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DE
Introduction.
Nous n’exposerons point ici les principes de la méthode naturelle tels qu’ils ont été successivement développés par Linnée , A.-L. de Jussieu,
Cuvier , Geoffroy -Saint-Hilaire et de Candolle ; ils sont trop connus, et peuvent d’ailleurs se réduire à un seul, qui les renferme tous : la subordination des caractères suivant leur importance relative. Voulant appliquer ce principe à l’une des branches les plus curieuses de la pathologie, nous avons d’abord trois questions à examiner : i° Estil nécessaire de classer les maladies de la peau? Le besoin d’une clas-
sification se fait sentir dès que les objets qu’on veut étudier sont nombreux. On a classé les animaux, les minéraux, les plantes, les muscles, les substances chimiques, etc. ; or , le nombre des maladies de la peau est assez grand pour nécessiter un arrangement systématique. Ce nombre est de cent-vingt, d’après Willan et Baieman , et de cent quarante-une , d’après le dernier ouvrage de M. Alibert. Il est évident que pour distinguer ces affections si variées, qui toutes ont pour siège le même organe, il faut une classification , quand ce ne serait que pour soulager la mémoire. — 2° Est-il utile, sous le point de vue thérapeutique, de' classer ces maladies? J’ai entendu dire à un des professeurs les plus distingués de cette École qu’il aimerait mieux qu’on s’occupât de les guérir. Selon moi , c’est tout un : la classification des affections cutanées ne saurait faire des progrès que si l’on s’occupe des altérations pathologiques qu’elles déterminent dans la peau 5 de leur marche, de leurs complications, de leurs suites. Chercher à perfectionner la classification, c’est donc, en pathologie comme en botanique ou en zoologie , chercher à pénétrer la nature intime des objets dont on s’occupe; et, tant qu’on reconnaîtra que l’étude de l’anatomie pathologique a une influence heureuse sur la thérapeutique des maladies internes, on ne pourra nier que le perfectionnement des classifications dans les maladies de la peau n’en ait une réelle sur l’emploi des meilleures méthodes curatives. Il y a plus, cette influence est directe, et celui qui connaît la place d’une maladie dans l’ordre naturel sait aussi quel est le meilleur traitement à suivre; car dans chaque classe de maladies le traitement est à peu de chose près le même, mais d’une classe à l’autre il diffère souvent du tout au tout. — 3° Les principes de la méthode naturelle adoptée en zoologie et en botanique peuvent-ils s’appliquer aux maladies de la peau ? ou, en d’autres termes , peut-on classer des maladies comme on classe des êtres? Examiner la question pour les maladies internes, ce serait aborder un sujet étranger à cette thèse , et sur lequel d’ailleurs mes idées ne sont pas encore fixées ; mais elles le sont sur la possibilité de classer les altérations cutanées. Quelle est, en effet, la
grande difficulté que l’on rencontre lorsqu’on veut classer les maladies internes? C’est l’embarras de savoir quelle base de classification on doit préférer. Sera-ce l’organe ou le tissu malade? la nature des altérations pathologiques ou celle des symptômes? Dans les maladies de la peau, cet embarras n’existe plus; l’organe malade est le même dans toutes ; c’est le derme externe ; et, dans l’état actuel de la science, il est impossible de savoir quel est le tissu affecté , puisqu’on n’est pas même d’accord sur la structure de la peau à l’état normal. Les désordres fonctionnels se réduisent à peu de chose dans les maladies de la peau proprement dites , et dans un grand nombre même ils n’existent pas du tout. On est donc amené forcément à prendre pour base l’altération pathologique, qui est toujours visible.
Nous pouvons établir une classification à la fois anatomique et nosologique : anatomique, puisque c’est la lésion et non le symptôme fonctionnel que nous choisissons pour caractère fondamental ; nosologique , en ce que nous ne nous attachons pas à tel ou tel tissu de la peau , mais aux symptômes pathologiques que dans d’autres maladies on ne trouve qu’après la mort. 11 reste à prouver maintenant que les maladies de la peau réunissent toutes les autres conditions qui rendent une classification possible ; elles offrent des différences assez grandes pour être appréciées par les yeux les moins exercés, et des analogies assez évidentes pour être saisies lorsque le coup d’œil s’est formé ; elles présentent dans leur mode d’apparition , dans leur marche , dans leurs suites , assez de circonstances pour qu’on puisse en faire des espèces; l’espèce peut même se définir ici comme elle se définit en botanique : la collection de tous les individus qui se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent à d’autres, et qui se reproduisent par la génération , de telle sorte que l’on peut les supposer tous sortis originairement d’un seul individu. Cette définition , sauf le mot individut qu’il faut remplacer par celui d’altération, ne peut-elle pas s’appliquer rigoureusement à la vaccine , à la gale , au favus, etc. ? Quant aux maladies de la peau non contagieuses, on les voit souvent se reproduire sur le même individu avec les mêmes
caractères; et il y a autant de raisons pour reconnaître leur identité que pour admettre celle de certaines plantes polymorphes , telles que les lichens , les érisiphe , qui varient suivant la localité où elles se trouvent , et présentent des modifications qui constituent des formes de transition d’une espèce à l’autre. D’ailleurs , nous allons voir dans le chapitre suivant que la comparaison des maladies de la peau avec les plantes n’est pas une supposition , mais une réalité.
Parallèle entre les maladies de la peau chez l’homme et les exanthèmes
des niantes.
Dès la plus haute antiquité, on avait soupçonné qu’il existait une certaine analogie entre les maladies cutanées et ces végétaux du dernier ordre qui vivent en parasites sur les parties vivantes de végétaux plus parfaits. Le docteur Unger (1) vient de transformer ce soupçon en certitude: il a établi que beaucoup de parasites végétaux, tels que les uredo, les puccinia , les œcidium 3 ne sont que des exanthèmes; des maladies cutanées des plantes qu’ils habitent. D’abord, dit-il, nous devons distinguer avec soin les véritables entophytes (Fries) des parasites , telles que les cytinus3 les orobanche > les lathrœa3 les viscum , les loranthuSj les rafflesia ; ceux-ci sont des végétaux assez parfaits, chez lesquels on ne peut nier une certaine organisation , et qui se nourrissent aux dépens de la plante sur laquelle ils vivent. Au contraire, les lichens 3 les champignons et les hypoxylons 3 qui croissent sur les arbres , ne sont pas des parasites, à proprement parler ; tantôt, en effet , ces arbres sont morts en totalité ; tantôt ccs prétendus parasites croissent sur des parties qui sont réellement privées de vie, telles que l’écorce endurcie ; elles végètent sur elles comme elles végéteraient sur le sol : aussi voit-on plus de lichens sur le tronc d’un arbre que sur
(1) Die Exanthème der Pflanzen pathogenetisch nnd nosographisch dargestellt. Wien. , i853.
ses branches . sur ses branches que sur ses rameaux. Quant aux véritables entophytes, on ne les rencontre que sur les parties où la vie est énergique, où les fonctions d’évaporation et d’absorption s’opèrent avec le plus d’activité : sur les parties vertes , les jeunes pousses, les feuilles ; il en est même qui ne se trouvent que sur les feuilles les plus tendres : ainsi, Yuredo salicis (D C.) et Yuredo acherois (Spr.) ne vivent que sur les plus jeunes pousses de saule et de peuplier. L’apparition des entophytes est liée à l’existence de l’épiderme et des stomates. Ainsi, ils affectent presque toujours la partie inférieure des feuilles dans les dicotylédones, parce que cette face est seule munie d’un grand nombre de pores; dans les monocotylédones , où les deux faces ont la même structure , on les trouve répandues uniformément des deux côtés du limbe. Les feuilles submergées, n’offrant ni épidermes, ni stomates (1) , ne sont jamais affectées d’exanthèmes. 11 y a plus , il résulte des nombreuses observations microscopiques faites par M. Unger, sur des feuilles du vicia faba affectées c Yuredo legumi nosarum, que les entophytes sortent par l’orifice même des pores corticaux.
Dans lespèce humaine, certaines classes d’individus, les scrophuleux, les lymphatiques, les sanguins, sont sujets aux maladies de la peau; les bilieux et les nerveux ne le sont pas : dans les plantes, on remarque quelque chose d’analogue. Quelquefois ces exanthèmes existent dans toute une famille. Les synantherêes, les légumineuses , les rosacées, sont dans ce cas, ou bien, dans un genre seulement, les saules, les menthes, les campanules ; quelquefois une espèce y est sujette, tandis que l’espèce voisine en est toujours exempte : ainsi , Yurtica dioica est souvent affectée d’æcidium; Yurtica urens ne l’est jamais. On trouve des puccinia sur Y impatiens noli me tangere; on n’en rencontre pas sur Y impatiens balsamina. Suivant Martius, les euphorbiacées cactiformes des tropiques sont épargnées, tandis que les espèces
(1) Ad. Brongniart , Recherches sur la structure et les fonctions des feuilles.
herbacées ( krautartig ) ne le sont nullement. Les feuüles des laurinées, des myristicécSj des sapote es, des so lances, dc présentent jamais d’exanthèmes Comme chez les hommes, la jeunesse est , dans les plantes , une des causes prédisposantes les plus incontestables. L’auteur a vu maintes fois dans une même localité les jeunes plantes malades, tandis que les vieilles restaient saines. Les causes occasionnelles qui agissent sur l’homme agissent aussi sur les végétaux : ce sont les saisons, telles que le printemps, l’automne, les pluies continuelles, les inondations, l’habitation des lieux ombragés (nulle part les ento phytes ne sont aussi communs qu’en Angleterre), les changement rapides de température, le manque de lumière , la présence à la surface des feuilles de substances étrangères : ainsi , M. Unger a observé plusieurs pieds de tussilage ( Lussilago farfara , sur lesquels les feuilles salies par la terre étaient seules affectées d’uredo. Qui ne sait combien la malpropreté et le contact de substances irritantes a d’influence sur la production des maladies cutanées chez l’homme 1
Voici la marche que suit un exanthème végétal lorsqu’il se développe. Sous l’influence d’un agent inconnu, les sucs affluent vers un point; les méats intercellulaires s’engorgent, puis se dilatent ; mais les sucs arrivant toujours en plus grande quantité , ils finissent par s’épancher dans la cavité des stomates. De là résulte nécessairement , comme Guettard l’avait déjà remarqué (1), que l’évaporation et la décomposition de l’acide carbonique ne peuvent plus s’exécuter convenablement; l’eau se mêle à ces sucs accumulés, il s’établit une espèce de fermentation. La cavité du stomate est dilatée dans tous les sens, et l’on voit paraître les rudimens de la pustule exanthématique , qui se montre d’abord sous la forme d’une élévation ou d’une papule solide. 11 peut alors arriver deux choses ; ou bien la papule se développe encore quelque temps , parvient à l’état de pustule parfaite, crève l’épiderme et répand la poussière quelle contient; ou bien cette
( i ) Mémoires de l’Académie des Sciences , 1749-
matière se forme un peridium , une fausse membrane qui lui lui sert d’enveloppe, et persiste lorsque l’épiderme s’est déjà détaché sous forme d’écailles. Le péridium se fend ensuite d’une manière plus ou moins régulière. L’accumulation des sucs altérés doit nécessairement exercer une influence fâcheuse sur les cellules voisines, qui s’engorgent à leur tour; la matière verte {ctiloropkilLe ) 11e se développe plus : de là l’étiolement qui s’observe dans le voisinage des exanthèmes commençans. Quelquefois la cohérence des cellules s’affaiblit, souvent leurs parois s’épaississent, ainsi que M. Unger l’a vu sur Yasarum europœwn.
Les exanthèmes des plantes affectent souvent, en se propageant du centre à la circonférence, la fo; me circulaire que l’on observe si souvent dans les maladies de la peau. 11 n’est pas rare non plus de voir sur une même plante plusieurs espèces, qui ne sont que les développemens i’une de l’autre. Ainsi, Yuredo devient un puccinia , puis un phragnüdium ; de même nous voyons Y eczema passer à l’état d'irnpetigo3 la gale vésiculeuse à celui de gale pustuleuse. Il arrive aussi que la maladie ne se développe pas. A3. Unger a vu des individus de sent pervivum montanum s dont presque toutes les feuilles étaient couvertes par Yuredo sempervivi : quelques-uues cependant n’en offraient pas ia moindre trace; mais elles étaient pâles, minces et allongées comme les feuilles malades. Le microscope fit découvrir que leur tissu était étiolé, rempli de sucs blancs, et par conséquent sous l’influence d’un principe morbide , arrêté dans son développement. Si nous posons en principe que les exanthèmes des plantes ne sont que des essais avortés d’organisation, des êtres pseudo-morphes plus ou moins parfaits , les idées de genre et d’espèce que l’on s’était faites lorsqu’on les considérait comme des plantes devront être singulièrement modifiées. On formera autant de groupes qu’on reconnaîtra de degrés de développement bien marqués. Ainsi, la succession sera la suivante: uredo Pers , uromyces Link. , puccinia Pers. , phragmidiwn Link. . peridermium Link., roestellia Link., cronartium Fr. Ces exanthèmes présentent, comme dans l’homme, de fréquentes anomalies ; il devient alors très -difficile de retrouver le type primitif. Ainsi , au lieu d’être
isolées, les pustules se réunissent et deviennent confluentes; d’autres fois l’exanthème s’arrête au milieu de son développement; souvent même il n’y a qu’un commencement de formation avortée qui se manifeste par la décoloration partielle des feuilles. Dans l’espèce humaine, nous avons les varioles cornées, la gale papuleuse ( scabies papuliformis> W.) , qui ne sont que des arrêts de développement ; et enfin , les variola sine varioiis les angines sans éruption qu’on observe pendant les épidémies de scarlatine.
Si nous cherchons maintenant à établir un parallèle entre les exanthèmes des plantes et ceux des animaux , nous verrons que l’analogie se soutient assez pour mériter un sérieux examen. Beaucoup de maladies de la peau sont le résultat de ce phénomène si complexe connu sous le nom d’inflammation. Les recherches microscopiques du docteur Baumgartner de Goettingue viennent de jeter un jour tout nouveau sur ce sujet (i). L’irritation, dit-il, portée sur un point quelconque de l’économie^ réagit par l’intermédiaire du système nerveux sur les globules sanguins, qui se précipitent vers ce point; leur nombre allant sans cesse en augmentant, le vaisseau finit par s’engorger, et un changement chimique important s’opère dans la nature du sang. Les globules se convertissent en une masse homogène , et les parties voisines se colorent en rouge , quoiqu’elles ne contiennent pas de globules. Cette circonstance ne peut s’expliquer qu’en supposant une infiltration de la substance colorante du sang dans les tissus environnans. Le point enflammé présente alors l’aspect d’une tache rouge, au milieu de laquelle le vaisseau primitivement engorgé ne se distingue que par une teinte plus foncée. Si on compare ces phénomènes à ceux qui se passent lors de la formation des exanthèmes végétaux , telle que nous l’avons exposée précédemment, on verra que l’analogie est incontestable : abord des sucs , changemens chimiques dans leur nature , altération de couleur des parties voisines ; le parallèle se sou-
(1) Beobactungen über die Nerven und dasBlut, i83o.
tient jusqu’au bout. Les seuls phénomènes qui manquent chez la plante sont dus à la présence du système nerveux, qui cependant ne détermine pas les premiers phénomènes de l’inflammation, et l’abord des sucs en particulier, puisqu’ils ont lieu chez les plantes qui n’ont point de nerfs. La sécrétion de la sérosité ou partie aqueuse du sang est un des premiers effets consécutifs de l’inflammation. La formation du pus annonce un degré de plus dans la force organisatrice, qui se manifeste ensuite d’une manière évidente par la formation d’une fausse membrane, laquelle se convertit en tissu cellulaire. Dans les plantes, il se forme aussi du pus : les scminules reproducteurs des uredo ne sont rien autre chose ; et remarquons que le pus de certaines affections de la peau propage la maladie. Exemple : la gale , la variole, la vaccine, le favus , les pustules vénériennes , et peut-être le sycosis.
Les analogues des sporidia sont les globules que le pus renferme, et que Gruithuisen appelait des infusoires. Les différences de forme et de structure qu’ils présentent peut-être dans les différentes maladies de la peau expliqueront un jour la contagion des unes et la non-contagion des autres. Dans les plantes comme dans l’homme, la maladie se termine de la même manière. Les sporules de l’uredo soulèvent l’épiderme de la feuille : le pus soulève celui de la peau ; dans l’un et dans l’autre cas, cet épiderme finit par crever pour donner issue à la matière contenue , qui se dessèche et se fige à sa surface.
11 est encore une science à créer, dont tout annonce la prochaine apparition sur l’horizon scientifique: c’est la pathologie comparée ; et l’on voit, d’après cet aperçu, que l’on trouvera des rapports, non seulement entre les maladies de l’homme et celles des animaux, rapports déjà indiqués par les médecins vétérinaires , mais encore entre les maladies de l’homme et celles des plantes , malgré la distance qui sépare le plus cérébral des animaux d’un végétal dénué de tout système
nerveux.
Classification des maladies de la peau.
Un grand nombre de classifications variées ont été proposées pour ranger les maladies de la peau ; la plupart sont abandonnées avec juste raison. Cependant les médecins sont partagés maintenant entre celle du professeur Schoenlein, celle de TV illan et celle de M. le baron Alibert.
Classification du professeur Schoenlein.
Le célèbre médecin de Wurtzbourg n’a pas publié lui-même ses ouvrages, mais un de ses élèves a recueilli ses leçons et les a fait paraître en trois volumes, sous le titre suivant : A Igemeine und specielle pathologie and Tlierapie nach , J.-L. Schoenlein s Vortesungen. Placé à la tête de l’hôpital de Wurzbourg, M. Schoenlein a eu de fréquentes occasions d’observer les maladies de la peau, et on aurait tort de consi-? dérer sa classification comme une simple vue de l’esprit. Il sépare d’abord les maladies de la peau proprement dites, qu’il désigne, avec P. Frank, sous le nom d'impetigines, des éruptions cutanées symptomatiques ou concomitantes aux inflammations des muqueuses , telles que la variole , la rougeole, la scarlatine. Il exclut aussi avec grande raison les uævus, les verrues, les Cancers, etc. ; puis il expose ses idées de la manière suivante ; U es sécrétions morbides de la peau ont une tendance à s’organiser comme les fausses membranes sécrétées parla plèvre; mais pour arriver à former un produit organique, elles parcourent plusieurs périodes analogues à celles d'une plante cryptogame. S a première période consiste dans une altération rie l’épiderme, qui se ramollit, s’amincit comme dans Vinlertrïgo, ou bien se détache sous forme de squames légères, comme dans le pityriasis , les ephelid.es et Yicthyose. Ces quatre genres constituent un premier groupe, que l’auteur désigne sous le nom de crypto-impctigims , parce que ce conl des maladies avortées qui s'arrêtent au premier degré de leur développement. Dans les autres groupes, au contraire, qui cou-
slituent les véritables maladies de la peau ( impetigines veræ), le développement est complet. Sur une étendue plus ou moins grande, la peau est soulevée, change de couleur ou de consistance : c’est ce que M. Schoenlein appelle le péricarpe commun , ou le carpophore qui portera plus tard , comme l’indique son nom , les fruits qui vont se développer. La peau rouge et soulevée sur laquelle se forment les pustules du sycosis donne l’idée la plus exacte de cet organe. Les fruits proprement dits se composent de deux parties: l’épiderme, qui leur sert d’enveloppe; et Je contenu* qui est une sécrétion de nature variée. Si ce fruit arrive à sa maturité, il peut reproduire le mal, qui alors est contagieux. On conçoit dès ce moment que le groupe de crypto-impetigines ne doit renfermer aucune espèce qui se propage de cette manière. Dans les véritables impetigines, il est certains genres où les fruits n’arrivent jamais à un développement assez parfait pour pouvoir disséminer la maladie, tels sont les lichens , les herpès , ïecthyma, etc. Dans d’autres, le fruit mûrit quelquefois, et alors la maladie est contagieuse, ex. : sycosis. Enfin il est des genres où le fruit arrive toujours à son parfait développement, et alors la maladie est toujours transmissible, ex. : le porrigo et la gale.
Les impetigines veræ se partagent en quatre groupes distingués suivant le développement des fruits, comme nous venons de l’indiquer.
Premier groupe. Acné. Carpophore évident, supportant des fruits imparfaits soit papuleux, soit vésiculeux , soit tuberculeux —.Genres : strophulus, eczema , acné.
Deuxième groupe. ïîerpes. Péricarpe confm un, fruits agrégés, vésiculeux ou pustuleux. — Genres : lichen, psoriasis, harpes, ecthymu , impétigo.
Troisième groupe. Porrigines, Fruits rapprochés , disposés sur un
carpophore commun et formant des croûtes d’un aspect variable ; souvent contagieux. — Genres : porrigo, sycosisi tinea, achor.
Quatrième groupe. Psoride. Fruits isolés arrivant toujours à leur parfait développement, ce qui les rend contagieux tous sans exception. — Genres : scabies, prurigo.
Je ne sais si Schoenlein connaissait les beaux travaux de M. U nger , mais ce qu’il y a de certain , c’est qu’il partage ses idés sur les maladies de la peau, et qu’il a deviné leur analogie avec des cryptogames. Dans l’état actuel de la science , cette classification ne saurait être adoptée; sa base n’est pas solide; c’est une de ces tentatives ingénieuses où l’auteur devance son siècle , et que l’avenir confirme ou anéantit. En outre, je pense que Schoenlein avait plutôt en vue les lichens et les kypoxylons que les véritables cntophytes ; et M. U nger prouve que c’est à ceux-ci qu’on doit assimiler les maladies de la peau. Quoi qu’il en soit, cette classification restera comme un monument du génie de l’auteur, dont tous les ouvrages portent l’empreinte d’une originalité et d’une étendue de vues qui seuies peuvent fertiliser le terrain laborieusement préparé par l’observation consciencieuse des faits.
Classification de M. le professeur Alibert.
Nous devons examiner avec d’autant plus de soin la classification que M, Alibert a proposée dans ces derniers temps, que ses élèves ont proclamé sa méthode comme la seule qui puisse aspirer au titre de naturelle. Nous ne discuterons point ici le mérite de cette classification comme système nosologique, nous nous attacherons seulement à faire voir qu elle ne ressemble que pour la forme aux classifications des naturalistes, et qu’elle ne mérite pas en particulier le nom de méthode naturelle que son auteur lui a imposé.
Je ne puis m’empècher de regretter, en commençant, qucM. Alibert n’ait pas fait précéder son ouvrage de la discussion approfondie des
principes de la méthode naturelle appliqués aux maladies de la peau, qu’il ne nous ait pas fait connaître lui-même ses idées sur la subordination des caractères ; regrettons aussi qu’au lieu d’imiter le langage précis et les phrases courtes des naturalistes, il ait employé un style plein d’images et de comparaisons , brillant et métaphorique, il est vrai, mais qui permet difficilement de saisir la pensée de l’auteur au milieu des ornemens dont elle est surchargée. IN 'ayant pas subordonné ses caractères, M. Jlibert choisit tantôt l’un, tantôt l’autre pour caractériser ses ordres de dermatoses : tantôt c’est la cause, tantôt la couleur, puis le mode de propagation , enfin le genre de sensation éprouvée par le malade. Pour expliquer cette incohérence, M. Pagett (1) fait observer que les caractères n’ont pas la même valeur dans toutes les familles naturelles. Il est bien vrai, en effet, que les stipules, qui sont constantes dans les Rùbiacées, ont plus d’importance dans cette famille que dans d’autres où elles ne se présentent qu’aecidentellement, mais cela ne veut pas dire que tous les autres caractères viennent se subordonner à celui-là ; cela veut dire seulement que la présence de deux stipules entre deux feuilles opposées sera un moyen facile de reconnaître une rubiacée ; mais le fruit, mais îa graine, mais la fleur, dominent toujours ce caractère accidentel. De ce que l’on reconnaît une rose à sa couleur, cela ne veut pas dire que cette couleur la caractérise.
Le groupe des dermatoses exanthémateuses est considéré par l’auteur comme un des plus naturels de sa classification. Les caractères de cet ordre, qui occupent huit pages dans l’ouvrage original, se réduisent aux suivans : Maladies qui semblent le produit d’une fermentation interne ; apparaissent une fois dans la vie pour chasser une matière ennemie ou superflue ; sont précédées de mouvemens fébriles et ac-
(i) Essai sur les avantages de la méthode naturelle comparée avec la classification artificielle dans l’étude des maladies de la peau, par M. le docteur John Pagett. (Revue médicale, mai i853.)
compagnies de symptômes internes. Il est évident que la cause présumée de la maladie et la perturbation des fonctions générales sont les élémens dont on a fait usage à l’exclusion de l’élément anatomique Tous les caractères sont donc choisis en dehors de l’objet à classer; aucun n’est pris dans l’affection elle-même: or, c’est là le propre d’une classification empirique, non d’une classification naturelle. Que l’on me permette une comparaison avec les familles des plantes : depuis les recherches de M. TJnger , on ne saurait nier leur analogie avec les ordres de maladies cutanées. Uu botaniste pourrait-il considérer comme naturel un groupe de plantes caractérisé de la manière suivante : végétaux qui sont le produit de l’humidité du sol , ne fleurissent qu'une fois pour assurer la propagation de l’espèce, et dont la floraison est accompagnée ou précédée d’élévation de la température? Ces caractères sont calqués sur ceux des dermatoses exanthémateuses ; et cependant nous voyons qu’ils n’ont pas le plus petit rapport avec ceux que les naturalistes emploient. M. Giroa de Busareingues, dans un mémoire inséré dans le Journal complémentaire, t. XLIY, p. 191, semble avoir prévu celte objection; et pour la réfuter il s’appuie d’un passage de Cuvier 3 Anatomie comparée, t. I, p. 64 ; il est question des anatomistes qui ont établi des organes de premier rang et de second rang : « lis auraient dû porter leur attention , dit Cuvier 3 plutôt sur les fonctions elles-mêmes que sur les organes, car toutes les parties, toutes les formes, toutes les qualités d’un organe de premier rang ne sont pas également propres à former des caractères pour les classes supérieures; ce sont seulement celles de ces formes, de ces qualités qui modifient d’une manière importante la fonction à laquelle cet organe est affecté, celles qui lui donnent pour ainsi dire une autre direction et d’autres résultats. Toutes les autres considérations auxquelles un organe, de quelque rang qu’il soit, peut donner lieu ne sont d’aucune importance tant qu’elles n’influent pas directement sur les fonctions qu’il exerce. C’est ce qui a égaré quelques anatomistes, qui ont cru que tout était important dans un organe important. »
Admettons pour un instant que Cuvier ait réellement voulu relever
la fonction aux dépens de l’organe, toujours est-il qu’il parle des fonctions propres à l’animal qu’on veut classer; par conséquent, en pathologie cutanée, cette phrase s’appliquerait aux fonctions morbides propres aux maladies de la peau, telles que la chaleur, la démangeaison, etc. Mais les dermatoses exanthémateuses sont réunies, non parce que leurs fonctions propres sont analogues, mais parce que les tondions générales qui accompagnent leur apparition paraissent l’être, et que la cause inconnue qui les produit est, dit-on, la même : Ces caractères sont donc empruntés à des phénomènes frappans, il est vrai, mais concomitans, mais accessoires, et qui ne constituent pas la maladie elle-même. La phrase de Cuvier était un avis à ceux qui exagèrent l’importance de tous les caractères anatomiques; lui-même cependant les a constamment employés. Les classes des vertébrés, des mollusques et des articulés sont fondées sur des organes; la fonction est un résultat subordonné à l’organe qui la produit; si on la prenait pour point de départ, on arriverait à conclure que la queue du kangourou est une patte, parce qu’elle lui sert à sauter, et le nez de l’éléphant une main, parce qu’il s’en sert pour prendre ; les crampons du lierre seraient des racines, une rose double un amas de pétales, etc. D’après toutes ccs considérations, je ne dirai pas que l’ordre des dermatoses exanthémateuses est mal caractérisé ; mais je dirai qu’il ne l’est pas du tout. Il me semble que, puisque M. Alibert accorde une si grande importance à la cause, il eût été bien naturel d’établir une classe des maladies contagieuses; elles ont certainement entre elles un trait de ressemblance bien frappant et bien caractéristique.
Ce qui, suivant les élèves du célèbre médecin de Saint-Louis, distingue la classification de leur maître de celle de IV illan et Batcman, c’est que les ordres sont toujours reconnaissables par un grand nombre de caractères. Voici ceux des dermatoses dartreuses : maladies, suites d’écarts de régime, qui se propagent en rampant, et produisent des sensations variables. Au premier abord, on trouve ici plusieurs caractères, mais je demande s’ils ne peuvent pas s’appliquer également à toutes les maladies de la peau. Je laisse de côté la cause , cha-
cun sait que le plus souvent elle est inconnue. Le mode de propagation qui assimile ces maladies à un animal qui rampe est une métaphore, non un caractère. Restent donc, pour distinguer les maladies de ce groupe de toutes les autres, les sensations variables qu’elles produisent. Mieux vaut un seul signe pathognomique que des définitions aussi vagues. Les dermatoses teigneuses renferment toutes les affections propres au premier âge, et qui occupent le cuir chevelu : elles sont, dit l’auteur, produites par la même cause, accompagnées d’un état hypérémique, de prurit et d’une douleur tensive. Ranger les maladies de la peau d’après leur siège, ce serait classer les plantes suivant les localités quelles habitent. Toutes les maladies du corps peuvent se trouver sur la tête, et réciproquement. Les teignes sont plus fréquentes dans l’enfance; mais souvent aussi on les trouve chez des individus avancés en âge : l’état hypérémique, le prurit, Ja douleur tensive sont communs à une foule de maladies de la peau, et non particuliers aux teignes ; leur cause étant inconnue n’est pas un caractère. Je disais que chaque ordre n’avait souvent qu’un seul caractère, et, en effet, celui de se trouver plus spécialement sur le cuir chevelu est ici seul pathognomique pour reconnaître une teigne; or, nous avons vu quelle était sa valeur.
Les dermatoses scabieuses et hémateuses expriment des affinités réelles, et cette dernière classe est certainement préférable à la classe des taches de Willan ; seulement je ne sais pas si, dans une classification nosologique générale, le purpura ne trouverait pas sa place dans les maladies du système sanguin plutôt que dans celles de la peau.
Les dermatoses eczémateuses offrent les symptômes suivans : chaleur, rougeur, tuméfaction, état hypémérique de la peau, formation de vésicules et de pustules; mais tous ces caractères peuvent s’appliquer à toute maladie de la peau, de quelque ordre qu’elle soit, lorsqu’elle est le résultat d’uue vive inflammation; au varus, à la mélitagre, qui sont des dartres; à la rougeole, à la scarlatine, à la variole, qui sont des exanthèmes ; aux achores , qui sont des teignes ; aux syphilides, à la gale, etc. Il me semble encore ici que l’ordre est si
vaguement circonscrit, que l'on pourrait y placer et en retrancher presque toutes les maladies du derme.
La classe des dermatoses hétéramorphes est une copie des anomales de Tournefort, qui avait réuni sous ce nom tous les genres dont il ne savait que faire; ce n’est donc pas une classe, ce sont les genres de rebut de toutes les classes, réunies en un seul groupe, qui se trouve composé des maladies les plus disparates. Les botanistes et les zoologistes qui suivent la méthode naturelle procèdent d’une manière différente; ils indiquent autant que possible les affinités : ainsi le genre coriaria , dont la place n’est pas fixée dans l’ordre naturel, sera placé sous le titre de genus rutaceis affinis à la suite de cette famille.
Classification de Willan.
Connue de tous ceux qui s’occupent des maladies cutanées, cette classification offre, comme toutes les autres, des défauts, qui tiennent en partie à l’état peu avancé de la science, et en partie à l’imperfection inévitable de tout arrangement; les objets naturels se dérobent toujours plus ou moins â nos divisions systématiques; cependant, après les heureuses modifications que M. Biett lui a fait subir, je suis convaincu qu’elle a non seulement le mérite de la simplicité, que peu de gens lui contestent, mais qu’elle est la plus naturelle des classifications existantes, celle de toutes qui se rapproche le plus des méthodes adoptées par les naturalistes.
Willan prend pour base de ses divisions l’altération anatomique ; j’espère avoir prouvé dans la première partie que c’était la seule base qu’il pût adopter ; mais il a fait mieux , il a choisi la lésion élémentaire : ceci demande quelques développemens. Tout le monde convient que si l’on savait quel est le tissu de la peau qui est altéré dans chaque maladie de cet organe , il résulterait d’une connaissance aussi intime la possibilité d’une classification la plus parfaite de toutes. Cela n'étant pas, et ne devant pas arriver de long-temps , Plenck , et
Willan après lui , onl dû nécessairement chercher à se rapprocher autant que possible de celte lésion élémentaire inconnue, et obtenir une approximation exprimée par une fraction dont le numérateur serait l’unité, et le dénominateur formé d’un grand nombre de chiffres. Cette comparaison , empruntée aux mathématiques, exprime mon idée. Pour y arriver les savans dont ils est question ont étudié les maladies delà peau au moment où elles se développent. En botanique, A.-L. de Jussieu a procédé d’une manière analogue. Quel a été son point de départ? la présence ou l’absence des cotylédons , leur nombre , etc., et cela h une époque où l’on ne savait pas encore que de grandes différences de structure se trouvaient liées à l’absence, à la présence ou au nombre des feuilles primordiales. Il est encore un autre principe qui justifie complètement le choix de Willan; c’est celui qui est devenu si fécond entre les mains de Claude Richard et de M. Mirbel. L’un , par ses travaux sur 1 ovule et la génération du tissu utrieuîaire, l’autre par son analyse du fruit, ont fait voir que pour reconnaître la véritable nature d’un organe il fallait le prendre au moment de son apparition , et le suivre dans tout son développement. Willan fait-il autre chose? Il suit la maladie depuis le moment où elle paraît, à travers toutes ses pha es; mais il attribue avec raison une grande importance aux caractères qu’elle offre à son origine. Un exemple éclaircira ce point. 1 "J impétigo à son début présente des pustules petites , rapprochées, et remplies d’un pus jaunâtre; la rupture de ces pustules donnera lieu nécessairement à une croûte jaune, solide, épaisse, et couvrant une large surface. Est-il logique de prendre pour caractère la croûte, qui n’est qu’un résultat? Non , c’est évidemment la pustule qu’il faut choisir pour point de départ. Mais, a-t-on dit, les lésions élémentaires passent très-vite, et le plus souvent elles n’existent déjà plus lorsqu’on est appelé à voir le malade. Cela est vrai dans un grand nombre de cas. Mais les cotylédons des plantes durent-ils plus long-temps que les lésions élémentaires des maladies cutanées? Le peu de durée d’un organe ne diminue pas son importance ; les fleurs passent vite, et la valeur des
caractères quelles fournissent est plus grande que celle des feuilles de la tige et des racines, qui persistent toujours. Comment alors reconnaître une maladie de la peau , lorsque la lésion élémentaire n’existe plus? c’est en ayant recours à l’une des notions les plus simples de l’esprit humain ; la notion de cause a effet. Je vois sur un membre des squames larges, humides à leur face interne, reposant sur une peau rouge à épiderme très-fin, recouvert d’un suintement roriforme, j’affirme que la maladie est un eczéma; car constamment, lorsque la maladie dure plus d’un ou deux jours, on voit de semblables squames succéder aux vésicules qui existaient d’abord. Maison insiste , et I on dit : pourquoi ne pas chercher des caractères dans la forme, la couleur, l’étendue de ces squames? Le voici: c’est que ces produits secondaires ne nous donneraient que de mauvais caractères ; car des circonstances tout à fait accidentelles peuvent les modifier : le prurit violent force le malade à se gratter ; il enlève les squames, ou bien le sang qui suinte des égratign lires se mêle aux croûtes , et altère leur couleur et leur forme. D’ailleurs, quels caractères peuton tirer de ce pus, de ce sang, de cette sérosité desséchés? autant vaudrait classer les végétaux d’après les résines et les gommes qui coulent de leur surface. Je conclus que sans se priver entièrement des caractères tirés des lésions secondaires , telles que les croûtes , les squames , les cicatrices surtout, ces caractères doivent toujours être subordonnés à ceux que fournissent les lésions primitives. Ces lésions Ont en outre l’avantage de nous offrir un moyen de contrôle des plus précieux , dans le cas où le diagnostic est douteux. Les maladies de la peau ne sont malheureusement que trop sujettes à se reproduire, et si l’on s’est trompé une première fois, la réapparition de la lésion élémentaire , véritable autopsie , lève à l’instant tous les doutes. Quel moyen de vérification avons-nous au contraire dans d’autres classifications , si ce n’est la parole du maître?
L’appréciation de la nature des lésions élémentaires présente une difficulté que nous ne pouvons ni ne voulons dissimuler : c’est de savoir à quelle époque de son développement cette lésion doit être
prise pour classer une maladie dans telle ou telle catégorie. La variole , par exemple, offre au début une petite papule qui , bientôt . se remplit de sérosité citrine, et enfin de pus. D’après cela , dans quelle section ranger la variole? dans les papules , les vésicules ou les pustules? La réponse est facile : il faut laisser à la lésion élémentaire le temps d’arriver à son plus haut degré de perfection , et c’est alors quelle peut servir de base de classification. Ce moment est facile à saisir: c’est celui qui, dans les lésions primitives éphémères, précède leur disparition, ou leur conversion en produits secondaires , tels que des squames, des croûtes, etc. Cette difficulté n’existe, du reste, que dans certaines affections, telles que X eczéma, le lupus, la variole, dans une foule d’autres [lichen , prurigo , psoriasis, éléphantiasis) , la lésion persiste toujours; et dans d’autres, telles que le prurigo et les exanthèmes , elle se présente de prime-abord avec les caractères quelle conservera pendant toute sa durée. Quelques critiques de bonne foi ont fait observer que la sérosité, le. pus, n’étaient euxmêmes que des produits; nous répondrons que ce sont les produits les plus immédiats d’un travail morbide inconnu , et qu’on se sert de ces sécrétions non-seulement pour caractériser une foule d’états morbides, mais encore des tissus anatomiques importans, tels que les membranes dites séreuses, muqueuses, etc. On a dit aussi que les vésicules et les pustules ne pouvaient caractériser des ordres séparés , parce qu’il y avait entre la sérosité la plus limpide et le pus le plus épais tous les degrés intermédiaires. Si ceux qui ont présenté cette objection avaient réfléchi qu’il n’y a dans la nature rien d’absolu , qu’il existe des transitions insensibles entre tous les êtres, entre toutes les maladies , ils en auraient senti eux - mêmes tout le vide. Du reste , c’est un point que nous tâcherons d’éclaircir dans la dernière partie de ce travail, qui traite des affinités des maladies de la peau entre elles. Au premier abord, Willan paraît avoir été infidèle à ses propres lois, en créant la classe des squames, qui sont généralement considérées comme un produit secondaire. Je ne saurais , pour ma part , partager cette opinion : les squames du psoriasis,
du pityriasis, sont de l’épiderme sécrété, comme les vésicules sont de la sérosité, les pustules de la matière purulente; et l’analogie est si réelle, que dans l’eczéma chronique il y a à la fois sécrétion d’épiderme et sécrétion de sérosité : d’où le nom d 'herpes squamosus madidans donné par M. Alibert à cette maladie.
Nous avons cherché à établir, dans ce qui précède, que la base de la classification anglaise était bonne , parce quelle repose sur la subordination des caractères dont l’auteur s’était rendu compte instinctivement. S’il nous est permis de donuer nos propres idées dans une question aussi grave, nous croyons que les caractères que présentent les maladies de la peau doivent être rangées dans l’ordre suivant, qui exprime celui de leur importance relative: i° la lésion élémentaire ; 2° les cicatrices ; 3° les produits de la lésion élémentaire : squames , croûtes , ulcérations, etc. ; 4° le degré d’ inflammation qui accompagne l'affection ; 5° les sensations éprouvées par le malade : prurit, chaleur, etc. On voit que tous ces caractères sont pris dans l’affection elle-même , et non dans les circonstances accessoires qui accompagnent son apparition : peut-être s’étonnera-t-on de l’importance accordée aux cicatrices ; mais tous ceux qui ont observé les maladies de la peau ont été frappés, avec M. Biett, de la constance qu’elles présentent dans leurs formes et leurs apparences. Je citerai celles de3 syphilides , de la variole , de l’acne ; la peau lisse , rouge , à épiderme fin , qui succède à l’eczéma chronique ; les taches brunes qui persistent après le psoriasis, etc., comme les exemples les plus saillans.
L’examen des genres de W illan nous occupera peu; nous ne chercherons point à les justifier l’un après l’autre, et, à plus forte raison , n’entrerons-nous dans aucune discussion d’espèce. Tous les jours les genres créés par Linnée, par de Jussieu, sont démembrés ou réunis : cela n’infirme en rien l’excellence d’une classification. Qu’il nous suffise de faire voir que l’illustre auteur anglais a toujours été fidèle au principe fécond qu’il avait établi. Le genre se compose d’un certain nombre d’espèces qui se rapprochent par des caractères plus importans que ceux qui les distinguent entre elles ; par conséquent , dans
les idées de Willan les grandes modifications de la lésion élémentaire serviront à caractériser les genres. Ainsi , dans les pustules nous avons d’un côté les grosses pustules à base rouge, dure et soulevée ^ecthyma) ; de l’autre , des pustules petites , nombreuses , serrées , formées uniquement par l’épiderme soulevé, et accompagnées d’une injection rosée de la peau sur laquelle elles siègent [impétigo). Les inflammations purulentes des follicules constituent les deux genres acné et sycosis. Enfin, la maladie particulière de ces organes pendant laquelle ils se changent en une ulcération circulaire et sécrètent, outre le pus, une matière jaune et d’une consistance caséeuse , qui propage la maladie , a pris le nom de favus. Ces exemples doivent suffire. Plusieurs genres étaient mal placés : la gale dans les pustules, l’érysipèlé dans les bulles, le sycosis dans les tubercules. M. Biett a fait disparaître ces imperfections , et bientôt nous verrons que les erreurs mêmes de Willan prouvent en faveur de la sagacité comparative dont il était doué.
Cherchons maintenant à préciser les critiques dont la classification de Willan a été l’objet; elles se trouvent principalement dans les mémoires de MM. Pagett et Girou de Busareingues , déjà cités, dans la Monographie de Dermatoses de M. le baron Alibert et la préface de l’ouvrage du docteur Sa muel P ïambe ( ij. Willan et B attman 3 a-t-on dit d’abord, n’ont pas eu la prétention de faire une classification naturelle; car, dans la préface de l’ouvrage, celui-ci s’exprime de la manière suivante : I am far from maintaining that this arrangement of cutaneous diseases is altogether free from material imperfections ( for what artificial arrangement of natural objecls bas yet been divised , to whic/i imperfections may not by imputed ?) Cette phrase prouve un excellent jugement et une admirable modestie. L. de Jussieu avouait aussi que les divisions tirées de l’insertion des étamines étaient aussi artificielles. M. de Candolle n’attache aucune importance à sa division en thalami-
(1) Plurnbe, on the diseases of the stin; thirdédit. , i833.
flores, ealiciflores et corolliflores ; et Linnèe a dit : Metkodus naturalis botanices ultimus finis est et erit : on s'approchera du but sans pouvoir l’atteindre jamais.
JVillan 3 suivant M. Pagett, a pris les lésions élémentaires pour base de sa classification, comme Linnèe avait adopté les organes générateurs; et, en ne s’attachant qu’à un seul caractère, il a, dit-il, enfreint une des lois les plus importantes des méthodes naturelles : mais le nombre des étamines et des pistils est variable et de peu d’importance ; nous avons prouvé, au contraire, que la lésion élémentaire dominait toutes les autres. M. Pagett attache une grande valeur à l’objection suivante : « L’éruption, dit-il, peut changer de nature et de caractère dans le cours de son développement. Le cas le plus ordinaire est celui où une vésicule, par l’augmentation qui rend sa base dure et tachée , renferme un fluide blanc et opaque, au lieu d’un liquide transparent et incolore , et devient une pustule. » Cette objection prouve que M. Pagett n’a aucune idée des genres ni des espèces de transition qui existent en botanique comme en zoologie; il oublie que deux genres peuvent être placés dans deux ordres différées et avoir entre eux les plus grands rapports. Son savant compatriote, M. Lindley (1) , a fait voir que le genre thalictrum, quoique placé avec raison dans les renoncidacées 3 se rapproche des ombelliferes. Le genre corydatis appartient aux crucifères par son fruit et ses étamines ; aux papaveracées, par son calice, sa corolle et sa graine. Le genre detarium est intermédiaire entre les légumineuses et les rosacées. Les calycèrées (Rich.) établissent un lien entre les dipsacées et les composées. S’il existe des transitions entre les familles, il en existe aussi entre les genres. M. Monnier (2) a fait voir que le genre hieracium touche au genre andryala par l'H. linearifolium , et au genre drepania par l’H. statici folium. Ces passages existent même pour les divisions les
(1) INixus planlarum, auctore Johanni Lindley . Londini, i833.
(2) Essai monographique sur les hiéracium.
plus naturelles du règne végétal. Les exogènes passent aux endogènes par les smilacinées ; les dicotylédones , aux acotylédones par les rhizanthées. Tous les jours, l’axiome de Linné e , natura non facit saillis* se trouve justifié; quelquefois même les affinités des familles ou des espèces l’emportent sur les circonscriptions des ordres. Les mimosèes n’ont point été séparées des légumineuses , quoi qu’elles aient des étamines hypogynes. Dans le genre saxifraga , et dans les melastomcs , on trouve des étamines hypogynes , epigynes et périgynes ; de même la variole et la gale , quoique présentant des papules , des vésicules et des pustules, n’en forment pas moins des genres naturels. Samuel Plumbe reproche à Willan d’avoir trop multiplié les divisions et les espèces, d’avoir rendu l'étude des maladies de la peau difficile et peu susceptible d’une application pratique. Au lieu d’énoncer ce fait, il fallait le prouver, c’est ce que AL Plumbe n’a pas fait. Sa classification, qui se rapproche de celle de Lorry, ne se rattache à aucun principe fixe et n’a point été adoptée.
Les dénominations employées par Willan et Bateman ont été l’objet de sévères critiques. Les auteurs, a-t-on dit, auraient dû mettre leur nomenclature en rapport avec celle des anciens qui ont écrit sur les maladies de la peau. Ce reproche serait fondé si la chose était possible : mais comment reconnaître les maladies cutanées d’après des descriptions abrégées, tronquées, altérées, traduites du grec en arabe, puis de l’arabe en latin? 11 arrive ce qui est arrivé en botanique : c’est que l’on applique à faux les noms des anciens. Pour éviter cette confusion, je crois qu’il vaut mieux ne pas les employer du tout : aussi M. de Candolle conseille-t-il de choisir pour noms de genre des mots insignifians, tels que des noms propres. Quelques exemples éclairciront ce qui précède. On croit retrouver dans la rose de Moël l’hellébore des anciens , et on la nomme helleborus niger. Tournefort prouve que c’est l’ helleborus orientalis que les anciens employaient contre la folie. Dans la jacinthe , on a vu, jusqu aces derniers temps, la fleur d'Hyacinthe métamorphosé par Apollon. M. Tenore a fait voir depuis que c’était le gladiolus byzantinus ( Gawl j que les anciens nommaient hyacin -
t/ius ( i ). W illan, entrant dans une carrière où nul n’avait appliqué les divisions de genre et d’espèce dénommés par un substantif et un adjectif, aurait eu le droit de créer des noms nouveaux; cependant il a, suivant l’esprit de son siècle, cherché à conserver ceux des anciens; et en général ses choix ont été heureux, ainsi que M. Gibert le prouve dans son Manuel des maladies spéciales de la peau. Vouloir débrouiller en entier la synonymie des anciens est une entreprise impossible ; tout serait à changer, £t les mots les plus usités de la langue médicale devraient être réformés. Le professeur Kurt S prengel (2) fait voir que, sous le nom de pustule, Celse ( liv. V, chap. xxviii, § i5) confondait toutes les élévations de la peau; que ce mot était synonyme d’e^ot^dr/za , et que les médecins grecs comprenaient sous le nom (pXvaTouvcL les vésicules et les pustules.
Affinités mutuelles des maladies de la peau .
Les rapports des êtres entre eux sont tellement complexes, leurs points de contact sont si nombreux , qu’il est impossible de les exprimer au moyen des listes ou séries linéaires usitées dans les livres : les tableaux synoptiques et les arbres sont propres à mieux faire voir comment les divisions et les subdivisions naissent d’un tronc commun; mais ils ne présentent pas plus d’avantage que les séries linéaires pour exprimer des rapports multipliés. L’arbre, en effet , est projeté sur un plan , et une branche ne se trouve jamais placée qu’entre deux autres, comme un nom dans une liste. Des points disposés dans l’espace, et liés par des lignes , et rapprochés ou éloignés suivant leurs degrés d’affinité , pourraient seuls exprimer les rapports si multipliés qui existent dans la nature. Cependant un plan
(1) Voyez Dierfaach, Flora mythologica; i833.
(2) Bateman’s Hautkrankheiten mit Anmerkungen von Kurt Sprenget; Halle, 181 5.
offre encore un grand nombre de ressources: aussi le grand Linnée avait-il exprimé, dans la phrase qui nous sert d’épigraphe, l’idée féconde que les nombreux points de contact d’un territoire avec les territoires voisins pouvaient seuls donner le moyen d’indiquer les nombreuses affinités des végétaux entre eux. Plusieurs botanistes, M. de Candolle pour les légumineuses , M. Dana I pour les annonacées , ont réalisé l’idée de Linnée ; mais aucun ne l’a fait avec autant de succès que M. Adrien de Jussieu pour le groupe des rutacées. Quiconque a étudié les n aladies de la peau a pu se convaincre que leurs affinités mutuelles ne sont ni moins complexes ni moins réelles que celles des plantes; tout le monde a eu l’idée de genres ou d’espèces de transitions, Plusieurs des noms de Willan, où l’épithète rappelle un ordre ou un genre voisin , tels que, eczéma impetiginodes 3 lichen uriicatus , erysipelas bullosum , érythema papulatum , prouvent qu’il avait reconnu ces affinités. J’ai cherché à les rendre sensibles à l’œil au moyen d’une carte, dont je vais tâcher de justifier l’arrangement.
Le polygone tracé sur notre carte renferme tous les genres de maladies de la peau que j’ai pu observer pendant un séjour de deux ans à l’hôpital Saint-Louis, et qui sont généralement bien connues. Je n’ai pas introduit les espèces exotiques , parce que les notions que nous possédons sur elles ne sont pas encore assez précises : ainsi , on ne trouvera sur cette carte que les espèces les mieux caractérisées, ou celles qui servent de transition et déterminent les affinités. Ce polygone est étendu sur un plan; et cependant, comme les vésicules ont des points de contact avec les squames, et que le purpura se rapproche de 1 angiectasia capillaris , on aurait une idée plus juste des affinités , si ce polygone était disposé sur une sphère de manière à ce que les points indiqués se touchassent : c’est ce que nous avons cherché à faire sentir, en transportant dans le voisinage des squames un calque de l’angle externe des vésicules. Cela posé, les lignes les plus fortes ou du premier ordre indiquent les grandes divisions , telles que exanthemala , vesiculæ, pustula, tubercula et papulæ ; les lignes moins fortes, ou du second ordre, circonscrivent des subdivisions
des premières, telles quebullæ, phlysacin , psydracia, squamæ, etc. ; enfin les lignes du troisième ordre, telles que celle qui va de lichen à L. agrius, joignent le genre à ses espèces et déterminent sa position. Les lignes ponctuées, comme celle qui lie variola, vaccina et varicella , indiquent, comme les routes sur une carte géographique, les rapports qui existent entre les genres ou les espèces appartenant à des sections différentes. Les maladies dont les noms sont soulignés sont contagieuses par inoculation directe. Le point de doute, après un nom de genre, veut dire qu’il n’est pas bien certain que ce genre occupe sa véritable place. Autour du polygone sont inscrites soit les fonctions , soit les maladies autres que celles de la peau qui ont quelque analogie avec elles, quelquefois aussi un rapport commun, tel que celui-ci, inflammaiione mucosarum complicatœ (rapport indiqué par des lignes à petits traits qui convergent vers un même point ), ou une dénomination générale, telle que tinece. La longueur relative de la ligne commune qui sépare deux divisions indique leur degré d’affinité, et le rapprochement ou l’éloignement de cette ligne frontière marquera les rapports des espèces ou des genres d’une division avec la division voisine. Les genres ou les espèces placés très-près de la limite servent de transition d’un ordre à l'autre ; ex. : lichen agrius , erysipelas bullosum , sycosis , rypia, etc.
Si nous jetons un coup d’œil général sur la carte, nous voyons que les exanthèmes et les papules ont des points de contact avec toutes les autres maladies de la peau ; et , en effet , on peut dire d’une manière générale que l’exanthème ou la papule sont le point de départ de chacune d’elles ; aussi, en prolongeant idéalement la ligne qui les sépare , le polygone se trouvera partagé en deux moitiés à peu près égales : l’une renfermera les vésicules et les bulles, véritables produits des exanthèmes ou de l’inflammation ; l’autre , les tubercules et les squames, qui ont une papule pour origine commune. Les pustules servent de transition entre ces deux grands embranchemens , et l’on peut établir cette proposition : que toutes les maladies cutanées proprement dites ne sont que les développemens d’un exanthème ou d’une
papule , pris séparément ou combinés ensemble . C’est cette idée qu’exprime la forme du tableau où les papules et les exanthèmes sont placés au sommet du polygone , qu’ils ont généré. Passons à l’examen des ordres en particulier.
Les exanthèmes ont une ligne commune avec les papules : cette ligne est très-étendue; et en effet, la plupart des exanthèmes sont accompagnés d’une légère saillie papuleuse. L’urticaria et Yerylhema paptilatum forment ici les transitions les plus évidentes ; la scarlatine et la rougeole sont rapprochées l’une de l’autre, à cause de leur analogie. Un même triangle les réunit avec la miliaire, qui fait partie de l’ordre des vésicules, parce que ces trois maladies ont cela de commun entre elles et avec la variole, qu’elles sont toujours accompagnées de l’inflammation des muqueuses, dont elles ne sont peut-être qu’un effet secondaire. AJerysip'ele est placé dans le voisinage , car il se complique quelquefois de symptômes gastriques ; mais lorsqu’il se couvre de bulles , alors il établit , par YE. bullasum, le passage des exanthèmes aux bulles. Le purpura , qui est une maladie du système capillaire, se rapproche plutôt des exanthèmes que de toute autre classe. Dans un cas , j’ai vu chacun des petits épanchemens donner lieu à un inflammation , suivie bientôt de la formation d'une vésicule séro-purulente.
Les vésicules. Sous cette grande dénomination nous renfermons à la fois les vésicules proprement dites, et les bulles, qui ne sont que de grosses vésicules. On trouve entre la plus grosse bulle et la plus petite vésicule tous les degrés intermédiaires. Les formes de transition sont Yherpes phlyctenodes , la varicelle et le zona , que M. Rayer avait même placé dans les bulles. AJ eczema solare sert de lien entre les vésicules et les exanthèmes proprement dits; Y eczema rubrum se rapproche de la miliaire. Les vésicules toucheut, d’un côté, à une fonction normale , qui est la sécrétion de la sérosité; et, de l’autre, à la sécrétion séropurulente . qui est une fonction morbide. L’eczéma chronique et Yec zéma impétiginodes sont placés dans le triangle qui correspond à cette
dernière. Par l’eczéma impétiginodes les vésicules passent directement à l’état de pustules, ce qui est indiqué par la ligne commune qui les sépare ; mais X eczema chronicum a des rapports très-grands avec le sous-ordre des squames. Il présente une sécrétion de lames d’épiderme dans le psoriasis diffusa et le P. inveterata : aussi M. Alibert fait-il de ces deux espèces deux variétés seulement , sous les noms d’herpes squamosus madidans et d’herpes furfuraceus lichenoides; il cite même un cas où la transformation a eu lieu, et j’ai eu occasion d’en observer plusieurs exemples. L 'herpes circinnatus est joint par une ligne ponctuée avec le psoriasis circinnata à cause de l’analogie des formes. La position d’un genre étant déterminée par ses espèces , le genre scabies (gale) se trouve placé forcément sur le point commun aux vésicules , aux bulles et aux pustules , de même qu’une ville qui toucherait à trois départemens; néanmoins elle est plus particulièrement dans la section des vésicules séro-purulentes , parce que c’est la moyenne des différentes formes qu’elle présente. En effet , l’espèce scabies simplex est dans les vésicules; scabies lymphatica , dans les bulbes; scabies purulenta, dans les pustules. Cet exemple est, plus que dans tous les autres, propre à faire voir que nous avons exprimé les véritables rapports des maladies de la peau en les groupant sur une carte géographique. Nul, en effet, ne saurait nier que la gale ne soit une maladie unique, transmissible par contagion , et se présentant sous la forme de vésicules, de pustules , de vésicules séro-purulentes, suivant sa durée et l’idiosyncrasie des individus : aussi étaitil impossible de la placer dans une série linéaire. Willan l’avait mise dans les pustules, M. Biett dans les vésicules; ils avaient tous deux raison, car elle touche à ces deux ordres. Il y a mieux : si nos maladies étaient disposées dans l’espace, nous aurions placé la gale au point de contact des bulles, des vésicules, des pustules et des papules, à cause des scabies papuliformis. C’est ce qu’il nous a été impossible de faire sur un plan sans sacrifier des rapports plus importans. Nous avons indiqué celui dont il est ici question, en joignant par une ligne ponctuée le genre scabies au genre prurigo.
Les bulles sont placées entre les vésicules et les pustules. Le plus souvent en effet les vésicules, lorsqu’elles se remplissent de sérosité purulente, passent à l’état de bulles, puis à celui de pustules; c’est ce qu’on observe dans le genre rypia , qui a tant d’analogie avec l’ecthyrna. Le pemphygus 3 à cause de la rougeur de la peau qui l’accompagne , se rapproche des exanthèmes et en même temps des pustules, parce que la sérosité qui remplit ses bulles est souvent purulente. Le genre pompholix peut être regardé comme le type de la tribu.
L’ordre des pustules est celui de tous dont les affinités sont les plus nombreuses. Nous avons déjà fait connaître ses relations avec les bulles et les vésicules ; il en a, quoique très-peu , avec les exanthèmes ; cependant toutes les espèces des genres impétigo et ecthyma s’accompagnent de rougeur et d’injection du derme; mais comme ces genres n’ont pas d’affinité avec un exanthème en particulier, la ligne ponctuée qui leur est commune se termine simplement à la division. Il existe trois sous-ordres très-naturels dans les pustules, savoir : phly-
sacia j, psydracia3e t les maladies des follicules. Dans le sous-ordre
plilysacia se trouve Y ecthyma 3 si voisin par tous ses caractères du genre rypia. L’ ecthyma sypkiliticum 3 qui toujours commence par un tubercule , forme le passage à l’ordre qui porte ce nom. Ici nous trouvons encore la variole 3 qu’on regardait comme l’écueil de la classification de W illan ; elle appartient certainement aux pustules, car lorsqu’elle est arrivée à cet état, son développement peut être considéré somme achevé ; les formes verruqueuses et tuberculeuses sont des exceptions. Celle dite crystalline sert de transition naturelle à la vaccine et à la varicelle. Dans la section psydracia, Y impétigo figurata se rapproche par sa forme du porrigo scululata. Les teignes ont été rassemblées dans un triangle qui ne touche que par sa pointe à la grande division des tubercules , pour indiquer quelles n’ont aucun rapport avec eux. Le genre favus correspond aux pustules phlysaciées, tandis que le genre porrigo se rapproche des psydraciées. Dans la
section suivante, celle de X acné' et du sy cosis 3 l'affinité avec les tubercules est évidente ; l 'acné indurata en est une preuve , le sycosis présente toujours une base saillante, rouge et indurée ; de là ses rapports avec l’ecthyma d’un côté , les tubercules de l’autre. Dans l’es^ péce acné rosacea 3 on observe une dilatation des vaisseaux capillaires ou veineux; c’est-à-dire avec Yangiectasie capillaire en général.
L'ordre des tubercules est circonscrit par les pustules et les papules ; Ses affinités avec les squames sont peu marquées. L'elephantiasis græcorum peut être considéré comme le type de cet ordre. Le lupus se rapproche du cancer en général, et la syphilide tuberculeuse 3 dont les tubercules finissent toujours par suppurer au sommet, établit la transition aux pustules pblysaciées.
La grande division des papules a pour type le genre prurigo ; mais par le lichen urticatus nous passons au genre urticaria 3 et par conséquent aux exanthèmes ; par le L. agrius } aux pustules ; le lichen sjphiliticus a de l’affinité avec les squames et les tubercules tout à la fois. Les lichen circumscriptus affecte la même forme que le psoriasis circinnata.
Les squames peuvent être considérées comme un démembrement du grand ordre des papules, car, dans le genre psoriasis au moins , la lésion élémentaire est une papule surmontée d’une squame. J’ai observé, avec mon ami le docteur Pennock, deux psoriasis commençans : à la loupe, on voyait d’abord paraître une petite papule unique , couronnée d’une squame blanche , circulaire et percée à son centre; celte papule s’étendait ensuite de jour en jour, et finissait par former ces plaques rouges et élevées, véritables papules diffuses 3 qui supportent les squames, dans le psoriasis guttata diffusa et inveterata. Dans le genre pityriasis 3 on n’observe pas de papules au début , quoique la peau soit le plus souvent un peu élevée. La section des
squames est celle de loutes qui réclame le plus impérieusement de nouvelles recherches. Pari epytiriasisrubra elle a quelque affinité avec les exanthèmes; et le genre pityriasis tout entier se rapproche des maladies du pigmentum, que M. Alibert a désignées sous le nom de dyschromateuses. Les phénomènes qu’offre le genre psoriasis sont une exagération de la fonction qui a pour objet la sécrétion épidermique; mais je pense que les différentes espèces de psoriasis admises par Willan doivent être considérées comme différens degrés du développement de la même maladie. Ainsi, au début, le psoriasis se présente toujours sous la forme du P. guttata ; les gouttes , en s’étendant , prennent le nom de P. diffusa. Alors il peut arriver deux choses: ou bien les plaques s’étendent, se réunissent, s’élèvent, la sécrétion épidermique devient de plus en plus abondante, et nous avons le P. inveterata , qui se rapproche des tubercules; ou bien ces plaques se guérissent au centre , forment des cercles qui se joignent , en s’agrandissant , et alors on a le P. circinnata. Le genre lepra, que Willan avait établi pour désigner cet .état, ne saurait subsister, car le lepra vulgaris n’est qu’une des terminaisons du psoriasis guttata. Je pourrais appuyer cette opinion d’un grand nombre de faits recueillis dans le service de Al. Biett, et de l’autorité de M. le baron Alibert , du professeur Wolf, de Berlin, et du docteur Schoenlein. Celui-ci désigne le psoriasis circinnata (nom qui me paraît convenable) sous celui de P. leprades. Le genre icthyosis est un de ceux qui sont le plus mal connus, et dont la place n’est pas bien fixée; aussi ne l’ai-je mis qu’avec un point de doute. Si toutes les syphilides avaient dû trouver place dans ce tableau, nous les aurions, à l’exemple de i\l. Gibert, rangées, suivant leur forme , dans chacune de nos grandes divisions, pour ne pas être infidèle au principe des lésions élémentaires. Je n’ai pas cru devoir admettre la classe des taches ( maculæ ) de Willan ; elle renferme les éphélides, qui rentrent dans le genre pityriasis, et les nævi, qui ne sont pas des maladies de la peau. Il en est de même de l’éléphantiasis des Arabes, qui est une maladie des lym-
phatiques, et de la graisse sous-cutanée, d’après les recherches de M. A lard y de M. Bouillaud et de quelques autres médecins.