‹ Les problèmes de l'atmosphèreChapitre 10 sur 30 · LES POUSSIÈRES ET LES GERMES DE L^* ATMOSPHÈRE · texte numérisé non relu

LES POUSSIÈRES ET LES GERMES DE L^* ATMOSPHÈRE

contenus dans un mètre cube d'air que, par ironie sans doute, on persiste à qualifier de « respirable » ! C'est par dizaines de mille, par centaines de mille, par millions même que se chiffrent les bactéries contenues dans un mètre cube de Tair qu'on y absorbe.

Même dans les voies les plus larges, l'abondance des germes est effrayante : à Paris, à l'entrée des Champs-Elysées, on trouve 800 bactéries à huit heures du matin, et 88.000 à sept heures du soir, quand la poussière soulevée par les voitures et les piétons a fait monter dans l'atmosphère tout ce qui a pu être arraché au sol. Rue du Sentier, on trouve 67.000 germes par mètre cube, à trois heures de l'après-midi ; avenue du Bois-de-Boulogne, le dimanche, au moment de la grande circulation provenant du retour des courses, ce nombre atteint 575.000!

D'ailleurs, même dans le^ villes, la loi de la décroissance du nombre des germes avec la hauteur se vérifie. Ainsi, à la Tour Eiffel, on trouve comme teneur moyenne : en bas, 2.217 bactéries par mètre cube ; à la première plate-forme, 408 ; à la seconde, 96 ; au sommet, 5 seulement.

Je n'ai pas à parler de l'air qu'on respire dans les salles fermées : dans un grand magasin de nouveautés, un jour d'exposition, on a trouvé jusqu'à 4 millions de germes parmètre cube ! Ma.is^ le record appartient aux « Salons ». A celui de l'Automobile, on a trouvé neuf millions de germes ; à celui des Artistes français, le dimanche, le chiffre s'est élevé à quatorze millions par mètre cube. A ce degré-là, on peut justement s'inquiéter de conditions aussi dangereuses, dont rénorme quantité d'êtres humains agglomérés dans des espaces clos explique la possibilité. Mais il est une catégorie de points de la surface du sol terrestre au-dessus desquels l'air est d'une richesse incroyable en bactéries : ce sont les « routes ».

Oui, les bonnes routes, celles sur lesquelles se pro-

mènent les cyclistes et les friands de rautomobile, sous le prétexte de « vivre au grand air ». Or, ici, les statistiques sont effroyables.

Avenue de Saint-Cloud, près du Lycée, à quatre heures du soir, le dimanche, jour où Ton va « prendre Fair », on trouve jusqu'à 2.500.'000 germes par mètre cube; et, le dimanche également, au bout de l'avenue de Picardie, on a recueilli, entre quatre heures et cinq heures du soir, le chiffre vraiment inimaginable de vingt-trois millions de bactéries par mètre cube. Un pareil nombre se passe de commentaires : à lui seul, il constitue la plus grave des menaces, puisque, dans une salle d'hôpital même (Dispensaire antituberculeux), on ne trouve, en moyenne, que 43.000 germes!

On est en droit de se demander comment l'homme peut lutter contre cette invasion de microbes que lui apporte l'air qu'il respire, et, tout d'abord, il faut se poser la question : la purification de l'air atmosphérique respirable est-elle « possible » ?

La science actuelle répond que oui, et a donné pour cela deux solutions distinctes : la première consiste à supprimer les causes de présence des germes, la seconde consiste à tuer ceux-ci.

Pour éviter les germes dans les endroits où l'atmosphère s'en trouve remplie, comme sur les routes, par exemple, on a trouvé un remède, sinon curatif, du moins palliatif : c'est le goudronnage. Ainsi, dans dans le cas effrayant de l'avenue de Picardie, celui que nous avons cité en dernier lieu, on a fait deux séries d'expériences. L'avenue de Saint-Gloud, à l'extrémité de l'avenue de Picardie, présente une partie goudronnée et une partie non goudronnée ; on a fait des prises d'air au-dessus des deux régions, et, alors qu'on trouvait 23 millions de bactéries par mètre cube d'air au-dessus de la partie non goudronnée, on n'en trouvait que 4 millions, soit le sixième seulement au-des-

Ih^.

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SUS de la partie de la route enduite de goudron. Gela fait tout de même cent fois plus que dans une salle de Dispensaire antituberculeux!

Quant au procédé consistant à « tuer » le geft'me, nous ne pouvons pas, jusqu'à présent, l'appliquer à l'atmosphère libre que nous étudions. Disons seulement que le D'^Labbé a fait des expériences concluantes qui prouvent l'efficacité absolue de l'ozone comme agent microbicide, pour la purification de l'air des espaces clos : les appareils de M. Otto arrivent à une destruction complète des bactéries. C'est' là encore une belle application de l'électricité.

Mais si l'homme est impuissant à « tuer » les microbes de l'atmosphère, il existe un agent naturel qui se charge fort heureusement d'une partie de cette besogne.

Cet agent, c'est la lumière du Soleil, agissant par la partie ultra-violette de ses radiations. Nous verrons plus loin que l'atmosphère arrête au passage beaucoup des radiations ultra-violettes émises par le Soleil, et c'est heureux, car sans cela, nos rétines, incapables de les supporter, seraient perdues et nous serions tous aveugles. Mais cette absorption a pour effet la destruction des germes qui flottent dans l'air, car les rayons ultra-violets tuent net les micro-organismes, à tel point que l'on a proposé leur emploi, parallèlement à celui de l'ozone, pour la stérilisation des eaux d'alimentation. Les bactéries flottant dans l'air seront donc d'autant mieux détruites par ces radiations, que celles-ci seront en plus grande proportion, c'est-à-dire auront subi de la part de l'atmosphère une absorption moindre.

Cela se produit quand on s'élève dans l'aif à mesure qu'on monte : les rayons solaires qui nous éclairent ont eu à traverser une épaisseur d'air plus faible, et leurs radiations ultra-violettes, moins absorbées, sont plus abondantes. Elles agissent plus efficace-

ment au point de vue microbicide, et c'est là une des causes de la pureté de l'air des régions monta-

Quoi qu'il en soit, l'air est le véhicule permanent de poussières nombreuses et ténues. Nous allons voir quelles conséquences résultent de leur présence an point de vue des propriétés optiques de l'atmosphère ; plus tard, en étudiant la vapeur d'eau, nous verroDS le rôle capital joué par ces poussières dans la condensation de la vapeur d'eau, et dans la formation des brouillards et des nuages.

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