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monde. Mais l'illusion a été courte. Les intérêts militaristes et protectionnistes n'ont pas tardé à reprendre le dessus. La guerre de la Sécession américaine, en donnant la victoire aux États protectionnistes, leur a permis d'élever le tarif au gré de leurs appétits. La guerre franco-allemande, en provoquant, avec une recrudescence du militarisme, l'accroissement général des budgets de la guerre, a obligé les gouvernements à demander à leurs parlements un complément de ressources. La coalition protectionniste a trouvé cette occasion favorable pour se reformer et mettre à prix son concours.
Les tarifs de douane ont été relevés dans le double intérêt de la fiscalité et de la protection. En Allemagne, en Italie, en France, les droits sur les articles de pre-
MOYENXES ANNUELLES
Millions Millions Millions Millions Millions
<le l.s. (le l.s. (le l.s. de l.s. <le l.*.
Importations nettes (importât, moins les réexportât.. i44 -216 3o5 33i 3;5
Exportations de produits anglais seulement; ii3 lOo 2i8 23o 23;
Par Par Par Par Par
uiillions millions millions millions millions
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tonnes tonnes tonnes tonnes tonne?
Navig-at. entrée dans les ports
anglais'moinslecabotage). lo.ooo i4.3oo 23.700 3i.6oo 4i-f^oo Bateaux construits par des
propriétaires anglais.. . . 23o 3i4 398 5oo 6o5
Fonte produite 3 460 2.020 G. 390 7,900 7.9.50
Coton brut travaillé dans les
manufactures 385 35S 556 657 rxiG
Or accumulé : De i8j8 à 18991e total des importations nettes dor s'est élevé à l.s. 14S.000.000 ou 3.700 000.000 de francs.
I livre sterling ou l.s. = 25 francs.
I livre anglaise vaut 4^7 grammes.
(*j Ce dernier chiffre aurait même été plus fort ; mais des changements fiscaux récents ont exempté d'impôts certains petits revenus.
mière iKk'essilé, le pain et la viande, ont été exhaussés de manière à en élever les prix d'un tiers ou de moitié, dans l'intérêt des propriétaires fonciers, tandis que d'autres exhaussements de tarifs sur les matériaux des vêtements, de lameublement, des trans[)orts, fournissaient, avec l'adjonction d'un système de primes, la part de leurs alliés, les propriétaires d'industries, aux déjiens de la généralité des consommateurs et des contribuables. Aux impôts que ceux-ci doivent à l'I^^tat s'ajoutent les impôts qu'ils ne doivent ])as, et qui ne sont, en réalité, autre chose que les vieilles redevances féodales transformées et modernisées.
On s'explique donc que l'augmentation extraordinaire de la richesse, déterminée par une merveilleuse efflorescence de progrès n'ait pas accru d'une manière équivalente le bien-être des peuples civilisés. L'incapacité et les vices des gouvernements, le militarisme, l'étatisme, le protectionisme, ont dévoré une forte part de cette plus-value de l'industrie. L'ignorance et l'insuffisance morale des individus émancipés de l'onéreuse tutelle de la servitude, mais encore incapables de supporter tout le poids de la responsabilité attachée à la liberté, en ont détruit ou stérilisé une autre part. Il faut bien le dire : La multitude cjui vivait au jour le jour du produit de son travail ne possédait ni la capacité ni les ressources nécessaires ])our mettre en pleine valeur son capital de forces productives. Comme le constatait Adam Smith, l'ouvrier dépourvu d'avances se trouvait vis-à-vis de l'employeur dans une situation inégale, cju'aggravait la défense de remédier à cette inégalité par l'association. D'un autre côté, il avait à faire le difficile a])prentissage de la liberté, il devait régler et contenir ses besoins ac-
358 LES prjoBii::MES du xx^^ siècle
tiiels en prévision des nécessités futures, pourvoir aux accitients'et aux chômages, remplir toutes ses obligations envers lui-même et envers les êtres dont il était responsable. Doit-on s'étonner s'il n'a point suffi à cette tâche, si, avec un salaire débattu dans des conditions inégales et diminué par les charges des impôts qu'il devait et celles des impôts qu'il ne devait pas, il ait trop souvent succombé sous le faix, et si, en même temps que croissait la richesse, se propageaient la misère et la dégradation morale?
Ces maux qui ont accompagné la transformation de l'industrie et l'émancipation des classes ouvrières, les économistes se sont appliqués à les rattacher à leurs véritables causes, et à réclamer les réformes propres à y remédier. ^Nlais ces réformes se heurtent à des intérêts puissants et intraitables, et elles n'ont point d'ailleurs une efficacité immédiate et radicale. Les socialistes ont eu plus de succès en attribuant en bloc les souffrances de la multitude à un pouvoir mystérieux et redoutable qu'ils ont désigné et stigmatisé sous le nom de tyrannie du capital. Cette tyrannie, ils convient les masses ouvrières à la renverser, en employant le procédé expéditif d'une révolution sociale. La révolution faite, les socialistes autoritaires, collectivistes ou communistes, se proposent de charger l'Etat de réorganiser la société; les socialistes anarchistes, au contraire, veulent abolir l'Etat, mais les uns et les autres s'accordent sur un point essentiel : la confiscation du capital. Et telle est la solution de la question sociale qui tient le record de la popularité à l'aurore du xx^ siècle.
APPENDICK 359
Le xixc siècle lègue à son successeui' un héritage de milliardaire. Aucun de ses prédécesseurs n'a autant grossi la fortune qu'il avait reçue. Mais s'il a agrandi son domaine et augmenté dans des proportions auparavant inconnues la somme de ses richesses immobilières et mobilières, il laisse cet énorme héritage fortement grevé de dettes. Il lègue aussi à ses héritiers, sans parler des vices communs à tous les siècles, et dont il ne s'est guère appliqué à se corriger, des habitudes enracinées et aggravées de dissipation et de gaspillage.
Le xx« siècle continuera sans aucun doute à accroître la productivité de l'industrie et à multiplier la richesse. Ses savants, ses inventeurs, ses industriels, ses capitalistes, ses ouvriers ne chômeront point, ils travailleront sans relâche à augmenter la somme des matériaux de la civilisation et du bien-être. Mais il est malheureusement permis de craindre que l'œuvre de ces artisans laborieux de la production ne continue à être contrariée, par l'aveugle égoïsme des intérêts, que ses fruits ne soient, comme d'habitude, détournés de leur destination utile, et employés à des lins nuisibles.
Pendant que la science et l'industrie multiplient la richesse, le militarisme, l'étatisme et le protectionnisme, en attendant le socialisme, s'associent pour la détruire, et en épuiser la source. Les recettes que le travail annuel des nations fournit au budget des gouvernements ne suffisent plus à leurs dépenses. C'est en grevant le travail des générations futures qu ils rétablissent l'équilibre. Les dettes publiques de l'Europe ont
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doublé dans la seconde moitié du siècle. En suivaul la même progression, elles atteindront pour le moins 400 milliards en l'an 2000. (^aels que soient les progrès de la production, ce fardeau ne dépassera-t-il pas les forces des producteurs? Souhaitons donc — et c'est le vœu le plus utile que nous puissions adresser à notre descendance, — que le xx*" siècle n'excelle pas seule ment, comme son devancier, à produire delà richesse, mais qu'il ai)prenne à la mieux employer.
* Journal des Econonustcs^ w"" du 15 janvier 1901.