VÉRACITÉ, VIRILITÉ
nous ne contesterons poir^t quela vraie civilisation se développe parallèlement à la sincérité et à la justice ; mais le grand philosophe se fût exprimé autrement, si son séjour aux Indes l'avait mis en contact avec les Gonds et les Khonds, avec les Malers, Birhors, Sonthals et autres, qui tiennent la vérité pour sacrée et ne contractent pas d'engagement qu'ils ne remplissent. Nulle offense plus grave que celle de suspecter leur parole, insulte qu'ila lavent dans le sang, et, s'ils ne peuvent tuer l'offenseur, ils se tueront eux-mêmes. Ces Sourahs, ces Poulayers, respirent la candeur. Ceux qui les traitent de « rebut et d'ordure», les disent incapables de rien imaginer, incapables d'inventer quoi que ce soit en dehors de l'exacte réaUté*,
Avant d'être entamés par la civilisation, avant d'avoir subi la conquête anglaise, ces sauvages se distinguaient par une virile fierté, une joyeuse indépendance, ne rendaient compte à personne de leurs faits et gestes, ne payaient redevance ni à chef, ni à gouvernement, ni à propriétaire; chacun avait l'entière jouissance de sa personne, de sa maison et de son champ. Indépendance complète, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Nul ne les avait conquis; depuis vingt siècles, leur peuple n'avait jamais courbé la tête devant aucun étranger : noble orgueil qui se lisait dans leur attitude et leur physionomie. Ils évitaient toute parole obséquieuse,, toute politesse qui eût pu paraître humiliante; pour Siduer, ils se bornaient à lever la main. Le plus jeune disait : « Je vais à mes besognes. — Va! » répondait l'ancien.
Le trait le plus agréable de leur caractère est encore l'affection mutuelle. Les civilisés de la plaine se donnent
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pour passe-temps les procès qu'ils s'intentent, ils se provoquent devant les tribunaux sous des prétextes futiles; dans leurs duels judiciaires, ils rivalisent de rnenteries et perfidies. Mais chez les Kolhs et les Khonds, autres mœurs. Rares d'homme à homme, les querelles sont encore plus rares d'homme à femme. L'époux qui se permettrait de blâmer sa moitié devant le monde, de la menacer, voire de l'insulter, soulèverait la réprobation, exciterait l'indignation générale. Il n'en faudrait pas tant à l'épouse pour la faire se détruire; trop souvent il a suffi d'un reproche discret pour provoquer un empoisonnement; une parole ironique, un compliment mal compris, et plus d'une s'est pendue. Elles se figurent que l'âme du suicidé revient tourmenter l'offenseur : idée qui a cours dans l'Inde entière, dans l'extrême Orient, et qui a certainement inspiré aux Japonais leur pratique bien connue du harakiri,
ûalton dit de ces sauvagesses qu'elles gagnent les cœurs par des manières franches et ouvertes, une naïve gaieté. Frayant dès leur enfance avec l'autre sexe, elles n'ont rien de la pruderie des Indoues et des musulmanes, élevées dans une réclusion rigoureuse, pruderie qui par moments fait place à des propos grivois et abonde en sousentendus obscènes. On vante, au contraire, les grâces décentes des fillettes Hos ouMoundah, des petites Larka... Patience! Bientôt la civilisation les guérira de cette barbarie, lès corrigera de leur ignorance.
Jusqu'à la seconde moitié du présent siècle, les Khonds abominaient toute espèce de commerce, ne voulaient faire usage d'argent ni de monnaies, rejetaient les coquillages comme moyen d'échange; au lieu de mesurer en espèces la valeur des choses, ils les supputaient en « vies », même