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Ross, Second Voyage

2. Schwarzbach, de Oraaf Reynet, Bulletin de la Société de Géographie de Vienne, 1882.

PERCEPTION DES GOtJLEURS. 55

Grande-Bretagne, jugea à propos de s*y rallier. On y toyait une preuve de la supériorité de nos civilisés sur nos ancêtres intellectuels, les Grecs et les Romains, et à plus forte raison sur tous les sauvages. On ne réfléchissait pas assez que des Tatars qui perçoivent les planètes de Jupiter à l'œil nu, que les Cafres dont la puissance visuelle e&t à la nôtre comme 3 est à 2, pourraient, s'ils s'en donnaient la peine, distinguer des nuances imperceptibles à notre regard, — et qu'en effet, les Hottentots, les misérables Hottentots, ont trente-deux expressions pour désigner les différentes couleurs. En elle-même, la théorie Geiger paraît' plausible ; tlou^la dirions même vraie, sauf que le développement doii6 îl's'agil à dû s'opérer sur une période tout autrement longue que trois ou quatre milliers d'années. Quoi" qu'il en soit, la question occupant alors les bons esprits, Bessels peignit en diverses couleurs une feuille de papier quadrillé, et questionna treize Itayens, hommes, femmes, enfants, chacun séparément. Tous distinguèrent les carrés blanc, jaune, vert foncé, noir, mais aucun ne parut différencier le brun du bleu. — L'observation est intéressante, mais non pas décisive. Qu'on se rappelle comment on enseigne aux écoliers qu'il faut regarder pour voir, écouter pour entendre. Nous ne percevons nettement que les objets sur lesquels notre attention éveillée a déjà dirigé les efforts de l'intelligence. Il ne suffît pas d'une vue perçante pour reconnaître autant de colorations que pourrait le faire un assortisseur des Gobelins, ni pour apprécier les gammes chromatiques qu'un peintre saisit sans effort. L'oreille inexercée n'est qu'un médiocre instrument à. côté de celle du musicien qui, dans le large volume de sons qu'épanche un puissant orchestre, découvre la demi-note incorrecte qu'un exécutant a laissé

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échapper. Dans ce que nous prenons pour le silence de la forêt, le braconnier, le garde-chasse noient des bruits significatifs qui échappent à tous ceux auxquels ils ne disent rien. S'ils confondent le brun et le bleu, la faute n'en est certainement pas à l'organe visuel de ces Tnoïts, mais à [leur indifférence : ils les distingueraient, nous n'en doutons pas, si pendant une génération ou deux ils y avaient quelque intérêt.

Voilà ce que nous avions à dire sur les Esquimaux du nord, en prenant pour point de. départ le village d'Ita. Nulle peuplade n'a meilleur droit à des études patientes et consciencieuses. Elle ne compte, il est vrai, qu'une centaine d'individus, n'emplit qu'une demi-douzaine de bouges et tanières, mais leur hameau est littéralement au bout de la terre, et ses habitants, sentinelles perdues dans les neiges et les glaces, sont à la fois les derniers du monde habité et les plus primitifs des hommes.

LES INOÏTS OCCIDENTAUX

NOTAMMENT LES ALEOUTS

À la presqu'île d'Alaska fait suite, du 51° au 60<^ degré latitude nord, TArchipel Aléoute ou Kourilc que Bering découvrit en 1741. De là, s'il faut en croire le romancier Eugène Sue, le Juif Errant serait parti pour courir les aventures qui out passionne une génération littéraire. Le groupe se compose d'une soixantaine d'iles et d'écueils, qui semblent autant de pierres qu'Ahasvérus, le grand voyageur, aurait jetées à travers le gué de la Mer Kamtschadale, pour passer d'Asie en Amérique. Ounimak,la plus considérable, couvre cinq h six mille kilomètres carrés, soit la cinquième partie de la surface totale de l'archipel. D'âpres rochers, d'abord difficile, lui donnent un aspect sombre et désolé. Les paysages de l'intérieur sont à peine moins sévères : dans leurs eaux noires des étangs et tourbières réfléchissent de puissants rochers granitiques; un sol raviné, des laves, en vastes amas, parlent cataclysmes géologiques et commotions violentes. Par ces latitudes passe la ligne des grands volcans boréaux. A leurs sommets, couverts de neiges éternelles, quelques

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cratères fameat sans discontinuer, d'autres éclatent par intervalles. Les vestiges d'éruptions se rencontrent à chaque pas; partout on trouve des rochers noircis par le feu. Toute la partie continentale du district d'Ounalaska est traversée par une chaîne de monts élevés, parmi lesquels neuf bouches éteintes. Les feux souterrains ont bouleversé l'île Ounimak, où le Ghichaldin, haut d'environ 3,000 mètres, jette encore des flammes, par accès. En décembre 1830, au milieu de foudres et de bruyants tonnerres, il se couvrit d'un brouillard épais, et quand l'obscurité se dissipa, il avait changé de forme. Toutefois, les effets volcaniques ont perdu de leur intensité, depuis le temps que se combattaient les montaf2;nes :

ce Un jour les monts d'Ounimak et d'Ounalaska luttèrent pour la prééminence. Ils s'entre-lancèrent pierres et flammes. Les petits volcans ne purent tenir contre les grands, sautèrent en éclats et s'éteignirent à tout jamais. Il ne resta que deux pics, le Makouchin d'Ounalaska et le Hetchesno! d'Ounimak. Le feu, les pierres et les cendres exterminèrent tous les êtres animés, tant l'air était suffocant. Le Retchesnoî succomba; et quand il vit sa défaite, il rassembla ce qui lui restait de forces, enfla, éclata et s'éteignit. Le Makouchin victorieux s'assoupit, et maintenant il n'en sort plus qu'une petite fumée de temps en temps*. »

Le climat, de caractère maritime, n'est pas chaud, ni très froid non plus, mais d'une humidité calamiteuse. Le thermomètre que Wiljaminof observait à Ounalaska oscillait entre 38 degrés, la température moyenne étant de + 4®. La saison, vraiment belle, ne dure que dix se-

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