‹ Les produits chimiques employés en médecineChapitre 11 sur 137 · MAR · texte numérisé non relu

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La chimie organique et ses applications ont pris, denosjours, detels développements qu'il devient de plus en plus difficile d'en réunir les diverses parties dans un traité d'ensemble.

Non seulement les dimensions d'un tel ouvrage seraient trop vastes, mais, ce qui est plus grave, la compétence de l'auteur qui se chargerait d'une telle besogne serait, dans certaines parties, mise à une trop rude épreuve, quelle que fût, du reste, son érudition.

A côté de traités de chimie relativement courts, développant surtout les principes généraux, établissant des classifications rationnelles, définissant les fonctions et les procédés de synthèse des divers groupes de composés et donnant une place secondaire aux questions de détails, à côté des grands dictionnaires, destinés surtout à fournir rapidement, au chimiste, les renseignements dont il peut avoir besoin, il est désirable de voir surgir des traités spéciaux, visant un ou plusieurs groupes voisins de composés, reliés entre eux, soit parleur constitution, soit par leurs applications industrielles ou autres.

Des monographies de ce genre sont appelées à rendre des services incontestables, surtout lorsqu'elles sont dues à la plume d'un savant, compétent dans la matière qu'il traite, à même de soumettre à une critique sérieuse les ma-

tériaux nombreux, fournis par les publications périodiques et d'en former un tout méthodiquement classé.

A cause de leur importance industrielle considérable, les matières colorantes synthétiques ont, depuis longtemps, appelé l'attention des écrivains spécialistes tant en France qu'à 1 etranger et trouvé leurs historiographes.

Les ouvrages traitant de ce domaine spécial de la chimie appliquée, présentés au public avec tant de profit pour l'industrie des matières colorantes, pour la teinture et l'impression des tissus, devaient solliciter des efforts analogues, en ce qui concerne les produits chimiques utilisés en médecine, soit comme antiseptiques, soit comme médicaments.

Là aussi des progrès sérieux et notables ont été réalisés, des faits nouveaux, des découvertes, des applications utiles se sont accumulés d'année en année.

Il devenait urgent de classer et de coordonner, d'après les règles scientifiques de la chimie moderne, les nombreux corps qui, par leurs propriétés physiologiques, avaient attiré l'attention du monde médical.

Cette classification paraissait d autant plus nécessaire que, pour des raisons d'intérêt commercial, beaucoup de ces corps avaient été baptisés de noms arbitraires, ne rappelant par rien leur nature chimique et leur origine.

Un savant peut être fort embarrassé de

deviner ainsi la composition et la structure chimique de lantinervine, del'antipyrine, du dermotol, de l'iodol, du salol, du somnol, du sosoïodol, du sulfonal.

Dans les traités de chimie, ces préparations ne sont souvent décrites que sous leur nom scientifique, ce qui rend pénibles et infructueuses les recherches bibliographiques.

Nous avons rapproché à dessein les matières colorantes des substances physiologiquement actives. Il existe, en effet, une grande analogie dans le développement historique de ces deux branches de la chimie appliquée.

Jusque vers la fin de la première moitié du xixe siècle, Fart de la teinture et de l'impression des tissus ne disposait en fait de matières colorantes, en dehors des sels et des composés minéraux, que des principes immédiats élaborés par l'organisme vivant. La racine d'une précieuse rubiacée, la garance, servait à colorer les fibres textiles en un rouge remarquable par sa résistance à l'action de la lumière, et dont le rouge d And?inople représente le type le plus parfait. Les feuilles d'une plante du genre indigofera, cultivée dans les pays chauds, au Bengale notamment, mises en fermentation avec de l'eau, donnaient l'indigo bleu très recherché à cause de sa solidité. Les bois colorants, bois de Campêche, bois rouges, bois jaunes, le lichen à orseille, la cochenille, le kermès et quelques autres

produits d'origine végétale formaient, avec la garance et l'indigo, les seules sources où Ton pouvait puiser les matériaux servant à la coloration des plus belles étoffes et tentures en soie, en laine et en coton.

Il en a été absolument de même pour ce qui touche aux composés médicamenteux. Si nous laissons de côté les préparations minérales d'un emploi déjà très ancien, nous ne rencontrons à la même époque que des principes actifs contenus dans les végétaux, principes dont les alcaloïdes naturels et certains glucosides sont les représentants les plus énergiques et les plus estimés.

Tout au plus avait-on recours à certains produits artificiels obtenus en soumettant les principes immédiats des végétaux à diverses réactions chimiques.

L'alcool était fourni par la fermentation du sucre; l'éther sulfurique dérivait de l'alcool traité par l'acide sulfurique; le chloroforme, riodoforme étaient fournis par l'action des hypochlorites ou des hypoïodites alcalins sur l'alcool ; le chloral résultait de l'action du chlore sur ce même alcool.

. Que de changements d'un côté et de l'autre depuis 1850? Quelles riches moissons de faits nouveaux ont été recueillies depuis ; quels résultats immenses ont été acquis en moins d'un demi-siècle?

Ce progrès rapide et intense, progrès dont

la vitesse est loin de s'atténuer, auquel nous devons les couleurs d'aniline, la synthèse de l'alizarine, de l'indigotine, celle de l'antipyrine et d'une foule d'autres substances couramment employées en médecine, nous le devons uniquement à la chimie moderne, à la chimie scientifique. La chimie élargit à grands pas son domaine déjà si vaste; chaque jour elle crée de toutes pièces des composés nouveaux formés par voie de synthèse . Elle a su, en effet, s'affranchir de l'intervention de la force vitale jugée autrefois nécessaire et indispensable à la genèse des composés organiques, des composés du carbone. Elle n'utilise plus aujourd'hui que les affinités propres aux éléments, affinités qu'elle a appris à manier et à diriger avec une délicatesse et une sûreté de main remarquables en vue d'atteindre un but déterminé.

C'est parmi cette multitude de composés artificiels , dont la liste est infiniment plus vaste que celle des principes immédiats naturels, qui réalisent des genres de combinaisons absolument inconnus et insoupçonnés autrefois, que l'homme de l'art est appelé à choisir ceux qui, par leur action physiologique ou par leurs propriétés tinctoriales, sont susceptibles de produire un effet utile, de répondre à une indication spéciale.

Quelles sont les vraies causes de ce brusque

épanouissement de l'horizon chimique? 11 vaut la peine d'en dire quelques mots.

Deux conceptions se sont développées presque parallèlement. Par ses mémorables travaux sur la synthèse des matières organiques, M. Berthelot a mis fin à une légende et fait disparaître de ]a science une conception fausse.

Les êtres vivants seuls, pensait-on, sont susceptibles, grâce à une force spéciale, la force vitale, de former les composés complexes du carbone en empruntant leur matériel parmi les combinaisons les plus simples, acide carbonique, eau, ammoniaque. M. Berthelot a démontré victorieusement qu'il est possible de passer des éléments isolés aux composés organiques, en n'utilisant que le jeu des affinités chimiques de ces éléments; en même temps, il faisait connaître par quelles voies on peut pénétrer du règne minéral dans le règne organique.

L'oxyde de carbone s'unit à l'hydrate de potasse en donnant du formiate de potasse, ce qui réalise la synthèse totale de l'acide formique, tête de la série des acides gras.

Sous l'influence de la chaleur intense de l'arc voltaïque, l'hydrogène s'unit au carbone sous forme d'un gaz, l'acétylène. Avec l'acétylène et l'hydrogène, on obtient Féthylène. Ce dernier, en s unissant à l'eau, produit lai-

cool ordinaire. L'acétylène chauffé par 400° se condense et se change en benzine, ce qui permet de réaliser la synthèse totale de l'aniline et de tous ses dérivés.

La glycérine chauffée avec un acide gras, tel que l'acide stéarique, reproduit le corps gras neutre dont on l'avait retiré par saponification.

Tous ces faits accumulés, joints à quelques données antérieures, telle que la synthèse de l'urée par Wœhler,ne laissaient plus aucun doute sur l'inutilité de la force vitale en chimie. C'était beaucoup déjà, qu'un semblable résultat. Dès lors, on pouvait espérer et prévoir la synthèse des principes immédiats les plus variés et les plus complexes, tels que les sucres, les alcaloïdes, les acides végétaux, etc.

C'était beaucoup, disons-nous, mais ce n'était pas assez. Outre cette promesse et cette conviction, il fallait pour la convertir en réalité un guide sûr, un fil conducteur, permettant de se reconnaître dans le dédale de la structure, de la constitution des corps. Une molécule complexe, le sucre C12H220H, par exemple, ou un corps gras neutre, la stéarine, est comparable à un édifice dont nous pouvons séparer, parla formule, les parties importantes, tels que façade, fond, parois latérales, toit, sol, en étayant toutefois les parties «ainsi séparées.

On fait quelque chose d'analogue, lorsqu'on

scinde un corps neutre en glycérine et en acide gras; les deux portions isolées et séparées lune de l'autre ont ainsi besoin d'étais pour subsister. Ce sont les éléments de l'eau qui les fournissent.

Mais ces portions, de quoi se composentelles, comment sont-elles susceptibles de se souder à nouveau? Nous ne le saurons qu'en démolissant l'édifice pierre par pierre et en marquant la place qui revient à chacune.

Faute de ces données, le problème architectural on synthétique restera forcément incomplètement résolu.

C'est grâce à la belle et féconde théorie des valences atomiques, théorie à la fondation de laquelle ont contribué des savants illustres tant en France qu'à l'étranger (1), que l'on est arrivé à se rendre un compte précis de la structure d'une molécule organique.

Voici, en quelques mots, quelle est l'idée maîtresse de cette théorie.

Deux éléments distincts, tels qnele chlore et l'hydrogène, se saturent réciproquement, atome à atome, en donnant l'acide chlorhydrique C1H, corps auquel nous ne pouvons ajouter un nouvel élément,

Il n'en est plus ainsi dans les relations de loxygène avec l'hydrogène. L'atome d'oxygène n'est saturé d'hydrogène que lorsqu'il

(1) Gerhardt, Wuriz, Kekulé, C.ooper, etc.

s'est combiné à deux atomes de ce corps simple.

De même, l'azote exige trois atomes d'hydrogène; le carbone en réclame quatre pour former le méthane CH4. On exprime ces relations en disant que le chlore et l'hydrogène sont à atomes monovalents, que l'atome d'oxygène est bivalent, celui de l'azote trivalent et enfin celui du carbone tétravalent.

On voit facilement maintenant que ce sont les éléments à atomes bi, tri ou tétravalents qui servent de liens ou de ciment entre les diverses parties élémentaires de l'édifice moléculaire. Si Ton ajoute à cela la loi de substitution dans sa plus large signification; si l'on admet en outre, comme le prouve l'expérience, qu'un composé saturé quelconque, en perdant un atome d'un élément monovalent, se convertit en un groupe ou radical monovalent, susceptible de prendre la place d'un atome d'hydrogène dans une molécule; que l'élimination dans ce même composé saturé de deux atomes d'hydrogène conduit à un radical bivalent, et ainsi de suite, nous serons à même de nous rendre compte delà structure moléculaire d'un très grand nombre de corps.

Le méthane CH4 est un corps complet, saturé; CH3 représente donc un groupe ou radical monovalent que nous pouvons substi-

tuer à H dans CH4, ce qui donne Téthane ^

En continuant ce mode de substitution du méthyle à l'hydrogène, nous formons succes-

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