégé de toute science, la révélation de tous mystères du ciel, de la terre et de l'enfer. Bientôt courut la légende que, chaque nuit, le Jésus des Féringhis Tenait goûter au lait et aux bananes déposés sur son autel. Malheureusement, une épidémie ayant éclaté bientôt après, ledit Jésus en fut tenu pour responsable, par la raison que le missionnaire avait naguère prêché qu'un cheveu, qu'un oiseau ne tombent pas en terre en dehors de Sa volonté expresse et de Son ordre souverain.
II fallait en avoir le cœur net. Ob en référa aux antiques divinités nationales. Des prêtres approchèrent l'oracle, le consultèrent en jetant des fleurs :
— Celui qu*on appelle Jésus-Christ est-il un bon Souami?
La plupart des fleurs tombèrent à gauehe. Donc le dieu étranger n'était pas un ban Souami. Et les Couroumbas, ennemis pourtant des g^ourom, vodiarous, et cauacourous, confirmèrent la réponse. Plus de doute, le fétiche anglais avait mauvais caractère, il y avait danger à l'approcher. Quoiqu'il leur en coûtât, les habitants émigrèrent, abandonnèrent champs et demeures, laissant la chapelle au Jésus blanc et à son livre.
Mais le missionnaire dont s'agit, Metz, était énergique autant que sincère et convaincu ; il s'était attaché aux populations qu'il avait étudiées longtemps ; — c'est à lui, disons-le en passant, que la science doit le meilleur de ses informations sur ces peuplades, informations qu'il communiquait généreusement à tous les voyageurs qui se succédaient au Nilgherris. Résolu, quand même, à sauver les âmes qui périssent, et comptant, d'ailleurs, sur l'énergique protection des Anglais, il émigra, lui aussi, et alla dans un autre district fonder une école pour laquelle il obtint