PREFACE DES QUATRIEME ET CINQUIÈME ÉDITIONS
La présente édition de ce livre peut être regardée presque comme un travail nouveau. L'ancien titre et les divisions originales du sujet lui ont été conservés, mais une grande partie du premier. texte a été renouvelée, et, pour le reste, la plus grande part en a été si profondément modifiée par les remaniements, les coupures et les additions qu'elle est, en fait, nouvelle. Çà et là, cependant, surtout dans les premiers chapitres, quelques pages sont restées intactes.
Ce livre a été publié, pour la première fois, il y a dix-huit ans. Depuis, le monde a vu la Guerre Hispano-Américaine, la Guerre des Boers, la Guerre Russo-Japonaise, les deux Conférences de La Haye avec leurs seize conventions, la Convention revisée de Genève, la Conférence- Navale, et son œuvre, qui marque ime époque, la Déclaration de Londres, l'entrée du Japon au rang des Grandes Puissances, et celle de l'Amérique Latine parmi les forces avec lesquelles on doit compter dans les transactions internationales, les Congrès Pan-Américains (à l'exception du premier), la Conférence Centre-Américaine de la Paix, la revision des cartes de l'Afrique du Sud et de TAsie Orientale, la transformation des États-Unis en puissance maritime et coloniale, la débâcle de la Turquie, l'agitation de l'Inde et de la Chine, enfin, à plusieurs reprises, le réajustement de l'équilibre européen, et, par addition, la création d'un équilibre mondial. L'internationaliste découvre une terre nouvelle, sur laquelle il voit se propager un esprit nouveau, ou plutôt la nouvelle et plus énergique manifestation d'un esprit aussi vieux que les commencements de sa science. Le Droit international n'était, à l'origine, qu'ime tentative d'imposer aux passions guerrières
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un frein, et de substituer à la force brutale l'appel à la justice dans les mutuelles relations des États. Les quelques années qui viennent de s'écouler ont vu s'accomplir, dans cette direction, infiniment plus de progrès qu'il ne s'en était jusqu'ici manifesté dans un même espace de temps.
Les deux Conférences de La Haye ont imprimé aux forces qui tendent à la paix une impulsion formidable.. Entre autres résultats, elles ont donné le moyen d'appeler à l'existence les tribmiaux arbitraux, et réglé la procédure à suivre devant eux. Ce mécanisme a déjà été mis à contribution à diverses reprises, avec d'heureux résultats. De plus, la suggestion faite aux Puissances, dans la Convention de La Haye pour le règlement pacifique des litiges internationaux, de conclure, à défaut d'un traité général d'arbitrage, des traités séparés avec leurs voisins respectifs, a été acceptée avec tant d'empressement que près de cent cinquante ont été conclus, tous encore en vigueur. Ceci en vue d'empêcher la guerre. Pour l'adoucir, et pour le bon ordre des relations internationales, les Conventions de La Haye et les autres textes acceptés par la grande masse des États civilisés offrent un code du droit des gens. Des tribunaux qualifiés pour l'interprétation et l'administration de ces règles se développent sous nos yeux. Nous attendons avec confiance une Cour internationale des Prises ; une Haute Cour de Justice arbitrale la suivra probablement de près. Enfin, si des sanctions sont nécessaires, un instrimient assez semblable à une police internationale est dans les limites de la possibilité.
Mais, à côté de ce développement de la préparation de la paix, on constate un accroissement simultané des préparatifs de la guerre. Ils sont devenus si onéreux que le prix payé par chaque nation pour sa sécurité, réelle ou supposée, tend à paralyser l'industrie, à empêcher les réformes sociales, et met les moyens d'agression aux mains de tous gouvernants qui poiuraient être enclins à méconnaître les droits d'autrui. ïl semble qu'il n'y ait point de remède, hors le lent et graduel développement des modes de solution pacifique et de là dis-
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position qu'on témoigne d'y recourir, jusqu'à ce que,. peu à peu, le monde laisse tomber sa coûteuse armure.
En écrivant les pages qui suivent, je me suis efforcé d'apercevoir clairement, dans son ensemble, la vie internationale. Ceux qui la regardent comme un cas d'application de la loi des animaux peuvent sans doute y trouver de nombreux arguments à l'appui de la thèse dont, si étrange que cela puisse paraître, ils semblent se faire gloire. Mais les fervents de la paix et de la sympathie universelle peuvent y relever plus d'un trait en faveur d'une capacité marquée pour l'exercice des vertus sociales. Les deux camps, d'ailleurs, me paraissent tomber dans l'erreur de passer trop à la légère sur les faits qui militent contre leurs vues. J'ai tenté de voir les deux faces en donnant au lecteur les moyens de conclure lui-même. En même temps, j'ai affirmé ma croyance que la période d'évolution rapide que nous traversons actuellement pourra, si les partisans de l'esprit de justice entre les nations savent être raisonnables dans leurs aspirations et persévérants dans leurs efforts, s'achever par l'établissement d'une société internationale organisée, munie des trois pouvoirs : l^slatif , exécutif et judiciaire. Si ce but pouvait s'atteindre, la guerre, avec le temps, deviendrait aussi anormale et aussi rare que la rébellion.
Dans l'intervalle, il appartient à celui qui expose le itis gen- Hum de ranger les règles des récents textes créateurs de loi à leur place exacte parmi les principes et les préceptes coutiuniers qui, jusqu'à une époque rapprochée, ont formé la substance même du sujet et qui sont encore nécessaires à l'explication et au perfectionnement des nouveaux. Tenter d'accomplir cette tâche, et aussi d'exposer les récents changements intervenus dans l'ordre international, n'a pas été mince besogne. Les documents à consulter sont volumineux, les commentaires qui s'y réfèrent le sont plus encore. Des versions des Conventions de La Haye ont été publiées en diverses langues ; mais c'est surtout à celle du Dr. A. F. Higgins, The Hague Peace Conférences^ que je suis redevable. Ses fonctions de
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professeur à Cambridge, à l'École d'Économie politique de Londres, et au Collège Royal de Guerre Navale ont donné, à ses savants exposés, une précision et une sûreté qui ajoutent grandement à leur valeur. Pour mener à bien mon entreprise, je me suis vu contraint, si je puis m'exprimer ainsi, de démonter pièce à pièce tout le mécanisme des Conventions de la Haye et autres textes, et d'en répartir à nouveau le contenu sous les rubriques qui me paraissent les plus propres à la division du Droit international. Par exemple, la petite Convention IX de 1907 est mise à contribution dans cinq de mes chapitres.
Durant les treize années, riches en événements, qui se sont écoulées depuis la troisième édition de ce travail, j'ai profondément modifié quelques vues et légèrement un certain nombre d'autres. Mais mon attitude générale est restée la même, et j'espère que ceux qui firent à ce livre, sous sa première forme, un généreux accueil, ne trouveront pas de raison, aujourd'hui, de changer leur opinion. Comme auparavant, je me suis efforcé de présenter un récit bien lié et de donner à mon exposé de certaines matières ordinairement rebelles au style un certain degré de clarté et de forme littéraire. J'ai trouvé, dans mes conversations personnelles avec ceux qui prirent une part à nombre d'événements et de règles ici exposés, un inestimable avantage. A tous, ainsi qu'à tous ceux dont j'ai consulté les ouvrages ou qui, d'une autre manière, ont mis leur concours à ma disposition^ j'exprime ma sincère gratitude.