‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 9 sur 154 · IG · texte numérisé non relu

IG

là on voit l'inconséquence malheureuse de ces religieux qui, après avoir prononcé leurs vœux, négligent les vertus religieuses et restent plus imparfaits que beaucoup de chrétiens du siècle.

D. Quelle est la seconde difTérencc entre le vœu et la vertu ?

R. Quoique le vœu exerce une influence indirecte sur tous les actes de la vertu, comme nous le verrons plus tard, néanmons le vœu ne saurait proprement s'étendre au delà de ce qu'il impose sous peine de péché ; tandis que la vertu peut s'élever à une perfection toujours plus haute. C'est précisément par ces accroissements dans la vertu, qu'on devient un bon et fervent religieux.

D. N'y a-t-il pas aussi une troisième différence en faveur du vœu?

R. Oui ; si le vœu est un moyen relativement à la vertu, il faut dire que, sous un autre rapport, la vertu aussi est un moyen relativement au vœu. De même donc que le vœu sert à acquérir la vertu, ainsi la vertu sert à maintenir l'observation du vœu : car lorsque vous manquez notablement à la vertu, vous mettez en péril le vœu lui-même, dont vous affaiblissez ainsi le principe ; et si vous négligez la vertu, il vous sera bien difficile de rester fidèle au vœu.

D. Avez-vous à signaler une quatrième différence entre le vœu et la vertu?

n. Oui, et cette différence est la plus digne d'attention, parce qu'elle intéresse même la conscience :

c^est que l'on peut pC'clier contre la vertu, même sans qu'il y ait violation du vœu : nous Texpliquerons bientôt; tandis qu'en géne'ral on ne saurait violer le vœu, sans blesser du même coup la vertu, qui doit avant tout s'exercer sur la matière imposée par le vœu .

D. L'émission des vœux ne crée-t-elle pas quelque autre obligation avec celle des vœux méuie?

R. Oui, l'émission des vœux, par cela seul qu'elle a lieu dans un corps religieux, fait du sujet qui les prononce un membre de ce même corps, et par conséquent lui impose l'obligation de s'y soiimeftre aux supérieurs et aux règles, abstraction faite même du vœu spécial d'obéissance.

Et. en effet, l'émission des vœux renferme un contraf, une donation que le religieux fail de sa personne à l'ordre ou à la congréi-'Htion qui le reç- it dans son sein. Par celle donation, il cède les droits qu'il aviiit sur lui-même et sur ses actes, afin d'être employé dorénavant, selon la Règle, au service de Dieu en vue duciuel il s'est donné. Le3\œux embrassent les devoirs plus essentiels de son engngement; toui le reste est déterminé par les règles et par les prescriptions des supérieurs.

Il faut remarquer aussi que c'est de cette incorporation des sujets dans un ordre religieux par l'émission des vœux, que naissent les devoirs de la fraternité religieuse et ceux du détachemenl évangélique envers les parents.

D. Les novices et ceux qui n'ont pas encore fait les vœux ont-ils des devoirs à remplir dans une communauté ?

R. Leur admission en communauté leur crée trois obligations spéciales, qui regardent, non les

vœux, mais les vertus religieuses ; nous ne ferons que les indiquer ici.

Page 1