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oOô PRIX DE VERTU.
de Beaumont-la-Ghartre (Sarthe) et y a causé un sentiment général d'admiration et de respect. Une pauvre et vieille femme, Marie Chauvin, voyant le désespoir d'une famille à laquelle le recrutement allait enlever son principal soutien, a, sans calcul, sans réserve, donné à ces pauvres gens 2,000 francs, c'est-à-dire l'épargne amassée pour ses vieux jours, et le jeune soldat a pu se racheter et continuer à travailler pour sa mère... C'est à moi qu'Ambroise s'est adressé pour savoir comment il devait s'y prendre pour déposer en temps utile le prix de son exonération, et c'est lorsque je lui ai demandé où il avait pris ces 2,000 francs, lui, pauvre journaher, sans aucune fortune, qu'il m'a raconté tout en larmes l'acte de générosité auquel il devait son salut, et surtout celui de sa mère. Il faut dire que le bienfait ne pouvait tomber sur de plus braves gens, plus religieux dans leur simplicité, plus dignes dans leur indigence... Je vous parle de ceux qui ont reçu le bienfait en même temps que de la bienfaitrice, parce que je crois que la manière de faire le bien ajoute encore à son mérite, et que la plus haute vertu s'élève encore par le discernement avec lequel elle s'applique. »
C'était, suivant le récit de M. le curé de Beaumont-la- Chartre, au dernier jour du délai légal, lorsque toute une famille attendait avec anxiété l'heure du départ du jeune soldat, que la vieille Marie Chauvin entra sous le toit d'une famille désolée : « Mes amis, dit-elle, je n'ai pu dormir de la nuit. Yoilà 2,000 francs pour racheter Ambroise; je ne sais à présent avec quoi je vivrai, mais au moins je dormirai tranquille. » Cela dit, elle jette la somme sur la table, s'en retourne comme elle est venue, et rentre chez elle sans parlera personne.
L'Académie, en récompensant faction de Marie Chauvin, y a vu plutôt l'effet d'un bon mouvement qui
l'exercice de la vertu ; mais elle a été touchée de cet entier oubli de soi-même, de cette abnégation d'une pauvre femme qui donne les économies de toute sa vie sans se réserver un morceau de pain, et elle a voulu qu'un prix de 2,000 francs, en laissant à sa conscience tout le prix du sacrifice, en épargnât les amertumes à ses vieux ans.
Il serait impossible, sans fatiguer votre attention et sans nuire à l'intérêt que méritent les obscurs témoignages des vertus les plus simples parce qu'elles sont les plus réelles, d'exposer ici tous les titres qui ont décidé l'Académie à la distribution des dix-huit médailles, dont quatre de miile francs et quatorze de cinq cents. Les plus utiles des meilleures actions ne sont pas toujours dramatiques.
Il faut donc me résoudre à nommer seulement un pieux vicaire de paroisse, M. l'abbé Fayier, aux Ghoizinets (Lozère), qui, renonçant à tout avancement dans son ministère, a tout quitté pour se renfermer dans une maison d'orphelins où les devoirs les plus pénibles, les soins les plus humbles, n'ont rien qui intimide ou fatigue sa charité vaillante. Nos éloges l'effrayeraient peut-être plus que les plus laborieux sacrifices de la vie de dévouement qu'il a volontairement embrassée. Nous nommerons seulement comme lui M. Fidèle Elleboode, à Saint- Omer, qui, depuis l'âge de cinq ans, condamné à porter une jambe de bois, s'est jeté maintes fois dans l'Aa et dans les nombreux canaux qui arrosent sa contrée pour sauver au péril de sa vie des malheureux de tout âge. Plus de vingt-cinq de ces actes d'énergie et de dévouement ont été attestés avec d'intéressants détails à l'Académie. Nous ne pourrons pas insister davantage sur les services non moins précieux que rend tous les jours à l'enfance, à la jeunesse, menacée de non moins grands
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périls, M. Bouquet, un des commis greffiers du tribiiual de la Seine. Appelé par ses fonctions à voir trop souvent ces malheureux enfants qu'une corruption précoce, l'exemple, l'entraînement, Fignorance, l'abandon, amènent sur les rangs de la justice, il s'est attaché avec autant de succès que de persévérance à leur chercher, à leur ménager des moyens d'amendement et des situations préservatrices. Le détail de ce qu'il a fait en ce genre oflrirait à l'administration de la justice plus d'un sujet digne d'attention. Mais la magistrature est informée ; c'est elle-même qui a pris soin d'avertir l'Académie, et la lettre que nous avons reçue du chef du parquet du tribunal serait le rapport le plus intéressant et le plus authentique sur les mérites et les services qu'elle a reconnus en récompensant M. Bouquet.
Enfin nous avons pu, comme à l'ordinaire, comprendre dans la liste de nos récompenses plusieurs exemples de ce dévouement, non moins touchant pour être moins rare, de serviteurs plus fidèles que la fortune, et qui, s'attachant avec obstination à la pauvreté, à la vieillesse, à la maladie, deviennent les bienfaiteurs de leurs maîtres. Six de nos médailles prouveront à six de ces femmes généreuses qui sont comme les sœurs de charité de la vie domestique, que l'obscurité de leur dévouement, de leurs vertus familières, ne les dérobe pas toujours, même en ce monde, à la justice qui leur est due.
Mais à ces nombreuses pratiques des vertus les plus respectables que notre livret fera connaître avec détail, l'Académie française a joint une noble action qu'elle tient à louer devant vous, et qu'elle ne sait comment récompenser autrement qu'en mJordonnant de vous en rappeler l'émouvant souvenir.
Le 26 septembre dernier, par les marées de l'équi-
noxe, la mer était haute sur les eûtes de Normandie. Au Havre, dans l'enceinte même des bains réservés aux nageurs, un courant violent, chassant vers la Hève, les obligeait à des efforts extraordinaires de résistance et de vigueur. Un d'eux qui se dirigeait, selon l'usage, vers le radeau qui leur sert de but et de relâche, où venait d'aborder un très-jeune homme et sa sœur, sentit tout à coup ses forces faiblir sous le poids de la vague, et vit bientôt le radeau fuir devant ses yeux troublés. Impuissant et brisé, Tinstinct même de conservation l'abandonna, et déjà (c'est son récit que nous répétons) les pensées suprêmes de la mort apparaissaient rapidement à son esprit, lorsqu'il aperçoit le jeune homme qui vient à lui en nageant. Charles de la Gatinerie avait vu sa détresse. Il approche, il l'interpelle, n'obtient en réponse que des sons confus, et lui crie qu'il arrive à son secours. Il le joint en effet, il le prend sur ses épaules; mais le fardeau est pesant, la mer est forte, le jeune sauveur n'a que quinze ans. Seul il se dégagerait peut-être, mais tous deux se saisissent et se lâchent tour à tour; tous deux sont prêts à glisser dans l'abîme. Le plus âgé allait disparaître ; tout à coup il sent l'étreinte d'une petite main qui le soulève et le remet un moment à flot. A la vue du péril, mademoiselle Isabelle de la Gatixerie s'était jetée intrépidement à la mer. Elle arrive; elle délivre son frère, qui peut nager plus à l'aise, et elle laisse se suspendre à elle celui qui reste à sauver. Elle le soutient en se soutenant elle-même ; mais bientôt la force lui manque. « Mon Dieu I s"écria-t-elle, je ne puis plus. » A ce moment, le malheureux croit mourir, et se laisse aller comme un corps inanimé. Mais ses sauveurs ne l'abandonnent pas: la jeune fille, l'énergique jeune fille, le retient, le pousse devant elle, et, par un dernier effort, donne le temps au bateau de sauvetage de venir
enfin à leur secours. C'est elle alors qui, pir un coup violent, ramène le mourant à la surface, et lorsque tous trois se cramponnent convulsivement au bordage, c'est elle encore qui prévient la submersion en se suspendant du côté opposé. Tout le monde enfin est embarqué, excepté elle ; mais, quand on veut l'amener à bord, on la trouve évanouie, les mains crispées, et il faut, en la soutenant, la traîner flottante à la remorque du canot qui regagne le rivage. Là enfin, on la dépose sans connaissance dans les bras de ses compagnes.
Nous avons lu, écrit de la main de celui qui a été ainsi dérobé à une mort certaine : « Je dois la vie à cette héroïque demoiselle et à son jeune frère ; leur courage, leur dévouement, leur persévérance, sont au-dessus de toute expression, et ma reconnaissance ne peut pas non plus s'exprimer par des paroles. »
L'Académie, à son tour, messieurs, ne "veut par aucune parole affaiblir l'intérêt de ce récit. Mademoiselle de la Gatinerie a dix-huit ans ; elle est la fille d'un honorable fonctionnaire, ancien commissaire général de la marine au Havre. L'Académie a pensé qu'elle ne pouvait lui offrir aucune récompense ; mais elle a chargé son directeur d'exprimer publiquement son admiration pour tant de courage. C'est un hommage qu'il nous est doux de rendre. Mais, si nous ne nous trompons, mademoiselle de la Gatinerie s'étonnera qu'on célèbre ainsi le souvenir d'un jour qu'elle ne se rappelle que comme un des plus heureux de sa vie. Pour certaines âmes, ce que nous nommons héroïsme ne semble que du bonheur.
ANNÉE 1860. 5il
Récit des actions vertueuses pour lesquelles des médailles ont été décernées par V Académie dans la. séance publique du 23 aoilt 1860.
Amand-Fidèle-Constant Elleboode. àSaint-Omer (Pasde-Calais). — Condamné, depuis Tâge de cinq ans, à porter une jambe de bois, Elleboode se recommande par le grand nombre de sauvetages que, malgré la difficulté que lui oppose son infirmité, il a pu courageusement accomplir.
Maintes fois il s'est jeté dans l'Aa et dans les nombreux canaux qui arrosent sa contrée, pour sauver au péril de sa vie des malheureux de tout âge. Deux fois il ne s'est retiré lui-même du péril que blessé grièvement ; plus de vingt-cinq de ces actes d'énergie et de dévouement ont été attestés avec d'intéressants détails à TAcadémie.
François-Simon-Auguste Robaud, à Aix (Bouches-du- Rhône). — Robaud a quatre-vingt-trois ans ; il a soixantesix ans de bons et loyaux services dans les bureaux de l'administration municipale d'Aix ; il a vécu et vit encore sans la moindre infirmité, dans la sobriété, et avec la parcimonie la plus rigoureuse, se refusant tout à luimême, tandis qu'il prodigue à toutes les infortunes et à toutes les fondations de moralité et de ciiarité sa petite fortune et le fruit de ses longues et constantes économies. Le chiffre qui résulte de la longue liste de ces bienfaits est si considérable que, s'il n'était bien constaté, il paraîtrait invraisemblable : il s'élève à près de 40,000 francs; il faut ajouter le don à un malheureux ouvrier d'une maison de la valeur de 10,000 francs; la jouissance viagère de deux propriétés rurales dont M. Robaud paye l'impôt, et abandonnée à deux autres familles dans fin-
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rorlune ; entîn de fréquentes et considérables distributions de blé et de pain pendant plusieurs disettes.
Le gouvernement a décoré Robaud de la croix de la Légion d'bonneur.
Aspasie Roussel, veuve Lemaitre de CnAXCELÉ, aux Trois-Mou tiers (Vienne). — C'est une admirable femme, qui depuis quarante-cinq ans a abandonné sa ville et sa société, dont elle était le charme, pour aller, avec ses quatre enfants, se faire fermière, ce qu'elle est encore. Il lui restait 8,000 francs de biens : elle les réalise, pour les donner au propriétaire dont son mari était intendant, et qui les lui devait par suite de négligence dans sa gestion ; dette sacrée pour madame de Chancelé, quoique le propriétaire ne la réclame pas. Elle recueille alors dans sa ferme son mari, dont l'esprit était affaibli ; elle l'entoure de soins et le fait vivre à part, afin que ce vieillard n'éprouve pas les privations qu'elle s'imposait.
Devenue veuve, madame de Chancelé, toujours fermière, avec trois enfants qui lui restent, a été si charitable pendant les disettes de 1846, de 1855, 1856 et 1857, qu'elle a peine à soutenir sa vieillesse après une vie aussi pleine de générosité et du plus courageux dévouement,
Antoine Favier (abbé), aux Choizinets, canton de Langogne (Lozère). — Pauvre vicaire à Langogne, depuis dix ans, l'abbé Favier, près d'obtenir par son mérite un poste plus élevé, donne sa démission en 1851, et se voue à la fondation d'un orphehnat dans une propriété rurale léguée dans ce but par la charité privée. Il y recueille trente-cinq orphelins et, seul d'abord, il se dévoue à remplir près d'eux les plus intimes et les plus pénibles
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fonctions. C'est lui qui les veille, les habille, les instruit et qui, la bêche, le râteau, la faucille à la main, les dresse et les accoutume à tous les travaux des champs. Le domaine qui lui a été confié était grevé de dettes ; grâce à des secours du gouvernement, mais surtout à son excellente gestion et aux dures et continuelles privations qu'il s'impose à lui-même, ces dettes sont acquittées. Il vient même, par une acquisition importante, de doubler le domaine de l'orphelinat, et il est à la veille, dès que cette acquisition sera soldée, de doubler aussi le nombre de ses jeunes habitants.
Louise AuNEAU, à La Rochelle (Charente-Inférieure). — C'est une servante, bienfaitrice de sa vieille maîtresse, qu'elle sert depuis cinquante-sept ans.
Sa maîtresse, devenue veuve, ne pouvait plus subsister que par la vente d'un domaine de 6,000 francs, sur lequel les économies de Louise étaient hypothéquées pour une valeur de 4,000 francs. Le domaine vendu, il a fallu en placer viagèrement le prix de la vente sur la tête de la maîtresse, âgée en 1840 de soixante-deux ans.
Louise déchire alors son hypothèque, rend les 4,000 fr. à sa maîtresse, qui depuis Aingt ans vit avec les 600 fr. de rente viagère dont elle doit les deux tiers à la générosité de sa servante, laquelle continue à lui prodiguer les soins les plus assidus et à prolonger ainsi son existence.
Françoise Bouget, à Guingamp (Côtes-du-Nord). — Françoise, âgée de soixante-quinze ans, se dévoue pendant trente et un ans à la même famille, qu'elle sert sans rétribution. Son maître meurt: elle reste attachée à la fille de ce malheureux et à son gendre, malgré leur misère, qui e&t si grande que le mari abandonne sa femme
malade et son enfant en bas âge. Françoise ne se décourage pas. Elle persévère, sans aucun espoir de récompense, à prodiguer ses soins à cet enfant et à cette femme infirme, qui succombe entre ses bras. La femme Bouget continue près de Forphelin son dévouement à cette famille, qui vient de s'éteindre dans ce dernier rejeton.
Marie-Sophie Thiébaut, 'dite Gélestine, aux Paroches, arrondissement de Commercy (Meuse). — Cette pauvre et excellente fille, âgée de trente-six ans, après avoir exemplairement soigné pendant deux ans sa mère, qu'elle a perdue, est depuis quinze ans l'unique soutien d'un père âgé de soixante-quinze ans, infirme et dans la misère, et d'un frère idiot et incapable de tout travail. Ses compatriotes admirent sa résignation laborieuse et toutes les privations que s'impose cette bonne fille, dont le labeur, qui n'est payé que 60 centimes par jour, lui a suffi jusqu'ici pour soutenir l'existence de son père et de son frère. Elle a refusé des places lucratives pour ne point les quitter, car ils ne pouvaient se passer de ses soins journaliers.
Marie-Anne-Marguerite Rabottin, femme Rabier, à Thomery (Seine-et-Marne). — Cette femme, âgée de soixante et onze ans, après avoir été un exemple de piété filiale, est devenue un modèle de résignation et de dévouement conjugal dans la plus cruelle situation qu'on puisse imaginer. Son mari, qui ne vivait que de son état de vannier, est dévoré depuis quinze ans par un chancre horrible ; son aspect est effrayant ; il n'a plus figure humaine, et l'infection produite par cette putréfaction éloigne de lui tout secours étranger. C'est dans ce malheur et la misère qui en est résultée que le dévouement
de sa femme a suffi à tout : par un travail continuel, par les soins les plus assidus et les plus délicats, elle a soutenu l'existence de son mari, a pu solder le médecin et les médicaments, et prolonger presque miraculeusement pendant ces quinze années la vie de Rabier, et cela sans se plaindre et sans rien demander à la charité publiqur» ou privée.
Louise Verger, à Rennes (Ille-et-Yilaine). — Louise, âgée de soixante-dix ans, a servi quarante ans la même maîtresse; rétribuée pendant vingt ans, elle a, par son travail et pendant vingt ans, nourri sa maîtresse, qui vient de mourir. Elle est aujourd'hui infirme et dans une misère d'autant plus honorable que cette misère est le résultat de son dévouement désintéressé. Ainsi, pendant nombre d'années, elle glissait dans le comptoir de sa maîtresse, comme résultat d'objets vendus, les petites sommes que des personnes charitables lui remettaient à elle-même pour s'acheter les vêtements les plus indispensables. Les attestations les plus honorables confirment cette vie de charité et de dévouement.
Guillaume-Adolphe Galopix-Bouquet, rue des Thèmes, n° 61, à Paris (Seine). — Depuis vingt ans, M. Bouquet, commis-greffier à la sixième chambre du tribunal de première instance de la Seine, réclame les enfants vagabonds que la justice est prête à frapper. Il emploie à les placer dans des maisons religieuses ou en apprentissage toutes se's ressources pécuniaires. C'est ainsi qu'il a placé à Vaugirard depuis vingt ans quatre-vingts jeunes filles. Un ouvroir à Montreuil a reçu de ses mains quatorze ou quinze autres jeunes vagabonds, dont quatre sont encore à sa charge ; vingt jeunes garçons ont été placés rue Saint-Jacques, plusieurs autres dans des
orphelinats et des colonies agricoles; cVautres encore ont été renvoyés à ses frais et au loin à leurs familles. Treize jeunes gens, grâce à lui, professent à Paris des métiers honorables. Le gouvernement vient de récompenser M. Bouquet par la croix de la Légion d'honneur.
Marie CA^'ET, à Aurillac ( Gantai). — Le mémoire montre cette ouvrière, âgée de quarante-trois ans, se dévouant dès l'âge de treize ans au soutien d'un père aliéné, d'une mère infirme et de deux sœurs en bas âge, et y pourvoyant par un travail excessif. Quand sa deuxième sœur peut l'aider, une fièvre typhoïde qui la rend infirme ajoute à son fardeau. Ce dévouement de Marie Canet a duré trente ans.
Marie Labruyère, à Belleville (Rhône). — Marie Labruyère, âgée de cinquante-neuf ans, consacre depuis plus de trente ans ses jours, ses nuits et toute sa modique fortune à soigner de pauvres enfants en bas âge, à les secourir, à recueillir, nourrir et élever les plus malheureux, et à prodiguer son temps, sa santé et tout ce qu'elle possède pour soulager la détresse des pauvres de Belleville. Elle est la bienfaitrice, la providence, la sœur de charité de cette commune.
Geneviève Bordeloxgue, femme Fitère, à Oloron- Sainte-Marie (Basses-Pyrénées). — La vie entière delà dame Fitère, âgée de soixante-six ans, est consacrée au soulagement des personnes souffrantes, bien qu'elle soit elle-même âgée et très-pauvre; depuis trente ans son existence est vouée, avec une constante et admirable abnégation, au soin des malades et au soulagement de toutes les misères. En 1855, elle s'est dévouée aux malheureux atteints du choléra, et que tout le monde abandonnait.
Eugénie-Henriette Desablonne, rue de Saintonge, 17, à Paris (Seine). — Cette fille, née de parents inconnus qu'on dit avoir été dans l'opulence, a été élevée jusqu'à dix-neuf ans par la charité publique. Placée servante à cet âge chez un maréchal ferrant, elle l'a soigné sans gages pendant vingt ans avec un zèle exemplaire jusqu'à la ruine complète de ce ménage. C'est alors que, forcée de s'en séparer et de se placer ailleurs, avec 300 francs de gages, elle continue pendant neuf ans à soutenir ainsi l'existence de ses anciens maîtres, en leur apportant régulièrement chaque mois tous les gages qu'elle reçoit. Un legs de oOO francs que lui laisse sa deuxième maîtresse est employé à acquitter tous les frais d'enterrement de la première.
Agée aujourd'hui de 54 ans, elle prodigue ses soins aux malheureux.
Jenu}- GossoT, à Blaisy-Bas, canton de Sombernon (Côte-d'Or). — Entrée enfant comme servante chez une dame Lesage, qui alors vivait dans l'aisance, elle y est élevée comme la fdle de la maison. Vers 1840, cette dame est ruinée par son fils. Il ne lui reste, avec le travail de celui-ci, pour toute ressource que sa maison et un enclos y attenant. C'est alors que Jenny, redoublant de soins et de dévouement, cultive elle-même ce morceau de terre pendant le jour, et emploie les nuits, en veillant sa maîtresse octogénaire et aveugle, à un travail de couture. Cette situation a duré douze ans environ. Alors encore la malheureuse aveugle est chassée de ce dernier asile par ses créanciers, dont l'un, plus humain, lui fait une pension de 300 francs.
Jenny, âgée de 41 ans, conduit alors la vieille dame près de son fds; mais, la voyant dépérir dans le pays qu'il habitait, elle reconduit à Dijon cette vieille mai-
tresse, qu'elle perd , âgée de quatre-vingt-onze ans , après trente-six ans d'un dévouement très-remarquable. Elle a dépensé le peu qui lui restait pour l'enterrement de madame Lesage.
Marie- Jeanne Rousselet, à Landerneau (Finistère). — Elle a recueilli chez elle deux orphelins, qu'elle a élevés, l'un pendant six ans, l'autre pendant quinze ans. Elle avait à peine achevé cette bonne action que la mort d'un de ses parents ayant laissé six enfants sans ressources, elle les prend à sa charge, les élève, en place cinq avantageusement, et achève encore aujourd'hui l'éducation du sixième.
Agée de 76 ans, elle continue avec le même dévouement la vie d'abnégation et de sacrifices qu'elle a embrassée ; outre ses pupilles, elle trouve encore dans son inépuisable charité les moyens d'adoucir les misères qui se révèlent ailleurs. Elle est une providence pour ceux qui souffrent ; elle se plaît à les chercher pour les consoler et les secourir.
Pierrette Sœur, à Saint-Laurent, arrondissement de Grasse (Var). — Servante depuis cinquante-trois rns dans la même famille, pendant vingt-deux ans elle se voue gratuitement au service de deux demoiselles, reste de la famille, et qui n'ont pour soutien de leur existence que le travail de cette fidèle servante. Pierrette, pendant les années où elle était rétribuée, avait économisé 1,500 francs; quand ses maîtresses tombèrent dans la misère, elle en acheta sous leur nom un petit bien, qu'elle cultive de ses propres mains avec tant de labeur et d'intelligence, qu'il suffit à pourvoir à leurs besoins les plus pressants.
François-Félix Brullois, à Verclives, par et près Ecoiiis (Eure). — Seul soutien de sa mère, veuve et infirme, et de sa sœur idiote, Brullois, entré en apprentissage chez un pâtissier, excite l'intérêt de chacun par sa bonne conduite et son activité infatigable ; des rémunérations fréquentes lui permettent de nourrir sa famille ; il a recueilli une femme malade, lui a fait donner tous les soins qu'exigeait son état et, à la mort de cette infortunée, il a payé l'enterrement. Ensuite il a recueilli un enfant de trois mois, abandonné de ses parents, qu'il a confié à sa mère, et qui a été élevé par elle. Toute sa famille, celle de sa femme et ses concitoyens déclarent qu'il n y a point de fils, de frère et de beau-fils plus dévoué et plus laborieux.
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