FILLES CHER VENDUES
avec instance : « Procurez le bien public, l'abondance du pain ! » En matière de foi, inutile de discuter.
Ajoutons que chez nos Khonds et divers Kolariens, l'adultère, — mais faut-il employer si gros mot pour si fragiles mariages? — l'adultère est de droit, quand se présente un tueur de tigres, auquel des honneurs presque divins sont rendus. Au retour de son heureuse chasse, il est entouré par toutes les femmes du bourg et des alentours, dansant et chantant :
« Qui le tigre a tué aura la plus belle, la plus belle ! »
Combien alors qui se croient la plus belle! Et quelle famille ne serait heureuse et fîère d'avoir un rejeton issu du tueur de tigres !
Puisque nous vendons nos filles, vendons-les « cher », disent les producteurs. Prouvons la noblesse et la distinction de notre progéniture en la plaçant à haut prix. Singbhoum établit le cours moyen pour une demoiselle de bonne maison à quarante têtes de gros bétail, livrables sur Theuré. Donnant donnant, prenez ou laissez. Notre fille attendra; elle est honnête, préfère le célibat au déshonneur de ne pas être vendue son prix. Tant pis pour les vierges montées en graine et laissées pour compte; tant pis pour les jeunes gens timides et paresseux au rapt. Mais, quoi qu'ils disent, les parents sont peu flattés que leur fille ne trouve pas preneur; ils s'indignent quand un voleur, s'adjugeant une « renchérie », fait mine de payer en coups de bâton. Comment remédiera cet inconvénient?
Pour désencombrer le marché, tout en maintenant les prix, les pères de famille raréfient la marchandise; pratiquant l'infanticide sur une large échelle, ils diminuent TofFre pour faire monter la demande. Ces sauvages possèdent leur cours d'économie politique, façon Mac Culloch et Ricardo. Que d'ennuis, cependant, dans cette industrie! La chose achetée a des jambes, demande que l'acheteur lui agrée; sans remords, la volage lâche un premier mari, court à un second. Le beau-père sera actionné en reslitution.Mais il n'a plus la somme. Ta déjà fricotée en tout ou en partie. Sans doute, le vendeur est armé d'un droit de répétition contre son nouveau gendre; mais celui-ci, tenant déjà le précieux objet, n'est aucunement pressé d'en donner l'argent. Pourtant, il promet de s'exécuter; mais au moment où il va solder, voilà que la jeune femme — inconstante comme tant d'autres — s'acoquine à un troisième, et, qui sait? à un quatrième... Pour surcroit de difficultés, les époux appartiennent à des tribus différentes, lesquelles, d'un moment à l'autre, peuvent entrer en collision. Un de ces maris à crédit est tué eu guerre, — elles sont fréquentes et meurtrières, — adieu la créance! Bien que les tribus répondent des dettes que contractent leurs membres, plus d'un a été ruiné par le fait d'une fille trop avantageusement vendue. Décidément, le commerce est trop aléatoire ; il vaut mieux y renoncer. Ces honnêtes éleveurs n'ignorent pas que les peuplades voisines, qui se défont de leurs sujets féminins à un prix purement nominal, sont à l'abri de ces iaconvénients : bagatelle reçue, bagatelle rendue. Mais les patriarches de répondre : « Nous ne sommes pas gens à troquer nos filles contre un morceau de pain. »
En conséquence, certains clans aristocratiques ne pro-