‹ Les problèmes de l'océanChapitre 7 sur 48 · Bromure de magpésiam · texte numérisé non relu

Bromure de magpésiam

Total

POUR CENT lyE LA.

SALOHITë TtKTAlE:

27gr.213 3 gr. 807 1 gr. 658 1 gr. 260 ^ gr. 863 gr, 123 gr. 076

[ 35 gr. 04)0

o.in

II faut eamprendiie dans ces nombres les selâ k l'état de traces (sels divers) qui sont comptés dans le poids du carbonate de calcium et ceux qui sont & teneur trop faible pour pouvoir être dosés.

Ces analyses nous conduisent à ce résultat : que la salinité moyenne dt lUau des Océqng est de 35 millièmes, dont le sel matin (chloruré de sodium) constitue^ à lui seul, plus des trois quarts* La salinité de la mer varie d'un Océan à un autre. Mais, ce qu'il y a de remarquable, c'est que la composition relative de l'eau de mer est sensiblement constante et que les divers sels y sont dissous dans iles mêmes proportions, quelle que soit la quantité ab8(due dissoute dans l'unité de froids du liquide. Sivpar exemple, le sel marin constitue 77,7% de la salinité totale d*une eau de mer de salinité 85 millièmes, il constituera également 77,7 «"/o de la salinité totale d'une eau de salinité 28 millièmes.

E^ te basattt sur ce résultat, confirmé par de nombreuses aaalyses, on a ramené la détermination de la

l'eau des MEnS ET SA NATURE 15

saliaHé totale, à celle du dosage de l'un des éléments qui la constituent. On a choisi le Chlore contenu dans les chlorures (et sous le nom de « chlore » on comprend également le Brome contenu dans les bromures). |Son dosage se fait facilement à l'aide d'une solution titrée d'azotate d'Argent. Quand on canDaît ainsi le poids de chlore contenu dans un kilogramme d'ean de mer, C/, on en déduit la salinité totale S par la formule empirique :

S=i,81ixC/

Le facteur constant 1,811 se nomme le coefficient de chlorur^tion.

Si l'on fait abstraction des mers « intérieures » comme la MéditMTanée on la Baltique, autrement dit si l'on ne considère que les Océans « ouverts » comme le Pacifique, l'Atlantique, Tocéan Indien, on peut dire que la salinité moyenne de l'eau des mers est de 35 millièmes. Cette valeur est une valeur « moyenne », car en réalité, la salinité des Océans varie entre 32 et 38 millièmes.

La répartition de cette salinité ,à la surface du Globe est reMée à celle des vents réguliers qni souffient sur les mers el qui augmentent, en la facilitant, l'évaporation des eaux; d'autre part, elle est reliée à l'abondance plus ou moins grande des chutes de pluie, qui diminuent la concentration de la dissolution qu'est Teau de mer. La ligure 1 donne la répartition de la salinité à la surface des Océans, à l'aide de courbes d'égale salinité des « isohalines ».

On voit que l'évaporati^on s'exerce d'une façon spécialement active dans les régions ou soufflent les alizés; mais, sous l'équateur même, elle est tempérée par les abondantes chutes de pluie qui viennent diluer l'eau de mer. Ce n'est donc pas sous l'équateur que l'on rencontre le maximum de salinité, mais bien dans les régions où les pressions barométriques sont hautes et qui sont, aux

latitudes de 30 degrés nord et sud, les centres d'action des grands mouvements atmosphériques. Dans l'Atlantique nord, c'est au centre de la mer des Sargasses (latitu4e 30®) que le maximum se trpuve ; il est de 37 mil-' lîèmes et demi.

A mesure qu'on remonte vers les pôles, la salinité dyiminue : à la latitude 40*" et à la longitude 40® ouest, elle n'est plus que 36 millièmes. L'isohaline de 35 millièmes remonte vers le nord le long du méridien 40®, et s'infléchit vers le nord-est parallèlement à la côte orientale du Groenland; il en est de mèipe de l'isohaline 34 qui lèche cette côte. Quant aux isohalines 33 et 32, elles épousent les contours de la côte américaine. Ce que nous avons dit de l'Atlantique peut se redire du Pacifîque, où la salinité décroit à mesure qu'on s'avance vers les pôles, plus, même, que dans l'Atlantique.

Des circonstances locales peuvent faire varier la salinité dans des proportions assez importantes. Ainsi, dans le^golfe du Bengale, elle tombe à 34 et même 33 millièmes à cause du déversement des eaux douces du Gange. 11 en est de même au voisinage de la côte de l'Amérique du Sud où le Rio de la Platala fait descendre de 34 à 32 millièmes. Le Congo produit le même effet. Dans les régions polaires, la fonte des icebergs^ transportés par les courants diminue la salinité et la fait tomber à 32 au voisinage de Terre-Neuve.

Si l'on considère maintenant les mers intérieures, comme la Méditerranée ou la Baltique, on trouve des résultats extrêmement variables. L'influence des rivages et de la température se fait sentir, ainsi que celle du régime pluviométrique.

La mer du Nord, dans sa partie septentrionale, communique largement avec l'Atlantique; presque partout, elle y a une salinité égale ou même supérieure à 35 mil-

LBAU DBS UEBS ET SA NATURE

WÊm^mm^s^m

oc:

18 LES PBOBLÈBIES DE l'oCEAN

liâmes. Mais le long des c6tes hollandaises et allemandes cette salinité, étendue par l'apport des eaux douces de rSscaut/de laMeuse, duRhin, de l'Elbe^ de la Weser, tombe vite à 32 et 31 millièmes; elle s'abaisse même à 30 millièmes au voisinage de Cuxhaven.

Dans la Baltique, nous trouvons une grande variété de valeur de la salinité. Celle-ci y varie de 30 millièmes, an voisinage de la mer du Nord, à 7 millièmes près de Rûgen. Dans le golfe de Bothnie et dans celui de Finlande, par suite des apports d'eau douce de la Tornea et de la Neva, elle tombe même à 1 millième ou à 1/2 millième. Pour la même raison, la mer Noire présente une salinité très faible : entre 15 et 18 millièmes.

Par contre, la Méditerranée d'Europe, mer chaude et dans laquelle se déversent peu de fleuves importants, est très salée. Dans sa partie occidentale, la salinité y est de 37 à 38. Dans la région des Syrtes, elle dépasse 38; elle atteint 39 le long des côtes d'Egypte et dépasse 40 au voisinage de l'île de Chypre.

Le (( record » est détenu par la mer Rouge ; les rivages brûlants, Tétroitesse du bassin, Tabsence de cours d'eau et de pluie, tout concourt à y élever la salinité qui dépasse presque partout 40 millièmes ; dans le golfe de Suez, on a observé jusqu'à 45 millièmes et demi, et en certains points du canal, la salinité s'élève à65 millièmes. Le golfe Persiq«ie est également dans les meilleures conditions pour réaliser une haute salinité : celle-ci y dépasse 40 millièmes.

En dressant la statistique des salinités de touies les mers du globe, on trouve que les valeurs moyennes sont : 35 millièmes pour les océans ouverts, 30 millièmes pour les méditerranées, 31,86 millièmes pour les mers adjacentes, et enfin, pour l'ensemble des mers du globe, 34,49 millièmes, ou, en chiffres ronds, 34 millièmes et demi.

La salinité ne varie pas seulement avec la région considérée : dans une même région, elle varie avec la profondeur. L'eau, enrichie en sels par Tévaporalion super-

l'eau des MEBS et sa ISATCRt IS

fifâelle, doU aTok* ose densité plos forte «t, pi» auik^ descendra aa ioné^ Arrivée là, elle subit us a^oisse^ ment dde deasité da fait de rabaissement de sa teavpéraH ture; on doit donc s'attendre'ÀTmr la salinité augmenter avee la profondeur. C'est oe que robserratâon a confirmé. Il y a cependant quelques exceptions, aotamment au voisinage dBS îles Â;çores, où le Prince de Monaco a trouTé des ctonsités des eaux de profondeur inférieure^ à /ceiles des eaux de surface ; il en est de même en cer-^ lains points du golfe de Gascogne.

On peut se demander qu^ est le volume total des sels teans €& dissolution par l'eau des Océans.

Les sondages ont permis de connaître le volume glo^ bal des eaux océsiiiques^ qui est de 1.330 millions de kilomètres cubes« La deasité moyenne des eaux de la m^, augmentée par la compression, est voisine de 1,04. CeJa ncms donne une masse totdle. de iS&X ÎQ^ tonnes. Si BOUS admettons pour cette eau la salinité moyenne de 35 millièmes, nous arrivons, pour la masse globale des sels dissous, à la Taleur de 4,84x10^^ tonnes. En tenant compte de la proportion relative des sels princi* paux ainsi que de leurs densités respectives, on trouve que Je volum;e total des sels, qui serait abandonné par l'évaporation complète de l'eau des mers, serait de 2 /,8 millions de kilomètres cubes.

Etendue sur les 366 millions de kilomètres carrés de la surface des mers, cette masse de sçl y formerait une couche de 60 mètres d'épaisseur, dont 47'*,50 seraient constitués par le sel marin, 5*'^80 par le chlorure de magnésium, 3*^,90 par le suJkfate de magnésium et 2"^2G par le sulfate de calcium. Etendue sur la surface du globe terrestre entier, elle y formerait une coucke de 47~ d'épaisseur.

Avec ce volume de sels, on pourrait construire 3 fois

le continent européen, avec ses Alpes, ses Pyrénées, ses Balkans, ses Sierras; on pourrait construire tout le continent arricain et il resterait encore 2 millions i/2 de kilomètres cubes en excès.

Les quantités globales d'or et d'argent contenues dans la mer sont énormes.

En ce qui concerne l'argent, la teneur moyenne de Feau de mer est de 10 milligrammes par tonne. En tenant compte du volume total des mers qui est de 1.330 millions de kilomètres cubes, cela suffirait à assurer, à chacun des 1.500 millions d'habitants de la Terre, par partage égal, un bloc d'argent, qui représenterait une valeur de 1.800.000 francs.

Pour l'or, la teneur de l'eau de mer est, en moyenne^ de 50 milligrammes par tonne. Cela fait, au total, une masse d'or de 69x10^^ kilogrammes d'or contenue dans rOcéan. Partagée également entre les habitants de la Terre, au nombre d'un mil^ard et demi, elle fournirait à chacun d'eux un bloc d'or de 461,000 kilogrammes. A 3.000 francs le kilo (prix d'avant-gaerre), cela représente, pour chaque citoyen du globe, une fortune de 138 millions de francs (flg. 2, A et B). Il est presque inutile de dire qu'on a cherché à récupérer ce trésor. De puissantes sociétés financières se sont constituées, en Angleterre notamment, pour extraire le Sea gold. On a toujours trouvé la quantité d'or prévue, mais le prix de son extraction dépassait la valeur du métal extrait.

A quel état sont les sels dissous dans l'eau de mer?

On peut considérer celle-ci comme un mélange de plusieurs solutions, chacune ne contenant qu'un seul sel dans la proportion voulue ; toutes ces solutions, étant donnée la valeur relativement faible de la salinité, sont des solutions étendues.

Or, dans ce mélange qui constitue l'eau de mer, appa-

J DBS MBB8 ET SA

raît en premièra ligne une propriété fond&meiiUle des soIqUoub, propriété qu'elles partagent avec les gaz; c'est que chaque bo1u~

■ ifEBa de Met> ^^M

Oaaùa

tioD occupe entiàreaent l'espace qui tai est offert, comme ti tlle ilail teule, et sans être aucnnemeat gênée par sab congénères. AoMJ, avec le temps, Irasolntions composantes de l'eau de mer se péaâtrent les umb lea antres pour acci^)er chacune svec son titre indiviàael, la totalité du bassin océanique. Cette propriété ezi^î^ue l^Doiformité de la compositiOB

relatiiedereandesiners. ■ ï • . . - - •

lUis il est .M .„tr, "U'.JlT.^l't.ir.ïriï.'.—

pn^néte essentielle des dsaa l s&ire cabs feea le mtr. disBohitioas, qve nous

avons encore h bùre entrer en ligne de compte : c'est l'état de dissûciution électrolytiqve. Les théo/ies modernes de is physique supposent - que, dans les solutions étendaei, presque toutes fi J I 11 ■/>' j^^' molécules

j^i}^'' ^^^ - de lasubstance

dissoute sont ' ijtsidct^ej, c'est- &-d)re décomposées en leors groupements constitutifs, ces groupements étant ceux^qui, en se portant sur les électrodes, se

séparent de la dissolution lorsque celle-ci est traversée par un courant électrique.

Ces éléments, ou groupements constitutifs, s'appellent les Ions, Les uns sont chargés négativement : le Chlore, le Brome, le groupement sulfurique (SO^), le groupement carbonique (CO^) par exemple; ce sont les anions. Les autres sont chargés positivement : le Sodium, le Potassium, le Magnésium, le Calcium, par exemple ; ce sont les cathions. Ces ions se neutralisent réciproquement en donnant à Teau de mer son état électriquement neutre. ^

Mais l'état de dissociation n'est pas absolument complet ; c'est une partie des molécules du corps dissous qui a été décomposée. Si, dans un récipient contenant de l'eau distillée, nous projetons une pincée de sel marin, toutes les molécules de celui-ci ne sont pas entières et une partie d'entre elles se divisent en ce que Ton pourrait appeler des « sous>molécules » qui sont précisément les ions. Quand un courant électrique traverse la solution, il ne fait qu'opérer le groupement des ions ainsi dissociés par le seul effet de la dissolution. Les ions chargés positivement se portent sur l'électrode négative, les ions chargés négativement, sur Télectrode positive. Les ions sont ainsi transportés dans 4a dissolution par le courant électrique ; de là leur nom (kov, allant).

Il reste cependant, dans la dissolution, une certaine quantité d'ions unis aux molécules. En remarquant qu'à chaque çathion peut s'unir un anion équivalent, on peut ainsi avoir 4 sulfates, 4 chlorures, 4 bromures, c'est-à-dire 12 sels métalliques dont il est impossible de déterminer les quantités relatives.

Quand la concentration de la dissolution vient à augmenter, ce qui se produit par l'effet d'une évaporation prolongée, la dissociation diminue de plus en plus, de sorte que les groupements moléculaires finissent par se

l'eau des uers et sa nature 23

trouver à i'ëtat où ils se présenteront plus tard quand ils prendront la forme solide correspondant à un stade plus avancé de Tévaporation. C'est ce qui se produit dans les « marais salants » .

D'après des recherches déjà anciennes (1848) faites par Usiglio, sur Teau de la Méditerranée, à la température de 40*, tant que, du fait de l'évaporation, le volume de l'eau ne tombe pas au-dessous de la moitié \de son volume primitif, et que la salinité ne dépasse pas 08 millièmes, on observe comme premier dépôt le sesquioxyde de jfer et une partie du carbonate de calcium .

Quand l'évaporation a réduit le volumç primitif au cinquième de sa valeur, le reste du carbonate de calcium se dépose, avec le sulfate de calcium. Le chlorjire de sodium ne commence à apparaître que lorsque l'eau est réduite au dixième de son volume primitif. Alors se déposent en même temps le sulfate de magnésium et le chlorure de magnésium en petites quantités . Le bromure de sodium commence à se montrer quand le liquide est réduit à 1/45 de son volume initial. Puis le dépôt de sulfate de calcium, commencé précédemment, se termine, et c'est alors que la plus grande partie du chlorure de sodium apparaît sous forme cristalline.

C'est sur l'étude de ce « processus »• des dépôts que que repose toute l'industrie des marais salants, développée surtout sur le littoral breton et en Méditerranée . Ce sont les « eaux-mères » des marais salants et les boues qui en tapissent le fond qui ont été les sources d'où les chimistes ont extrait la plupart des éléments dont la présence a été constatée dans l'eau de mer.

Quant aux mines de sel « gemme », ou u salines naturelles », ce sont des dépôts de sel des anciens océans, cristallisé aux époques géologiques.

Nous, nous sommes posé la question de savoir à quel état, dans quelles conditions les sels contenus dans

24 LES pitOBLÂues BE l'océau

rOcéui s'y trouvaient dissocia. Mats il est une autre questtOQ, nen moins impoitâate : c'est celle de ia. aatare mèma da disioivant ; astreasat dit, c'est celle de la nature et de la constitution die f«au elU-méme.

Nous «TOBB ooasidéré josqu'ici l'e«i comme bq liquide normai : en realilé il ii'«d est rien. Certes, il ne sasiait être question de mettre en doute 1* constitutioa ciiimif]ue de f«au : formée de deux atomes d'hydrogàne nuis 4 m> atome d'oxygène, eHe a une composition parrailement définie et démontrée par l'anal^e.

Mais les propH^és de l'ean sont tellemeiit étranges qu'elles la font classer eo debon des liquides ordinaires. Ainsi, sa dilatciHon n'est pas régnltëre «t elle comporte un manmom de deasîtë & la temp^^tore de -f-^"; sa mltdijîcation donne BÛssance Âde 'la j/focv, phiB l^ère que feau dont elle prOTient, «t qui, en fondant, se«ODtracle de 1>, 09, soit 4e près d'un dixiène ; sa eitalenr spécifiqut présente sons la tempérabare de -(-35*, ■au misimuin très net; sa c^mprettibiti^ passe par un minimum A -}-50*, et, comparée à celles des liquides également volatils, n'est que la moitié de ce qu'elle ilcvrait être; sa viicosité est aossi très irrégnfifere, «t diminue de moitié entre 0* et %" alors que, estre les me mes limites de température, celle des autres liquides diminue, au plus, du quart de sa Taleur-, enfin ses ckanyemeHls d'état, fasioB «t ébulliliiHi, présentent des anomalies par rapport à la constitution chimique. Car la molécule d'ea:u, très simple fR*0), est formée de deux élémeuts très Tuilalils et devrait être très voltUile eile-mftme, comme le soat celles de l'hydpogèae «ulfaré de l'acide sulfureux, 'Ae l'acide tiypoazolique . Si l'eau se comportait comme les composés similaires, elle dpvrait fondTe & — 150* et bonillir h — lOO*.

Toutes ces propriétés étranges font de l'eau un liquide * à part » ; des considérations basées sur la thermodynamique la fout ranger, avec les alcools, dans la catégorie des liquides « anormaux t, et la font oomid^^r

l'eau des mers et sa nature 25

comme un liquide polymérisé, ayant une molécule complexe, à la différence des liquides « normaux » dont la molécule est simple. Ainsi Teau liquide serait formée de deux sortes de molécules : des molécules (H^O)"^ et des molécules (H^O) p ; à chaque température, il y aurait un équilibre qui règle complètement leur proportion relative dans le mélange. Comme d'une façon générale, la polymérisation diminue la fusibilité et la volabilîté, ainsi qu'on le constate sur la benzine C^H^', polymère de l'acétylène C^H^, on conçoit que l'eau polymérisée fonde et entre en ébullition à des températures beaucoup plus élevées que le liquide normal.

Quelle est la nature de ce « polymère » de Teau qui se forme à basse température pour se désagréger aux températures supérieures ? Les chimistes modernes ont été admis à supposer que ce polymère n'est autre chose que la glace. On est ainsi amené à considérer l'eau formée de deux groupes de molécules. Les unes, à constitution simple, sont les molécules de l'élément auquel on a donné le nom d*hydrol ; les autres sont les molécules de Tëlément polymérisé qu'on appelle la glace. Veau est donc un mélange d'hydrol et de glace, autrement dit, urte solution dé glace dans VhydroL Ou paraît admettre, pour les proportions relatives, 200 grammes de glace par litre d'eau à 0^ et 50 grammes par litre à la température de 100®. Grâce à cette conception, on arrive à expliquer sans difficulté les anomalies des propriétés physiques de l'eau que nous avons énumérées précédemment.

Voyons, maintenant, comment les idées que nous venons d'exposer peuvent s'appliquer au cas des sels dissous dans l'eau .

Les recherches expérimentales, faites sur les solutions aqueuses, n'ont pas en général, abouti à des résultats simples et exacts, et, comme l'a fait remarquer M.Jacques

26 LES PHOBLÉUES DE l'oCÉàN

Du<)laux9 cela est dû en grande parlie, à la complication qu'apporte au phénomène de la dissolution le phénolÀène concomitant de la dépolyméris«tidii du dissolvant. Aucune raison ne nous permet de croire que les proportions relatives d'hydroi et de glace soient les mêmes dans une dissolution saline que dans l'eau pure. Dans ces conditions, ce que nous appelons gratisitement une « solution » d'un sel dans de Peau est, dé fait, une solution de ce sel dans un liquide tout autre jque Teau théorique, et ses constantes physiques auront des valeurs différentes de celles qu'elles auraient avec Teau théorique.

Prenons par exemple, la densité. Dissolvons 100 grammes de chlorure de sodium dans 900 grammes d'eau de façon  faire l.OOO grammes de solution. Le volume de 100 grammes de sel est 46 centimètres cubes : le volume de la solntion devrait donc être de 946 centimètres cubes; or, le volume final ob$ervé est 932 centimètres cubes. Avons-nous le droit de dire qu'il y a eu « contraction » ? pas absolument. Si, en effet, la présence <iu sel dissous a dépolymérisé une portion de la glace dissoute dans l'hydrol, il en est résulté une contraction qui est de d9 centimètres cubes par kilogramme' de glace ainsi transformée, de sorte que l'effet constaté s'expliquerait entièrement par la dépolymérisation de 140 grammes de glace.

Toutes les déductions relatives aux dissolutions aqueuses et k leurs propriétés physiques se trouvent donc, à défaut d'une base suffisamment établie, enveloppées de mystère, et l'on peut dire que la constitution réelle de l'eau est la grande inconnue de la physicochimie, la grande inconnue également, et à plus forte raison, de FOcéano-graphie .

Ces conclusions sont applicables à l'eau des mers, avec cette circonstance, qui aggrave encore la complexité de la question, que l'eau des Océans est, non pas une solution, mais xxnméXdJi^e.àe plusieurs solutions.

l'bad des mebs et sa nature 27

Et l'on comprend mieux, en réfléchissant à ce que nous Ten(»» d'exposer, combien est grande la complication da problème qni consiste à rechercher la constitution « exacte » de l'eau océanique.

Indépendamment des sels, l'eau de mer contient, en dissolution, des gaz dont les principaux sont Toxygène et Tazote, les composants de l'air atmosphérique. En outre, elle renferme de l'acide carbonique à l'état de carbonates divers, ainsi qu'à l'état de gaz directement dissous.

Sous la pression de 760 millimètres de mercure, un litre d'eau de mer dissout 28 centimètres cubes d'air à zéro, et 17, seulement, à la température de 20*. Comme chacun des gaz constitutifs de l'air a, dans le mélange, une pression et un coefficient de solubilité particuliers, la composition de l'air dissous dans l'eau de mer n'est plus celle de l'air atmosphérique; dans ce dernier Vazoie entre, en chiffres ronds, pour 78 ®/o, Voxygène pour 21 "j^ et Vargon pour 1 V«* Dans l'air dissous par l'eau de mer, on trouve 33,3 d'oxygène, 66,6 d'azote, 1,9 d'argon et 1,2 d'acide carbonique. L'analyse des gaz dissous dans l'eau de mer est une des opérations les plus délicates de la chimie océanographique .

La teneur des gaz dissous varie avec la profondeur : celle que nous avons donné, est relative à l'eau de surface. £tant donnée l'inertie chimique de Tazote, la teneur de ce gaz varie peu ; mais il n'en est pas de même de l'oxygène et l'acide carbonique, étant donné le rôle capital qu'ils jouent dans la respiration des ani~ maux et des végétaux marins. Alors que les premiers absorbent l'oxygène et rendent de l'acide carbonique, les secondis absorbent, au contraire de l'acide carbonique et rendent de Toxygène. Aussi ce dernier gaz subit-il de fortes variations dans sa teneur. Dans certains cas, même,

38 LES PROBLÈUES DE l'oCÉAH

il peut faire complètement défaut, comme c'est le cas pour une région de la Baltique. La figure 3 donne la réparLitioD de l'oxygène eu profoadeur aux différentes

latitudes.

La composition gazeuse de l'eau de mer varie arec les parages, avec les diverses heures de la journée et surtout avec la grandeur des marées. Celte dernière cause inllue surtout sur la dose d'acide carbonique combiné aux difftïrentes bases.

La détermination de l'acide carbonique libre dans l'eau de mer est un problème des plus délicats. On appelle akalinité d'une eau de mer la quantité d'acide carbonique UL^csâsaire pour saturer toutes les bases qui constituent leciirbonate normal, etonl'exprimeen centimètres cubes par litre d'eau. L'alcalinité varie suivant les régions : dans la Méditerranée, avec une salinité de 38 millièmes, ou trouve une alcalinité de i^,8 alors que dans le golfe de Gascogne, pour une salinité de 3(î, on trouve une alcalinité de 27,7.

L'incertitude qui règne encore sur le dosage précis de l'acide carbonique lient sans doute, comme l'a fait remarquer le professeur Thoulet, à ce que le fond de l'Océan est le siège de nombreuses manifestations volcaniques: l'eau surchaufTée, donne naissance à des courants de convection qui brassent, à travers les couches d'eau superposées, des quantités considérable de ce gaz, dégagées pendant les éruptions.

Une question des plus importantes, en ce qui concerne la physique des gaz dissous dans la mer, est celle de la pression & laquelle ils s'y trouvent. La pression due au poids des couches d'eau augmente, en moyenne, d'une atmosphère par chaque décamètre de profondeur, et, en partant de, ce fait, on croyait autrefois que les g^az dissous dans l'eau des grandes profondeurs devaient y supporter des pressions énormes. Il n'en est rien, et les

Page 1