‹ Les Prix de Vertu, fondésChapitre 2 sur 43 · II. 1. Prii dcFertu. i · texte numérisé non relu

II. 1. Prii dcFertu. i

Jadis cette obligation de répéter un même éloge fut prescrite à lAcadémie française en faveur du cardinal de Richelieu, son illustre fondateur.

Sous le règne du grand roi qui succéda à ce ministre souverain, on dut savoir gré à cette compagnie, qu'il avait cicée, d'imposer à la postérité le tribut de sa propre reconnaissance ; mais deux siècles ont fini par épuiser ce sentiment honorable, et l'admiration publique commençait peut-être à se fatiguer de l'inévitable panégyrique de ce grand ministre.

11 n'en sera pas ainsi de la nécessité où se trouveront nos successeurs de répéter l'éloge de M. de Montyon, quand le temps ramènera la solennité annuelle qui nous rassemble aujourd'hui.

Pourra-t-on se lasser jamais d'entendre rappeler à la mémoire des hommes celui dont la vie tout entière vouée au culte de la vertu en consacra le dernier acte par la fondation d'une école de morale pratique, qu'il dota si généreusement, et dans laquelle la vertu indigente trouvera, chaque année et à toujours, son éloge et sa récompense ?

Le succès perpétue] de cette grande commémoration est d'autant plus assuré, qu'en aucun temps il ne devra rien au talent et à l'éloquence de l'orateur, puisque la vérité la plus laconique et la moins ornée conviendra toujours mieux au récit des faits dont il suffira d'attester l'exactitude.

Pour accomplir autant qu'il était en elle la sainte mission qu'elle a reçue du génie de la bienfaisance, l'Académie a dû se tracer des règles d'appréciation entre tant d'actions vertueuses, et fixer les rangs, même entre des égaux, dans les différentes catégories où chacune de ces actions est venue se ranger.

La vertu, si heureusement définie par un de nos pré-

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décesseurs à cette tribune*, le génie de Vdrae et de la conscience, ne peut recevoir de prix que pour des actions de notoriété et d'utilité publiques. Ce principe général que lAcadémie a pris pour la base de ses jugements lui prescrit de signaler plus particulièrement à l'admiration et à la reconnaissance deux genres de courage dignes des mêmes éloges et des çièmes récompenses : Tun, qu'exalte au plus haut degré dans une belle âme l'aspect du malheur aux prises avec un grand péril ; l'autre, qui se manifeste par une constance non moins sublime dans une vie de sacrifices et de résignation au profit de l'humanité souffrante et délaissée.

Mettons en regard deux exemples différents d'un dévouement que l'Académie a j ugé également digne d'un premier prix de 3,000 francs qu'elle décerne à chacun d'eux.

Simon-Pierre Moessard, domicilié rue des Marais-du- Temple, n** 2, est né à Pari^, le 15 mars 1781, d'une lamille honorable. Le hasard des événements le décida à embrasser la carrière du théâtre, et à s'attacher comme acteur et comme régisseur à la fortune ou plutôt à l'infortune du théâtre de la Porte-Saint-Martin. Il y a plus de vingt-six ans que Moessard habite le même quartier, la même maison, et qu'il y donne l'exemple des vertus qu'il ensevelit dans l'ombre.

Bien que l'attachement le plus tendre, le dévouement le plus absolu envers ses parents, ne doivent être considérés et ne soient, en effet, que l'accomplissement d'un devoir, la piété filiale dont M. Moessard est un des plus touchants modèles mériterait d'être signalée ; mais cherchons hors des affections de famille ces actions vertueuses qui se recommandent plus partie uhèrement à l'admiration publique.

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