QUATRAIN
Votre ouvrage facond descouvre la malice Et venin donne-mort du Médéan sorcier :
Mais par vostre équité et par droit justicier Vous leur faites subir le mérité suplice.
G. Gruz.
Tout cela est parfait, délicat et plein de goût, mais sans analyser l’ouvrage, détachons de la préface cette profession de foi en bonne prose :
LA FOI DEMONIAQUE
Je veux bien que l’on sache que je suis ennemi juré des sorciers et que jamais je ne les épargnerai tant pour leurs abominations exécrables que pour leur nombre infini que l’on en voit surcroître tous les jours...
Je veux bien qu’ils sachent que si les effets correspondaient à ma volonté, la terre serait tantôt répurgée, car je désirerais qu’ils fussent tous unis en un seul corps pour les faire brûler tout à une fois en un seul feu...
Si Boguet n’a pu accomplir son vœu, il a laissé des disciples et des imitateurs.
Les criminalistes le citent avec Nider, Sprenger, Del Rio, Bodin, etc., les promoteurs delà démonologie.
Son nom revient souvent sous la plume de Jacques d’Autun, prédicateur capucin, qui s’annonce comme libéral et progressif. Celuici reconnaît des abus et des erreurs; il veut ouvrir les yeux de la crédulité ignorante ; mais il n’entend pas rompre avec le passé, et veut confondre V incrédulité savante. Il dit, en parlant des magiciens et des sorciers :
Vous voulez que leurs sortilèges soient des chimères, leurs assemblées nocturnes des illusions, et*leurs ma-
léfices des maux imaginaires qui n’affligent que ceux que l’opinion a rendus malades ; vous voulez que ceux que l’on accuse de s’adonner à la magie noire soient des mélancoliques ! Magiciens et sorciers forment une secte trop réelle, dont l’existence est prouvée par l’histoire profane et sacrée, par l’expérience et par la raison (1).
Son principal ouvrage, Vlncrédulité savante et la Crédulité ignorante^ est plein de renseignements curieux. On y a joint une réponse du même auteur à V Apologie de Gabriel Naudé sur les grands personnages qui ont été faussement accusés de magie. De nombreux chapitres sont consacrés à la sorcellerie.
D’Autun expose longuement les motifs pour lesquels il y a beaucoup plus de sorcières que de sorciers : La faiblesse, la curiosité, la sensibilité, toutes les passions de la femme la rendent plus accessible aux entreprises du démon :
(]) Jacques d’Auxux, l'Incrédulité savante et la Crédulité ignorante au sujet des magiciens et des sorciers, Lyon, 1671, in-4°. Discours IV, p. 25 et suiv. Cet ouvrage est dédié à MM. du Parlement de Dijon.
G. HAVARD Fils, éditeur