EUTROPE BEDEAU
avoit été emmené prisonnier pour ledit crime, ajoutant ledit Varrouges que c'etoit tout ce qu'il en sçavoit et certifiant son témoignage véritable.
Le quatrième témoin a dit être appelle Jean Daubry, et être huissier à Cheval au Chatelet de Paris, de présent demeurant à Provins pour affaires, lequel Jean Daubry auroit rendu un témoignage pareil à celuy du sieur Raoul Duplessis Noleau, lequel témoignage il auroit certifié véritable, et a signé.
Apres lesquelles demandes et interrogatoires, lesdits témoins se sont retirez.
Et cejourd'hy samedy vingt neuvième jour du mois de novembre, fut amené en présence de nous, Bailly de Provins, le nommé Eutrope Bedeau, de présent détenu prisonnier es prisons de cette ville, auquel lecture a été faite tant du proces-verbal que de l'interrogatoire et des dépositions, charges, témoignages et déclarations^ lequel Eutrope Bedeau auroit continué à nier, et à soutenir que tout ce que les témoins sunommez avoient déposé etoit entièrement faux, et inventé exprès et calomnieusement pour le faire périr, que ces témoins etoient tous des étrangers et des fripons qui, pour complaire à Rem}^ Lobliniere, leur hôte, disoîent tout ce qu'il vouloit, et que ledit Remy Lobliniere etoit aussi un fripon, qui ne vouloit pas luy payer ses gages.
A quoy nous, Juge susdit, aurions répliqué audit Eiitrope Bedeau que tout ce qu'il disoit n'etoit pas vraisemblable, que ces témoins etoient tous honnêtes gens et de marque, qui n'avoient aucun interest à luy faire du mal, et que Remy Lobliniere etoit aussy connu pour un honnête homme, et qu'à son égard il eut à confesser la vérité, sinon qu'il seroit pendu ; a répliqué ledit Eutrope Bedeau qu'il ne pouvoit dire autrement que ce qu'il avoit déjà dit, à quoy persistant, nous l'aurions fait reconduire en prison.
Cejourd'huy mercredy troisième jour du mois de décembre comparurent en présence de nous, juge et Bailly de Provins, Remy Lobliniere, hôtelier du Lyon d'argent de cette ville de Provins, lequel, après luy avoir fait prêter serment de dire pure et entière vérité, nous l'aurions interrogé en la manière qui suit :
Interrogé s'il connaissoit le nommé Eutrope Bedeau, et s'il avoit reconnu en luy quelque mauvaise inclination^ a repondu qu'il y avoit près de quatre ans qu'il avoit ledit Eutrope Bedeau à son service et qu'il n'en avoit jamais reconnu aucune marque ou indice de cette passion, si ce n'est que depuis environ quatre mois qu'il avoit surpris plusieurs fois ledit Bedeau dans l'écurie avec sa jument et
EUTROPE BEDEAU lOI
qu'il l'avoit plusieurs fois battu pour l'empêcher d'y entrer, sans que ledit Eutrope Bedeau se soit voulu corriger, jusqu'audit jour quatorzième de novembre dernier que ledit Eutrope Bedeau a été surpris en flagrant délit.
Et ledit jour troisième de décembre, fut amené en présence de nous, Bailly susdit, Eutrope Bedeau, prisonnier es prison de cette ville, et accusé d'avoir connu charnellement une jument, auquel lecture a été faite des témoignages et déclarations faites cejourd'huy par le nommé Remy Lobliniere, à ce présent, et persistant en ses dits témoignages et dépositions. Lequel Eutrope Bedeau a persisté aussi à nier tout ce que ledit Lobliniere avoit déposé, sur quoy nous aurions dit audit Eutrope Bedeau qu'il etoit bien impudent et ensuite nous l'aurions fait emmener en prison.
Nous, Jérôme Antoine de Bordis, Licencié es lois, Bailly de la Ville et Baillage de Provins, avons déclaré et déclarons ledit Eutrope Bedeau duement atteint et convaincu d'avoir habité charnellement et contre nature avec une jument, pour réparation desquels cas et crime abominable, ordonnons que ledit Eutrope Bedeau sera pendu et étranglé à une
potence qui sera pour cet effet dressée dans la place de Provins, quoy fait son corps jette dans un feu, où. sera pareillement jette la jument avec laquelle ledit Eutrope Bedeau a commis ledit crime et délit, préalablement étranglée, et ensuite leurs cendres jettées au vent. Déclarons en outre tous et chacun les biens dudit Eutrope Bedeau acquis et confisqués au profit de sa Majesté, sur lesquels sera prélevée la somme de trois livres d'amende envers le dit seigneur Roy, et cinquante livres pour le prix de ladite jument. Lesquels cinquante livres seront remises es mains de Remy Lobliniere, propriétaire de laditte Cavalle. Donné à Provins par nous, Bailly susdit, cejourd'hy jeudy onzième jour de décembre mil six cent trois.
La Cour a mis et met à néant la sentence rendue le jeudy onzième décembre dernier par le Bailly de Provins; met pareillement à néant l'appellation interjette par le substitut du procureur gênerai du Roy, à Provins, au nom d'Eutrope Bedeau ; et faisant droit sur le tout, a déclaré ledit Eutrope Bedeau atteint et convaincu d'avoir habité et connu charnellement une jument; néanmoins, eu égard à son âge, ordonne que ledit Eutrope Bedeau sera mis sous la custode, et renfermé dans l'hôpital de Bicestre deux mois consécutifs, pendant lequel tems il aura le