‹ Les principes de l'Hon. M. Mercier [microforme]Chapitre 15 sur 15 · M. MERCIER ET LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

M. MERCIER ET LE PRÊTRE

Si M. Mercier sait au besoin aëuler ‘le clergé, iltne se gêne guère d’accuser ses membres, lorsque l’opportunisme l'exige.

$ 1 Un jour dans un procès qu'il plaidaït en cour de justice à St-Hyacinthe contre un conservateur dont il venait de trahir le parti, il poussa le manque de respect jusqu’à retenir, pendant deux jours dans la salle d'audience, M. l'abbé Ouellet, Supérieur actuel du Séminaire de cette ville, sous le spécieux prétexte qu'il voulait l’interroger comme témoin, mais évidemment pour le molester.

$2. Dans l'Union, journal libéral dont il était alors collaborateur, ce fut M. l'abbé Chartier, aujourd’hui du Séminaire de St-Hyacinthe, qui fut à son tour/insulté en 1876.

$ 3. La contestation de l’électfon du comté de Jacques-Cartier, en 1884, dans laquelle M. Mercier était destiné à recevoir $5,000 comme prix de vertu, fournit à cet avocat l'occasion d’accuser l’Hon. M. Mousseau d'avoir acheté l'influence de deux prêtres, jouissant pourtant de la considération publique, M. l'abbé Perreault, curé de Ste Geneviève, et M. l'abbé Chevrefils, curé de Ste Anne du-Bout de l'Ile,

Voici le texte même de l'accusation portée contre eux, dans les plaidoiries, par M. Mercier.

2. Le défendeur [M. Mousseau] dans le cours de l'été de 1882, a promis et il a fait otenir de la législature de Québeo, à sa session de 1882, à Messire Perreault, euré de Ste Geneviève, et à un grand nombre d’autres électeurs de «ette

paroisse, une somme de 8500 pour aider à ls construction du collège commercial de l'endroit, afin de les engager à favoriser son élection et à voter pour lui.

6. Le défendeur, dans le cours de l'été de 1882 a promis et fait promettre à Messire George J. O. Chevrefils, snré de Ste Aane, des sommes d'argent considérables en règlement ou compensatior de certaines difficultés qu'il avait aveo lo gouvernement fédéral, pour l’engager à favoriser la dite élection et à voter pour lui.”

Ces accusations étaient fausses et mensongères, comme bien on pense, et tout-à-fait malicieuses.

M. l'abbé Perreault écrivit à un journal de Montréal pour repousser cette accusation de vénalité, Dans sa lettre il disait :

“ Tout ce que je regrotte, c’est de n'avoir pas eu l'occasion de rendre témoignage dans la première contestation, car j'aurais établi que je n'ai ni écrit ni fait écrire, ni vu M. Mousseau lors de son élection, sauf une petite visite de sioq mioutes le jour de la présentation des candidats, en présence de plusieurs témoins. . À cette visite il ne fut question ni de demande ni de promesse, pas même du collège.”

M. Mercier a distribué plusieurs cadeaux dans différentes localités de la province, depuis qu'il est au pouvoir, Il a donné à telle paroisse une cloche, à telle autre une offrande pour l’église, à tel collège ou à tel couvent une gratification à même le trésor public. Il a accepté aussi avec empressement d’être le parrain de plusieurs cloches. Etait-ce parce qu'il croyait notre clergé susceptible de se vendre, comme il l'affirmait dans le cas de l'élection de Jacques-Cartier ou espérait-il acheter son silence ?

| Qui connait le fonds de la pensée de cet opportuniste sans vergogne ?

On se rappelle les $300 qu'il fit remettre au curé | de Knowlton en pleine lutte électorale, pour une école qui n'existait pas, pendant qu’un agent d'élection écrivait à ce même curé d'employer cet argent comme il le voudrait,

AD Ce D RRETEPER PP UP FEAR CES CN EM rapRpaRe

DS EE tes de TE

Qu'on lise la lettre de M. Rodolphe Lemieux au curé Bachand.

Montréal, 26 Novembre 89.

Rév, M. Bachand, St-Edouard de Kuowiton, Cher monsieur et ami,

Je sufs heureux d'apprendre que l'honorable premier-ministre ait favorablement reçu votre demande. Je savais qu'en s'adressant à lui, il y ferait droit. Ce qui distingue par dessus tout Monsieur Mercier, c’est son esprit de charité et son bon cœur, Quant à la question que vous me posez, je ne saurais y répondre impertinens. Il est évideat que si Monsieur mercier a consenti à vous accorder le montant que vous lui demandiez, c'est qu'il entendait vous ea laisser la libre disposition, Vous êtes done justifiable, il me semble, d'employer ces argents à vos œuvres. [lue serait peut-être pas inopportun, [et ceci est mon opinion personnelle] üe faire couvaître Monsieur Mercier à vos paroissiens, après un tel acte de sa part.

J'ai l'honneur d'être Votre tout dévoué, RoDOLPHE CEMIEUX.

On remarquera surtout le mot de la fin par lequel M. Lemieux demande au curé de faire connaitre à ses paroissiens le bon, le généreux M. Mercier.

En effet quel grand cœur un premier ministre doit posséder pour payer, en pleine lutte électorale, non de sa propre bourse, mais aux dépens de la caisse publique trois cents piastres pour une école gui n'existe pas. Certes, il méritait bien, ce magnanime M, Mercier, qu'on proclamât son nom du haut de la chaire de vérité, comme un bienfaiteur incomparable,

Oh M. Lemieux, comme vous aviez bien compris la pensée du Premier Ministre !

Sa Grandeur Mgr Moreau de son côté comprit si bien la pensée de l'Hon. M. Mercier qu'il lui écrivit une lettre, rébuffade bien méritée, Il le pria fort poliment mais bien explicitement de ne plus chercher à compromettre le clergé à l'avenir.

Voici cette lettre :

St-Hyacinthe, 18 février 1890, A l'honorable M. Mercier, Movsieur le Premier,

Je viens de voir sur les journaux les documents produits devant le comité des comptes publics relativement à l'affaire de St-Edouard de Kaowltor. Ne voulant pas tarder à ame. ver le dénouement dans cette affaire et à donner satisfaotion à l'opinion publique, je vous informe que j’ordonne à l'instant à M. Bachand de remettre au gouvernement les trois cents piastres reçues dans le mois de novembre dernier, Veuillez en informer aussitôt le comité des eomptes publ :s et clore ainsi ce pénible incident,

Je veux croire que M. Bachand a été animé de bonnes intentiors en retardant de faire parvenir à destination l’argent qu'il a reçu pour les écoles de sa paroisse. Quelles qu’aient pu être ees intentions, ce retard fâcheux va être

réglé par les mcyens cunoniques dont je dispose,

Afin d'éviter pour l'avenir de semblables désagréments, je prie votre gouvernement de refuser toute considération aux demandes de secours qui pourraient être adressées par les prêtres de ce diocèse et qui ne seraient pas apostillées par l'Ordinaire.

Je demeure bien sincèrement, M. le Premier, votre dé.

voué serviteur.

t L.Z., Evêque de St-Hyaointhe.

& 4. M. Mercier a dit un jour en chambre ce qui suit du curé Labelle, d’après des notes prises sur le champ :

“J'aicrr * aussi longtemps que M. l'abbé Labelle était wo véii sp > de la colonisation et un bienfaiteur de son pays : ur où j'ai découvert qu'il n'était qu'un partisun , ie jour où je l’ai vu organiser la cabale contre le parti 1004), le jour où je l’ai vu consciller M. Chapleau et

| le député local de Terrebonne et où je l'ai vu travailler ef: | frontément pour empêcher que la cause nationale ne triom- | phât, ec jour là j'ai appris à connaître ce qu’est réellement le | euré Labol.o,”

Les besoins de sa politique lui firent peu de temps après offrir à Mgr Labelle la situation de député ministre de l’agriculture.

Opportunisme et politique payante !

$ 5. Reportons-nous au mois de mars 1889, Ily

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eut une nombreuse assemblée à Montréal pour demañder que la loi donnât à la cité le droit de fixer le : nombre des licences, dans l'intérêt de la moralité publique. Plusieurs membres du clergé et les citoyens les plus influents tant protestants que catholiques y assistaient,

En l'absence de l’Archevêque Fabre qui n'avait pu s'y rendre, le curé M. Sentenne p:ésida cette importante réunion,

Les débitants de iqueurs envoyèrent une députation auprès du Premier ministre à Québec pour s'opposer aux résolutions de l’assembiée des citoyens. M. Mercier leur adressa la parole et voici ce qu'il dit en substance, d’après les journaux.

“ M. Mercier demande ce que l’associatiun a fait pour protézer ses intérêts, Les deux évêques de Montréal avaient convoqué une grande assemblée au cabinet de Lecture et out fait signer une requête. Où était alurs l'association ? Pourquoi ne se son -ils pas défendus à l'assemblée qui n'était qu'une affuire politique montée par M. Pagauelu et autres...

M, Mercier parla ensuite des principes de tempérance fanatiques et excentriques et avertit les membres de l'association que s'ils ne se protégeaient pas eux-mêmes 7/5 seraient écrasés par des fanatiques de la témpérance. ; +

Etait-ce bien respectueux pour, le clergé.et les amis de la tempérance à Montréal ? Ç

N'est-ce pas qu'il y a gs démagogue.che: M. Mer+ ; cier ? il n’existé pas de doute chez ceux qui le cannaissent à fonds. ©

nistre, äu sujet du projet de loi pour constituer léga-.. lement la compagnie de Jésus,

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Nous n'avons pas à dire si M. Mercier avait raison ou non de s'opposer au sursis demandé par le Cardinal Archevêque de Québec. Nous ne faisons allu-

ÿ: sion qu’au langage hautain et déplacé du Premier ministre à l'égard de Son Eminence et fort peu respectueux pour l’épiscopat.

Dans sa lettre du 27 avril 1887, le Cardinal disait :

. - ‘ Dans le moment antuel il ne s’agit nullement entre vous

et moi de discuter si” bill est conforme ou non à la loi de l'Eglise et aux intentions du Saint Siège, mais comme j'ai eu l’honneur de le dire dans ma lettre du 22 courant, il s agit de donner aux évêques le temos d'examiner et de äiscuter ensemble ce projet de loiet d'en référer au St Siège s'ils le jugent à propos.”

Dans la réponse de M. Mercier, datée le 28 avril, on trouve l'étrange paragraphe suivant.

‘ J'ai dit que si Nos SS. les évêques étaient uuanimes, mon devoir serait tout tracé, mais je ne me suis jamais engagé à suivre aveuglément l'opinion de la majorité des Evéques.”

En comité général dela Chambre, M. Mercier s'étant oublié au point de se servir de paroles que les députés considérèrent comme ïinsultantes pour le Cardinal et qui accusaient chez le Premier-ministre un manque de savoir vivre fort prononcé, ce qui du reste n'avait pas lieu de surprendre, Son Eminence écrivit au Premier-ministre, le 4 mai, ce qui suit :

“ Je crois avoir le droit de me plaindre de certaines ex- | pressions regrettables employées par le Premier ministre de | cette catholique province, dans la discussion qui a eu lieu en comité géréral. En réclamant comme je l'ai fait, ce que je crois être les droits de l’épiscopat, je n’ai fait que mon devoir ; 1l ue s’en suit nullement que je puisse être appelé ua tyran qui veut opprimer le faible ni une persécuteur de la compaguie de Jésus.”

M. Mercier, le lendemain, écrivit au Cardinal l’explication suivante qui ne faisait que confirmer ce qu’on l'accusait d’avoir dit :}

SA RP SATA MENT PANERTS « ANA IETTEUR PAC NE à A APN SET NC DUT AE SON . ) n

D'abord, il nia, ce qui est dans ses habitudes, “ Votre Eminence, dit-il, x été mal informée,” Puis il continue :

‘ Quelques députés opposés au bill s'étant servis du nom ds Votre Eminence avec une inconvenance regrettable pour influencer la députation et laisser croire que j'étais en révoite ouverte avec un prince de l'église et l’épiscopat canadien, j'ai protesté énergiquement contre ce système d'intimidation et dit que nous n'étions pas des enfants, mais des hommes livres de juger cette question purement civile au meilleur de notre connaissance, que nous n’avionus ps d'ordre à recevoir de qui que ce soit et que nous devions protéger le fable contre le fort et soutenir les bons Pères Jésuites contre leurs persécuteurs."”

C'était sonore, mais creux.

Le cardinal Taschereau écrivit de nouveau :

‘ Dans ce résumé (lettre de M. Mercier) se trouvent en toutes lettres les expressions mêmes dont vous vous êtes servi et dont je me suis plaint. (C’est en vain qu'après cela vous protestez de votre plus graud respect pour moi personnellement et pour les autres prélats canadiens...’

Avec ces airs de fanfarons qu'on lui connaît, M. Mercier répliqua :

‘ IL faut que j’aie tort pour avoir osé défendre la cause de s2ints religieux Janus une chambre catholique. En France les législateurs expulsent les jésuites et leur refusent les droits des autres citoyens ; dans la province de Québec les légis'ateurs les protègent et leur accordent les droits civils,

‘ En France les législateurs sont censurés, et avec raison, prr les autorités religieuses à cause de cette persécution inique. Dans la province de Québec les législateurs sont menacés d’encourir la disgrâce d’un Prince de l'Eglise paree qu'ils ont cru de leur devoir de soutenir ces religieux.”

On reconnaît bien dans ce langage le démagogue ‘aisant argent de tout.

Le Cardinal Taschereau finit par dire à M. Mercier.

“ Je compte bien que plus tard, quand vous lirez à éête reposée vos discours et vos lettres, vous regretterez bien des passages qne vos meilleurs amis on déplorés.”

Mr

Au Conseil "législatif, Mgr Hamel, dans un mémoire protesta contre les énsinuations malveillantes calomnieuses de M. Mercier. (Textuel).

M. Lafontaine, député de Napiereville, ami politique de M. Mercier, en fit autant devant le comité de la Chambre.

$ 7—Terminous cette nomenclature des principes libéraux, nous pourrions dire démagogiques du chef national par un sujet auquel nous avons consacré quelques pages de ce travail.—la tenue des régistres de l'Etat civil,

On se rappelle la circulaire envoyée en 1887 aux Protonotaires par M. Mercier concernant la tenue des régistres de paroisses, dans laquelle il assimilait le curé à un fonctionnaire de l’état, lui appliquant lépithète de délinquant.

L'année suivante ce fut sous les auspices de son gouvernement qu’un projet de loi fut présenté pour séculariser les régistres des baptêmes, mariages et sépultures, mettre le clergé sous la férule de l'Etat et infliger une amende de $1.00 à $20.00 aux curés transformés en fonctionnaires publics.

Ce bill ne put être adopté à la Chambre Haute,

En 1889 le même projet de loi fut de nouveau présenté par le gouvernement, puis retiré devant les protestations des députés conservateurs,

Dans ces deux projets de loi M. Mercier ‘n'a t-il

pas donné la mesure de ses principes : galicans et de son libéralisme ?

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L’Annexion.

L'annexion du Canada aux Etats-Unis a été re-gardée de tout temps comme contraire aux intérêts religieux et nationaux du peuple canadien français.

Cette alliance d'un peuple de cinq millions d’âmes avec une nation qui compte audelà de 6Q millions, serait le coup de mort porté à notre nationalité.

Notre langue maternelle cesserait d’être langue offcielle ; on ne pourrait en faire usage à Washington comme on le fait à Ottawa.

Nos lois civiles, ce bel héritage légué par la France, que nous avons conservé avec tant de sollicitude depuis la cession du pays à l'Angleterre, disparaitraient devant le droit américain.

Nos écoles paroissiales seraient fondues dans le système scolaire des Etats-Unis, et notre population serait obligée de se taxer lourdement pour jouir de la liberté qu’elle possède aujourd’hui de faire,instruire ses enfants dans cet atmosphère religieux qui les préserve dés atteintes meurtrières de l'impiété.

Dans le champ de la politique, la race française ne pourrait avoir dans le Congrès l'influence qu'elle exerce aux Communes du parlement fédéral.

Aurionsinous même ## ministre canadien-français dans le cabinet du Pésident ?

Nous, canadiens-français, sommes aujourd’hui deux contre cinq ; avec l’annexion, nous serions deux consoixante et cinq. Où serait notre autorité et que deviendraient les garanties que nous possédons par le traité de Paris et la constitution de 1867 ?

De775 à nos jours le clergé et les hommes perspicaces de là province de Québec ont toujours manifesté la plus grande répugnance pour la réunion des deux pays, préférant travailler à fonder une nation

‘belle’et grande sur les rives du St-Laurent.

Cette idée d’annexion avait germé dans la tête du fonda teur du parti libéral, M. L. J. Papineau, qui ne

voulut jamais accepter le régime politique de 1841,et même opposa, en principe, le gouvernement responsable.

C'est dans son programme de 1847 que M. Papipineau inscrivit, comme article foudamental, l'annexion du Canada aux Etats-Unis.

Le nouveau programme formulé en 1854 par les libéraux, contenait le même article.

Dix ans après, lorsqu'on mit à l'étude le projet de confédération des provinces de l'Amérique Britannique du Nord, les libéraux du Bas-Canada croyant avec raison que la réunion de ces provinces donnerait une force nouvelle à la Couronne d'Angleterre sur ce continent et qu’on jetait les bases d’une puissance qui allait s'élever à côté de la république des Etats-Unis, employèrent tous leurs efforts pour faire échouer ce projet.

Les journaux libéraux entrèrent en campagne con-

tre la confédération en arborant le drapeau annexionniste, … Le Pays, le principal organe du parti. libéral, étala ses préférences pour le régime américain et il y eut un mouvement organisé aux Etats-Unis pour recevoir l'appui de nos compatriotes émigrés, en faveur de l'annexion, Des assemblées eurent lieu dans plusieurs endroits de la Nouvelle-Angleterre et des résolutions favorables à la séparation du Canada de la mère-patrie furent adoptées. Les canadiens d'Elmira rédigèrent un mémoire adressé au Général B. F. Butler et signé par le Dr Cadieux et autres. On y lisait le passage suivant :

“Il y a en Canada d’habiles et dévoués compatriotes qui regardent les Etats-Unis comme leur dernière espérarce. La phalarge des jeunes crnadiens généreux et amis de la liberté qui sont conduits par des hommes somme les Antoine Aimé Dorisn et les Luuis Antoine Dessaulles, et guidés par le flambeau de l’américanisme, demandent à entrer saufs dans notre port. Les refuserons-nous ?””.......

C'est en 1866 qu'on chercha à créer ce mouvement.

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Le 12 mars 1867, le Pays dit dans son premier Montréal :

‘“ Le mouvement pour empêcher l'établissement d’une confédération de l'Amérique du Nord se continue aux Etats- Unis. ”

Puis il reproduisait les résolutions des canadiensfrançais du Nord de l’état de New-York, réunis en convention à Albany, exprimant le désir de voir le Canada s’annexer à la république de Washington.

Plusieurs jeunes libéraux du Bas-Canada adhérèrent aux manifestations de leurs compatriotes des Etats-Unis, entre autres, MM. L. H. Fréchette, Alphonse Lusignan, Méderic Lanctot, etc.

L'épiscopat .‘:"1adien. protecteur constant de notre nationalité, : . deycir élever la voix pour mettre le peuple sur ses gardes, Des mandements furent publiés et dans l’un d’eux on lit :

‘“ Que ia prudence vous mette en garde contre les tendances de certains esprits et de certains journaux exaltés, qui sont Join de nous apparaître comme des guides que vous puissiez suivre sans danger. Fermez vos oreilles à l’insinuation perfide assez souvent répétée : ‘ Plutêt l'annexion que la Confédération telle qu’elle nous est donnée. ” Demeurez envainous qae pour ceux qui tiennent ce langage, la confédération n'est qu'un prétexte mis en avant, l'annexion est clairement l'objet de leurs cenvictions politiques et d’une convoitise qu'ils flaëtent et fomentent depuis asses longtemps. Nous en sommes témoia, Et à cotre estime, l'annexion, si jamais elle a liev, sera la mort ou la destruction certaine de notre vationalité qui ne vit que par nos institutions, votre langue, nos lois et surtout notre religion, et c'est parce que nous sommes plein de la conviction que tous nos intérêts religieux sursient grandement à souffrir de notre anpexiou aux Etats- Unis, que nous nous faisons un devoir de vous sigualer le danger. ”

Ainsi s'exprimait un de nos éminents prélats, Mgr Chs Larocque, évêque de St- Hyacinthe,

La confédération se fit, mais les idées d’annexion continuèrent à hanter le cerveau de certains libéraux.

Trois ans après l'inauguration du régime fédéral, il

* La proposition qui fut faite le fut-elle à. la .suggestion ou avec la connivence des libéraux canadiens de ‘la province de Québec ? nous l'ignorons ‘pôur notre -part.

Ce que nous savons, c'est que les journaux libéraux en parlèrent favorablement et exprimèrent l'espoir qu'avant longtemps le mouvement annexioniste se généraliserait.

La Gazette de St-Hyacinthe du 25 mai 1870, alla jusqu'à dire : “Il ne nous reste plus qu'à savoir “ quand se fera le dénombrement des voteurs sur “ cette question brûlante et qui le provoquera, ”

Durant cette nouvelle effervescence annexionniste, M. L. H. Fréchette alla à St Hyacinthe parler d’annexion dans une réunion des citoyens à l'Hotel de Ville, M. Mercier, aujourd'hui Premier ministre, assistant à cette réunion, prit la parole et se déclara aussi lui anrexioniste.

L'année suivante. en 1871, l'Hon. M. H. Fabre fit une conférence devant l’Institut Canadien de Québec, favorable à l'annexion.

Comme bien on pense, ce mouvement rata, et les libéraux annexionnistes remirent à plus tard leur rêve de séparation de l'Angleterre.

Depuis 1872 à 1870, la question sembla sommeiller, mais, à cette époque, l'Eclaireur, organe des libéraux de Québec, raviva la chose et s’écria : “ L’an- “nexion aux Etats-Unis nous serait beaucoup plus ‘avantageuse que la confédération actuelle des pro- “ vinces de l'Amérique britannique du Nord... . La “province, pour une, s'accommoderait donc mieux # à l'annexion qu'au présent régime. ”

En 1880 eut lieu à Montréal une agitation en faveur d'une union commerciale ou d’un zollverein ernte le Canada et les Etats-Unis. Le Globe de Toronto, opposé à cette union commerciue, se, crut obligé Jui même de dénoncer cette agitation, en ar: Fi nié aux idées d'annexion de certair.s hommes pu- #liCs,

fut question d'annexion au Congrès?de Washington.

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| En 1884:dansun-distours qu'il/prononça’sur l’autonemieodes : provinces, M.Mertiét, l'élors : cChef'üe l'opposition, déclara "ps 4b avait” êté Vadversaîre de la Confédération, r > ible, prouva de nouveaulen’ 1886. :

M. Fielding, Premier-ministre de :la Nouvelle. Ecosse, avait arboré dans (les élections générales du mois de juin de cette année le drapeau de la sécession ‘et conseillé aux électeurs des’provinces maritimes de se séparer du Canada. Les‘élections lui ayant été favorables, M. Mercier et ses amis envoyèrent de Québec à M.Fielding un télégramme de félicitations, en exprimant l'espoir d'en arriver au même résultat que lui avant longtemps.

Dans une circonstance plus récente, M, Mercier a prononcé des paroles qui ne sont peüt-être ‘pas très expliaites, mais si on les rapproche dés idées annexionnistes qu'il avait: en 1870 t'en 1871 èt de la déclaration qu'ila faite d'avoir été l'adversaire de la confédération des provinces, 6n ne peut s'empêcher d’y remarquer ‘une nouvèlle téndante “de'sa part en faveur de l'annexion du Canada aux'Etats-Unis.

C'était en 1887, à un bariquet ôffert à l'Hdn. M, Mercier lui-même, au restaurint Délmonico’à New- York, par quelques ‘américains, entre autres MM, Erastus Wiman, Fairchild, Levy.°"

Que: dit M. Mercier “inter pocula "?::

UN Je nésais ‘quelle sers ‘In destinés dè qu à ét du Ca mada. . Noës aimons là Réitée ‘ | Boëf sdù Yègne noùs libres et-indépeudante.: “La esnlo choëe' que fout derti

l'Angleterre c'0s$ de psyer 650, 000 par atnde au Gouvér: aeur qu'elle nous envoie,

La grande difficulté est la FM 45e; Dieu seul asit ji nous voulons que cette ligne disparuisse afin que. vous puissiez nous passer votre richesse, cl noue, un peu de notre pauvreté.”

‘Ce pouvait être un compliment à faire aux États: Unis que de parler de. leurs ; richesses, ms ,s cérn'en était .pas un à-la province de Québec de parler de’sa pauvreté. : Ce futiun mot bien malheureux ét toutàfait:déplacé dans la bouche du Prémiér-Ministre

qui était allé à New-York faire un emprunt et qui aurait pu vanter les ressources de sa province sans manquer à la vérité, Il commettait à New-York en 1887 la même faute qu'il avait conimise en 1884 à Toronto où, là encore, il avait représenté sa province comme une province appauvrie,

Lécrier sa patrie en pays étranger c’est le comble de la bassesse, M. Mercier préféra recourir à ce dénigrement pour mieux laisser entrevoir aux américains que le Canada ne serait véritablement prospère que quand la ligne 45e aurait cessé d'exister entre les deux pays.

Un an après le diner de New-York, l'Ekcteur,journal de prédilection de M. Mercier, entreprit, à la sourdine, une petite campagne en faveur de lannexion, Son chef et son inspirateur entrait en relation avec certains capitalistes des Etats-Unis pour la construction d’un chemin de fer à travers notre province ; il s'agissait de faire octroyer par notre législature des chartes dans ce but ; des amis du gouvernement y étaient tout spécialement intéressés, et comme l'or exerce sur certaines gens un empire plus séduisant que les sentiments nationaux, il fallait peut-être laisser entrevoir à ces étrangers que tôt ou tard la province de Québec tomberait dans le giron ‘ de la république voisine,

Pour entrer en matière, le journal de M. Pacaud, le 10 novembre 1888, réédita la “ Circulaire du comité de l'Association d'Annexion à Montréal, ” en 1849,!sous le spécieux prétexte que ce document était introuvable en librairie ; mais en même temps, il

ublia un article de quatre colonnes intitulé : “ Les orizons du Canada ”,

Il commença comme suit :

‘ Que personne ne s’effraie du sujet que traite aujourd'hui l'Electeur.

‘ Ce n’est pas notre prétention #i notre intention de tranouer la question, mais simplement d'exposer avec autant de réoision et de netteté que possible, la position qui sers aite au Canada, dans l'éventualité de grands changements

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politiques. Pour n'être pas d’une imminence absolue, ces changements n'en sont pas moins en perspective ; ils ocou-

ent sérieusement l'attention des hommes politiques ; ce sont es sujets qu’on peut discuter librement, d'autant plus qu’ils ne sont pas nouveaux. L'éventualité de l'annexion du Canada aux Etats-Unis est prévue chez nous, en Angileterre aussi depuis un bon demi-siècle, et dès 1849 le projet était discuté *. fond devant l'opinion, et il avait de nombreux partisans. ?”?

Après une étude comparative de la fédération impériale et de l'annexion, l'Eecteur se demande :

f Comment serait le Canada annexé aux Etats-Unis ? Rien de plus facile, ajoute-t-il, que de répondre à æette question. Il n’y a qu’à ouvrir la Constitution américaine et appliquer au Cunada les précédents créés par l'admission de nouveaux états dans l’Union.

“ Il n'y aurait presque pas de changement à faire. Les provinces tiennent à leurs limites actuelles, elles entreraient toutes rondes comme Etats... see sossoses soso Îl n'y aurait plus de ceuronne et aussi plus de veto à craindre sur la nomination d'un magistrat ou sur au— eune mesure quelconque, ”?

Et ia langue française, nos lois françaises, les écoles séparées, nos institutions, etc.,—bagatelle que tout cela. Pas de couronne, pas de veto, Champagne magistrat de district à Montréal, quel plus parfait bunheur pour une nation ? | +.

Le portevoix de M. Mercier revenait à la charge dans son numéro du 23 novembre suivant.

‘“ Nous noxs en tenons pour le moment, disait-il, à l’ordre de choses aetuel” qui, dans son opinion pouvait durer encore un certain temps; mais pour rendre le présent heureux, rien comme prépirer l'avenir, ajoutait l'Ælecteur.

‘ En ce moment, continuait-il, nous faisons interroger Son Eminence le cardinal Gibbons et les prélats américains sur la situation des. eatholiques dans Îa républiqne américaine, afin de savoir s’il est bien vrai, comme on l’a si souvent proclamé chez nous, que l'annexion serait fatale aux catholiques du Canada.”

Le 28 novembre l'Etecteur parlait de nouveau de la question. Ça ne déplaisait pas à M. Mercier, car il aurait bien su le faire taire.

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18 © li if ue i i }1 !

ff L'Zndépendant, (de, Fall River) nous apprend, dit-il, 14ve0 l’auiorité que lui: donne une connaissance approfondie .\de/ls constitution canadienne et dn jeu des institutions améticsines que nous n'aurions pas lieu d'étreinquiete sur le sort de notre langue, de nos mœurs et de nos lois si l'unnemim devenai: accomplie"...

L'Union de St-Hyacinthe, organe de M. Mercier dans le comté qu'il représente en parlement, prit part à cette campagne annexionniste et alla jusqu’à dire que “/a ligne imaginaire qui divise le Canada des Etats-Unis a fait beaucoup plus de mal que de bien à la nationalité canadienne et aux canadiens-français.”

‘“ Autrefois, dit encore l'Union, on faisait un crime aux jourvaux d’agiter cette question et de la mentionner ; c'était

à l’époque où Les intolérants, les ignorants et les serviles contrôlaient l'opinion publique... .”

Or quels étaient ces s#/odérants, ces ignorants ? Les évêques, le clergé, nos hommes politiques les plus distingués, Sir H. L, Lafontaine, l'Hon,. A, N. Morin, Sir E. P. Taché, Sir Geo. Cartier, etc.

Voilà le langage peu respectueux que tenait l’U/#50n de St-Hyacinthe en octobre 1888, en prônant,pour le profit de M. Mercier, l'annexion du Canada aux Etats-Unis,

En janvier 1889, l'Electeur, s'adressant aux élec- ‘teurs de Joliette, vanta la république voisine aux dépens de son pays. Citons.

“Tandis que nous avons au sud de le ligne imaginaire 45e lat., le spectacle d’une prospérité colossale d'Etats dont la population et la richesse se doublént en ‘quelques années, d'un immense pays qui ne sait que faire de ses surplus qui. se chiffient par centaines de millions, eur

“ Et dire qu'ane barrière de pure convention et qui, entre parenthèse, nous coûté fort char, sépare les deux pays, marquant les limites entre le progrès et le tâtonnement, entre la richesse ét la pauvreté.”

. Comme cette lcitation de l'Electeur rappelle bien les paroles de M. Mertier au banquet Wiman, à New: York, PARU NT DE NS a Ne à

“ La grande difficulté, disait-il, est la ligne 45e. Dieu

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les Canadiens-français, et par conséquent plus que

soul sait si nous voulons que cette ligne disparaisse, afi n que vous puissiez nous passer votre richesse et nous un p eu de notre pauvreté. ”

À New-York où à Québec c'est la même cloche qui tinte, n'est-ce pas ?

Oui, M. Mercier est aujourd'hui annexiomniste comme il l'était en 1871.

Opportunisme et politique payante !

Une dernière remarque. En réfléchissant sur les faits et les parolés que nous venons de citer et que personne ne peuüt contredire, ne se sent-on pas comme entraîné à rattacher tout le bruit que l’on fait, depuis cinq ans, autour de l’Acte de l'Amérique Britannique du Nord, au désir secret de quelques hommes d’affaiblir la confiance du peuple dans nos institutions, de lui faire regarder avec défiance la constitution qui nous régit et de préparer un changement de régime politique ?

La conférence interprovinciale de 1887 qui fut un fiasco, n’avait-elle pas été préparée par les libéraux de Québec pour mieux accentuer le mouvement annexionniste, lorsqu'on aurait cru l'esprit public suffsamment préparé à le favoriser ?

Si ce n'est pas là la pensée de personnages politiques plus ambitieux que sages, avouons que leurs

idées en favear de l'annexion, leur programme, leurs

opinions ouvertement exprimées par leurs organes dans la presse, les préjugés nombreux que l'on cherche à susciter contre les auteurs du régime inauguré en 1867, le désir avoué d'amender la constitution dans ses dispositions les plus importantes, forment. un faisceau propre à faire concevoir de fortes craintes sur l'existence des législatures locales, car, en remettant sur le métier le pacte fédéral qui était un compromis entre les provinces, on court ie risque de tomber dans l'union législative.

Ceux qui gouvernent à Québec ne deyraïent pas oublier que la Confédération a été faite surtout pour

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tous autres le peuple de cette province doit respecter la constitution de 1867.

Pour le vain plaisir de faire parler de lui, de poser en réformateur et de créer de l'agitation, que M. Mercier n'’aille pas, de propos délibéré, jeter sa province dans l'inconnu, de peur de voir nos espérances nationales s'engloutir et notre autonomie disparaître. Ce qu’il nous faut à nous, peuple de Québec, c'est du tact, c'est de la prudence, c'est un grand calme, afin d'exercer de l'Atlantique au Pacifique, l'influence que donne la perspicacité diplomatique, la sagesse dans la conduite et la loyauté dans le caractère.

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