CHANT DU LABOUREUR
Mes champs sont labourés. Mon livre
Lentement de moi se délivre,
Son cœur palpite au moindre vent.
La plaine est calme et reposée,
Car j'ai labouré ma pensée
D'un bras robuste et d'un soc lent.
La plaine à pleins sillons s'élance A l'assaut du vaste silence.
Mes vers palpitent sous ma main.
Tout est semé, les vagues molles De mes blés et de mes paroles Fleuriront au printemps prochain.
i52 PRINTEMPS FUNÈBRE
Les tonenls de la plaine verte Entreront dans mon âme ouverte En bondissant comme des dieux.
J'entends des rumeurs étouffées, La large terre par bouffées Déjà s'envole vers lescieux.
0 volonté sans cesse accrue !
Les droits sillons de ma charrue
Gravent mon hymne au cœur des champs.
De grands blés peuplent ma mémoire.
Je mourrai dans la large gloire
De mes moissons et de mes chants.
J'entends les pas des gens sans nombre Qui viennent pour s'asseoir à l'ombre Des hauts gerbiers, sur l'aire d'or.
Je vois tous les chemins en marche, Et sous ma main de patriarche Mon peuple heureux enfin s'endort.
CHA>T DU LABOUREUR i53
Et pourtant, Seigneur de l'espace.
Semeur des âmes de ma race.
Je ne suis rien devant tes yeux, Rien qu'un épi de ta colère, Rien qu'une paille sur ton aire.
Rien qu'un poète sous les cieux.