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CHAPITRE VI

Le son et l'atmosphère.

L'atmosphère, sillonnée par les trajectoires des ondes lumineuses ou électriques qui cheminent sans cesse à travers les molécules de ses gaz constitutifs, est encore parcourue par d'autres ondes, plus « matérielles », pourrait-on-dire : je veux parler desoades sonores. Mais, à l'inverse des ondes qui véhiculent la lumière et l'électricité et qui se propagent dans le vide, les ondes sonores exigent, pour se transmettre, un milieu pondérable et c'est l'atmosphère qui est, par excellence, ce milieu propre à leur propagation. Les ondes sonores jouent, dans les conditions générales de la vie, un rôle considérable : elles nous transmettent tous les bruits de la nature ; elles nous transmettent aussi la voix et la parole de nos semblables, ce qui ne veut pas dire nécessairement leur pensée. Je n'ai pas à rappeler ici les expériences classiques par lesquelles on prouve, dans les cours élémentaires, que le son ne se propage pas dans le vide : tous les traités de Physique en donnent la description et en décrivent les formes variées. Un milieu matériel est indispensable à la propagation du son.

Le corps vibrant, producteur des ondes sonores, ébranle ainsi de proche en proche les molécules du milieu propagateur, celles de l'air atmosphérique dans

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le cas spécial qui nous occupe. La propagation du son dans Pair suit la loi générale de la propagation d'un mouvement ondulatoire dans un milieu élastique, et, en particulier, elle doit être caractérisée par une certaine vitesse de propagation, correspondant à des conditions déterminées du milieu ambiant; et Tair qui constitue ce milieu vibre avec la même rapidité que le corps sonore qui Tébranle.

La constatation du fait que le son se propage moins

vite que la lumière est fort ancienne : le bruit que fait

le marteau du. forgeron en retombant sur Tenclume

ne nous arrive qu'après le moment où nous voyons

tomber }e marteau, dès que Ton est à quelques

dizaines de mètres de l'ouvrier. Les anciens avaient

déjà observé le fait, et Lucrèce, le premier poète de la

science, l'avait décrit avec son admirable et coutu-

mière précision :

Cœdere si quem Ancipiti videas ferro procul arboris auctum, Aate ût ut Tïernas ictum quam plaga per aures Det sonilum; sic fulgorem quoque cçroimus ante Quam tonitrum accipimus *.

C'est le grand nom de New^ton que l'on trouve, une fois de plus, à la première page de l'étude du son : attaquant, par la théorie, l'étude de la propagation ' des mouvements vibratoires, il trouva, en analysant l'état des gaz pendant la propagation du son, que la vitesse de celle-ci doit s'exprimer par la racine carrée du quotient de la pression actuelle de l'air par sa densité. Il est à remarquer que, si nous représentons par H la hauteur d'une colonne homogène d'air exerçant la même pression que celle qu'exerce la colonne de mercure du baromètre, la vitesse du son, obtenue par la formule de Newton, est égale à la vitesse qu'ac-

i. De natura rerum, V, I.

querrait un corps en tombant dans le vide d'une hauteur égale à 1/2 H. D'après la formule de Newton, la vitesse du son doit être indépendante de la pression initiale du gaz et doit augmenter quand la densité de celui-ci diminue. Un accroissement de la température ayant pour effet de diminuer la densité du gaz échauffé, on voit que la vitesse du son augmente en même temps que la température.

Si Ton fait le calcul de la vitesse du son obtenue d'après la formule de Newton, on trouve un nombre inférieur d'un sixième à celui que fournit Texpérience. Ce désaccord a beaucoup surpris les physiciens du xvii" et du xviii' siècle; mais les idées que l'on avait alors relativement à la constitution de l'atmosphère rendaient peu vraisemblables les explications que l'on imagina pour donner la raison de cette divergence. Il fallut qu'un homme de génie, Laplace, vînt examiner le problème à la lueur de sa puissante raison pour découvrir la véritable cause de l'écart entre le calcul et l'observation, et cette cause, il l'a trouvée dans la chaleur qui se dégage pendant la compression des gaz et dans le refroidissement qui a lieu, au contraire, quand le gaz se dilate en reprenant, après la compression, son volume primitif.

Un corps vibrant peut être assimilé, en effet, si l'on isole par la pensée une colonne d'air ayant ce corps pour base, à un piston qui aurait un mouvement de va-et-vient ayant le même rythme que celui des vibrations du corps, alors qu'il frémit sous la seule influence de son élasticité : chaque mouvement d'aller comprime l'air dans la colonne et chaque mouvement de recul 4e dilate : la propagation de l'onde sonore se fait donc par une série de compressions et de dilatations, et, dès lors, les considérations d'échauffement par compression, de refroidissement par détente, doivent nécessairement intervenir.

Laplace lit observer qu'en raison de la mauvaise

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conductibilité de Tair pour la chaleur, et aussi en raison de la rapidité avec laquelle le mouvement vibratoire s*y propage, la chaleur développée dans une tranche d'air par sa compression ne peut pas se répandre aussitôt dans la masse entière : on ne peut donc pas se contenter d'appliquer, dans les calculs, la loi de Mariotte, qui suppose que la température demeure invariable au cours de Texpérience, et qui s'exprime en écrivant que le produit du volume du gaz par la pression qu'il supporte est un nombre constant. Si, au contraire, la chaleur produite reste entièrement confinée dans la tranche d'air où réchauffement a pris naissance par compression, le phénomène sera régi par la loi de Poisson, qui s'exprime en égalant à un nombre constant, non plus le simple produit du volume du gaz par la pression qu'il supporte, mais ce produit élevé à une puissance exprimée numériquement par le rapport des deux chaleurs spécifiques que possède respectivement l'air atmosphérique sous pression constante et sous volume constant. En faisant le calcul à l'aide de cette « formule de Laplace », on trouve un accord à peu près complet entre la vitesse théorique du son et la vitesse mesurée expérimentalement.

C'est un beau triomphe pour la théorie, que cet accord completfourniparlaformuledeLaplace. Cependant, les savants du xix* siècle, poussant leurs analyses encore plus loin, se sont demandé si l'on pouvait accepter rhypothèse de Laplace comme une hypothèse rigoureusement exacte. N'y aurait-il point quelque partie de la chaleur, produite par la compression, qui échapperait par rayonnement ou par conductibilité ? et, par suite, la vitesse réelle de propagation du son dans l'air ne^ serait-elle pas inférieure à la vitesse que le calcul déduit de la théorie? Mais, aussi bien dans l'hypothèse de Newton que dans celle de Laplace, on considère que la dilatation succède à la compression

sans dépense de travail. En dehors de ces deux cas limites, le cycle complet d'une dilatation et d'une compression ne pourrait être parcouru qu'avec consommation d'une certaine quantité d'énergie, et, alors, le son devrait s'éteindre avec une rapidité que nous ne constatons pas dans le réel. Cela justifie suffisamment les deux hypothèses de Newton et de Laplace.

Ainsi, un son se propage dans une tranche d'air limitée latéralement, dans un « tuyau », pour matérialiser les conditions, avec une vitesse constante pour un état donné du gaz, et Vintensité du mouvement vibratoire ainsi transmis ne s'affaiblirait que par l'influence des parois : les « tuyaux acoustiques » sont

Fie. 15. — Propagation d'un mouvemenl ondulatoire.

une application de ce fait. La propagation peut alors être figurée par la ligne sinusoïdale qui traduit graphiquement le phénomène (fig. 15).

Mais, ce qui nous intéresse au point de vue de l'atmosphère que nous étudions ici, c'est la propagation du son dans Vair libre. Nous pouvons nous représenter le corps vibrant comme une petite sphère (fig. 16), S, qui augmente et diminue alternativement de diamètre suivant le rythme du mouvement vibratoire. Cette sphère produit donc dans les couches élastiques d'atmosphère qui l'enveloppent, des condensations et des dilatations successives, qui se propageront et chemineront à la suite les unes des autres comme dan§ une colonne cylindrique; mais les tranches d'air dilatées ou condensées seront, aux mêmes moments, sur des surfaces sphériques concentriques, de rayons croissants, ayant pour centre

est en xaison inverse du carré de la distance à laquelle il se transmet.

Tous ces raisonnements, tous les résultats auxquels ils nous ont conduits ne peuvent être tenus pour légitimes qu'autant que les ébranlements originels qui créent le mouvement ondulatoire dans l'atmosphère sont extrêmement petits. Dès que la condensation et la variation de pression deviennent assez importantes pour qu'on ne puisse plus les considérer comme des différentielles, l'élasticité des gaz ne peut plus être prise comme constante : elle croît avec la variation relative de son volume. On trouve ainsi, par le calcul, que la vitesse du son est plus grande pour les fortes intensités, et ce n'est que pour des ébranlements infiniment petits qu'on aura le droit de la calculer par la formule de Laplace.

Helmholtz, puis Kirchhoff, ont fait des études théoriques, sur l'influence que pouvait avoir, sur la vitesse de propagation du mouvement vibratoire, la hauteur du son initial, c'est-à-dire le nombre de vibrations exécutées par le corps sonore pendant l'unité de temps.

Ils sont arrivés à ce résultat que, à mesure que la hauteur du son augmente, la vitesse de propagation dans un canal cylindrique s'exprime par une formule à deux termes^ dont le second, qui est soustractif. contient au dénominateur la racine carrée du nombre des vibrations. Les sons aigus se propageraient donc plus vite que les sons graves.

Telles sont les conclusions essentielles auxquelles conduit la théorie. Il nous reste à interroger l'expérience, et la première chose à faire est de déterminer la vitesse du son dans l'atmosphère libre. Cette détermination a été faite avec précision, en 1738, par une Commission de l'Académie des Sciences de Paris, composée de Cassini, de Thury, Maraldi et Lacaille. Des pièces de canon du calibre de 12 et de 8, installées

■gr-

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sur les hauteurs de Montlhéry et de Montmartre, tiraient alternativement toute les demi-heures ; les observateurs, munis d'excellents chronomètres, notaient le nombre de secondes écoulées entre le moment où Ton apercevait la lumière du coup et celui où Ton entendait la détonation. La méthode des coups tirés alternativement de chaque station peripettait d'éliminer rinfluence du vent. On trouva ainsi, comme moyenne d'un grand nombre d'expériences, que la vitesse du son était constante, et que sa valeur, à la température de + 6°, était de 173 toises à la seconde, c'est-à-dire de 337 mètres, ce qui correspond à une vitesse, à zéro, de 332 mètres.

Ces expériences eurent un immense retentissement : on mesura la vitesse du son à l'équateur et près du pôle, ce qui vérifia les prévisions de la théorie relativement à l'accroissement de vitesse du son avec la température, et ce sont ces expériences qui mirent en évidence le désaccord, que nous avons rappelé, entre les vitesses calculées par la formule de Newton et les vitesses observées expérimentalement; nous avons vu comment Laplace en donna la raison.

Quand cette raison fut donnée, le Bureau des Longitudes, que l'on voit toujours prendre l'initiative des grandes expériences scientifiques et qui, aujourd'hui encore, continue brillamment cette tradition glorieuse, nomma une Commission composée d'Arago, de Prony, de Bouvard, de Mathieu, de Gay-Lussac et d'Humboldt, à l'effet de reprendre les déterminations avec des moyens de mesure plus précis et en tenant rigoureusement compte de l'état thermométrique. Des pièces de canon de 6 furent mises, par la Direction de l'Artillerie, à la disposition des savants qui choisirent comme stations Villejuif et Montlhéry, afin d'éviter la propagation des ondes au-dessus de l'atmosphère , troublée de Paris. Les expériences eurent lieu à partir du 21 juin 1822, la nuit, par les temps les plus

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calmes, et les coups étaient tirés alternativement de chaque poste toutes les cinq minutes. La distance des deux pièces était de 18.612" ,50 et la durée moyenne de propagation de 54"6. On trouva ainsi pour la vitesse moyenne du son dans i'air, à 16°, 341 mètres, ce qni donne 331 mètres pour la valeur de la vitesse à zéro.

Des mesures furent faites aux colonies; d'autres furent faites près du pôle, par Parry, en 1824 ; les déterminations faites à — 40° donnèrent une vitesse entièrement d'accord avec les conclusions de la théorie.

Regnault, pour éliminer 1' « erreur personnelle », inséparable du pointage du chronomètre lors de l'apparition de la lumière et de la perception du bruit, reprit, entre 1862 et 1866, ces mesures en leur appliquant l 'enregistrement électrique et l'inscription graphique. Il opéra d'abord sur de grands et longs tuyaux de conduite que l'on posait pour l'adduction, à Paris, des eaux de la Dbuis. Il trouva ainsi que la vitesse du son est indépendante de la pression initiale, qu'elle est en raison inverse de la racine carrée de la densité et qu'elle est moindre quand l'intensité est plus faible, ainsi que la théorie le prévoit.

Regnault a alors appliqué ses méthodes et ses appareils enregistreurs à la détermination de la vitesse du son dans l'atmosphère libre : les expériences furent faites au polygone de Satory. Elles fournirent une vitesse sensiblement égale à celle trouvée dans la conduite d'eau du plus grand diamètre (1"10), c'est-à-dire 330",7.

Ajoutons qu'en 1891, M. Violle, avec la collaboration de M. Vautier, a repris la détermination de la vitesse du son à l'air libre et dans des tuyaux, en lui appliquant tous les progrès de l'expérimentation moderne. Il a trouvé que la vitesse du son à l'air » libre, sec et à la température zéro, était de 331", 10 par seconde, nombre exact à 1/3.000' près.

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Ainsi Texpérience vérifie les conclusions du calcul : le son se propage plus vite dans les gaz moins denses et plus vite aussi quand Tintensité du son générateur est plus grande. Schneebele et Seebeck, en 1870, ont constaté que les sons aigus se propagent plus vite que les sons graves, ce qui est encore conforme aux déductions de la théorie.

On voit donc que la vitesse du son est connue avec une précision suffisante pour qu'on puisse, dans certains cas, s'en servir pour apprécier des distances : on compte le nombre de secondes qui s'écoulent entre la vision d'un phénomène et la perception du bruit qui l'accompagne. Ce nombre, divisé par 3, donne à très peu près en kilomètres la distance à laquelle le phénomène s'est produit. C'est ainsi qu'on peut apprécier la distance à laquelle se trouvent les orages en notant le temps écoulé entre l'apparition de l'éclair et le bruit du tonnerre.

L'état de l'atmosphère agit de façon importante sur la propagation du son, car la densité du milieu change d'abord avec la température, ensuite avec l'abondance plus ou moins grande de vapeur d'eau qui a pour effet de diminuer la densité totale, enfin avec l'altitude et, en général, avec la hauteur barométrique.

Au point de vue de Vintensité du son, on constate que le son est plus intense dans un gaz plus dense : on s'en rend compte en remarquant que la masse des tranches ébranlées est proportionnelle à leur densité et que c'est de cette masse en même temps que des changements d'élasticité produits par les déplacements du corps vibrant que dépend l'intensité de l'ébranlement qui doit se propager.

Gomme, d'autre part, l'intensité décroît en raison

• inverse du carré de la distance, il en résulte que, dans

les pays froids, pendant l'hiver, lorsque, par conséquent,

l'atmosphère est plus dense , l'intensité du mouve-

ment vibratoire engendré par le même ébranlement sera plus grande que dans un air plus chaud; donc la limite à laquelle le son cessera d'être entendu sera plus reculée. De là Texpression, traduction de la réalité, que « le son porte plus loin par le froid ». Cela est également vrai pour la nuit, au cours de laquelle la température est plus basse que pendant la journée.

Dans Tair comprimé, le son est renforcé au point de rendre parfois Taudition pénible : les ouvriers qui travaillent dans les caissons étanches que Ton immerge sous Teau pour les travaux sous-marins Tout toujours constaté. Inversement, dans un air très raréfié, le son est faible ; ce fait est couramment vérifié par les aéronautes et les aviateurs.

L'intensité du mouvement sonore qui se propage par ondulations dépend, toutes choses égales d'ailleurs, de l'intensité du son générateur; elle dépend donc de la densité du milieu dans lequel ce son est produit.

Par conséquent, si nous émettons un son au pied d'une montagne, où la densité de l'air est forcément plus grande qu'au sommet, le son, produit dans «n milieu plus dense, sera plus intense et arrivera aisément au sommet; au contraire, un son, émis de la même manière au sommet où la pression est basse et la densité de l'air est faible, sera moins intense et se propagera, dès lors, assez mal dans la direction de la base. C'est ce qu'on exprime familièrement en disant que « le son monte ».

Si Ton réfléchit, dès lors, à l'affaiblissement considérable que le son éprouve dans les hautes régions de l'atmosphère où la pression tombe à quelques millimètres de mercure et même moins, on peut être justement étonné du bruit que produit souvent l'explosion d'un bolide : il faut donc que celle-ci soit, à son lieu d'origine, d'une violence qu'il est difficile de s'imaginer.

iJÊÊÊ

LE SON ET l'atmosphère 117

Le vent agit fortement sur Tintensité du son. Delaroche et Dunal ont fait, en 1813, à Arcueil, cTes expériences très méthodiques sur ce sujet, en même temps qu'ils vériflaient rigoureusement la loi suivant laquelle le son décroît proportionnellement au carré de la distance.

Ils ont trouvé que, pour de faibles distances (inférieures à 10 mètres), Tinfluence du vent sur Tintensité du son était insensible, mais qu'à partir d'une dizaine de mètres, cette influence peut devenir considérable, surtout quand il s'agit de sons faibles et quand la vitesse du vent est grande. Il n'est même pas nécessaire que le vent souffle exactement dans la direction contraire à celle de la propagation pour affaiblir l'intensité du son : un vent quelconque affaiblit le son, à un degré moindre, il est vrai. Cela se comprend si l'on réfléchit que les coups de vent donnent lieu, eux aussi, à des mouvements vibratoires de l'air, susceptibles d'occasionner, dans la marche du son, des phénomènes d'interférence. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces « ondes aériennes » dont on commence à faire l'étude aujourd'hui, à cause de l'importance considérable qu'elles présentent au point de vue de l'aéronautique et surtout de l'aviation.

Ainsi, l'agitation de l'atmosphère est un obstacle à la bonne propagation des ondes sonores et nous retrouvons, dans cette influence du « trouble acoustique », un phénomène identique à celui que nous avons étudié sous le nom de « trouble optique », et qui empêche parfois complètement la vision nette des objets.

Non seulement la non-homogénéité de l'atmosphère est un obstacle à la bonne transmission du son, mais encore elle peut changer le sens même de cette transmission. Une atmosphère parfaitement transparente au point de vue optique peut être « acoustiquement

■opaque ». Que des masses considérables, quoique invisibles, de vapeur s'élèvent de la mer, où elles prennent naissance pour gagner les parties plus hautes de Tatmosphère : elles feront obstacle à la propagation du son, car elles constitueront dans le sein même de l'atmosphère des couches de densités différentes, aux limites desquelles le son peut se réfléchir en proportion plus ou moins grande. John Tyndall a établi ce fait avec sa brillante et

FiG. 17. — Expérience de Tyndall sur l'opacité acoustique des gaz.

coutumière ingéniosité, par une expérience des plus démonstratives. Il a pris un tuyau sonore A (fîg. 17) que Ton pouvait faire chanter à volonté au moyen d'un courant d'air. En face de ce tuyau était une grille à gaz horizontale, puis une première « flamme sensible » F, placée de façon à être atteinte directement par les ondes sonores provenant du tuyau chantant. En arrière de celui-ci se trouvait une seconde flamme sensible F' (on a supprimé, pour ne pas compliquer la figure, les membranes qui servent de récepteurs des sons pour exciter les flammes).

Gela fait, la grille à gaz n'étant pas allumée, faisons

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chanter le tuyau : aussitôt la flamme F, par ses frémissements, accuse l'arrivée des ondes sonores qui l'atteignent directement, et la flamme F', au contraire, si elle est convenablement réglée, demeure immobile. Si, alors, nous allumons le gaz de la grille, celle-ci provoque un courant d'air chaud ascendant, absolu-* ment opaque aux ondes sonores provenant du tuyau ; la flamme F, qui tout à l'heure s'agitait sous l'action de ces ondes, montre par son immobilité que celles-ci ne l'atteignent plus; mais, inversement, la flamme F', naguère immobile, se met à frémir, nous démontrant ainsi qu'elle est atteinte par les ondes sonores issues du tuyau A et qui se sont réfléchies sur la couche d'air chaud ascendante, comme elles l'auraient fait sur un obstacle solide. C'est la continuité d'un obstacle qui y provoque la réflexion du son : s'il est discontinu, le son passe outre, et Tyndall a observé qu'une chute de neige, formée de flocons séparés, n'arrête nullement la propagation du son.

Ainsi, il peut y avoir des réflexions du son sur des masses d'air, invisibles pour nous, et présentant avec l'atmosphère ambiante des différences de densité. En outre, le son, comme la lumière, peut se réfracter et se réfléchir totalement : des expériences directes de Sondhauss et de Hajech ont montré qu'effectivement le son se réfracte.

On peut donc prévoir l'existence dJ échos aimosphériquesj conséquences forcées de l'opacité acoustique qui se produit dans certains cas. Une des circonstances qui introduit nécessairement une discontinuité dans la densité des masses d'air est la présence d'un nuage qui, formé de gouttelettes liquides, sature de vapeur d'eau la région de l'atmosphère dans laquelle il se trouve et en diminue ainsi la densité. Un nuage est donc essentiellement propre à une réflexion atmosphérique du son.

Le fait a été fréquemment vérifié, et vérifié « scientifiquement »• Lorsque les membres du Bureau des Longitudes firent leurs célèbres expériences entre Villejuif et Montlhéry, ils constatèrent que chaque fois qu*un nuage passait au-dessus de leur tête, le bruit du canon était accompagné d'un écho très net. Les aéronautes ont souvent vérifié le fait au cours de leurs ascensions.

Les ondes sonores se « diffractent », comme les ondes lumineuses, et avec beaucoup plus de facilité, car leurs longueurs d*onde sont plus grandes : deux personnes, placées de chaque côté d'une cloison percée d'une porte ouverte peuvent converser l'une avec l'autre bien qu'elles ne puissent point se voir. Les ondes sonores ont donc « contourné » l'obstacle, en conformité avec la théorie générale de la propagation des mouvements vibratoires : nous voyons aujourd'hui les ondes électriques de très grande longueur présenter ce phénomène d'une façon remarquable, puisqu'elles contournent la convexité des mers et qu'elles franchissent, comme en se jouant, les plus hautes chaînes de montagnes.

Ce n'est pas seulement une curiosité scientifique qui doit nous inciter à l'étude des phénomènes acoustiques de l'atmosphère : c'est le parti qu'on en peut tirer relativement à la connaissance de la structure des couches supérieures de notre enveloppe gazeuse.

Nous avons déjà vu que, dans les hautes régions de l'atmosphère, c'était l'hydrogène qui devait être prépondérant. Des considérations optiques nous ont confirmé l'existence de ce changement de constitution de la masse de gaz qui nous enveloppe, et ce changement, avons-nous dit, doit se produire vers 80 kilomètres d'altitude.

Si, à celte hauteur, existe vraiment une modification nettement tranchée dans la densité des couches d'air,

LE SON ET l'atmosphère 121

on a là des conditions essentiellement favorables à la production des phénomènes de réflexion du son. Or, cela semble avoir été observé. Lors de l'explosion de dynamite du chemin de fer de . la Jungfrau, le 15 novembre 1908, cette explosion fut nettement entendue dans une zone de 40 kilomètres autour du point où elle avait eu lieu. Autour de cette zone, on n'entendit plus rien; il y avait une « zone de silence », suivant l'expression des ingénieurs, et cette zone de silence avait une épaisseur de 100 kilomètres. Mais, — et c'est ici que le phénomène devint remarquable-

reoion j e cha.n pâmen t de éi »ns t t e^

po;!ft zone de stience zone de brui.[

FiG. 18. — Réflexion du son dans la haute atmosphère.

ment instructif — après la zone de silence, c'est-àdire à partir d'une distance de 140 kilomètres autour du point d'explosion, on constata l'existence d'une nouvelle « zone de bruit » dans laquelle la détonalion était nettement perçue.

Gela s'explique facilement si l'on admet, comme y a été conduit le D"" A. Wegener, l'existence de la discontinuité dans la constitution de la haute atmosphère vers l'altitude de 80 kilomètres. On fait alors intervenir la réflexion totale du son sur la couche d'hydrogène de moindre densité, comme le montre la figure 18 : les calculs du D"^ Van der Borne montrent que ces phénomènes s'expliquent, non seulement qualitativement, mais encore quantitativement dans

122 LES PROBLËUBS DB l'aTUOSPHÈRE

l'hypothèse où cette réflexion totale du son se produirait à l'altitude de 75 kilomètres.

Ainsi, par une applicatioa des lois de l'acoustique, par une étude serrée des circonstances de propagation du son, les savants sont arrivés è, cetrouver, par une marche toute différente, la probabilité de l'existence de cette couche de discontinuité à l'altitude de 75 àSO kilomètres environ, et qui marque sans doute li limite de la stratosphère, en même temps que celle de l'atmosphère effective. L'étude de l'acoustique de l'atmosphère, trop négligée par beaucoup de météorologistes, peut donc, tout comme celle de ses propriétés optiques, fournir è la science des données précieuses qui viennent se confirmer les unes les autres.

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