‹ Les printempsChapitre 28 sur 40 · A DELPHIQUE · texte numérisé non relu

A DELPHIQUE

Prends ma main, éloigne la Muse, Défends-moi contre mon bonheur, Mêle une amertume confuse Au printemps qui gonfle mon cœur...

LACRYMtE rerum

Les humides rumeurs de la pluie et du vent Entrent par la fenêtre ouverte sur la plaine, Mais tes yeux sans clarté, ta bouche sans haleine Ne sentent plus, hélas ! rien du monde vivant.

Ton fils, sous les rosiers, à l'ombre de tes roses. Peut t'évoquer, mais toi, mon père, plus jamais. Dans le vieux parc, sur le vieux banc où tu fumais, Tu ne viendras rêver à l'amitié des choses.

Ils vont fleurir, les lys que tu plantas ! L'Eté Va cueillir de ses doigts brûlants la rouge pêche. Mais un autre déjà s'est servi de ta bêche. Le jardinier distrait ne t'a pas regretté.

LACRYM-E RERUM i4i

Cependant le bon puits, sous sa barbe de lierre, Sous son front décrépit, se souvient par moment, Un souci ride l'eau du vieux bassin dormant, Le laurier à genoux murmure une prière.

Pour les indifférents rien ne semble changer.

Mais pour moi, pour ton fils à qui parlent ces choses.

Un frisson leur répond du champ où tu reposes.

Et ton âme a tremblé dans l'âme du verger.

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