II. — L'Afrique australe
8. — Généralités. — Si l'on tient compte de sa main-mise sur l'ancien « Sud-Ouest Africain » et sur l'ancien « Est Africain » allemands, l'Angleterre possède la plus grande partie de l'Afrique australe : son domaine, qui s'étend sur 4 à 0 millions de km-, est composé de parties très différentes les unes des autres, et prend contact avec les autres colonies européennes (Congo belge, Angola et Mozambique portugais) par des frontières tout artilicielles. Nous considérerons surtout les territoires de l'Union Sud- Africaine, qui couvrent environ 1.200.000 km-, du i22° au 34" parallèles.
ï). — Relief, climat, prodactions. — L'Afrique australe {fig. p. 109) est un immense plateau, déprimé au centre et relevé sur les bords, où il forme une série de terrasses superposées, comparables aux marches d'un gigantesque escalier.
L AFRIQUE AUSTRALE
Depuis longtemps soumises à l'érosion, les formes du relief, sont celles de ruines de moatarjne qui se présentent souvent sous l'aspect de tables de roches dures tombant, abruptes, sur les
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vOI. Zanzibar
de 0 a 500m 3 500 à 1000m
V///////]p\us de 1000m.
Fis. ^5-
L'Afrique australe.
roches plus tendres du soubassement. Va relief n'est accidenté et comme rajeuni qu'au SE, de la ly .le Delagoa au Cap des Aiguilles, où des plUscmcnts se sont pr duiis à une époque assez récente.
Aussi est-ce là que se rencontrent les hautes altitudes. Les
riiiiclpales puissances du monde. 7
LES PRIiNCIPALES PUISSANCES DU MONDE
Zwartc Berge dépassent 2.000 m. les Drakens Berge alteignenl 3.660 m.
Le centre est compris tout entier entre les courbes de niveau
Ip!usde2m
Fig. 36. — Les pluies en Afrique.
de 500 et de 1.500 m. Il forme au N, dans la Zambézie, une série de cuvettes qui se déversent les unes dans les autres et sont séparées par de faibles seuils. Puis vient le Kalahari, grand plateau calcaire parsemé de dunes de sable, et prolongé par le Betc/iouanaland. Le SE, jusqu'aux Urakens Berge, constitue le Veld : un plateau de 1.300 m à 1.400 m d'altitude moyenne, sur les
L AFRIQUE AUSTRALE
vastes étendues duquel se dressent de place en place des blocs de roches plus dures, les Kopje (têtes). Quand les roches dures s'alignent sous forme de chaînes, elles forment un imnd, tel que le Witwaters Rand (Chaîne des Eaux blanches), au pied duquel se trouvent les célèbres champs dor du Transvaal.
Entre les alignements montagneux du S s'étalent les Karrous, plateaux fermés aux influences océaniques, offrant un aspect désolé analogue à celui des Hauts-Plateaux algériens.
L'Afrique australe voit se succéder du N au S les trois grandes zones de climat et de végétation [fig. p. 159) qui apparaissent de part et d'autre de l'équateur : 1° zone tropicale des savanes de la Zambézie, presque uniformément chaude (25° à 30^ comme moyennes extrêmes) , subissant alternativement une saison humide d'été (octobre-mars) et une saison sèche d'hiver ; — 2° zone désertique du Kalahari, avec d'énormes écarts de température (parfois 30*^ en vingt-quatre heures) et une sécheresse presque absolue ; — 3^ zone tempérée chaude de la région du Cap, où les écarts de température sont notables (le Cap, 12^, 2(P, écart S'^]f où les pluies tombent seulement en hiver, où peuvent prospérer les espèces végétales méditerranéennes.
Mais l'Afrique australe diffère profondément de l'Afrique du Nord en ce que sa zone désertique est limitée à sa partie occidentale (fig. p. 110). L'existence du courant tiède de Moçambique et les vents pluvieux d E prolongent, le long de la côte orientale, le climat et la végétation de type tropical (bananiers, canne à sucre, etc.) jusqu'au contact de la zone tempérée, comme dans l'Australie orientale. Les plateaux du Centre subissent eux aussi l'influence de l'amincissement du continent qui les laisse moins éloignés de la mer que les régions symétriques de l'Afrique boréale ; ce sont des steppes plutôt que des déserts : le bœuf, le mouton, Y autruche y trouvent des conditions favorables.
Dans rcnsemble pourtant, les ressources végétales de l'Afi ique australe n'ont qu'une valeur médiocre.
En revanche, le sous-sol ancien renferme d'abondantes et préoieuses richesses minérales. L'or se trouve en grande quantité dans les quartz du Transvaal, du Manica, etc. ; de riches mines de cuivre existent dans le voisinage de la côte atlantique ; le diamant a fait la fortune de la région de Kimberley ; enfin des gisements de houille ont été découverts sur le pourtour des Drakens Berge.
L'exploitation de ces ressources n'a pas été facilitée par le réseau fluvial. Sans doute quelques-uns des fleuves de l'Afrique
112 LES PRINCIPALES PUIjSAKCES DU MONDE
ans raie ont un long développement : le Zambèze (2.660 km), l'Orange (2.000 km) gonflé du Vaal, le Limpopo. Àlais aucun n'est vraiment utilisable : ce sont des fleuves de plateaux, barrés de chutes à la traversée des montagnes bordières, et rendus irréguliers par les pluies saisonnières.
lo. — Population. — L'Afrique australe est peu peuplée; on estime à 6 millions d'hab. seulement la population de l'Union Sud-Africaine.
Les populations appartiennent à trois grands groupes humains :les nègres bantou, les Hottenlots etBoschi7?ians, les EuropéenSy dont les uns sont fixés au sol africam depuis longtemps, et les autres récemment arrivés.
Les nègres [Matabélés, Betchouanas, Gafres) vivent surtout dans les savanes et sont presque tous sédentaires. La plupart d'entre eux se livrent à l'agriculture ou à l'élevage.
Les Boschimans (ou Bushmen, c'est-à-dire hommes du Bush, de la steppe broussailleuse et désertique) et les Hottentots ont un teint beaucoup plus clair que les nègres. Les Hottentots sont des pasteurs nomades qui vivent par campement ou kraal, dans des huttes faites de branches réunies par de l'argile.
Les Européens ont commencé à pénétrer dans l'Afrique australe dès la milieu du xvii® siècle. Ce furent d'abord des Hollandais, auxquels se joignirent, après la rév^ocation de l'Edit de Nantes, des proteslanls français. Ils se fixèrent à demeure dans le pays, s'y adonnant à l'élevage et à l'agriculture, au point qu'on leur donna le nom de Boers (prononcez bour), c'esi-h- dire paysans.
Cette population robuste, lourde d'allures, probe et économe, insouciante du luxe et même de la propreté, très attachée h la foi calviniste, pleine de dédain pour les étrangers et de mépris pour les hommes de couleur, eut à soutenir de longues luttes contre les nouveaux colons de race anglo-saxonne qu'amena dans le pays l'acquisition du Cap par les Anglais au début du XIX® siècle.
Pour fuir la domination anglaise, bon nombre de Boers émigrèrent sur les plateaux de l'intérieur, et fondèrent les Etats
l'afrique australe 113
(le rOrange et du ïransvaal ; ils ne purent conserver leur indépendance que jusqu'en 1902.
A côté des Boers, d'autres Européens, d'origine allemande ou britannique, se sont établis dans l'Afrique du Sud. Immigrés et descendants d'immigrés forment une population spéciale, qui considère l'Afrique comme une seconde patrie ; ils ont pris le nom d'Afrikanders, et finiront sans doute, malgré les différences d'origine et de langage, par se rapprocher des Boers. Les Anglais purs ne comprennent guère que les fonctionnaires.
Au total, la race ô/awc/ie ne compte guère que 4.800.000 représentants en Afrique australe.
Dans le Natal et la Zambczie des coulis hindous ont été introduits, avec des contrats de travail qui lés émancipent au bout de cinq années, et en font alors de rudes concurrents pour les fermiers blancs.
L'irnion Sud -Africaine est une grande colonie autonome organisée en 1910 sur des bases analogues à celles du Gommonwealth australien. Elle comprend 4 provinces : Le Cap, Natal, Orange, Transvaal.
il. — Grandes régions naturelles.— La province du Gap,
pays de montagnes et de plateaux, rappelle la région de l'Atlas par ses conditions climatiques et végétales ; le pro blême hydraulique y présenteune importance capitale, les champs (blé, vigne) y voisinent avec les steppes (moutons, autruches); mais notre Algérie n'a pas les diamants du Griqualand.
La population compte 600.000 blancs et 2 millions d'hommes de couleur. La capitale. Le Gap (Cape/oi^/ij, bâtie au pied des hauteurs qui dominent la baie de la Table, groupe 200.000 hab. avec ses faubourgs. Sur la côte méridionale, Port-Elisabeth (40.000 hab.) et -hast London (25.000 hab.) sont les points terminus des voies ferrées venues de l'intérieur. Kimberley, au centre de la région diamantifère, a vu rapidement sa population s'élever à 45 000 âmes.
Très différent du Gap, le Natal offre dans sa région littorale des produits tropicaux {canne à sucre, arbre à Ihé) qui contribuent avec la houille à sa prospérité. La population blanche ne compte, par suite du climat, que 100.000 tètes, àcôtédel40. 000 Asiatiques(coulis)et de 950.000 indigènes. La capitale, Pietermarilzburg (30. 000 hab.), est moinsimportantequeDurban(ou/'or/-iVa^a//100.000hab.), où aboutit une des voies ferrées qui desservent l'Orange et le Transvaal.
L'Orange et le Transvaal, dont la population totale peut s'estimera l. 700.000 hommes de couleur et GOO.OOOblancs, sont de grands plateaux d'élevage, où les populations seraient restées clairsemées si la découverte de Vor et des diamants n'avait soudain fait naître en quelques points les agglomérations urbaines les plus actives de toute l'Afrique australe. Blœmfontein, capitale de l'Orange, n'a encore que 27.000 hab. Mais au Transvaal, Johannesburg, fondée en 1885, a grandi avec une rapidité inconnue mêmede l'Amérique; aujourd'huielle com^e 250.000 hab., dont 140.000 blancs. « Et de chaque côté, l'énorme ville se prolonge dans le Rand en une rangée ininterrompue de mines d'or, de compounds (baraquements) pour les travailleurs noirs ou jaunes, de bourgs dont quelques uns, comme Bocksburg et Germiston, sont de vraies villes. En même temps, à peu de distance vers le N, la capitale politique, Pretoria, ^Q muait soudain en ville moderne, grâce aux mines de diamant et d'étain qui l'avoisinent. Depuis 1896,elleapassédel2.000à 60.000 hab., dont35.000 blancs. Prétoria,JohannesburgetleRandconstituentlev/•â:^■cen/7'e économique de Vx\frique australe » (d'après Ghassigneux).
Itî. — Développement économique. — Bien qu'elle ne manquât pas d'aptitudes agricoles, l'.Vfrique australe anglaise est pendant longtemps restée essentiellement un pays minier. L'attrait de l'or et du diamant faisait négliger la mise en valeur du sol. G'est de l'unification de l'Afrique australe, en 1910, que date une (;voIution économique qui va mettre l'Union Sud-Africaine au rang des autres grands Dominions anglais.
L'AFRIQUE AUSTRALE 415
Non pas que l'exploitation mfinière soit en décrois- Bance. L'Afrique australe reste un Eldorado qui extrait chaque année de son sol plus de 150 millions de fr. de diamant, et près de / milliard de fr. d'or. Le principal centre de l'extraction du diamant est Kimberley. Quant à l'or, il se trouve surtout dans le Transvaal, où on l'a découvert en 1864 et exploité en grand à partir de 1884. La production aurifère de l'Afrique australe (Transvaal et Uhodésia) est la plus considérable du monde : depuis la découverte jusqu'en 1918 on a extrait du Transvaal pour 14 milliards de fr. d'or.
La population ouvrière de la région aurifère dépasse 100.000 travailleurs, dont 75.000 noirs et près de 30.000 Chinois, importés afin de remédier à la rareté de la main-d'œuvre. C'est un chiffre égal à celui des mineurs dans l'ensemble des charbonnages français, avant la guerre.
Outre l'or et les diamants, l'Afrique australe exploite le cuivre, Vamiante, la houille (10 millions t.), ïétaiii, le fer, etc.
Mais surtout l'Afrique australe est en train de devenir un pays agricole et un pays industriel. Après être pendant longtemps restée tributaire de l'étranger pour tout ce qui est nécessaire à la vie, l'Union Sud-africaine suffit maintenant à peu près à son alimentation. Elle a commencé à exporter du maïs et des produits de ferme ; elle produit de la laine, elle développe ses plantations de canne à sucre et de coton. La guerre a également provoqué la naissance àHndustries très variées (conserves alimentaires, savonneries, tanneries, traitement des minerais, etc). Aujourd'hui la valeur de la production minière est largement dépassée par la valeur de la production agricole, etpresqug atteinte par celle de la production industrielle.
Le commerce de l'Union Sud-africaine dépassait déjà en 1913 2 milliards ij^ de fr., dont plus de 1 milliard \f± pour l'exportation (or, diamant, laine).
Pour mettre l'intérieur du pays, et notamment la région minière du Transvaal, principal foyer de consommation,
en relation avec l'Eurape, on a construit de nombreuses Voies ferrées, dont plusieurs partent de ports non anglais et traversent les territoires portugais : ligne de Heïra à Salisbary (dans la Rhodésia britannique), lignes de Lourenço-Marquès et de Durban à Pretoria, lignes d'East- London et de Port-Elizabeth à Blœmfontein et à Johœnnesburg, ligne du Cap à Salisbury par Kinaberley. Cette dernière, tronçon de la future ligne du Cap au Caire, s'enfonce à travers les steppes des Betchouanas et desMatabélés, franchit le Zambèze aux chutes Victoria, pousse au cœur du Nyassaland et jette un embranchement-vers la région minière du Kataiiga belge.
Des se7^vices réguli'ers de navigation mettent Le Cap, Port-Elizabeth, Durban, Lourenço-Marquès en relations avec l'Europe.
Maintenant que les conflits de races ont cessé détre à l'état aigu, l'avenir de l'Union Sud-africaine apparaît magnifique.
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L'AFRIQUE AUSTRALE
QUESTIONS A ETUDIER
tl7
Etudier une coupe de l'Australie le long du 30° paralJèie.
Etudier une coupe de l'Afrique australe le long du 23° de longitude E.
Comparer l'Australie et TAfrique du Sud pour le climat et les zones de végétation, — pour le développement de la colonisation, — pour l'exploitation aurifère.
La question des races en Afrique australe.