Les procès de bestialité aux XVIe et XVIIe siècles
« Comment imaginer sans horreur, écrit Mirabeau dans son Erotika Bihlion^ au chapitre Béhémah (De la Bestialité), qu'un goût aussi dépravé puisse exister dans la nature humaine, lorsqu'on pense combien elle peut s'élever au-dessus de tous les êtres animés ? Comment se figurer que l'homme ait pu se prostituer ainsi? Quoi, tous les charmes, toutes les délices de l'amour, tous ses transports... il a pu les déposer aux pieds d'un vil animal ! Et c'est au physique de cette passion, à cette fièvre impétueuse qui peut pousser à de tels écarts, que des philosophes n'ont pas rougi de subordonner le moral de l'amour ! Le physique seul en est bon^ ont-ils dit. Eh bien, lisez Tibulle, et puis courez contempler ce physique dans les Pyrénées, où chaque berger a sa chèvre favorite ; et quand vous aurez assez observé les hideux plaisirs du montagnard brutal, répétez encore : en amour, le physique seul est bon... »
Cette comparaison, quelque peu saugrenue, devient pour l'auteur des Lettres à Sophie, motif à dissertation confuse et pédantesque sur la partie constitutive de notre être. Après avoir attiré notre
intérêt sur les nuances de ses dégradations, invoqué Pythagore, Aristote, Heraclite, Empédocle, Épicure, Anaxagore, Boëce et Tertullien, il conclut que « la seule manière d'assiéger la nature qui puisse lui arracher une partie de son secret », serait d'étudier les produits de la bestialité en les soumettant à l'éducation. Ainsi pourrait-on tracer, d'après lui, la ligne de démarcation entre l'homme et la bête, et, de plus, trouverait-on le moyen de perfectionner physiquement l'espèce humaine par des croisements : « Quoi de plus beau dans les êtres animés que la forme du centaure?... » Regrettait que Buffon ne nous ait pas conservé ses expériences sur les mélanges des hommes et des bêtes, Mirabeau, séduit par une pratique qu'il vient de maudire au nom de l'idéalisme, émet le vœu que les curés basques devraient faire soigner les chèvres engrossées par les pâtres des Pyrénées, et recueillir leurs produits. « L'intendant d'Ausch pourroit aisément parvenir à ce but, sans faire réciter de confessions ; il pourroit se procurer de ces produits monstrueux par ces curés ; le curé demanderoit à son pénitent sa maîtresse , qu'il remettroit au subdélégué de l'endroit, sans révéler le nom de V amant. Je ne vois pas quel inconvénient il y auroit à tourner au profit des progrès des connaissances humaines, un mal que l'on ne sauroit guère empêcher. » S'il était possible que l'accouplement des bestiaires donnât quelque chose, notre siècle aurait
AVAÎ^T-PROPOS
peut-être pu combler le désir de Mirabeau, en éduquant les enfants du singe Consul et des petitesnièces de l'Oncle Sam, qui sollicitèrent ses faveurs et le firent périr d'épuisement avant qu'il sût parler. Mais il est tant d'hommes dont l'intelligence et la beauté ne dépassent point celles de Consîilf que ni la race humaine ni la race simiesque n'en eussent été amendées, que rien même n'eût été changé dans l'ordre du monde. Y aurait-il lieu, vraiment, de s'étonner que le rejeton d'un singe et d'une Yankee devînt, à l'instar du premier venu, président d'une société savante, académicien, général, milliardaire, politicien ? ou bien encore, cireur de bottes, souteneur, cubiste, ou reporteur de journal?... C'est faire à l'humanité beaucoup trop d'honneur que de la mettre tellement au-dessus des singes, et c'est montrer une candeur simiesque que de croire à la fécondité de pareils accouplements! Mirabeau, toutefois, bien qu'il rappelle « l'homme cornu » que l'on présenta à la cour, ne paraît accorder de crédit ni aux témoignages de l'antiquité ni à ceux de ses contemporains. Sans doute faut-il entendre quelque malice quand il cite la « fille sauvage », religieuse à Châlons, et qu'il confie les enfants capripèdes aux confesseurs de ces bergers pyrénéens, dont l'une des « plus exquises jouissances est de se servir des narrines d'un jeune veau, qui leur lèche en même temps les testicules ».
Le Chevalier de Pierrugues, son annotateur, ne se hasarde pas à contester l'existence des hommes capripèdes : il s'en tient, dit-il, respectueusement aux Saintes Écritures, et à ce qui en est rapporté par Saint Jérôme ; soit sa fameuse rencontre avec un satyre, qui le conjura d'intercéder pour ses pareils auprès du Dieu commun, mort pour le salut du monde. Comme pour la plupart des hommes cultivés, la croyance du chevalier s'appuie tout autant sur la Fable païenne que sur les Pères de l'Eglise, qui tentèrent de rapporter au christianisme, par la requête du Faune de Saint Antoine, l'attachement que l'on gardait encore pour les divinités indigètes et vernaculaires.
Les Satyres, les Faunes, les ^gipans n'étaient point, comme on l'a cru, ou feint de croire, les produits de la fornication caprine de tous les peuples pasteurs, mais une déformation légendaire des compagnons de Bacchus, ou Osiris, paysans vêtus de peaux de bêtes, qui grossissaient de pillards, de bouffons et de parasites les armées en marche du Conquérant. L'on a également soutenu d'autres thèses : par exemple, que ces Satyres n'étaient qu'une espèce de singes que ce Prince menait à sa suite ; qu'autour des Temples que lui dressèrent les Égyptiens, l'on n'oublia pas les statues de ces animaux, et, dit l'admirable Hédelin, que l'Egypte « matrice infortunée de l'Idolâtrie, les ayant reçus dans son giron >, ils passèrent à la
suite de Cadmus chez les Grecs, dont ils accrurent les fausses Divinités par des mystères que les Grecs eux-mêmes ne connaissaient pas. Ces mystères ressortissaient au culte de Pan, que Ton adorait à Mendès sous la forme d'un bouc, auquel, d'après Hérodote, les femmes se prostituaient en public. La signification de ce rite n'est autre que l'image de la fécondité, représentée par le bouc, et qui s'aggloméra au mythe de Bacchus, principe mâle de la génération universelle. Le bouc était sacré à Bacchus pour les mêmes raisons qu'au dieu Pan, et, plus particulièrement, parce que, rongeant la vigne il était l'animal tout désigné comme totem. Il faut encore ajouter l'âne, dont l'organe génital rappelait par sa proportion le phallus porté aux bacchanales, et dont la lubricité est connue.
Notre intention n'est pas d'étudier ici le bestiaire mythologique, qui, le plus souvent, représente par des symboles les conjonctions planétaires ou les phénomènes saisonniers, mais, en montrant l'âne et le bouc comme sacrés à Dionysos, d'expliquer pourquoi, au moyen âge et jusqu'à la fm du xvif siècle, ces animaux figurent dans les sabbats et reçoivent les caresses des sorcières. En effets les sabbats n'étaient qu'une survivance des antiques bacchanales ; les mêmes orgies s'y répétaient, et le christianisme primitif ayant rangé les faux-dieux au nombre des démons, le bouc et l'âne incarnèrent le principe du mal aux yeux du vulgaire et des
juges ecclésiastiques. La fornication asine ou caprine était donc un rite véritable, et non pas, comme l'ont avancé de graves historiens et de non moins graves légistes, soit un phantasme de l'hystérie, soit une copulation diabolique. Le chien, également consacré à Osiris, parut au sabbat comme l'âne et le bouc, et la fréquence de la fornication canine trouve son explication dans la curiosité suscitée chez les femmes par les confidences des initiées, et dans la facilité qu'elles trouvaient à jouir d'un animal si docile, si lubrique et d'un commerce domestique si répandu.
Il est certain que les rites égyptiens corrompirent la religion hébraïque (i), puisqu'au livre II des Paralipofnènes et dans plusieurs chapitres àuLévitique on trouve que Jéroboam institua des prêtres pour le service des veaux et des boucs, et que les Juifs des deux sexes s'accouplèrent avec des velus ^ nom qui fut donné aux boucs et, partant, aux satyres. Ces accouplements dégénérant en orgies secrètes, où se mêla plus tard la sorcellerie, nommée sahbatum chez les Romains, il fut ordonné que les coupables de ces turpitudes seraient punis de mort en même temps que l'animal. La loi hébraïque, insérée au chapitre XVII du Lévitique, fut l'origine des pénalités romaines et germaniques qui châtièrent les actes de bestialité et qui restèrent en
(i) A moins que ce ne soit le contraire, car on a identifié Bacchus à Moïse.
vigueur jusqu'à la fin du xvif siècle. Ce sont donc les procès intentés aux bestiaires de 1540 à 1692 que nous offrons à la curiosité du lecteur, d'après une copie de Simon Gueulette, Procureur du Roi, copie conservée aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale sous la cote fr. logô^.
« On a déjà dit, écrit Voltaire, dans son Dictionnaire Philosophique, {Bouc) que plus de cent mille prétendus sorciers ont été exécutés à mort en Europe. La seule philosophie a guéri enfm les hommes de cette abominable chimère, et a enseigné aux juges qu'il ne faut pas brûleries imbéciles.» C'est bien le seul passage à peu près sensé de cet article, où Voltaire, tout à ses plaisanteries favorites contre la Bible et les Juifs, affecte d'ignorer les raisons qui firent adorer les animaux et portaient encore, au temps de sa jeunesse, les derniers fidèles d'un culte millénaire à copuler avec les bêtes. Quoi qu'il en soit, son jugement n'a pas été sans influencer le Grand Frédéric, à qui l'on avait donné à signer la condamnation d'un de ses sujets, convaincu de relations avec une ânesse. Le Roi- Philosophe ne confirma pas la sentence, mais il écrivit au bas « qu'il donnait dans ses états liberté de conscience et de v.t. » (i)
(i) Un cavalier était convaincu d'avoir couvert une jument : « Ce gaillard-là est un cochon, dit Frédéric ; qu'on le mette dans l'infanterie. » Il y devint peut-être sodomite, mais le roi, l'étant aussi, ne pouvait que s'en réjouir.
On ne croira pas, avec Voltaire, que les religions aient servi de couverture à des actes infâmes auxquels elles auraient incité, ni que la bestialité fût un des effets de l'ignorance, par elles jalousement entretenue. La bestialité ne s'est pas seulement rencontrée chez les juifs et dans le nome de Mendès ; là n'est pas son berceau : elle est, comme on le sait, propre à tous les peupjes, et toutes les religions, y compris la nôtre, avec la figure du Paraclet, ont établi des rapports de fécondation entre les dieux métamorphosés et les femmes. C'est ainsi que Jupiter, tour à tour cygne, aigle, coursier, etc., engrosse les mortelles qu'il convoite; et, — sans parler des autres Olympiens d'Ovide, ni du Minotaure et de Pasiphaé, — qu'un roi des Goths, au dire de Saxon le Grammairien, tirait son origine d'une vierge noble qui avait eu commerce avec un ours. Soit qu'il faille y voir, comme nous l'avons dit, les symboles de conjonctions planétaires sous un signe zodiacal, soit que la Fable eût semblé plus merveilleuse, soit enfin que les premiers hommes eussent voulu se ménager un totem, la bestialité sacrée n'eut qu'une faible influence sur les cas qui nous occupent, et l'on ne saurait accuser les cultes d'avoir inventé un acte qui n'a généralement pour
moteur que le besoin naturel, la facilité de le satisfaire par la violence, ou quelque perversion passionnelle.
On a d'ailleurs la preuve que les bêtes, sans y être contraintes, ont parfois pour nous des sentiments amoureux qui se traduisent par le viol ou par un attachement plus marqué. « Les animaux, dit Montaigne, sont beaucoup plus réglés que nous ne sommes, et se contiennent avecques plus de modération soubs les limites que nature nous a prescripts ; mais non pas si exactement qu'ils n'ayent encores quelque convenance à nostre débauche, et tout ainsi, comme il s'est trouvé des désirs furieux qui ont poulsé les hommes à l'amour des bestes, elles se trouvent aussi parfois esprinses de nostre amour, et receoivent des affections monstrueuses, d'une espèce d'aultre : tesmoins l'elephant corrival d'Aristophane le grammairien, en l'amour d'une jeune bouquetière en la ville d'Alexandrie, qui ne lay cedoit en rien aux offices d'un poursuyvant bien passionné ; car se promenant par le marché où l'on vendoit des fruicts, il en prenoit avec sa trompe, et les luy portoit ; il ne la perdoit de vue que le moins qu'il luy estoit possible ; et luy mestoit quelquesfois la trompe dans le sein par dessoubs son collet, et luy tastoit les festins. Ils recitent aussi d'un dragon amoureux d'une fille ; et d'une oye esprinse de l'aniour d'un enfant, en la ville d'Asope ; et d'un bélier serviteur de la menés-
trière Clausia ; et il se veoit tous les jours des magots furieusement espris de l'amour des femmes... »
Sans nous occuper, avec Dubois-Desaulle, des animaux domestiques couchant avec leurs maîtres, comme le lion de Caracalla, ou les deux ourses favorites de Valentinien, nous rappellerons seulement les serpents qu'affectionnaient les matrones romaines, qui tétaient à la mamelle ainsi que des nourrissons, et que Bœttiger, dans Sabine, conjecture avoir été des engins lubriques, témoin celui qui, selon Suétone, se glissa près d'Atia ensommeillée, et la força, par le plaisir qu'il lui donna, de se purifier comme si elle fût sortie des bras de son mari. Croirons-nous, avec Plutarque, qu'une vieille femme d'Antée fut surprise gisant au côté d'un crocodile nonchalamment allongé sur son grabat?...
Les procès qui nous ont été conservés vont nous permettre de faire revivre les Justiniens modernes, ou les émules de cette jeune fille toscane qui se fît couvrir par un chien, au temps de Pie V, selon Venette et Forberg. Mais ce n'est pas l'acte de ces pauvres honteux, sans lustre et sans raffinement, qui doit, à vrai dire, éveiller et soutenir la curio-
site. Ce sont des détails de mœurs, le plus souvent comiques, rapportés avec naïveté, et dont quelques-uns s'éclairent des brandons fumeux de la Jalousie ou de la Vengeance. Car il est certain, pour les psychologues les moins avertis, qu'un grand nombre de ces accusés sont innocents. En ces temps où la simple inculpation de sodomie, de blasphème ou de bestialité suffisait à perdre un homme, les femmes délaissées, violentées, ou même dédaignées, les envieux sans scrupules, ne se faisaient pas faute de désigner une victime à la maréchaussée, de montrer un crime aux exempts à travers une bouteille de rogomme ou de vin clairet. D'autres sont des simples d'esprit, ou des méprisés de l'amour, que le rut aiguillonne.
Puisque nous avons parlé de sodomie, il est bon de remarquer que la coutume judiciaire était de confondre sodomie et bestialité, comme si les antiques coupables des trois villes de la Bible eussent été indistinctement adonnés aux deux vices qui passent pour les plus monstrueux. Quelques textes ajoutent la hougrerie, chargeant à leur tour les Bulgares d'une pratique qui ne leur est généralement pas imputée, mais que leur sauvagerie, et surtout leur hérésie sexuelle, sans compter leur orthodoxie religieuse, désignaient à la générosité des accusateurs...
Il ne faut donc pas entendre que nos accusés sont des sodomites à la manière du « malheureux Chaus-
son, dit des Estangs », cet ami du poète Claude Le Petit, qui fut brûlé en place de Grève,
En montrant, le vilain, son cul à tout le monde.
Un romancier du plus grand talent, doublé d'un essayiste ingénieux, M. Pierre Mac Orlan, après avoir évoqué (i) ce Chausson,
Ce coquin si fameux à la tête frisée,
trouve dans le détail pittoresque de cet alexandrin un « élément merveilleux y> pour créer l'atmosphère du roman d'aventures, qui, selon lui, doit être cherchée de préférence dans le spectacle des vies anormales. Eh bien, les comparses du malheureux Chausson, « les personnages étranges et misérables », dont parle l'écrivain avec le plus vif désir de les voir se dresser devant lui, les voici, chacun dans son costume décrit par le Prévôt ou le Bailly, entouré de ses témoins aux noms de tribunal correctionnel — il en est d'exprès pour attendrir l'austérité de l'inflexible Thémis — et des exempts qui l'ont conduit.
Voici, disons-nous, Guillaume Garnier, un quidam vêtu de drap gris de fer ; — Pierre Grondeau, gagne-deniers de Loiidiin, et son témoin Adrian
(i) Cf. Pierre Mac Orlan, La Clique du Café Brebis, Paris, La Renaissance du Livre, 1919.
Septbois ; — Devialle et son témoin Antonie Podelette, la grosse femme de Jacques Mesnard ; — Jacques Prenault, tin quidam vêtu de drap rouge, avec des culottes de peau et des bas de chausses y jointes ; — Macé Avril, //;/. quidam vêtit de drap gris, et son témoin Roger Trippeville, maréchal ferrant, autre quidam vêtu de drap cannelle, avec des culottes de panne rouge ; — Pierre Poulain qu'accompagnent Barthélémy Ognon et Geoffroy le Sec, deux antithèses; — Bernard Bouttesolle, un quidam vêtu de gris fer, avec un bonnet rouge; — Claudine Culam, une quidamne accusée de copulation avec un chien blanc tacheté de roux, et qu'accompagnent Jeanne La Picarde, maîtresse sage-femme et matrone jurée, plus Geneviève Malvoye . et Guillemette Bontemps. Voici Eutrope Bedeau, un quidam vêtu de drap cannelle, ayant un bonnet rouge et des bas blancs; — Perrichon, lin quidam vêtu de toile grise, conduit par Toussaint Picot, dit Martel, exempt, lequel est assisté de Thierry Soudoyer, de Jean Thomas, dit Brasde-Fer et d'Etienne Bodin, dit Èrindavoine, cavaliers de la Brigade. Voici Jean Cochon (i), garçon jardinier; — Anthoine de La Rue, un quidam vêtu d'un habit brun, avec des boutons d'orfèvrerie et des culottes de panne rouge; — Pierre Fontaine,
(i) Il est singulier de noter que ce Cochon ne choisit pas une truie pour épouse, et que le susdit Poulain préféra une vache à une jument.
qui a envoûté la vache d'Albert Trottemenu et qui prit pour femme une inûle et bête asine, que le diable lui a donnée ; — Charles Chambery, dont un des témoins accusateurs se nomme Gillette de Trouvillain. Et voici enfin Sébastien Barillet, accompagné d'un témoin au nom molièresque : Pierre Trissotin. Pour tout dire, ils ont forniqué avec des ânesses, des chiennes noires ou tachetées, des truies, des vaches ou des cavales, les uns montés sur des fagots, qui leur serviront de bûcher, les autres sur des herses, avec un entêtement rustique et borné de parvenir à leurs fms honteuses, au prix des plus grands efforts et des équilibres les plus subtils...
Pauvres et grimaçantes victimes, misérables témoins ! le vieux Breughel d'Enfer eût aimé vous peindre, sous vos habits cannelle, vos culottes de panne rouge et vos bas blancs, auprès de la petite église pointue devant laquelle se dresse l'amoncellement des fascines, ou sur le mail de la petite ville, dont les maigres platanes sont chargés de curieux ricaneurs et tâte-fessiers!... Et n'est-ce pas le cas de répéter le refrain d.u Chevalier de Rivière, sur l'infortuné Vigeon, ce maître d'école convaincu de commerce avec un oison, et dûment supplicié :
Vraiment! voilà bien de la joule Pour îin simple fauteur de Poule !
Nous ne brûlons plus ces malheureux qu'abusent,
le plus souvent, les vapeurs de Bacchus devant la Vénus satyriaque ; nous ne brûlons plus Claude Le Petit, ni le chevalier de la Barre, pour quelques chansons impies; mais il est toujours des Jésuites prêts à dénoncer comme infernales la gauloiserie de nos pères et la liberté d'écrire : Vraiment, voilà bien de la foule...
D' LuDOVico Hernandez.