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Les processions de la Sainte-Larme à Vendôme documents inédits

Tout ce qui peut jeter un nouveau jour sur l'histoire de la célèbre relique de Vendôme, a le don d'attirer Tattention de tous, croyants ou non, érudits ou simples curieux. Pour nous, qui aimons à croire à l'absolue authenticité de la Sainte-Larme (2), nous sommes heureux aujourd'hui d'ajouter une page authentique à l'histoire de son culte, de faire connaître un nouveau bienfait, que Dieu se plut souvent à accorder à notre ville, par son intermédiaire.

(1) Nous ne donnerons dans cette étude que des documents absolument inédits.

(2) Les erreurs matérielles qui se sont glissées dans les écrits des historiens, ne prouvent rien contre la réalité des faits; et, comme dît Mabillon, « une histoire mal faite ne doit pas porter préjudice à la chose, à moins qu'on n'ait des raisons essentielles à y opposer. » L'abbé Thiers, le fameux adversaire de la Sainte -Larme, n'a pas toujours été heureux, même dans ses objections tirées de l'histoire. Il lui semblait impossible que Geoffroy fût allé en Sicile combattre les Sarrazins, qu'il eût rapporté la Sainte-Larme. De nos jours, un historien autorisé pose une conclusion toute contraire, et cela au nom de la vérité historique {Histoire archéologique du Vendômois,TLQ\xy, éd., p. 381),

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Dans les grandes calamités, le peuple chrétien d'aur trefois organisait, guidé par ses pieux magistrats, ces pèlerinages si populaires, ces immenses processions où se suivaient, sous leurs bannières, jusqu'à 50 paroisses d'une même région.

Vendôme, capitale de la province, en était le théâtre, car, dans sa magnifique église de la Trinité, elle conservait depuis plusieurs siècles, une précieuse relique, une Larme versée par Jésus-Christ sur Lazare, une Larme miraculeur^usement conservée, comme tous les autres objets précieux consacrés par Tattouchement du corps du divin Rédempteur. Cette Sainte- Larme, témoignage sensible de la miséricordieuse bonté de Jésus pour les hommes, n'avait pas seulement le don de toucher et de convertir les cœurs, de rendre à Pâme la vue des choses surnaturelles, elle rendait aussi, par son attouchement, la vue aux yeux du corps. Et ce peuple du moyen-âge avait trop le sens religieux, sa foi était trop éclairée, pour croire qu'une suite ininterrompue de nombreux miracles, pendant, sept siècles, n'était pas la preuve la plus péremptoire de la légitimité de son culte, et de l'authenticité de son objet.

Le Pape Jean XXII avait enrichi le culte de la Sainte- Larme de nombreuses indulgences, et nos pères savaient que jamais le Pontife suprême n'accordait cette faveur à un a< te religieux, avant d'être moralement certain de sa légitimité. Et il n'est pas d'exemple qu'un Pape ait jamais encouragé une dévotion fausse dans son objet, et louable seulement à cause de la bonne foi des fidèles abu.^^és.

Après la parole respectée du Souverain -Pontife, après les nombreux miracles dont il était le témoin, le peuple avait encore sous les yeux de nobles exem- -K'y, pies : Nos rois très chrétiens et nos pieuses reines de Franche, nos princes et nos évêques avaient offert leurs vœux à la Sainte-Larme. Saint Arnoul (xr siècle), ce pieux enfant de la ville de Vendôme, l'avait souvent adorée, et saint François-de-Sales en avait entendu de loin toutes les merveilles.

Ses miracles, il les entendait redire souvent du haut l'i

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ëccûixx inébitô be la Ôûintc-Cûrme

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Ces trois sceaux inédits sont extraits du Mss. 5419, fonds latin, de la Bibliothèque nationale, fol. 69 et 71.

Le premier accompagnait une charte d'Hamelin, abbé de la Trinité, datée de 1205. Il était en cire blanche, sur cordons de soie rouge.

Les deux aulres, l'un de l'abbé, et l'autre du couvent, étaient apposés sur une charte du mois de mai^s 1^266, donnée par Réginald ou Regnauld de Villedieu, abbé de la Trinité, pour la fondation de son anniversaire. Ces sceaux étaient donc d'un usage fréquent.

Les Archives départementales de Loir-et-Gher possèdent une copie collationnée sur parchemin, de cette charte, avec reproduction exacte des deux sceaux, par les soins de R. P. D. Hugues Lanthenaz, seeré-

de la chaire ; il en lisait avec joie le récit dans les livres. C'était en 1180 ; Jean, fils de Jean Legros, recouvrait la vue ; son père plein de reconnaissance se désistait aussitôt de ses prétentions sur les terres de Tabbaye.

La piété de Bouchard, en 1195, allumait pour toujours une lampe devant la Sainte-Larme, en mémoire de son frère Lancelin, ensépulturé non loin de là, en la chapelle de la Madeleine.

Les illustres abbés de la Trinité ne croyaient pas pouvoir donner une autorité plus grande à leurs actes solennels, à leurs contrats, qu'en y apposant pieusement Tempreinte, le sceau de la Sainte-Larme ; ainsi agissaient Tabbé Hamelin en 1207 (1) et en 1214 (2), Tabbé Robert en 1239 (3), et l'abbé Jean en 1328 (4) et

(1) Cf. Lettre d'un Bénédictin (Mabillon) à Mgr rÉvêque de Blois, Mémoires, p. 59.

(2) • Inter cartas de Perigny qui est prioratus unitus sacristiae S. Launomarj reperitur Hamelinj abb. Vindoeinensis et Garinj Vindocinensis carta testis concordiae factse inter priorem et gaufredum trouserium de rupibus de quadam censiua ubj sigilla eorum pendent abbatis quidem in quo ex vna parte sedet abbas mytratus cum baculo et casula ex altéra sigillum Sanctœ Lacrimœ vbi super mensam representatur exigua ampulla. In altero reprt^sentatur monachus sed a pectore sursum confractus. Et datum est anno 1214. (Gf. "Cartulaire de Saint-Laumer, vol. I, p. 29. Arch. départ, série H).

(3) Robertus abbas Vindoeinensis et conventus ia quadam littera emptionis domus a Matheo Laneelinj apud balgenciacum et 2 arpennorum pratj in valle balgenc. data anno 1239, 9 maij sigilla sua apposuere, in vno est ex vna parte abbas mytratus cum casula et baculo et inscriptio circumposita licet partim excesa, lamen legitur ex parte sigill.... abb.. cinensis (sigillum abbatis Vindoeinensis), ex altéra ampulla apparet supra mensulam et hinc inde candelabra et inscriptio in cireuitu : Sigillum S. Lacrymœ, in altero sigillo ex vna parte eadem est inscriptio ex altéra saluator sedens et in manu sinistra tenens ampuUam. In sigillo cartae cujusdam Johaunis abbatis an. 1341 representatur scilicet saluator sedens cum ampulla.

(4) In archivis maioris monasterii est concordia inter Vindoc. monachos et marmont. pro pressura vindemiae apud clausum de cheza quse a Johanne abb. Vindocin. an. 1328 post festum Nativitatis S. Joannis Babtistœ data vbj appendent duo sigilla, unum abbatis iohannis vbi ex vna parte representatur a c^ngulo sursum saluator nudus nisi quod ab humero sinistro in pectus et latus dextrum pannus dependet et manus illius elevatas dextram in modum benedicentis et in leua exiguam ampullam tenet, subtus miles et abbas genuflexus indutus pontifical iter, vtrinque duo minora scuta.

' Nota. Ces trois documents sont extraits du Mss. 13820 de la Bibliothèque nationale, fol. 293 et 346 v».

Jfcj-

1341. Le musée de Vendôme conserve encore aujourd'hui un des sceaux destinés à cet usage, revêtu de tous les caractères du xv* siècle (1).

De nombreuses donations attestaient à la fois et les faveurs rnultiples obtenues et la reconnaissance des privilégiés. .

Vers 1275, Alix Rembaude, Geoffroy son fils et Théophanie Ragundele se donnaient avec tous leurs biens à la très-glorieuse Larme du Clirist.

En 1282, Barthélémy l'Anglois et sa femme donnaient un moulin à la très-glorieuse Larme.

Enfin Jean Pépin et sa femme Jehanne Forest, imitaient cet exemple en 1322 (2).

Les nombreux pèlerins voulaient au moins déposer une obole comme offrande, pour témoigner à Dieu leur gratitude. Un tronc avait été placé dans ce but près du monument. L'aumône du pauvre formait bientôt un riche trésor, qui ne fut pas sans tenter Tavidité des malfaiteurs. Deux complices brisaient ce tronc en 1412 et portaient une main sacrilège sur ce dépôt sacré (3).

Ce sacrilège, puni par Texcommunication, n'était pas de nature à ralentir la générosité populaire. Mais un prodige plus célèbre vint donner un nouvel élanéLla piété générale.

Un prince de Vendôme, cher à tousses sujets, Louis de Bourbon, prisonnier des Anglais depuis 1415, fit vœu à la Sainte-Larme, et il obtint sa liberté en 1428. En mémoire de cet insigne bienfait, il voulut que chaque année on fît grâce à un prisonnier. La cérémonie du Lazare attirait une foule considérable et le pèlerinage eut alors ime renommée européenne.

(1) Bulletin de la Société archéolog,, 1873, p. 196.

(2) Nous publions les chartes latines de ces trois donations dans le bulletin de la Société des archives historiques de la Saintonge et de VAiinis. (Sous presse.)

(3) Petrus de Perusia, abb/ S. Trinit. de Vindoc. an. 1413, fert sententiam et déclarât excommunicatos duos ex suis monachis camerariumet hortulanum qui gazophilacium, dicunttruncum, antesanctam Lacryman positum, fregerunt an 1412. (Mss. 1382C 1. c. fol. 318.)

Processus fratrum Ynonis et Symonis qui fregerant truncum Sanctae, Lacrimse. (Inventaire des Chartes de la Trinité, à la Bibl. de Vendôme,

fol. LXXV, Y».)

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Louis XI en eut connaissance, et en considération de « plusieurs beaux et grands miracles qui y ont été « faits d'ancienneté et se font de jour en jour », il donna à la Sainte-Larme une lampe d'argent du poids de 13 marcs 3 onces 1/2 (1476).

Ses successeurs Charles VIII (1483), Louis XII (1498) et François I" (1515) rendirent le même témoignage et dans les mêmes termes.

Une reine de France, enceinte, attendait sa délivrance dans le château de Blois ; elle voulut vénérer la précieuse relique et se la fit apporter.

L'évêque de Chartres, Louis Gaillard, vint spécialement à Vendôme faire ses dévotions à la Sainte-Larme.

Pendant les troubles des guerres religieuses, Charles cardinal de Bourbon, abbé de Vendôme, s'empressa de la transporter à Chelles pour l'arracher à la rapacité de Jeanne d'Albret (1562). Avant de la réintégrer dans son sanctuaire, Louis de la Chambre la présenta aux princes de la famille royale ; et « au très-grand contentement de tous les bons catholiques, leurs majestez ont, avec un grand zèle, adoré ledit saint et prétieux reliquaire, avec dévotion incroyable, et à la confusion des hérétiques, confirmation et consolation des bons catholiques, et admiration des étrangers, chose qui s'est offerte en tems propre et commode pour la Légation des Polonois, dont les principaulx palatins ont encore voulu participer à la veue et "adoration dudit S. Reliquaire » (1574).

Cette réintégration solennelle fut une véritable résurrection du culte populaire de la Sainte-Larme. D'ailleurs des notices succinctes en faisaient connaître l'histoire et les principaux miracles. L'une était imprimée à Blois, en 1641 ; une autre rédigée avec plus de soin, était l'œuvre d'un religieux de la Trinité, de dom Germain Millet ou peut-être de dom Claude Martin (1). « Non seulement, dit un religieux bénédictin, tout ce qui est porté en iceluy est considérable, mais encore les continuels miracles qui se font en faveur des

(1) « De J. C. 1656, de la fondation 646, de la réforme 36. L'on a fait imprimer un petit livret de la Sainte-Larme gardée dans ce mo-

pèlerins qui sont en si grand nombre, que cela ne i^e peut expliquer et le concours des peuples est si grand, quoy que TEglise soit spacieuse, qu'elle ne les peut a certains iours contenir ».

Ce livret contenait en effet le récit de 5 miracles ; une vieille rime françoise redisait la guérison d'une fille de Blois, et les religieux s'empressaient d'exhumer de leur chartrier, les vieux récits, écrits sur parchemins, pour les montreraux curieux et aux érudits (1).

De nos jours, l'on vient de publier dix procèsverbaux légalement dressés par les représentants de la justice civile, sur des miracles inconte^s 1700- 1703 (2). Enfin l'inventaire des titres des bénédictins dressé en 1790 ne compte pas moins de 60 procèsverbaux de miracles opérés par la Sainte-Larme (3).

Des savants venaient pour examiner de plus près cette célèbre relique, et la confiante simplicité des religieux allait jusqu'à leur remettre entre les mains le précieux joyau. Il était urgent de faire cesser cet abus, dont les suites pouvaient être funestes. Dans sa visite en 1641, Dom Gabriel Theroude, visiteur général de la congrégation de Saint-Maur, défendit expressément, sous les peines les plus graves, de sortir le petit vase de son reliquaire d'or, et de le remettre entre des mains

riastère que le R. P. D. Claude Martin ou D. Germain Milet auoit composé étant sous prieur céans ».

Alias : « L'histoire (de la Sainte-Larme) est écrite tout au long par Dom Germain Millet qui a composé de la Sainte-Larme ».

C'est évidemment celui qui fut approuvé cannniqnement à Chartres, le 14 juin 1656, par Le Féron, abbé de Saint-Laumer et vicaire général de rÉvêque de Chartres, et que M. de Rochambeau croyait n'avoir été imprimé qu'en 1665. — Cf. Bulletin 1879, p. 268.

(1) « Je laisse aux voiageurs curieux la recherche de quantités d'autres miracles arrivés dans ladite Eglise en faveur de la Sainte- Larme de N. S. J. G. depuis tant de siècles, dans les registres du Trésor des R. Bénédictins religieux de lad. Abbaye, qui les ont recueillis avec un grand soin et qui ne refuseront pas cette satisfaction à leur curiosité, s'ils en étoient requis ». {Hist, de la Sainte- Larme.)

(2) Bulletin de la Société archéol. du Vendômois, 1880, p. 110.

(3) « Une liasse de 35 pièces, contenant les procès-verbaux des miracles de la Sainte-Larme ».

« Une liasse de 24 pièces qui sont les procès -ver h aux d*autres miracles opérés par la Sainte-Larme ». (Gf. L'Eglise et l'Abbaye de la Trinité de Vend, s. la Rév., p. 22.)

Goo

■j profanes, sans une permission expresse du P. Prieur,

qui ne devait raccorder que dans le cas d'absolue nécessité, et avec le consentement préalable de son i conseil (1).

! Le peuple était plus simple, et savait manifester sa

î foi d'une façon touchante. Ne pouvant offrir de riches

I dons, il présentait à la Sainte-Larme « chandelles en

cire, barillez, bibelots et aultres veuz en cire », qu'il pouvait se procurer facilement, à la porte voûtée du monastère, où ils étaient mis en vente sur des étaux, dressés depuis « la grande bourne, vulgairement appelée la pierre, en tirant depuis icelle jusques vers réglise » de la dite abbaye. Puis avant de partir, il achetait des médailles d'argent, de cuivre ou de plomb. L'on conserve encore dans nos musées, les moules de

[ (1) Anno Domini millesimo sexentesimo quadragesimo primo, die

décima menais septembris, Nos fraler Gabriel Theroude humilis

! visitator congregationis sancti Benedicti alias Gluniacensis et sancti

I Mauri in provincia Normanniœ, assistente nobis socio et secretario

nostro dno Philippo Dey ad visitandum monasterium SS. Trinitatis

Vindocinensis accessimus. In que vocatis ad campanae pulsum, vt

I moris est, P. Priore caeterisque monachis, praemissa brevi exhortatione,

nostrum visitationis officium declarauimus. Tum sacro sancti Eucha-

ristiae sacramenti, nec non reliquiarum, eorum omnium quae ad

, divinum cultum pertinent visitatione facta, examinatisque in secreto

[ de observantia regulari iisdem P. Priore ac monachis professis.

Inhibendum duximus quo sanctissima et adoranda Ghristi Lachryma reuerentius et maiori cum honore pertractetur. Ne quis sacrum ipsius yasculum ab aureo quo super tegitur integumento distrahere aut nudum cuiquam in posterum exhibere praesumat sine expressa P. Prioris licentia quam non nisi rarissime et in casu ineuitabilis nécessitai! s concédât, idque nisi res vrgeat, cum seniorum suorum consilio. — Qui secus faxit, seuerissime puniatur. Et vt decretum hoc nostrum neminem prœtereat, statuimus vt transcriptum ipsuis interiori ostio sacrarij in quo SS. Lacryma reponi solet adligatur. In quorum fidem et robur presentem actum visitationis nostrae a nobis pâtre priore, senioribus et scriba capituli praedicti monasterij obsiguatum per eumdem socium et secretarium nostrum fieri et subsignari iussimus. Datum in praefato monasterio Vindocinensi die décima quinta mensis septembris anno prœfato.

Fr. Gabriel Theroude.

Fr. Pau lus de Riverj prior.

Fr. Gourtin.

Fr. Ph. Dey secret.

(Actes des Visites, conservés à la Biblioth. dç Vendôme.)

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ces gentils et gracieux barillets, dans lesquels le3 pèlerins remportaient chez eux le saint vinaige^ mélange d'eau et de vin, mis en contact avec la sainte relique et bénit par le prêtre, destiné sans doute à laveries yeux malades dont on voulait obtenir la guérison (1).

Le droit exclusif des religieux de vendre à rentrée du monastère, « le sainctvinaige delà Saincte-Larme, barrillez, chandelles de cire, ymaiges et binbelotz, et aultres veuz en cire », fut reconnu solennellement par le comte de Vendôme en 1454.

« Lectre d'accord fait entre Monseigneur le comte de Vendôme et les religieux abbés et couvent dudit

lieu par lequel est dit aussi que lesdits religieux ne

estaleront durant la foire de la Trinité que en leurs

estaux et seullement chandelle, barrillez et bibelots

Donné Tan mil cccc 1 iiij » (2). D'ailleurs ce droit s'exerçait depuis l'origine, et l'an 1222, ce bénéfice avait été concédé à l'office d'infirmier par acte capitulaire : « Chartre etc lesd. abbé et couvent donnèrent aud. office de enfermier les quatre mestiers ou estaulx qui sont soubz la porte voultée, pour faire led. anniversaire (de Geoff'roy, fils de Jean et Richildis, comtesse de Vendosme), à la charge que le dit enfermier seroit tenu faire faire icelui anniversaire, come celuy de Richildis, sa mère, et aussi pour l'augmentation de la pictance du couvent, le jour monsieur sainct Jullian, evesque du Mans (donner de la chair aux frères malades, et aux sains poisson au réfectouer solempnellement), ils bailleront xxv s.tz. Ladite lettre passée l'an de grâce mil deux cent xxij, signé au dos » (3).

Ce privilège était vu d'un œil jaloux par les commerçants vendômois, qui s'eff'orcèrent souvent de le violer. Ce fut l'origine d'un procès qui dut être plaidé devant

(1) Voir, dans le Bulletin de la Société archéol, du Vendômois, les gravures de ces médailles, sachets, etc., année 1873 ; on, mieux encore, visiter le musée de Vendôme, qui en possède plusieurs exemplaires.

(2) Inventaire des Chartes de la Trinité, à la Bihl. de Vend., fol. xxiij, v.

(3) Invent. fol. IX»» xvii.

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zedbyGoOglÇ

messieurs des Requestes au Palais de Paris, en 1489.

« Sentence donnée par messieurs des Requestes du Roy, messieurs ou palais de Paris, le xxiij*. jour de janvier. Tan mil iiij^* iiij" et neuf et signée de Gueteiiille, faisant mention coment les religieux abbé et couvent de Tabbaye de Vendosme, à cause de Tofflce d'enfermier, prindrent complaincte contre Bernard Roger, sous ce que led. Bernard auoit estably sur ses fenestres de son ouvrouer depuis la bourne, autrement dicte la pierre, qui est assist au pavé de la rue, entre la maison dud. Bernard et la maison de Jehan Hameau, en tirant de lad. bourne vers Téglise de lad. abbaye, chandelles de cire, barullets et autres veuz de cire, et est conclud que lesd. religieux conservent maintenue et gardes. A laquelle maintenue fut donné opposition par led. Bernard Roger à certain jour. Adionc auquel jour ne autre vint led. Roger, ne autre, ne est comparu ne autre, pour luy, et a esté contumace et débouté de sa dite opposition et la main levée des choses pertinentes au proffit desd. religieux et condempné es despens led. Roger envers iceulx religieux. Signé au dos. » {Ibid.)

Pour éviter de nouvelles contestations, les religieux firent dresser « Rellalion de l'exécution de lad. sentence, à icelle attachée, dattée du xxv" jour de may Tan mil iiij'^' iiij" dix (1490), faisant mention coment EstienneByuenays (?) officier royal, mist icelle sentence à exécution contre led. Bernard Roger. Signé au dos. »

Mais ce dernier ne se tint pas pour battu et a quelques années de là, en 1500, il étalait de nouveau sans vergogne ; nouveau procès, et « complaincte en papier (que) Paineure (?) a faict pour les Religieux abbé et couuent de l'abbaye de la Sainte Trinité de Vendosme, contre Bernard Roger, touchant vn estai que led.. Roger auoit leué et érigé sur le paué, attache à gonds et verteuelles, aux fenêtres ou ouurouers de sa maison, depuis la bourne vulgairement appelée la pierre, en tirant depuis icelle vers l'église de lad. abbaye. Signé. »

Le s^'Roget'tint ferme, il fallut donc prendre :

« Appoinctement sur lad. complainte passé en la

^Tic

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court de Vendosme par E. Brossier, le xi' jour de may

Tan mil cinq cens, faisant mention cornent au moien

de lad. complaincte procès s'estoit meu nar dauant

messieurs des requestes du i

palais à Paris entre les relligi^

la S** Trinité de Vendosme, d(

et Bernard Roger, défendeur,

que led. Bernard Roger auoit 1

ung estai attaché a sesfenestr(

et uerteuelles, assis et situés en

ment appelée la pierre, assise

la maison dud. Bernard et la

meau, sur lequel auoit estallé

ruUets et autres veuz de cire

prinse complaincte par lesd

Roger. Et pour eulter procès

lesd. parties que led. estai s

mais pourra faire led. Bernard

sur led. paué joingnant sesd.

cheuilles de bois, attaché as

quelles fenestres, ouuroueret

tirant vers lad. église ne po

*de cire, baruUez ne autre v

dos. »

C'est qu'en effet il y allait c gieux qui ne pouvant tenir i ravaient donné à ferme en 14!

dabtédu xiiij^jour de may Tar et passé par J. Garnier, faisai Pierre Bouchetel enfermier d€ bailla à ferme les estaulx a 0) somme de xir livres x sols tou

Un autre marché avait été « par frère Philippe Thiery, lesd. estaulx a Jehan Thouai ducT. jour jusques à neuf ans cun an la somme de cinquant

L'augmentation était cons d'autres marchés de ce genr Société archéoL du Vendômoû

De 1574 à 1666, le prix de l0(

ment. Privés de la Sainte Relique pendant quelques années, à cause des troubles des protestants, les pèlerins étaient revenus, plus nombreux que jamais, après sa réintégration (1574).

Si arides qu'ils soient, il était utile de mettre les documents précités sous les yeux du lecteur, afin de bien établir le côté populaire du culte de la Sainte- Larme, et de suivre pas à pas, de 1222 à 1670, et même jusqu'à la , Révolution, les développements de cette touchante dévotion.

. Mais c'était surtout dans les grandes calamités publiques que la confiance en la Saint-Larme se manifestait avec enthousiasme, et rarement elle restait sans récompense.

Il semblait, en effet, tout naturel de recourir à la Sainte-Larme pour obtenir, par une pluie féconde^ la fin de ces grandes sécheresses qui mettaient en péril tous les biens de la terre. Le peuple alors forçait ses représentants à faire toutes les démarches pour obtenir une procession générale^ où la Sainte-Larme était portée solennellement par toutes les rues de la ville.

« Une autre merueille de cette saincte relique, écrit un religieux, dont il n'est fait mention dans ce livret (Histoire véritable de la Sainte-Larme, etc.), c'est Içi coustume du pays, d'auoir recours aux religieux pour les supplier en temps de sécheresse et lorsqu'il n'y a point d'apparence d'eau, de porter cette relique et cela se fait ainsy :

a Monsieur le Baillif du Vendosmois accompagné de monsieur le procureur fiscal et des magistrats de la ville, uiennent trouuer le Reuerend Père Prieur de leur part, et des clameurs du peuple de la ville et de la campagne, de quoy ayant conféré auec les religieux, cette grâce leur est facilement accordée, puis les susdits après estre conuenus du iour, disposent toutes choses nécessaires à la cérémonie.

« C'est assauoir premièrement d'envoyer des billets à tous messieurs les Curés, cinq ou six lieues autour, qu'ils auertissent leurs peuples, du iour auquel cette solennité se doit faire, ne manquant d'apporter auec

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eux chascun une chappe, puis le iour venu, Ton ordonne à tous les habitants portans armes de se trouuer à la procession, les portes de la ville fermées, et les rues tendues comme au iour du Sainct Sacrement, auec quantité d'autres belles cérémonies que Ton observe en cette occasion (1). »

Le fameux abbé Thiers ne fut pas sans se scandaliser, de son temps, de cet éclat extérieur. « D*où vient que quand ils portent la Sainte-Larme en procession hors de leur monastère et dans la ville de Vendôme, ce qui arrive dans le temps des nécessités publiques, toutes les rues par où elle passe sont tendues de toiles et de tapisseries ? »

Dans son ardeur à chercher dans ces hommages publics « un culte démesuré et excessif», il écoutait complaisamment toutes les exagérations des récits populaires : « Quelques personnes de croyance m'ont assuré, dit-il, comme en ayant été témoins oculaires, qu'ils faisoient autrefois pis que cela; que le jour de la Fête-Dieu à la procession, deux moines en parallèle et a coté Tun de l'autre, reuetus d'habits sacerdotaux, portoient sous un dais magnifique, l'un le Saint Sacrement, et l'autre la Larme; et que deux moines en habits de diacres, marchant devant le dais, encen •

(1) Note manuscrite d'un religieux delà Congrégation de Saint-Maur. — Voici d'ailleurs une autre description latine insérée dans une Histoire manuscrite de la Trinité du Monasticon-Gallicanum de Dom Michel Germain : « Processio S. Lacrymse. — Nec omittendum quod in magna aeris siccitate, cum Dominus Bailli vus Vindocinensis nobilioribus ciuibus ipsum comitantibus, supplicationis in qua deferatur hœc SS. Domini Lacrima, impetrandœ pluuiœ causa, ad monasterium venerit P. Prior congregato capitulo, matura.deliberatione perpendit "vtrum magistratuum petitioni annuere eKpediat ; quod si judicauerit annuendum tam suo quam totius Ecclesise Vindocinensis nomine de portanda in solemni omnium ordinum processione SS. Lacryma emittit votum ; cujus exsoluendi statuta die convocantur clerus vrbis et omnes parochi Ducatus qui supplicationi assistant. Tenetur etiam adesse castrensium prsefectorum capitalis tribunus cum sua cohorte in armis et chlamydibus militaribus. Portse ciuitatis debent occludi, et ciues per compita armari in defensionem et conseruationem tam pretiosse reliquse, quœ sic honorata congruentem semper maxime annis 1644, 1651 et 1672 ipsa die supplicationis prœter spem dédit pluviam. »

soient alternativement l'un le Saint Sacrement et Tautre la Larme. J'envoyai un exprès à la Fête-Dieu dernière pour scavoir au vrai, s'ils faisoient encore la même chose; mais il m'a rapporté que non, qu'ils n'avoient porté ce jour la en procession que le Saint Sacrement et qu'ils avoient renjis la Larme dans son armoire ordinaire avant la procession (1). »

Voyant son espionnage vain et son espoir déçu, il finit par cette parole pleine de fiel : « S'ils ont été autrefois dans cette pratique, il y a appai*ence qu'ils l'ont abjurée (2). »

Nous donnons plus loin un récit qui nous montre pris sur le fait le culte que nos religieux rendaient à la Sainte-Larme ; mais profitons de l'occasion pour féliciter nos anciens moines d'avoir établi les premiers à Vendôme, la procession de la Fête-Dieu, en 1383 (3).

(1) Dom Martèue (De antiquis monachorum ritibus, lib. III, cap, XXV, n« 7) nous donne plusieurs exemples de faits semblables. A Saint- Denis, à coté de l'abbé portant le Saint-Sacrement, marchaient le prieur et le sous-prieur portant l'un le Clou de N. S., et* l'autre la Sainte Couronne: « Corpus Domini ab abbate... cum honore et reverentia deferatur ; assistentibus hinc et inde priore et subpriore qui déférant clavum Domini et coronam. » — A Corbie, toutes les reliques accompagnaient la Sainte Hostie: « Corpora sanetorum... quae portantur in die Ascensionis Domini ad processionem, portantur similiter in ista processione (SS. corporis Christi) et cum prœdictis portatur corpus Domini consecratum. »

(2) Thiers, Dissertation sur la Sainte-Larme, 1751, p. 277-280.

(3) La Fête-Dieu, établie par Urbain IV en 1262, ne fut pas célébrée tout d'abord d'une façon générale. D'après dom Martène (1. c), les premiers qui la célébrèrent en France, furent Tordre deGrandmont et les Chartreux vers 1368; Saint-Denis, vers 1400; Corbie, en 1411. Si l'on s'en rapporte aux documents écrits, la Trinité de Vendôme viendrait donc en troisième lieu (1383). Voici le document extrait de l'inventaire des Chartes de la Trinité, conservé à la Bibliothèque de Vendôme, qui donne à notre abbaye cette place honorable (fol. iiij" j) :

« Littera autentiqua Abbatis et conventus vindoc. per quam ordinant anniuersarium Dni Guillelmi de Plessiaco tune abbatis, vna cum processione ante maiestatem et crucifixum diebus sabbatj cum R" defunctorum proipso abbate et predecessorum, nec non et sollepnitatem octave sanctse Trinitatis et festi eucharistiœ ad onus. . . et ad supportanda onera dat idem abbas, etc. . . m» ccc» iiij" iij. »

De plus, le Missel manuscrit 17', de la Bibliothèque de Vendôme, rédigé par les soins de l'abbé Regnault (1243-1266), contient, du feuillet 45 au feuillet 73, plusieurs offices ; en premier lieu celui du Très Saint Sacre-

Digiti

La première mention de ces processions générales en l'honneur de la Sainte-Larme, que nous ayons trouvée, remonte à Tannée 1540. Elle nous est fournie par le livre des recettes et dépenses de la fabrique de Choue, près Mondoubleau (1). On y lit en effet à cette date, au chapitre des Mises : « Pour la despence des . vicaires qui ont mené la procession à la Trinité de Vandosme viii sols vi deniers tournois. »

Une procession ainsi organisée ne devait pas être particulière à Choue, mais bien plutôt commune à. toute la province et dans un but d'utilité publique.

Un mémoire manuscrit de Tabbaye de la Trinité que nous nous réservons de publier bientôt, nous donne de précieuses indications.

A Tannée : De J. Çh. 1644, de la Fondation 634, de la Réforme 24, on lit :

« Le.R. P. Visiteur D. Grégoire Vertamont portât la Sainte-Larme solennellement en procession à la requeste de la ville pour obtenir de la pluye. »

Plus loin nous lisons encore à Tannée 1651 : « Les écheuins et la justice de Vendosme étant uenu prier que Ton portât la Sainte- Larme en procession pour obtenir de la pluye, elle fut faite si solennellement qu'il ne se peut rien de plus, et tout ensemble si heureusement, que la pluye suiuit contre l'espérance et l'opinion non seulement des religieux et autres séculiers, mais même des hérétiques, Tun desquels dit haultement que s'il tomboit de la pluye de trois iours, il iroit à la messe. La pluye ne tardât pas à uenir, mais Thérétique n'exécuta pas sa parole, pour autant. »

Cette même année a\ait commencé par une grande inondation, survenue au mois de janvier.

ment. L'écriture et le parchemin, plus épaix, sont postérieurs au reste du Mss. et portent tous les caractères de la fin du xiv« siècle. Leur insertion doit correspondre à l'établissement de la solennité.

(1) La Sainte -Larme était encore en grande dévotioa dans le Perche, au siècle suivant, et une femme de Choue, Julienne Madère, recouvrait miraculeusement la vue en 1679. Pierre Menand obtenait la même faveur en 1702, (Cf. Bulletin de la Société àrch. du Vendômois 1880, p. 110 à 120.)

/GoO:

Nouvelle procession an 1667: « Le 19^ juin, 3* dimanche après la Pentecôte, iour consacré à Thonneur et feste des SS. Reliques de ce monastère, la S. Larme Tut sol^nnelleiiient portée en procession à la requête des écjheuins, etc. pour obtenir de la pluye. »

Malheureusement notre manuscrit finit en 1669; nousdevons recourir à d'autres sources pour continuer nos recherches.

Un manuscrit de la Bibliothèque nationale nous servira'd'abord : « Cette présente année 1672, y est-il écrit, il s*y trouua (à la procession de la Sainte-Larme) jusques à soixante-dix ou douze curés auec leurs croix et un monde inflny de peuples, de six ou sept lieues autoyr, et ce qui fut merueilleux, n'ayant quasi pas tombé de pluye depuis deux ans, le iour niesme, quoy qu'il nepleustpas, le uent sensiblement changea et se tourna de telle sorte, que le lendemain la pluye commencea peu à peu, qu'elle sufflst non-seulement pour arroser les terres, mais encore à donner de l'eau auec telle abondance, que les riuières, estangs, puits auec les mares des champs, se trouuérent remplis, avec un soulagement, tant pour les uillesque pour la campagne, qu'il ne se peut exprimer, et de mémoire d'hommes, il ne s'est point veu qu'on ayt imploré l'assistance du Ciel, en portant cette relique, que Dieu n'ayt exaucé les prières. »

Nous avons pu constater la véracité de l'historien, dans les comptes de fabrique d'une petite paroisse du bas-Vendômois, Saint-Rimay. Le chapitre des mises porte : « Payé pour la despance de la procession de la Sainte-Trinité à Vandosme tant pour le sieur prieur que à son chantre 30 sols, de l'année 1672. »

Nous puiserons maintenant dans les registres de la municipalité de Vendôme.

Dans l'intervalle une grande tempête s'était élevée menaçant d'engloutir à tout jamais la Sainte-Larme et son culte. Du moins telle était l'intention de celui qui l'avait soulevée, comme il a eu le courage de l'écrire lui-même dans un pamphlet, afin que nul n'en ignore dans la suite des âges.

« Ma paroisse, dit-il, n'est éloignée que de huit

lieues de Vendôme. Je la voyois presque déserte {inde irœ) certains jours jours de Tannée et particulièrement le vendredi de devant le dimanche de la Passion, vulgairement appelé le vendredi du Lazare, le dimanche de la Trinité et les dimanches suivans, jusqu'à la Nativité de saint Jean-Baptiste ; parce que la plupart de mes paroissiens s'en alloient ces jours-là à Vendôme à Madame Sainte-Larme, ainsi que les bonnes gens parlent daçs la province. Cela me donna lieu d'approfondir cettç relique si accréditée..:. Voilà naturellement ce qui m'a engagé à écrire ma dissertation (1). »

D'après lui, la Sainte-Larme n'avait jamais existé ; les miracles qu'on lui attribuait étaient des fables, « des monstres de miracles »; les religieux bénédictins des fourbes, des imposteurs, etc., et l'Evêque de Blois devait, sous peine de faillir à son devoir; interdire sans retard le culte de cette relique.

Le docte Mabillon, sans s'arrêter aux objections tirées de l'histoire, n'eut pas de peine à démontrer la bonne foi des religieux, la légitimité du culte de la Sainte-Larme, et l'évèque, mis en demeure, laissa les religieux et le peuple vénérer paisiblement la précieuse relique. Après une attaque aussi véhémente, le silence de l'évèque équivalait à une approbation catégorique.

Les juges postérieurs de cette querelle voudraient donner les palmes de la victoire au premier, et n'ont que des regards de compassion pour le savant bénédictin. Pour nous, nous sommes loin de trouver l'abbé Thiers si fort et Mabillon si faible. Nous le répétons, les objections de l'abbé Thiers tombent devant la critique sérieuse des documents historiques (2), ses railleries sont émoussées et il est facile de voir que

(2) L'éditeur récent de VHistoire archéologique du Vendômois, a publié une dissertation, qui renverse facilement cette partie réputée inexpugnable de la dissertation de l'abbé Thiers. Après cela, tout le reste croule de soi-même. — Voir aussi la note historique et critique sur la Saiute-Larme, par l'abbé de Préville (Blois, 1878), qui fait facilement justice de la partie doctrinale de la môme dissertation.

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Tamour de la vérité n'a pas seul dicté ses pages. « La foi des fidèles envers la Sainte-Larme, nous dit-on, fut fortement ébranlée », et après une pareille affirmation, on se plaint naïvement de n'avoir pas de documentsécrits pour nous convaincre de cette décadence. En vérité, où donc est la bonne foi ? Est-ce ainsi que Ton écrit Thistoire ?

Consolez-vous, cher confrère. Déjà vous auriez pu lire les procès- verbaux de miracles opérés depuis le scandale de Tabbé Thiers (1)^ vous convaincre que la cérémonie du Lazare, qui rendait déserte les églises de tout le Vendômois, se célébrait toujours avec la même solennité, et sans interruption de 1681 à 1788 (2). Nous avons le bonheur de mettre sous vos yeux d'autres documents officiels, qui vous montreront que la foi du peuple, pas plus que celle de Févèque, n'avait été un seul instant troublée, par les moqueries acerbes du trop célèbre critique.

« Le contre-coup de cette controverse, disait-on, devait se faire sentir dans les baux de la nature de ceux qui nous ont occupé, et l'on regrettait surtout de n'en pas avoir pour le siècle dernier (3). »

Or, le 5 novembre 1700, au moment même où la fameuse dissertation de Thiers, parue le 1®' avril 1699, à laquelle Mabillon avait à peine eu le temps de répondre par sa lettre à l'Es^êque de Blois (1700), devait produire à Vendôme son plus funeste efîet, et un terrible scandale, les rjeligieux passaient un nouveau bail, dans des conditions plus favorables que jamais.

En effet, Dom Jean-Baptiste-Pierre Guyon, prieur de la Trinité, louait pour neuf ans « à Pierre Goron, marchand et maître orpheuvre, quatre boutiques qui sont soubz la porte voultée, ainsi qu'avoient fait Michel Goron et Simon Goron, père dud. preneur, et dont sa veuve a jouy jusqu'au jour de Toussaint dernier; et le droit de distribuer le saint vinage de la Sainte-Larme en .barils et barillets, au dedans desd.

(1) Ballet, de la Société archéolog., 1880, p. 96.

(2) Ihid., 1883, p. 110.

(3) Ihid., 1885, p. 134.

Digiti

boutiques et dans la court de la dite abbaye, sur le pavé jusqu'à la pierre appellée bourne ou franchise^ où led. preneur pourra mettre et étaler images et

bimbelots, selon et ainsi qu'il est accoutumé Ce

bail fait pour en payer la somme de 60 livres de ferme

par chacun an à charge d'entretenir lesd. quatre

boutiques de menues réparations Et sera tenu led.

preneur de tendre ou faire étendre linge blanc et autres choses honnestes devant lesd. boutiques aux jours de feste Dieu, et autres jours qu'il conviendra tendre sera tenu et obligé de peser et visiter l'argent que lesd. révérends pères recevi'ont, affin qu'ils n'en reçoivent que de poids et bonne aloy, ensemble de nettoyer les lampes et encensoirs d'argent deux différentes fois l'année, sans en pouvoir demander aucune rétribution (1). »

Si à toutes ces charges, qui n'étaient pas imposées par les actes antérieurs (2)^ l'on ajoute que le preneur ne jouissait plus de la grande et belle maison, dite case barbiere (aujourd'hui maison de l'œuvre des catéchismes), ni du droit de vendre les cierges, cédé à un autre, il devient évident que ce bail n'était pas moins élevé que ceux de 1574 (120 livres) et de 1631 (80 livres).

D'ailleurs les documents publics abondent désormais.

« Le lundy 29* jour de may 1702, le conseil particulier de la maison de ville (de Vendôme), assemblée en l'hôtel d'icelle, une heure de relevée, sur ce qui a été démonstré par plusieurs notables habitants de la dicte ville et communauté, que les excessives chaleurs qui, depuis longtemps, affligent et incommodent et empeschent l'accroissement des fruits de la terre, continuant de plus en plus, et ne paraissant pas de disposition à la plye, donnent heu de craindre que les biens de la terre ne dépérissent, et qu'il n'en vienne une grande stérélité, auroyent les dits habitants requis, qu'au nom d'iceux nous ayyons à implorer lôs secours

(1) Arch. départ., série E, n« 583.

(2) 1574 à 1666, BulL de la Société arch., 1. c.

du ciel; a esté offer de nous transporter par devant Jes révérends pères prieur et religieux bénédictins de Tabbaye de cette ville, pour leur requérir de porter procession nellement et solennellement, àTentour de la ville, la précieuse relique de la Sainte-Larme de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui repose en leur Eglise, le jour dont il sera convenu, et jusque à yceluy de faire et continuer, pour TaUgmentation et conservation des biens de la terre, les vœux, prières et processions particulières, qu*ils ont coutume de faire en leur Eglise en pareil cas. »

« Nous disons que nous nous transporterons présentement, en la maison conventuelle de leur abbaye, pardevant les Révérends pères Religieux prieur et couventd'icelle^pourleur faire le requisitoirecy dessus, après quoy seront pris sur leur délibération pour la cérémonie telles dispositions qu'il appartiendra. »

it Arrètéau bureau de Thôtel de ville ledict jour et an par nous Maire et Echevlns d'icelle, en présence du procureur du Roy, et iceluy ouy, et devant les officiers de ville soussignés :

MoRiN, Hubert, J. Hanrion, etc. »

« Et à Tinstant, Nous Maire et Echevins de la ville, nous sommes transportez au dit couvent, ou estant, aurions fait entendre au révérend père supérieur, attendu Tabsence du Révérend père prieur de la dicte abbaye, le contenu en notre procès verbal cy dessus, et iceluy requis, et au nom des habitants, de convoquer les religieux de sa communauté, pour présentement délibérer sur notre réquisitoire, tendant à ce qu'il leur plaise porter processionnellement alentour de cette ville, selon la forme et les cérémonies ordinaires et accoustumées, la précieuse relique de la SainterLarme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui repose en Téglise de la dicte abbaye, et ensuite nous rapoHer le résultat de leur délibération, affln de nous disposer à faire de notre part^ les préparatifs nécessaires et accoutumés en pareil cas, ce que le dit Révérend père supérieur nous a promis de faire; ce dont acte.

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