‹ Les procédés d'exportation du commerce allemandChapitre 3 sur 28 · S4US · texte numérisé non relu

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La reprise des affaires fut rapide ; elle fut activée par le sang-froid et le courage des industriels et des banquiers.

Si l’on considère comme année type l’année 1902, date du début du relèvement, l’on constate, en prenant le commerce spécial (sans les métaux précieux), une augmentation qui, pour cinq années, est de 42 0/0 aux importations et de 36 0/0 aux exportations (2).

DHPOTAUONS. > 2 0. 100 107 113 127 142 EXDORATIONSR REP 100 107 112 123 136

Ce relèvement rapide permet de voir dans la crise de (1) Auswärtiger Handel des D. Zollgebiets jusque 1900 inclus ; puis

Statistisches Jahrbuch für das Deutsche Reich, 1907. (2) Stat. Jahrb., 1907, p. 174.

1901 une sorte de fièvre de croissance d’un organisme jeune et vigoureux.

Cette augmentation continue du commerce n'a pas été sans provoquer en Europe tout un mouvement d'opinion. Les uns s'étonnèrent et admirèrent, d’autres constatèrent le fait sinon avec malveillance, du moins avec inquiétude. C’est à ce propos que l’on entendit parler du danger allemand. En Angleterre et en France particulièrement, il y eut sur l’expansion de nos voisins toute une littérature.

C'est qu’en effet l'augmentation du commerce extérieur de l'Allemagne était non seulement absolue, mais aussi relative.

Si nous prenons les chiffres du commerce spécial de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre, en 1890 et 190$, nous constatons aux exportations pour chaque pays une augmentation, mais combien diverse en importance !

Exportations (commerce spécial) en millions de marks (1).

1890 1905 Territoire douanier allemand , . . . . . 3.326,5 5.731,6 France CARMEN EMA 3.040,3 3.893,5 Grande PreAéne SE UT: 9.383,9 6.728,3

En 1890 nous n'avons sur l'Allemagne qu’un retard de 286 millions de marks, en 1905 nous sommes distancés de l'milliard 838. L’Angleterre a toujours sur sa rivale germanique un grand avantage, mais qui à diminué; la différence en faveur de l'Angleterre était en 1890 de 2 milliards 3435 de marks, elle n’est plus en 1905 que de 996 mil-

lions (2).

(1) Stat. Jahrb., 1907, annexe, p. 47.

(2) Non moins satisfaisant pour l'Allemagne est le tableau comparatil de la part que prennent les diverses nations au commerce extérieur

INTRODUCTION o

Causes de cette augmentation. — Quelles sont les causes de cette surprenante augmentation ?

Elle n'est qu'un aspect du développement économique général de la nation allemande.

Elle est une forme de ce que l’on a appelé « l'Essor industriel et commercial du peuple allemand ». Ce sont donc les causes de ce développement pris en bloc que nous devons sommairement examiner, quitte à ne retenir que ce qui nous intéresse particulièrement pour notre étude: l'augmentation des exportations.

Les causes du développement économique et industriel de l’Allemagne ont été maintes fois étudiées, aussi les résumerons-nous brièvement.

On peut les grouper sous trois rubriques : politiques — financières — et économiques.

a) Politiques. — Il est peu discutable que la formation de l'unité politique, que la constitution, sous l'hégémonie

total. En 1890 elle y participe pour 11,1 0/0 ; en 1905 pour 12 0/0. La France en 1890 avait, ici encore, la supériorité avec 11,3 0/0 ; non seulement elle a perdu cette avance, mais, de plus, sa parlicipalion au commerce total est tombée à 8,8 0/0. L’Angleterre tout en ayant une part plus grande que celle de l'Allemagne subit aussi un recul considérable, sa part de 20, 8 0/0 passe à 17, 6 0/0. Il est vrai que depuis 1890 de nouveaux concurrents sont apparus sur le marché, ce qui enlève à ces chiffres une partie de leur signification.

Part en 0/0 au commerce extérieur total.

Années 1890 | 1900 | 1901 | 1902 | 1903 | 1904 | 1905

Territoire douanier al-

lémand, 2... se al LI 12,1 LS MAS AS SIA 12,0 France. 7. See eee 11618200 9,3 9,4 9,1 8,7 8,8 Grande-Bretagne ....... DOTE NIET TSI IS CIS 0 ET OMG

H Stat. Jahrbuch, 1907, p. 53.

(l INTRODUCTION

prussienne, d’une nation allemande n'ait été une des conditions du développement ultérieur de l'Empire (1).

Les fondateurs du Zollverein avaient vu juste lorsqu'ils avaient tenté de réaliser par l'association ce que vingt ans plus tard devaient produire les victoires de Sadowa et de Sedan. Stengel prévoyait d’ailleurs dès 1835 cette confédération politique.

L'établissement d'une vie économique commune sur un vaste territoire a permis la coopération de forces produclives diversifiées.

L'absence de divisions politiques sérieuses, l'unité de législation civile et commerciale, tout cela constitue pour l'industrie et le commerce une atmosphère propre à un utile développement.

Pour ce qui regarde le commerce extérieur, le prestige du vainqueur, l’ascendant de la puissance matérielle n’ont pas été d'un médiocre appui.

Les coinmerçants sont plus respectés, les diplomates qui négocient pour eux sont mieux écoutés, lorsqu'ils ont derrière eux une armée puissante, lorsqu'ils représentent une nation dont le pavillon est porté sur les mers par une marine militaire de premier rang.

b) Financières. — Les producteurs allemands n’ont pas à supporter comme certains de leurs rivaux — les Français

(1) « Les progrès de notre nouvelle patrie dans tous les domaines sont vigoureux et surprenants, leur rapidité est à peine compréhensible ; le développement étonnant du commerce et de la circulation, les inventions grandioses dans le domaine de la science et de la technique sont une conséquence de la réunion nouvelle des tribus germani-

ques en une commune patrie.» Discours de Guillaume IT à Memel, 23 septembre 1907.

en particulier — le fardeau d’une dette publique née des guerres extérieures.

Les difficultés financières dans lesquelles l'Empire se débat actuellement sont en grande partie causées par le manque de souplesse qui caractérise l'organisation de ses recettes ; par les rapports défectueux avec les Etats confédérés. L'élévation du taux auquel il emprunte est due au mode d'émission imprudent des emprunts autant qu'à la facilité que trouvent les capitaux à s'engager dans des placements nationaux plus rémunérateurs,

Les dépenses provoquées par la politique sociale sont considérables ; mais il y a de ce côté pour les concurrents une cause future d’accroissement des budgets qui n’a pas encore entièrement produit ses effets.

Les dépenses militaires et maritimes sont écrasantes ; mais n'est-ce pas là une sorte de prime d'assurance indispensable à un Etat, qui, pour ses subsistances et les matières premières nécessaires à son industrie, dépend de plus en plus de l'étranger ?

Notons que, par contre, nulle partles dettes et dépenses publiques n’ont plus contribué à la formation d'un domaine productif, d’un outillage national servant à l'intérét général.

La fortune privée s’est, en outre, considérablement accrue ; le versement de l'indemnité de guerre causa, a-t-on dit, une véritable folie d'entreprises aboutissant à des catastrophes ; il y eut des expériences chérement payées, mais qui devaient profiter à la nation (1).

(4) Cf. Blondel, op. cit., pp. 346-347 (3° éd,). « Le brusque accroissement du nombre des producteurs troubla alors profondément le pays. Certaines sociétés industrielles furent prises comme d'une su-

bite folie. Quelques-unes firent presque autant de mal que celles organisées pour l'exploitation de la crédulité par la fraude.

L'organisation et la politique des banques, leur participation active aux affaires industrielles et commerciales — participation que les capitaux considérables qu'elles possèdent en propre leur permettent d'effectuer aisément — aidèrent très puissamment au développement économique du pays.

Le danger que ces participations pouvaient présenter avec un système de petites banques, disparaît au fur et à mesure que la concentration s’accentue ; chaque groupe de banques a pu diviser ses risques et, partant, s'assurer dans une certaine mesure, contre l’échec de certaines entre-

prises (1).

c) Economiques. — Le territoire de l'Empire s'est admirablement prêté au développement économique. Moins également fertile que celui de la France, jouissant d'un climat moins favorable et varié, il est mieux partagé au point de vue du régime des voies navigables, qui facilite grandement les transports intérieurs.

La richesse du sous-sol a permis l'éclosion d'industries métallurgiques puissantes, et semble devoir donner au pays une plus grande supériorité dans l'avenir. Les gens compétents prévoient non seulement que l'exploitation des gisements houillers pourra durer des siècles, mais que bientôt, comparativement, elle sera moins onéreuse qu’en Angleterre, permettant ainsi une diminution de prix de revient pour la majorité des industries (2).

Sur la race allemande et ses qualités particulières physiques et morales, on a tout dit. Relevons ce fait que l’ins-

(1) Cf. Depitre, op. cit.

(2) 3, Wolf, L’Allemagne et le Marché du monde, p. 31-32.

truction des Allemands est relativement plus complète que celle des autres peuples ; surtout l'instruction technique, c’est elle qui a rendu possible cette union féconde de l'Industrie et de la Science. La science est en Allemagne tout au service de l'industrie, les hommes de laboratoire s'appliquent à la recherche des adaptations industrielles ; les industriels, de leur côté, ouvrent leurs usines à la science ; ils n'hésitent pas à faire de lourds sacrifices pour leur personnel de techniciens, sachant qu'un jour ou l’autre ils en seront récompensés par des progrès matériels.

Dans les industries chimiques et électriques, dans la métallurgie, la science allemande a exercé une influence salutaire. Par ses découvertes dans le domaine du machinisme ou des procédés techniques, elle a été parfois un collaborateur indispensable des capitaux dans le mouvement de concentration et d'intégration industrielles.

Dans le domaine économique l'Etat est intervenu, c’est principalement dans le domaine des /ranspor!s qu'il a agi efficacement. Le réseau ferré voit son unité assurée par une commission d'Empire siégeant à Berlin. Il est presque entièrement propriété d'Etat.

L'établissement des lignes stratégiques a été aussi utile au commerce intérieur qu’au commerce international.

Le régime des chemins de fer français, tracé des réseaux et tarifs de transport, souffre encore du manque d'unité de conception. L'Allemagne n’a pas ce défaut, la coordination des voies ferrées, l'établissement de tarifs différentiels pour l'exportation, le perfectionnement des transports internationaux ont exercé une influence salutaire. Mêmes efforts du côté des transports par eau: les travaux méthodiques exécutés sur le Rhin et l’Elbe, la construction de canaux complétant le réseau ferré et s'y raccordant, ont contribué

à la constitution d'un outillage économique de premier ordre.

Mais ce sont là choses bien connues ; et de toutes les causes générales de développement économique allemand, nous n’en retiendrons que deux qui sont en rapport étroit avec les progrès de l'exportation : l'augmentation de la population et son industrialisation.

La population de l'Empire augmente avec une rapidité qui s’est accentuée surtout dans le dernier quart du xix° siècle. De 1840 à 1870, en 30 ans, l'augmentation avait été de 8 millions (8,031) ; de 1870 à 1905, en 35 ans, elle est de près de 20 millions (19,825).

Population du territoire actuel de l'Empire d'Allemagne.

Années Population Augmentalion annuelle ASTON AE Re 24,833.000 0/0 ASSUME RER ere 29.520.000 0,98 ASUS SE ME 32.181.000 ils Lo) LOBOLAE PE En 35.397.000 0,57 1860. RAS Sr Re 37.747.000 0,88 STD RE pee 40 818.000 0,58 SO EERRR 45.236.000 1,14 ASUS ER 49.428.000 1,07 LODEL Sa 56.367.000 1,50 OO ER CR 60.641.000 1,46

Cette augmentation n’est atténuée que par une émigration insignifiante (1).

(1) Statistisches Jahrbuch f. d. D. R., 1907, p. 2.

INTKHODUCTION

L'émigration de 1891 à 1906 (1).

0/00 0/00 Années Emigrés Îde la popu-|| Années Emigrés |de la popu-

lation lation 1891 120.089 2,41 1899 24.323 0,44 1892 116.339 2,31 1900 22.309 0,40 1893 87.677 1,73 1901 22.073 0,39 1894 40.964 0,S0 1902 32.098 0.56 1895 37.498 0,72 1903 36,310 0.62 1S96 33.824 0.64 1904 27.984 0,47 1897 24.631 0,46 1905 28.075 0,47 1898 22.291 0,41 1906 31.074 0,50

L'émigration qui était de 2,41 0/00 en 1891 et, depuis lors, était descendue régulièrement jusqu’en 1901, s'est légèrement relevée en ces dernières années ; sa proportion à la population totale parait destinée à osciller autour de

L'on sait d'ailleurs que le centre d'émigration, en Eu-

rope, s’est déplacé vers le Sud-Est.

Quelques chiffres comparatifs mettant en présence la si-

tuation démographique de l'Allemagne et celle de la France

pour l’année 1905, diront d’ailleurs éloquemment la posi-

tion de l'Allemagne :

Allemagne France (2).

Population . . . . . . . . . . . 60.641.000 39.252.267 Excédent de naissances. . , , . . 192,839 37,120 — — 0/00 13,2 0,9 Augmentation annuelle 0/0. . . . 1,46 0,15 Nuptialité 0/00 . . . . . . . . . 8,1 13 Densité au kilomètre carré. . . . 112,14 73,17

Il est probable que ce mouvement de population

(4) Op. cit., p. 23.

(2) Stat. Jahrb., 1907, annexe, pp. 3 et 8.

tinuera ; sollicitée par le mouvement économique général, par la quasi-certitude de trouver des salaires dans l'industrie et dans le commerce, la population augmentera encore, peut-on croire, dans de notables proportions.

Et cette population s'industrialise ; les recensements professionnels de 1882 et 1895 en donnent la preuve, Tandis que, en 1871, 50 0/0 de la population appartenait aux professions agricoles, celles-ci n’en ont plus en 1882 et 1895 que 42,5 et 35,6 0/0 ; par contre, dans ces mêmes années, les professions industrielles et commerciales réunissent 45,5 et 50,6 0/0 des habitants (1).

Il est certain que ce mouvement d’industrialisation a continué ; une statistique plus récente : celle de la répartition de la population entre les communes urbaines et les communes rurales (— de 2.000 âmes) sans en donner la preuve directe, le fait fortement présumer.

Tandis que en 1895 la population se partageait par moitié entre ces deux catégories de communes, en 1900, 25.734.103 habitants résident dans les communes rurales et 30.633.075 dans les communes urbaines (2).

Les conséquences. — L'essor économique et particulièrement les progrès de la population présentent pour lAllemagne un grand avantage. C’est le développement de son marché intérieur. La mise en œuvre de toutes les forces productives nationales à accentué la division du travail, la multiplication des échanges et la circulation du capital à l'intérieur du pays. La prépondérance du marché intérieur est une chose trop connue pour qu'ici nous y insistions ; il

(1) Voigt dans Æandels und Machtpolitik, &. T, p. 153. (2) /d., p. 152. Stat. Jahrb., 1907, p. 5.

est le plus large et le plus sûr ; son extension donne au progrès économique une base assurée.

Mais cet avantage a une contre-partie, c'est une rupture d'équilibre entre la production nationale et les besoins de la population et de l’industrie.

D Etat agricole qu’elle était dans la première moitié du xIx° siècle, l'Allemagne est devenue un Etat industriel, c’està-dire « un Etat dont la production agricole est en dispropor- « tion si grande avec les besoins de la population industrielle « que l'importation de subsistances et de matières premie- « res ne vient plus seulement compléter la production indi- « gène, mais constitue une part essentielle, absolument in- « dispensable pour nourrir le peuple et l’industrie » (4).

L'examen des faits vérifie l'exactitude de cette assertion.

L'Empire doit d'abord et nécessairement recourir à l'étranger pour les aliments et matières premières qui ne peuvent étre produits sur son sol. Le tableau ci-dessous montre quelle a été en 1906 la consommation de quelquesuns de ces produits : des chiffres antérieurs en font ressortir la progression.

(4) Voigt dans Handels und Machtpolitik, t. 1, p. 138.

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