COSTUME ET ORNEMENTATION
pas un dont faiblit le dévouement à la cause publique. Et quand les patriarches, trahis et livrés, encore par des Indous, furent condamnés à mort, avec quel admirable courage, quelle touchante résignation, quelle simple dignité, ils subirent une mort ignominieuse devant leurs habitations saccagées! »
Dirons-nous, par contraste, comment respectent le droit d'asile certaines nations qui se targuent de marcher à la tête du progrès et volontiers se proposent en exemple au monde*?
Tels étaient les sauvages qu'on avait dépeints sous les plus noires couleurs. En i820, lorsqu'il envahit le Colehan avec ses troupes, le major Roughsedge s'attendait à trouver des jungles : il débouchait dans un pays ouvert, légèrement ondulé, soigneusement cultivé. Les villages s'abritaient sous les tamarins et mangotiers; les maisonnettes se cachaient àous le feuillage des citrouilles et concombres.
Du costume, nos autochtones se soucient médiocrement; ils tiennent pour suffisants un mouchoir, un mauvais chiffon, quelque méchante lanière d'étoffe, une mince ceinturé ; les femmes se contentent d'une écharpe qu'elles enroulent une ou deux fois autour du corps ou des épaules, et qui leur retombe sur les seins. Ce qu'on éconoinise sur la vêture, on le reporte sur l'ornementation. Tatouage discret, consistant en points de couleur, et traits sur le front, le nez, le menton ou les bras. Fleurs dans les che-
1. Ëjrit aa moment où la France a failli livrer Hortmanu à la Russie.
veux, colliers, bracelets, chevilicts, graines coloriées, dents et coquillages, anneaux de laiton, et surtout de fer, les seuls que Manou ait permis. Elles ont profité et même abusé de la permission. Kolbes et Kbondes, rivalisant avec les Guinéennes et les Achantisses, s'annoncent de loin par un cliquetis de chaînes, par un jingli jinglo de ferrailles, plus lourdes que le boulet d'un forçat. Les Pandjas, hommes et femmes, se chargent de huit à dix kilogrammes de cuivre ; et Ton afQrme qu'en certains districts les belles chancellent sous leur quincaillerie. Le capitaine Sherwill eut un jour la curiosité de peser les afiiquets et colifichets dont une demoiselle sonthal avait afifublé sa personne : la balance accusa 34 livres. Les DchouangueS; qui tenaient, comme tant d'autres, que le tatouage est de tous les costumes le plus léger, le plus économique et même le plus élégant, qui le regardent comme un meilleur préservatif contre les rhumatismes que les camisoles de flanelle, les Dchouangues avaient conservé jusqu'à ces derniers temps le tablier de feuilles auquel Eve a donné son nom. De môme les Couroumbas du Malabar, les Dchantchous du Masoulipatam, les Weddahs de Geylan^ Gela choquait les ladies de Galcutta. Elles remontraient que Sa Gracieuse Majesté la reine Victoria ne pouvait tolérer que telles de ses sujettes ne portassent qu'un collier de graines, plus une ramée par devant et une autre par derrière. La vice-reine des Indes décréta que le scandale finirait; le christianisme et la civilisation supprimèrent l'innocente nudité dans les jungles d'Orissa. La chose mérite d'être racontée : En 1871, une compagnie, sur le pied de guerre, prit