‹ Les principaux edifices de la ville de Rouen en 1525, dessinés à cette époque sur les plans d'un livre manuscrit conservé aux Archives de la ville, appelé Le livre des fontaines;Chapitre 35 sur 37 · N 2. LES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

N 2. LES GÉNÉRAUX

Édifice bâti en 1509, sur La place du Parvis-Notre-Dame, et nommé alors les Généraux , du nom donné aux officiers chargés de répartir et recevoir les impôts créés extraordinairement sous le nom d'aides ou subsides. On l'appela depuis, Cour des Aides, Bureau des Finances. Cette juridiction fut, en 1705, réunie à la Chambre des Comptes, et cet édifice n'eut plus de destination spéciale. Le dessin ci-joint ue donne qu'une idée imparfaite de l'ordonnance du monument et de la prodigalité des ornements sculptés qui le décorent, tant sur la façade de la place Notre-Dame que sur celle en retour d'angle sur la rue du Petit-Salut. Quelques rapports de style avec le château de Gaillon ont fait présumer, avec quelque raison, qu'il était l'œuvre du cardinal d'Amboise et de ses architectes. En 1823 et en 1827, cette maison a subi plusieurs mutilations notables, et c'est à cette époque que l'on supprima la demi-tourelle en encorbellement qui surmontait auparavant ta porte principale.

omme nous l'avons l'ait pour l'église Notre-Dame, nous avons été obligé de diviser en quatre planches le dessin de grande dimension du Logis de C Archevêque que nous trouvons sur les plans du Manuscrit des Fontaines.

L'une de ces planches, n° 41, nous offre la porte d'entrée et les bâtiments qui s'étendent le long de la rue des Bonnetiers ; les trois autres planches n0i 42, 43 et 44, représentent la longue façade qui régne sur une grande partie de la rue Saint-Romain. Ce palais, riche et spacieux , ne fut primitivement qu'une modeste demeure, augmentée et embellie successivement par divers archevêques : Guillaume, surnommé Bonne-Ame , en jeta les fondements en 1079. En 1302, le Chapitre, sous l'archevêque Guillaume de Durefort, fit faire la porte fortifiée qui est représentée dans la planche 41 , et qui fut remplacée par la porte actuelle , édifiée sur les dessins de Mansard. En 1461, Guillaume d*Eslouteville , cardinal et légat, réêdifia presque en entier ce logis sur un nouveau plan, en augmenta les proportions et y employa plusieurs architectes; mais il mourut avant

do l'avoir terminé. Les archevêques Georges d'Amboise et Claude- Maur d'Aubigné y ont mis la dernière main.

Il faut, dans La planche 4i, observer trois édifices distincts qui font suite, sur la rue Saint-Romain, au palais Archiépiscopal: le premier, à gauche, remarquable par une très grande fenêtre , était primitivement la chapelle où l'on conférait les ordres sacrés, et depuis la salle de l'Officialité (1), à laquelle étaient réunis des prisons et autres lieux accessoires. Le double portail qui occupe le milieu de la planche, est appelé le portail des Libraires , et forme, sur la rue Saint-Romain, la clôture du petit parvis qui précède de ce côté le portail latéral de l'église Notre-Dame , petit parvis dont le pourtour était garni jadis de boutiques régulières occupées par des libraires; enfin, l'édifice à droite des dessins, est le pignon de la Bibliothèque, du Chapitre et des Archives, construction du xvc siècle.

(1) Ancien tribunal ccclésiastuiiic.

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limitant lliumii.

£ es Joutâmes.

es hautes collines qui entourent la ville de Rouen produisent des sources abondantes, dont les eaux salutaires, conduites dans différents quartiers, contribuent en môme temps aux besoins publics et à l'embellissement de la cite. Il existait plusieurs fontaines à Rouen , dès le xu° siècle. Mais ce n'est guère que depuis l'an 1500 qu'elles se sont multipliées , et qu'on en fait un objet de décoration. On en compte plus de 40 , mais toutes n'ont pas été et ne sont pas actuellement remarquables.

Ces fontaines sont alimentées par quatre sources principales: La source Gaalor est la plus anciennement utilisée et la plus considérable; on assure qu'elle était connue du temps de saint Mellon ; elle est située dans une roche, au pied du Mont-aux-Malades. Elle alimente IV fontaines;

La source dite de Darnétal , située sous la montagne du Roule , près le village de Saint-Léger; elle alimente 10 fontaines, et les eaux en furent conduites en ville en l'an 1500, sous l'épiscopat du cardinal d'Amboise , et en partie h ses frais ;

La source d'Yonville ou de Saint-Filleul, sous la montagne Sestel, prèsBapeaume ; les eaux en furent amenées en la ville de 1 510 à 1515, jusqu'il la rue Chouquet seulement, et , en 1518, jusqu'à la fontaine Lisieux ; elle alimente 0 fontaines;

La source Notre-Damk prend naissance près du lieu où était l'ancienne tour Bigot, vers le boulevard Cauchoise; elle alimente 5 fontaines.

Costa l'occasion de l'établissement de la plupart de ces fontaines , comme nous l'avons dit ( voyez le Préliminaire), que Jacques Le Lieur, alors échevin , exécuta en 1524 (1) le Livre des Fontaines. 5lfln (dit-il au commencement du livre) >e donner à copoistee à nos successeurs qui sont à uenir, et aussi affïn que, pur longueur lie temps, ne soit mis en oubli Voit nient et on sont les sources et commencements l>es ïiites fontaines, etc.

Et, comme nous avons vu qu'il l'a fait pour les édifices remarquables qui se trouvaient sur le tracé du parcours souterrain des eaux des dites fontaines, il nous a aussi conservé, dans les dessins qui ornent ses plans géométriques, l'aspect monumental des fontaines qui existaient alors; nous en trouvons 9 :

La fontaine de la Crosse (planche 45, n° i) , à l'angle de la rue des Carmes et de la rue de l'Hôpital , adossée à une maison qui appartenait à l'abbaye de l'Isle— Dieu , et où pendait pour enseigne une crosse, qui est figurée dans le dessin : charmant monument que nous avons vu presque encore en son entier, et qui est maintenant en état de ruine à peu prés complète; il date de la fin du xve siècle.

La fontaine Saint-Vincent (planche 45, n°2), adossée à une maison sur un des côtés du parvis de l'église Saint-Vincent. Cette belle fontaine, divisée en plusieurs compartiments , surmontée d'une pyramide, de dômes et de riches balustres avec figures, offrait , en sculpture de ronde bosse, l'adoration des bergers et des rois mages à la naissance de Notre Seigneur , et les eaux s'écoulaient par deux têtes d'âne et de bœuf, en bronze.

La plus grande partie du monument, qui datait du règne de François 1er, était peinte et dorée. Il n'en reste aueun vestige aujourd'hui.

La fontaine de la Grosse-Horloge (planche 46, n° 1er), placée au pied de la tour du beffroi, de structure gothique et de forme pyramidale, datait de 1456. On l'appelait la fontaine Massacre, du nom de la porte dont elle était voisine. Elle fut détruite en 1731 , et remplacée par celle qui existe aujourd'hui ; œuvre de Jean-Pierre Defrance, architecte et sculpteur. Celle-ci offre, pour sujet principal , les figures en haut-relief d'Alphée et Àréthuse, dorées en plein , ainsi que les figures et ornements accessoires. Elle a coûté 5700 livres.

La fontaine Sainte-Croix (planche 4G , n° 2), établie en 1500 , par les soins de Georges d'Amboise, au carrefour de la rue des Faulx et de la Boucherie Saint-Ouen, prés l'ancienne église Sainte-Croix. Le dessin de Le Lieur nous donne une haute idée de cette magnifique pyramide , ornée de pinacles, de figures , de clochetons , et presque entièrement dorée , à laquelle , dans le siècle dernier, on a préféré le plus que modeste monument qui la remplace aujourd'hui.

La fontaine de la Croix-de-Pierre (planche 46 , n° 3) , dans le goût de la fontaine précédente , mais moins considérable. Elle fut élevée aussi en 1500, et aux frais de Georges d'Amboise, en un carrefour de la rue Sainl-IIilaire , où il existait une croix en pierre. Cette fontaine, aujourd'hui horriblement mutilée, pourrait être réparée, et l'on conserverait au moins, ainsi , un spécimen des fontaines de ce genre qui décoraient la ville de Rouen.

La fontaine de l'Archevêché (planche 47, n° 1 ); jolie fontaine , dans le style de la renaissance , a plusieurs vasques avec figures , qui ornaient les jardins de l'Archevêché ; détruite dans le dernier siècle.

La fontaine de Notre-Dame , planche &7 , n° 2. C'est ainsi qu'é-

tait primitivement la fontaine de Paître ou du parvis Notre-Dame, alors beaucoup plus rapprochée du portail de l'église. Eu la déplaçant, ou l'a reconstruite sous une nouvelle forme , qui, à beaucoup d'égards, nous fait regretter l'ancienne.

La fontaixe du Vieux-Marcué (planche U7, n° 3), monument peu important, dans le goût de la fontaine Notre-Dame , mais moins orné, remplacé, à l'époque impériale, par une autre fontaine, que l'auteur d'un nouvel itinéraire de Rouen, publié en 1843, décrit laconiquement ainsi : masse compacte de pierres, dont un architecte a cru avoir fait une fontaine.

La fontaine de l'Hôtel-Lisieux. En 1518, Jacques Le Lieur étant conseiller de ville, le cours de la fontaine d'Yonville, qui, en 1515, avait, comme il est dit ci-dessus, p. 89, été arrêté au coin de la rue du Chouquct , fut prolongé jusqu'en la rue de la Savonnerie, et vint aboutir au pied d'un manoir appelé la Maison de Lisieux, parce qu'il appartenait aux êvêques de Lisieux , et là, on adossa contre le mur de cette maison une fontaine qui ne fut pas une des moins magnifiques de l'époque, et qui, aujourd'hui même, malgré son état de ruine presque complet, mérite encore l'attention des curieux.

L'auteur du Livre manuscrit des Fontaines dont la maison était voisine, et qui, en récompense de ses éminents services, avait obtenu pour son usage un filet d'eau ( voir le Préliminaire , p. 5i ), présida à la construction de cette fontaine, et il se plait à en faire, dans le livre qu'il nous a légué , une description toute particulière et avec tous les détails des faits qui se rattachent à cet œuvre. Nous •Mi extrayons ici ce qu'il y a de plus important, en conservant le style de l'auteur :

jJrinriymut ÉMfùre ùr Hourn.

en 1525

ÏTo n lui h r

<&oit noté ( dil-il ) que le dit cours ( celui de la fontaine

d'Yonville, qu'il décrit jusqu'à la fontaine Lisieux), sort de deur salamandres de rniurc sonbs une très belle et magnifique masse toc pierre en laquelle est figuré le mont t»e |ilarnassns où est |!U)ilosapl)ie , 3tppnllo le d)eual ^légasus et les neuf Jlluscs. X) a doubles caljots et doubles conduits qui sont conduits et menés l'ung contre l'antre pour les causes qui en après sera déclaré.

<&oit noté qu'il v a dedans la cuve étant au roiu de la porte de moi dit JTe iTienr deur cljanteplures etc.

<^oit noté que l'une des ïiitcs djantcplurcs eu la dite cuue sert à soubtenir et lacljer les canes pour les faire courir ordinairement par les deur salamandres, et l'autre rljantcplurc sert ponr lacljcr les canes et pour faire nng trinmplje deuant quelques personnes Ijonncstcset pour une nouoeauté en les faisant courir par les neuf instruments des neuf iîluscs par les denr mamelles de |[ll)ilosoph,ie et en nng gros bon : lion étant sortissant de dessoubs le rié du cljcual pégasns en contcmplacion de la fiction poétique de la source des canes.

Tous les travaux à ce relatifs furent exéc utés par maître "Uonland le "ttour maître maçon juré de la dite utile maître Jtlartin jOespcruun. maître erpert et maître |l1icrre Cornillau fontenier, sous la direction de maître £e iTienr lors conseiller de utile maître llicolc (Osmont qnartcnicr et maître Uobcrt iTe JWoine maistre des ouurages de la dite pille etc.

L,a plupart des frais furent payés par noble Ijonuue (Guillaume %t Honr , seigneur du Bonrgtljeronlde conseiller du Hou en sa cour de parlement à lionen qui comme urau et bon jélatcnr du bien publique pana de ses propres deniers tous les onuriers besognant en ces cours et presta à la pille jusqu'à la somme de donje à quinje cents liurcs

tournons lesquels lui fuient rendus et remboursej et plnst ù McUt 5>'tii)iieiu* qu'il i? enst en ladite nille gros nombre toc tels bons citoyens désirant ainsi snbnenir nur nécessitej toe la î»ite utile les ras offrant.

La fontaine Lisienx avait été primitivement peinte et dorée, et on assure que, depuis, pour ajouter à la solennité des réjouissances publiques, on avait trouvé moyen, en place d'eau, de faire couler du vin par les différents tuyaux. On pourrait peut-être, sans beaucoup de frais, rétablir ce monument dans son premier état.

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