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CHAPITRE IV Propriétés physiques de l'eau de mer

Noue avons tu, mi cours da chapitre 1", que l'eau des Océans contouait en dissotation une certaine quantité de maUères salines. C'est cette salinité qui distingae I l'eau de mer de l'eau « douce ■ des fleuves, on des lacs. La présence de ces sels dissous nous indique que l'Océan doit être considéré comme une « dissolutiou » et que ses eaux en auront toutes les propriétés. £□ particulier, OD peut et OD doit s'attendre à ce que le point de congélation de l'eau de mer soit abaissé et son point d'ébullition élevé ; à ce que sa tension de vapeur soit inférienre h celle de l'e&u distillée. Pour la même raison, sa pression osmotique, sa conductibilité électrique. GOD frottement intérieur, sa tension superTictelle doivent iTOir des valeurs plus grandes que pour l'eau douce ; il en est de même de l'indice de réfraction.

On voit donc qae l'eau de mer, indépendamment de Ees propriétés qui en font un milieu propre au développement decertaius ôtres vivants, constitue une masse liquide ayant des propriétés physiques et chimiques [ toutes spéciales, et qui doivent faire chacune l'objet I d'une étude particulière.

Eappelons d'abord quelques propriétés générales des dissolutions.

La composition d'une solution est homogène dans

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loule sa masse; et c'est sur cette propriété fondamentale qne l'on s'appuie pour afiîrmer la constance de la composition relative de l'eau de mer. Le corps dissous se difTuse dans la totalité du liquide solvant.

On désigne sous le nom de concentration moUcuïaire le quotient P/M du poids, P, en grammes, du corps dissous dans 100 grammes du liquide solvant, par le poids moléculaire M de ce corps. Prenons, par exemple, une solution à 10% de chlorure de sodiym NaCl. Le poids moléculaire de ce dernier est 23 4-35,5=^58,5: La concentration moléculaire sera donc le quotient de 10 par 58,5, c'est-à-dire 0,170.

Or, un fait absolument essentiel à retenir, est que toutei les pTopriélés des dissolulioni dépendent de la concentration molrculaire. Autrement dit, tous les corps dissous, à concentration moléculaire égale, modifient de façon identique les propriétés du liquide solvant. 1

La première des propriétés physiques de l'eau de mer | que nous ayons à étudier est son point de congélation.

Les liquides possèdent deux propriétés essentielles, caractéristique de leur état, intermédiaire entre l'état solide et l'état gazeux : ce sont leur point de congélation et leur point d'ébuUilion. La présence d'un corps dissous a pour effet d'abaitser la température à laquelle la congélation se produit, En étudiant les solutions de divers sels dans l'eau, Raoult a montré que l'ahaissement du point de congélation de ces dissolutions était proportionnel à la concentration moléculaire, quel que fût le corps dissous. Si donc on déllnit, comme nous l'avons fait plus haut, la concentration moléculaire en la rapportant à 100 grammes du liquide solvant, on trouve que, pour un même solvant, l'abaissement moléculaire du point de congélation est le même pour tous les corps.

PROPRiéTÉS PHYSIQUES DE l'eAU DE MER îi

Mais si, au liea de considérer la solution dans 100 grammes du liquide solvant, on considère des quantités « ëquimolécuiaires » de celui-ci, alors on trouve qae, pour un même nombre de molécules du corps dissous dans un même nombre de molécules du solvant, Rabaissement moléculaire du point de congélation est constant, ou à peu près. Ainsi, une molécule d'un corps, dissoute dans 100 molécules du solvant donne, en moyenne, un abaissement constant du point de congélation, abaissement égal à 0^2.

Il y a, toutefois, une exception, et cette exception doit nous intéresser particulièrement, puisqu'elle porte justement sur le cas où le liquide solvant est Veau. L'eau, en effet, présente la particularité d'avoir un maximum de densité à l'étaMiquide et d'augmenter de volume en se congelant. Aussi le chiffre de l'abaissement moléculaire du point de congélation, dans le cas où le liquide solvant est l'eau, est-il plus grand, et égal è l^'OS.

Quelques sels sont en dehors de cette loi. Mais il est à remarquer que tous ceux qui présentent un excès de l'abaissement du point de congélation sont des électroîytes. Nous avons mentionné, au chapitre 1*', la théorie d'Arrhénius ou de la <c dissociation électrolytique ». Arrhénius suppose que les électrolytes sont partiellement dissociés en ions^ c'est-à-dire en « métal » d'un côté, en « radical y^ de Tautre. Il envisage même le rapport entre le nombre de molécules dissociées et le Dombre total des molécules dissoutes dans le solvant : il donne à ce rapport le nom de degré de dissociation électrolytique.

Or, on peut mesurer ce degré de dissociation, pour chaque dissolution, en déterminant sa conductibilité électrique. Si, alors, on admet que les ions dissociés se comportent, dans la dissolution, chacun comme une molécule, on trouve qu'il y a un accord complet entre l'abaissement du point de congélation, calculé dans cette hypothèse, et cet abaissement directement mesuré par

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rexpérience. On est ainsi arrivé à cette conclusion qae la dissociation était â^autant plus parfaite que ta solution! était plus étendue, et que le degré de dissociation tendait vers Tunité quand }a solution était indéliniment étendue. ^

L'abaissement du point de congélation d'un éiectrolyte doit donc tendre, quand la dilution devient très grande, vers une valeur limite qui est le double de la valeur de l'abaissement normal que Ton observait avec des solutions non électrolytiques. Cela tient, comme nous l^avons dit, à ce que, en dissolvant un éiectrolyte dans Teaii, tout se passe comme si le nombre de ses molécules était doublé. Quand nous jetons dans de l'eau une pincée de sel marin, toutes les molécules de celui-ci ne restent pas entières ; une grande partie d'entre elles se dissocient en deux « sous-molécules » qui sont, précisément, les ions,

La détermination précise du point de congélation constitue cette branche de la Physique appelée la Cryoscopie.

Les phénomènes dont nous venons de parler sont particulièrement compliqués dans le cas de Teau de mer, à cause du grand nombre des sels dissous dans le liquide solvant. On peut dire que l'étude des propriétés moléculaires du milieu marin est à peine ébauchée. Quoi qu'il en soit, on a déterminé les abaissements du point de congélation pour des eaux de mer de salinités diverses. Pour la salinité de 10 millièmes, l'abaissement est de 0°,534; pour 20 millièmes, il est de 1**,074; pour 30 millièmes on trouve 1**627; pour. 35 millièmes, 1^910.

Ce dernier cas est intéressant : il montre que le point de congélation de l'eau de mer de salinité moyenne (35 millièmes) est sensiblement à 2 degrés au-dessous de zéro.

Tout ce que nous venons de dire de l'abaissement du point de congélation peut se répéter au sujet de Yélévation du point d*ébutlition. Des mesures ont été faites de cette élévation pour des eaux de salinités croissantes.

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Pour une salinité de 10 millièmes, on a trouvé une élération du point d'ébuUition de 0*,16; pour 20 millièmes, 0%31 ; pour 30 millièmes, 0*47 ^t pour Teau de mer de salinité moyenne 36 millièmes, 0*56.

Nous arrivons maintenant à une propriété physique de Teau de mer, qui, sans doute, joue un rôle des plus importants dans les phénomènes de la vie des êtres marins : c'est la pression osmotique.

Nous avons vu que, quand on mettait en présence Tune de l'autre deux dissolutions de sels différents, elles se mélangeaient à la façon des gaZy de façon à constituer une dissolution résultante parfaitement homogène.

Mais il n'en est plus de même si, au lieu de les mettre en contact directement Tunç avec l'autre, on les met en contact par Vintermédiaire d'une membrane que le liquide solvant soit susceptible d'imbiber. Si l'on plonge dans l'eau un récipient plein d'une solution saline et fermé par une vessie de cochon, on constate que l'eau pénètre, à travers cette vessie, dans le récipient fermé, malgré l'augmentation' de pression qui en résulte. L'expérience fondamentale de l'osmose se fait de la manière suivante (flg. 5). Dans une cuve A contenant de l'eau, on place un tube étroit B, renflé et ouvert dans sa partie inférieure, l'ouverture étant fermée par une vessie tendue V. Cela fait, on verse dans le tube B une solution de sel marin jusqu'à ce que le niveau, dans ce tube, soit dans le même plan que celui du liquide dans la cuve A. On abandonne alors l'appareil à lui-môme. On ne tarde-

^-^-vr^^'

Fig. 5. — Osmose.

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pas à voir le niveau du liquide s'élever en B, coatrûrement aux lois de l'équilibre des liquides pesants. Au bout d'uu temps plus ou moios long, le niveau da liquide dauB le tube B reste stationnaire ; il y a donc une pression limite. Après quoi, le mélange des liquides se fait lentement à travers la membrane, et, à la longue, l'égalité des niveaux se rétablit, quand la composition des liquides est devenue la mime, en B et en A.

Toutes les membranes perméables ne peuvent pas servir k constituer la cloison B. Les corps Bimplemeot " poreux », cojnme la terre de pipe, par exemple, ne dqnnent naissance à aucun phénomène d'osmose. Seuls peuvent leur donner naissance les corps qui, comme les membranes organiqaes, subissent une imbibition que l'on peut appeler « constitutionnelle ». Dans ces corps-là, l'eau n'est pas un liquide simplement interposé comme elle l'est daus les canaux capillaires de la terre de pipe: c'est de l'eau « de constitution n. On exprime cette conception en disant que les molécules de ces corps spéciaux sont formées de gros groupements atomiques auxquels on a donné le nom de miceUes. Ces groupements doivent, sans doute, comporter de l'eau en proportion plus ou moins considérable. ,

Imaginons donc unâ membrane ainsi constitués; supposons-la complètement imbibée et entièrement plongée dans l'eau. Daus ces conditions, il y aura équilibre entre l'eau ambiante et l'eau de constitution des micelles. Mais si le liquide ambiant n'est plus de l'eau pure, l'équilibre précédent va se trouver rompu; un échange d'eau va se produire eulre la membrane et le liquide. Si celui-ci est une solution saline, ce qni est le cas de l'eau de mer, l'eau va tendre à quitter les micelles pour aller vers Is solution ; et si, de l'autre cAté de la membrane il y a de l'eau pure, celle-ci va tendre à venir remplacer celle

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qui a été enlevée aux micelles par la dissolution saline.

Les membranes organiqueQ, comme la vessie de cochon que nous avons prise pour type^ absorbent Peau, mais elles absorbent aussi le sel marin ; de sorte qu'à la longue, après avoir passé par un maximum, la pression se met en équilibre des deux c6tés de la membrane.

Mais il existe des membranes qui ne se laissent traverser que par Teau, et non par le sel marin; ce sont les membranes semi-perméables que Ton sait produire artificiellement aujourd'hui. Au moyen de ces membranes, le physicien hollandais Van t*Hoir a pu établir les lois de phénomènes de Tosmose.

Ainsi, la « pression osmotique » est la même, quel que soit le corps contenu dans la dissolution. Une molécule-gramme d^n corps quelconque, dissoute dans un litre d'eau« donne toujours une pression osmotique de 22 atmosphères, 35 centièmes. Il y a une exception comme dans le cas de la congélation, pour les électrdytes, et cette exception s'explique également par l'état de dissociation électrolytique.

On a mesuré la pression osmotique de Teau de mer à divers degrés de salinité. Pour une salinité de 10 millièmes, cette pression est de 6,44 atmosphères. Pour 20 millièmes, elle est de 12,98 atmosphères ; pour 30 millièmes, elle est de 19,67 atmosphères, et pour 35 millièmes, valeur moyenne de la salinijtè de Teau océanique, elle atteint 23 atmosphères et 12 centièmes. L'examen de ces résultats suggère d'intéressantes remarques.

Prenons, par exemple, deux eaux de mer de salinités très différentes : Teau de la Baltique, avec une salinité de 7,5 millièmes, et l'eau de la mer Rouge avec une salinité de 40 millièmes. Pour la première, la pression osmotiquB est de 4,9 atmosphères, presque 5 ; pour la seconde, elle atteint 26,7 atmosphères. Ainsi, chaque accroissement d'un millième dans la salinité détermine un accroissement de 2/3 d'atmosphère dans la pression osmotique, soit, sensiblement de 500 millimètres de

mercure. Inversement, è chaque millimètre de variation de la pression osmotique correspond une variation de la salinité de 0^002 millième, c'est-à-dire un cinq millionième.

Il en résulte que la mesure de la pression osmotique constituerait le procédé le plus sensible pour la détermination expérimentale de la salinité, si Ton pouvait arriver à en simplifier la technique encore un peu délicate, surtout au point de vue de la préparation des membranes semi-perméables.

La connaissance de la pression osmotique est de la plus haute importance dans la biologie des êtres marins. Ainsi, une grenouille, transportée dans Teau de mer, perd, par osmose et à travers sa peau, une quantité considérable d'eau et se trouve réduite rapidement à une fraction de son poids initial. Inversement, un poisson de mer transporté brusquement dans Teau douce subit une intrusion d'eau considérable ; il gonfle fortement et meurt assez vite. Ces deux exemples montrent l'importance de la pression osmotique au point de vue de la biologie océanique.

Pour que, de part et d'autre d'une membrane en contact avec deux solutions différentes, il n'y ait aucun échange, il faut que ces deux solutions soient en <c équilibre osmotique » : on dit alors qu'elles sont isotoniques. D'après ce que nous avons dit précédemment, on comprend de suite que deux solutions, pour être isotoniques, doivent être équimoléculaires. Imaginons deux solutions, l'une de chlorure de sodium, ' NaCl, l'autre de chlorure de potassium, KGl. Si les poids des sels respectifs dissous dans ces deux solutions sont entre eux dans le même rapport que les poids moléculaii^es de ces deux sels, c'est-à-dire dans le rapport de 74,5 à 58,5,- les deux solutions seront « équimoléculaires ». Leurs pressions osmotiques seront égales : elles seront donc isotoniques.

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C'est en partant de ces considérations que M. Quinton est arriTé à proposer, pour remplacer le sérum artificiel, des injections d'eau djd mer, rendue isotonique par dilution. Le sérum artificiel est de Teau contenant en dissolution 7 pour mille de sel marin, et^ce sérum est isotonique avec le plasma sanguin.

Or, M. Quinton part de l'idée suivante : d'après lui, tout être a eu, à son début, une origine marine, étant donné que c'est dans les océans que la vie a, pour la première fois, fait son apparition, selon toute probabilité. Cet être a, dès lors, conservé dans son corps un liquide dans lequel baignent tous ses organes, où vivent ses éléments cellulaires. Ce milieu n'est autre que la trace persistante du milieu marin primitif où vivaient les ancêtres de l'animal actuel. Ce liquide doit donc être voisin de Teau de mer.

M. Quinton fait remarquer en môme temps que les mers anciennes devaient être moins salées que les mers actuelles : la mer primitive, avait une température voisine de 45*" et sa salure devait être de 8 à millièmes. Or, c'est justement la teneur en sel que présente le liquide de l'organisme, qui est certainement de 6 à 8 millièmes. Ce serait une sorte de « témoin » de la salure originelle des mers, conservée à travers les âges.

Quoi qu'il en soit, l'eau de mer, rendue isotonique par dilution, peut jouer un rôle actif dans 1 organisme. Si l'on saigne un chien à blanc et qu'au fur et à mesure de la perte de sang on remplace celui-ci par de l'eau de mer isotonique, l'animal qui, sans cela, aurait rapidement succombé, ne meurt psCs et reprend même assez rapidement sa vitalité ordinaire. \

Ce qu'il y a de remarquable dans la notion de pression osmotique telle qu'elle résulte des travaux de Van t'Hoff, c'est l'assimilation entre les molécules dissoutee et les molécules gazeuses. Alors, la pression sur les parois des récipients où sont enfermés les liquides provient, comme dans le' cas des gaz, des chocs qu'exercent, contre ces

parois, i«e molécules en mouvemeQt pei

pression osmotiqve est denc analogue à la force élastique

des saï. ^

L'introduction des matières salines dissoutes daos l'eau de mer a une action sur la tension de vapeur de i!elle-ci. Elle en diminue la r^Jenr, à température égale, par rapport 4 la teoBioc de vapeur de l'eau distillée.

Cette dimioutioa de tension varie avec la salinité et croît rapidement à mesure que celle-ci augmente. Pour une salinité de 10 millièmes, la dimiDution de tension est de 4°'"23; pour 20 millièmes, eUe est de 8-"47; pour 30 millièmes elle est de 12°""97, et pour la salinité movenne de 35 millièmes, elle est de IS^^SS. Pour pclaircir les nombres que nous venons de donner, nous pouvons faire les remarques suivantes :

Considérons un ' échantillon d'eau de mer, d'une certaine salinité, et dont la température d'ébnllition soit 100" -j-f, SOU8 la pression barométrique H. La tension maximum de sa. vapeur sera donc égale à cette presElonfi.Mais. à la température de lOC-f'^i la tension do la vapeur d'eau distillée est égale à la pression atmosphérique H augmentée d'une hauteur supplémentaire h ; cette augmentation est nécessaire pour que Téhullition de l'eau douce se fasse à, la température de 100"+ 1 au lieu de 100°. Quand l'eau de mer est ea ébuliition à la pression extérieure U, l'accroissement nécessaire est inférieur à la valeur h.

Cet abaissement de la tension de vapeur fait, que, toutes choses égales d'ailleurs, l'eau de mer s'évapore plu^ lentement que l'eau douce, et d'autant plus lentement que la salinité est plus forte.

h'um façon générale, la rapidité avec laquelle i'ean de mers'évapore dépend de plusieurs conditions; D'abord il y a l'influence de la pression atmosphérique, dont rabaissement favorise l'évaporation ; ensuite il y a la

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température de la surface de l*eau qui, quand elle augmente, accrott la quantité d'eau évaporée ; en outre^ le degré d'humidité de Tajr exerce son influence sur le phénomène, ppisque, quand l'air est très see, Tévaporation ei^ plus active ; il y a encore le degré d'agitation de l'air, car on sait que, par un vent rapide qui renouvelle les molécules d'air en contact avec le liquide, l'éva* poratîon est plus forte ; enfin, il y a la salinité dont raccroissement fait varier l'évaporation en sens inverse.

Des expériences comparatives ont été faites pour déterminer, dans des conditions extérieures identiques, Tévaporation de l'eau de mer par rapport à celle de l'eau douce. Elles ont été poursuivies à Trieste pendant seize mois, an cours desquels on déterminait chaque jour, par la balance d'évaporation, les poids dont dimi- Duaient deux récipients remplis respectivement d'eau douce et d'eau de la mer Adriatique de salinité égale à 37,3 millièmes. L'ii^nence séparée des causes agissantes que nous avons énumérées plus haut a été mise en évidence par des observations directes.

En ce qui concerne la salinité, celle-ci fait varier l'évaporation, mais, en même temps, l'évaporation, en augmentant la concentration, fait varier la salinité. Les expériences ont montré que pour une eau de mer de salinité 26,6 millièmes, le déficit d'eau de mer évaporée par rapport à Teau douce était de 5 V09 alors qu'il s'élevait à 19 ®/o pour une eau de salinité 87,3. On a cherché à réunir les résultats dans une formule empirique, d'ailleurs assez compliquée : on ne doit la considérer qae c^mme un instrument capable de fournir des indications générales bien plus que des données précises,

11 est iatéressant, à plus d'un titre, d'étudier la tension ^ptrfcielie de l'eau des Océans.

On sait que ia « tension superficielle » est une pro-

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priété générale de tous les liquides, dont la surface se I comporte coname le ferait une membrane élastique tendue. Cette notion se trouve à la base de tous les | phénomènes capillaires. « |

La connaissance de cette tension intéresse l'océanographie à un double titre. D'abord, étant donné qu'elle s'exerce sur toule la surface de la mer, elle inQue sur tous les mouvements verticaux de la surface liquide, auxquels elle olfre une force antagoniste.

En second lieu, elle affecte la mesure des densités effectuées à, l'aide des aréomètres, en modiflant, par une action immergeante exercée sur leur tige, la poussée hydrostatique qu'ils ont à subir, et, par suite, les indications qu'ils sont susceptibles de fournir.

Cette « tension superficielle » peut s'exprimer en tnilli- ;^rammes par millimètre : pour l'eau distillée, elle est de 7™s'37 environ, par millimètre, pour l'eau de mer, elle augmente avec la salinité : pour une salinité de 37 millièmes, elle est de 7,55 milligrammes.

La considération de cette tension superficielle impose des réserves dans le cas de détermination de la densité à l'aide d'un aréomètre. Considérons d'abord de l'eau distillée; immergeons-y un aréomètre pesant 150 grammes dont la tige émergente ait un diamètre de 3 millimètres. La circonférence de cette lige, le long de laquelle s'enerce la tension superficielle, sera de 9,42 millimètres, soU, en chiffres ronds, sensiblement un centimètre. La force attractive exercée par la surface liquide sera donc 10 fois 7, S5 milligrammes, soit 7,35 centigrammes ou près d'un décigramme. Or, la [Aussée hydrostatique sur l'instrument est de 150 grammes. C'est donc unn cause d'erreur de 1/1500 qui s'introduit par le fait de la tension superficielle.

Si, maintenant, nous passons de l'eau distillée à l'e de mer à salinité 40 millièmes, la tension superficielle passe de 7,3 à 7,6, c'est-à-dire subit une variation de 0,3 milligrammes. Pour une périphérie de tube de 10 mil-

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limètres, cela fait 3 milligrammes, fioit i /50.000 du poids. L'erreur aiïecte donc, da fait de la variation, la A*" décimale de la densité déterminée par les aréomètres. Et Ton voit alnai ^e la seule méthode précise et sûre de déterBÛnation de densités, à part la méthode de la balsBce iiraftilisahle à bord, est la méthode basée sur la mesure de Tindice de réfraction.

Le frottement înté7*ieur de Teau de mer a pris^ en océanographie, une importance particulière, depuis que les nouTelIes théories des courants marins font inter- Tenir cette grandeur dans l'étude générale des mouvements de translation dont sont animées les eaux de l'océan.

Rappelons-en, d'abord, la définition.

Quand, au sein d'un liquide en mouyement, deux couches contiguês se meuvent avec des vitesses différentes, il se développe entre elles, par suite de leur action réciproque, une résistance qui, comme le frottement dans le cas des corps solides, tend à égaliser les vitesses de ces deux couches. €e frottement intérieur est proportionnels l'étendue de8> surfaces frottantes et croît à mesure que la vitesse elle-même augmente. Si l'on peut considérer la différence de vitesse entre les deux couches contiguês comme su(8samment petite, leur frottement sera proportionnel à «ette différence.

Il est assez difficile de mesurer, en valeur « absolue » ie frottement intérieur des liquides. Aussi les physiciens OQt-iis cherché à en déterminer des valeurs « relatives». En représentant par 100 ie coefficient de frottement de Teau distillée à zéro, on trouve, pour une eau de mer de salinité iO, la valewr 101,7 à la même température; pour la salinité 20, on trouve 103,2 ; pour la salinité 30, on trouve 104,5 et pour la valeur moyenne, 35 millièmes, de la salinité de l'Océan, on a la valeur 105,2.

Ce frottement intérieur de l'eau océanique diminue beaucoup à mesure que la température s'élëye : à 10% il n'est plus que 78,5; à 20<' il tombe à 61,1 et à 30% il n'a plus que la valeur 49,1, soit moins de la moitié de sa valeur à 0**. Des expériences récentes tendraiejit à montrer que le frottement intérieur augmente avec la pression.

On sait que la chaleur spécifique d'un corps est la quantité de chaleur nécessaire pour élever la température d'un kilogramme de ce corps, de 0^ à 1 degré, et que la chaleur spécifique de l'eau distillée a été prise pour unité. Or, la chaleur spécifique de l'eau pure est la plus forte de toutes : on peut donc s'attendre à ce que la dissolution des substances salines qui caractérisent l'eau de mer ait pour résultat d'abaisser la chaleur spécifique de cette eau.

C'est ce que l'observation démontre. Tandis que la chaleur spécifique de Teau distillée est 1.000, celle d'une eau de mer de salinité 1.020 est 0,944, et celle de l'eau de densité 1.028, n'est plus que 0,931.

Il est intéressant de comparer ces valeurs à celles des chaleurs spécifiques de différents corps. Pour la glace d'eau douce, la chaleur spécifique est 0,502 ; pour l'air sec sous pression constante, elle est 0,238 ; pour le quartz 0,191; elle est pour le plomb 0,032.

Si l'on compare de l'eau de mer de salinité 35 millièmes, et de densité 1,028, et de l'&ir considéré sous le même volume, on peut calculer aisément le rapport des quantités de chaleur qu'ils absorbent respectivement, et^ en faisant ce calcul, on trouve pour ce rapport le nombre 3.118; cela veut dire que la quantité de chaleur cédée par un mètre cube d'eau de mer qui se refroidit d'un degré, peut élever d'un degré la température de 3.118 mètres cubes d'air sec.

L'étude de la météorologie, en montrant l'influence

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