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PROCES CRIMINEL DE DIDIER LENGARAT

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ AVEC UNE JUMENT 27 octobre 1604.

L'an mil six cent quatre, le mardy treizième jour du mois d'octobre, fut amené et conduit en présence de nous Bailly de Joinville, ' par la brigade dudit Joinville, et les nommez Charles Rozeloy, Thibaud Le Gendre, François Frappin, Gautier Le Sueur et Jean Trompette, exempt et archers de laditte Brigade de Maréchaussée, un quidam accusé et pris présentement, heure de midy, en flagrant délit, en copulation et habitation charnelle et contre nature avec une jument, lesquels Charles Rozeloy, etc., nous auroient assuré qu'ils ont été mandez par plusieurs Bourgeois de cette ville, sur l'heure de Midy, et qu'ayant suivi une servante, appelée la grosse Fanchon, ils etoient venus derrière l'église, rue de Baffroy, où ils avoient trouvé ledit quidam, que lesdits Bourgeois accusoient et assuroient avoir trouvé présentement en copulation charnelle et contre nature avec une jument. Pour raison dequoy ils s'en seroient saisis et nous l'auroient amené.

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Et ledit jour treizième jour d'octobre, nous, Bailly de Joinville, avons interrogé ledit quidam en la manière et forme qui s'ensuit :

Interrogé quel etoit son nom, a repondu qu'il etoit appelle Didier Lengarat.

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il etoit natif de Sancerre, diocèse de Bourges.

Interrogé quelle etoit sa vacation et profession, a repondu qu'il etoit garçon cordonnier, et qu'il travailloit depuis six semaines qu'il etoit arrivé dans cette ville chez le nommé Etienne Taillard, cordonnier.

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit trente sept ans.

Interrogé s'il etoit vray qu'il eut eu copulation et habitation charnelle avec laditte jument, a repondu que non, et que s'etant mis pour lascher de l'eau auprès de laditte Cavalle, plusieurs particuliers etoient accourus, et l'avoient accusé de ce qu'il n'a point pensé.

Interrogé à qui appartient laditte jument, a repondu qu'il ne sçait à qui elle appartient.

Apres lequel interrogatoire ledit Didier Lengarat a été par notre ordre conduit et mené es prisons de cette ville.

Cejourd'huy mercredy quatorzième jour du mois d'octobre, sont comparus en présence de nous Bailly de Joinville, André Dupont, maitre apotiquaire de cette ville, Pierre Thoury, compagnon maréchal, Bastien Languedoc, garçon tanneur, la grosse Fanchon, servante du sieur de Sirevancourt, et Alexandre Dumontelle, serrurier, lesquels, après avoir fait serment de dire et déclarer la pure et entière vérité, ont tous déclaré unanimement que le jour d'hier sur le midy, en passant par la rue de Basfroy, ils avoient apperçu contre les murs de l'église principale de cette ville un quidam accouplé et en copulation charnelle et détestable avec une jument, qu'etans tous approchez de luy ils l'avoient lié et en même tems envoyé la grosse Fanchon, aussy présente, pour chercher les archers, pour se saisir de ce misérable, lequel en se débattant, tandis qu'on etoit allé chercher les archers, avoit donné un coup de pied dans la jambe du nommé Bastien Languedoc, et avoit enlevé la chair vive presqu'à l'os, et que voyant venir les archers, ils leur avoient remis ledit quidam et leur avoient dit le sujet pour lequel ils l'avoient arrêté et lié, lesquels témoins cydessus ayant assuré que leur témoignage etoit entièrement véritable se sont retirez.

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Nous, Jules Henry d'Armanse, conseiller du Roy, Bailly de la Ville et principauté de Joinville, Ecuyer, sieur de la Berthe, Heronges et autres

lieux, sçavoir faisons que , vu la requête à nous

présentée le jour d'hier quinzième de ce mois par Nicolas Rousseau, vigneron, tendante à ce qu'en le procès criminel de Didier Lengarat; et au cas qu'on jugeât à propos de tuer la jument avec laquelle ledit Didier Lengarat a été trouvé en copulation charnelle, il soit retenu et pris sur les biens dudit Lengarat la somme de soixante et dix livres pour le prix de laditte jument, dont luy Nicolas Rousseau est propriétaire ; vu aussi l'aveu et confession faite cejourd'huy par ledit Didier Lengarat, avons déclaré et déclarons le nommé Didier Lengarat, garçon cordonnier, bien et duement convaincu d'avoir été surpris le mardy treizième du présent mois en copulation charnelle avec une jument, pour réparation duquel cas et crime énorme ordonnons qu'il sera pendu et étranglé à une potence qui sera pour cet effet dressée dans la grande place de Joinville ; quoy fait son corps et celuy de la jument, qui sera préalablement étranglée, jettez au feu et le tout consommé les cendres jettées au vent. Ordonnons en outre que tous les biens dudit Didier Len-

garât seront acquis et confisquez au profit de qui il appartiendra, sur lesquels néanmoins sera prélevée la somme de dix livres d'amende appliquable à qui il appartiendra, et celle de soixante et dix livres, laquelle sera remise à Nicolas Rousseau, vigneron, pour le prix et valeur de laditte jument mentionnée au procès, dont il est propriétaire. Donné par nous, Bailly susdit de la ville et principauté de Joinville, le vendredy seizième jour d'octobre mil six cent quatre.

Dans l'arrêt de confirmation, en date du mardy 27 octobre 1604, 1^ Parlement de Paris ordonne que ledit Didier Lengarat sera conduit, la corde au col et tenant au poing une torche de cire jaune du poids de deux livres, devant l'église principale dudit Joinville, et là fera amande honnorable et déclarera que mechament il a souillé et pollué les murs de laditte église auprès desquels il a commis et perpétré son crime détestable ; quoy fait sera pendu et étranglé, etc.

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