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Les procédés de la gravure

Nous n’avons pas la prétention d’examiner par le menu tous les procédés inventés jusqu’à ce jour dans le but de multiplier les épreuves d’une image, dessin original ou copie, cette image pouvant être gravée en creux ou en relief, photographiée ou lithographiée. Une étudeaussi vaste absorberait à elle seule toute une bibliothèque. Notre ambition est moindre : nous avons voulu initier le public à des questions qui lui sont étrangères parce qu’elles ne sont pas comprises dans le bagage de l’éducation générale. C’est un travail de vulgarisation.

Nous sommes parti de ce principe que les personnes qui nous feraient l’honneur de nous lire se trouveraient, en ouvrant ces pages, sur un terrain tout nouveau pour elles; aussi n’avons-nous pas craint d’insister, peut-être outre mesure, sur certaines explications nécessaires. Pensant que le plus grand mérite d’un livre de ce genre est la clarté, nous nous sommes efforcé vers la lumière ; si parfois ce désir d’être bien compris nous entraîne à des répétitions en apparence inutiles et certainement un peu fatigantes pour le lecteur, nous le prions de nous les pardonner en faveur de l’intention.

L’histoire de la gravure et son esthétique, c’est-à-dire la détermination des caractères du beau, sont exposées dans un premier volume de cette bibliothèque parM. le

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vicomte H. Delaborde, membre de l’Institut et conservateur du Cabinet des Estampes. Malgré tout le respect que nous professons pour cet éminent écrivain, il nous arrivera parfois d’empiéter légèrement sur un terrain qui lui appartient de droit, mais nous aurons soin de ne pas nous y attarder et d’y prendre seulement les éléments d’une distribution méthodique et chronologique de nos propres matériaux. Il nous était impossible de faire autrement : l’étude des procédés de la gravure serait sans intérêt si on ne l’appuyait sur l’histoire : ils sont intimement liés au mouvement général de l’art, et participent des tendances qui spécialisent tel ou tel groupe d’artistes à des époques qu’il fallait déterminer.

Pour ce qui est des procédés modernes, lithographie, photographie, photogravure, gravure chimique ou mécanique, ils nous appartenaient en propre; nous avons pu donner à leur étude une extension d’autant plus grande qu’ils tiennent une place considérable dans 1 '‘imagerie de notre époque.

« Il reste acquis, écrivait M. Ph. Burty en 1867, que le monde se désintéresse de la gravure sur métal, que l’eau-forte succède au burin, que la lithographie agonise, que le bois est en péril, que le « procédé » tend à supprimer le burin, l’eau-forte, la lithographie et le bois, et que l’agent provocateur de ces menées révolutionnaires, c’est, directement ou indirectement, la photographie. »

Ces paroles chagrines sont de mise aujourd’hui, comme elles l’étaient il y a quinze ans ; cependant il nous est agréable de constater que le mal signalé par notre confrère, si compétent en ces matières, n’a pas sensiblement empiré depuis cette époque; au contraire, il semble que l’art de la gravure ait repris quelques forces : l’intéressant malade ne veut pas mourir.

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Le burin, plus compromis que les autres procédés, se défend avec vigueur ; il est vrai qu’il a trouvé dans l’Etat, dans la ville de Paris et dans les sociétés d’amateurs une tutelle sérieuse. Cependant le public, à tort ou à raison, lui refuse ses faveurs; on le trouve froid et guindé; sa vieille réputation d’exactitude est fortement ébranlée depuis qu'elle est soumise au terrible contrôle de la photographie. Mais ce sont là des griefs secondaires ; on oublierait tout cela et le plus grave, la cherté de ses épreuves, si les bons artistes ne faisaient pas défaut. Jamais le goût des belles estampes n’a été plus répandu, et si les amateurs recherchent particulièrement les eauxfortes, c’est qu’ils ne trouvent pas chez la plupart des graveurs en taille-douce du moment les qualités d’artiste suffisamment accusées.

Le procédé héliographique a cela de bon qu’il supprime un interprète sur deux : on n’a plus à compter qu’avec un seul traducteur du tableau à graver, le dessinateur. C’est moitié moins de chances d’erreur.

Pour les éditeurs, ce procédé a d’autres avantages encore : il coûte moins cher que la gravure à la main et il est infiniment plus expéditif. L’héliogravure peut livrer dans les vingt-quatre heures, tout prêt à passer sous la presse, le cliché d’un dessin quelconque exécuté sur du papier. Les artistes enfin lui accordent toutes leurs préférences et ce n’est pas sans raison; ils y gagnent de pouvoir conserver leurs dessins après en avoir obtenu la reproduction la plus fidèle qui se puisse voir. Ce n’est pas tout : comme la photographie, dont on fera une héliogravure, s'obtient dans le format que l’on veut, ils n’ont pas à se préoccuper de déterminer à l’avance les proportions de leur dessin; peu importe qu’il soit quatre ou cinq fois plus grand que la gravure dont on doit se servir. De là une plus grande liberté

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dans l’exécution et la possibilité d’indiquer avec précision des détails que la main se refuserait à tracer, s’ii fallait s’en tenir aux proportions du livre ou du journal où la publication doit avoir lieu.

En résumé, il est incontestable que le soleil fait mieux les choses que le burin le plus habile, quand il s’agit de fac-similer un dessin, c’est-à-dire de le copier servilement. Reste au graveur le champ de l 'interprétation-, c’est un domaine assez vaste pour qu’il soit assuré d’y trouver toujours une existence honorable, mais à la condition de l’exploiter en véritable artiste. Le métier perd tous les jours du terrain, l’art seul peut empêcher la gravure manuelle de périr.

Il nous reste à dire un mot des gravures qui illustrent le texte et qui ont été choisies parmi les meilleurs modèles de chaque genre. Il nous a malheureusement été impossible de les placer dans un ordre rigoureux, car certains chapitres en auraient été surchargés alors que d’autres en auraient été dépourvus. Mais le procédé employé a été mentionné au bas de chaque gravure et une table spéciale, à la fin du volume, rétablit leur classement régulier.

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