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II Sam., VI

104 LES IffOÎTS OCCIDENTAUX.

logicien et raisonneur, voudra reprodaire par des monyements physiques les agitations de son âme, ses joies et ses chagrins, ses craintes et ses espérances ; il passe du sacré au profane, du pathétique an grotesqpie, du sublime an bouffon, finit par la parodie. En effet, tout artiste se plaît à courir le cycle entier, à jouer toute la ganune du sentiment, même à railler les êtres qu'il redoute le plus, les choses qu'il aime le mieux.

Racontons une fête donnée aux Mahlémoutes de Chaktolik par les Mahlémoutes d'Ouuahlaklik :

« Tout un village avait été invité par un village, chaque famille avait ses hôtes qu'elle traitait de son mieux.

« Quatorze acteurs, danseurs réputés, firent les frais de la première soirée. Ils débouchèrent par le passage souterrain, se rangèrent sur deux lignes, huit hommes en face de six. Les acteurs, nus jusqu'à la ceinture, portaient un diadème fiché de grandes plumes, qui leur retombaient sur les épaules; des queues de loup ou de renard leur jouaient dans le bas du dos; gants brodés, bottes agrémentées de fourrures multicolores. Les dames avaient revêtu un maillot collant, en peau de renne blanc, et par-dessus une tunique, soit en intestins de phoque ayant la finesse et l'éclat du coUodion, soit en membranes de poisson, jouant une soie transparente, lamée d* argent. Les belles Aléoutes n'en sont pas à apprendre que la demi-nudité montre avec avantage ce que Ton fait mine de cacher. Elles ont orné leur vêtement de broderies et verroteries en couleur, tressé dans leur chevelure des lanières blanches brillantées de nacre, ganté des gants blancs de neige en peau de faon, avec fourrures au poignet; leur main balance une longue penne d'aigle ou de cygne.

« Attention ! les vieillards, suivis du chœur, s'installent avec leurs tambourins et attaquent l'ouverture : cantilène d'ancien style, grave et mesurée, lente et monotone; les airs modernes ont plus de légèreté et de frivolité. Le menuet, — oui, c'est un menuet, — mérite l'admiration

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des connaisseurs par la précision du rythme, la sCkreté des danseurs, la grâce modeste des danseuses, qui glissent sur le sol en faisant onduler leurs plumes.

« Suit un ballet : VHeureux Chasseur, scène à deux personnages. Un oiseau sautille, hoche de la queue, boit et se baigne, se lisse les plumes, becqueté par-ci, pigoche par-là. L'archer le guette, approche à pas fur tifs. Un de ses mouvements effarouche la bestiole, qui détale. Mais une flèche sifÛe, l'atteint en plein vol. La blessée se raidit contre la douleur, voltige en lacets désordonnés, et va choir dans une broussaille. Avec son aile brisée, elle fait face à l'ennemi, pique du bec, griffe des ongles, jusqu'à ce que perdant sang et souffle, elle s'affaisse et s'abandonne, laissant choir son plumage... Merveille ! c'est une femme nue, une femme tremblante et palpitante que le jeune chasseur, ivre de joie, embrasse avec ferveur. »

Que vous en semble? N'est-ce pas la traduction en aléoute de l'apologue d'Éros, d'Éros qui a décoché sa flèche d'or sur la charmante colombe d'Aphrodite? Les Dindjié racontent que la Gelinotte Blanche se métamorphosa en femme pour devenir la compagne de l'homme*. Les Indiens ont aussi la légende d'Osséo, qui, se promenant dans l'Étoile du Soir, tira sûr une fauvette; l'oiseau tomba et se trouva être une fille avec une flèche sanguinolente dans la poitrine d'ivoire*. Le Russe Mikaïlof Ivanovitch Potok courait après une cygnelle et la tira : « Tombèrent les plumes blanches, tomba le manteau, apparut la plus belle des vierges '. » — « Je suis le faucon, tu es la palombe », chante l'éternel amoureux des poésies populaires.

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