‹ Les produits coloniauxChapitre 2 sur 199 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Depuis l'époque lointaine où Marco Polo visita le pays de Sérique, où, ensuite, de hardis navigateurs s'élancèrent à la découverte des « pays des épices », l'inventaire des produits exotiques s'est abondammentaccru. Aux denrées alimentaires, denrées coloniales au début, s'est ajoutée une longue liste de produits de consommation ou d'usage industriel à laquelle chaque jour apporte l'indication d'un produit naturel nouveau, découvert par les explorateurs ou signalé parles savants, chimistes, technologues industriels, etc., commesusceptibledequelqucapplication utilitaire dans la vie économique moderne, de plus en plus compliquée et exigeante.

La valeur, l'abondance de ces produits, ainsi que les possibilités de leur mise à profit, déterminent au premier chef la richesse de leur pays d'origine, soit que le tropplein de leur production se déverse déjà dans le courant des échanges commerciaux, soit qu'ils apparaissent capables de rémunérer, dans un avenir escompté, de nouvelles activités implantées dans le pays.

L'appel permanent et progressif de la consommation et de l'industrie métropolitaines, européennes, aux produits exotiques, a modifié profondément les conditions de la vie économique des états modernes. Des rivalités fécondes, dangereuses parfois, se manifestent sans cesse pour englober dans une même sphère de solidarité et de protection nationales, des pays dont les facultés de production et les capacités de consommation sont envisagées comme des sources de richesses complémentaires les unes des autres.

L'extension des empires coloniaux, tout en se glorifiant de l'essaimage de l'influence morale, ne s'en préoccupe pas moins de l'amplification des marchés et d'un bilan

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nialcricl favorable que la possession, la domination ou la protection de pays producteurs ou consommateurs de produits concrets peuvent assurer aux intérêts immédiats du dominateur et du dominé.

Il n'est donc plus permis, aujourd'hui, à quiconque s'occupe de questions coloniales, non seulement de confmer exclusivement son jugement dans des vues d'ordre moral, politique et administratif, mais, tout en y associant des visées d'ordre économique, d^ignorer ou de méconnaître dans leur nature, leur valeur, les conditions de leur production et de leur développement, les éléments mêmes qui autorisent cette seconde partie du jugement etqui sont les productions des colonies.

Les auteurs de cet ouvrage ont pensé qu'il était utile de présenter à ceux qui veulent se documenter sur les produits coloniaux tirés des règnes végétal, animal, minéral, un livre traitant de leur ensemble et d'éviter ainsi au consultant des recherches, peut-être lointaines, dansdesouvragesspéciauxou une étude, parfois malaisée, dans des publications de science plus approfondie. C'est dire qu'à côté de notions élémentaires, utiles à rappeler, le lecteur y trouvera des données plus spéciales sur l'origine, la production, la préparation, l'emploi et le commerce de tous les produits notables, originaires des colonies et plus particulièrement des colonies françaises.

Le qualificatif de coloniale comporte encore communément ridée d'une production exotique, issue d'une région tropicale et lointaine.

Cette définition pouvait se justifier au temps où les produits de quelques colonies reculées, produits relativement rares et très caractéristiques des pays chauds, étaient les seuls connus et employés, sans que ces colonies, ou des pays extra -européens, cependant plus rapprochés, fassent figurer dans leurs envois à l'Europe des denrées similaires ou identiques à celles des régions (empérées. Aujourd'hui, les possibilités culturales des « colonies » sont mieux connues et telles cultures, normales en pays d'Europe ou en zone tempérée, ne se refusent pas à prospérer en zone subtropicale ou même tropicale. De sort^que nous aurions un tort égal d'exclure des produits coloniaux le blé, Torge, l'olive, le chanvre, etc., parce que, cultivés dans nos colonies nord-

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africaines, ils apparlienncnt actuellement à la zone tempérée, et des produits comme le riz, le mais, le jute, etc., parce que, cultivés dans les régions chaudes, ils prospèrent également sous nos climats d'Europe.

Nous comprendrons donc sous l'appellation de produits coloniaux toutes les productions des colonies au sens territorial du mot et par opposition avec les produits du cru de la métropole. L'inventaire de ces nombreuses productions — encore est-il forcément incomplet dans un livre didactique du genre de celui-ci — ne va pas sans la nécessité de leur identification dans le langage et par la nomenclature scientifiques, et non par l'emploi de leurs noms vulgaires, si nombreux et si variables de pays à pays. Le lecteur peu habitué à la nomenclature binaire des systématiciens, nécessaire et logique cependant, parce qu'elle établit nettement Vétat civil du produit, devra en prendre son parti. Les noms scientifiques, qu'ils aient la naïveté de Rosa, la rose, ou l'allure barbare de la famille des Ternstrœmiacées, prêtent volontiers au sourire ou à l'exclamation, alors que, par contre, les noms géographiques, ethnographiques, pharmaceutiques, etc., se font plus aisément pardonner leur phonétique extravagante, il y a là une injustice dont pourraient pAtir ceux qui se refuseraient à la reconnaître. Car il n'est pas possible d'identifier autrement que par son nom scientifique, avec la précision qui s'y attache, l'origine des produits végétaux, animaux et minéraux.

Il est venu aussi le temps où tout effort de mise en valeur et d'exploitation des richesses coloniales doit être dirigé méthodiquement, l'inventaire dressé avec précision et l'initiative guidée par des données certaines et éprouvées dans l'application de la méthode, de la discipline et de l'esprit scientifiques.

C'est de ces principes nécessaires que, sans prétention à des exposés savants, s'inspire ce livre auquel, dans l'état actuel de nos connaissances, revient plutôt le rôle d'un manuelde vulgarisation. Ce manuel ne s'adresse pas seulement aux élèves de nos écoles coloniales, d'agriculture, de commerce; les auteurs pensent qu'il peut revendiquer une place légitime dans la bibliothèque du colon planteur, de l'industriel, du négociant et aussi de l'économiste, sans préjudice d'ouvrages spéciaux complémentaires.

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Chargés, l'un el l'autre, d'enseigner la matière de cet ouvrage aux élèves de l'École coloniale, les auteurs sont convaincus de la nécessité, pour nos futurs administrateurs, d'acquérir des connaissances sérieuses sur les produits coloniaux. Le rôle de permanente sollicitude de jce fonctionnaire pour le bien-être matériel, fonction du bien -être moral de ses administrés, ne lui permet pas rigoorance des facteurs qui le conditionnent, pas plus que son prestige nécessaire ne saurait s'accommoder d'une infériorité de savoir dans les élémentaires préoccupations de l'existence de populations qui vivent des produits du sol. La décentralisation administrative et le rôle subordonné dévolu aux services techniques, doivent d'ailleurs trouver leur contre-partie dansTaccroissement des connaissances générales et techniques de l'agent d'administration proprement dite. A ce titre, un ouvrage sur l'ensemble des produits coloniaux peut se faire consulter utilement à côté d'un recueil de législation.

La littérature scientifîque et technique française est riche en publications sur lesproduitscoloniaux.il serait raalaiséd'enciterles auteurs nombreuxsans craindre d'en omettre parmi les plus méritants. La liste ci-après d'ouvrages parus sur des catégories entières de produits, de monographies et de périodiques est donnée à titre d'indication pour une étude plus approfondie et de référence également à des sources d'information auxquelles les auteurs de ce livre ont puisé diverses parties de leur documentation. Plusieurs figures accompagnant le texte proviennent de photographies dont la reproduction a été gracieusement autorisée par MM. Prudhomme, directeur du Jardin colonial et Fauchère, ainsi que de clichés de la Direction générale de V Agriculture en Indochine, Les auteurs doivent aussi des remerciements À la maison Vilmorin qui a bien voulu leur permettre la reproduction d'un certain nombre de clichés lui appartenant.

Les Auteurs Paris, novembre 1911.

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