GRATURB PHOTOGRAPHIQUE EN CREUX
Première manière,
> La couche sensible est coulée sur une plaque mince de verre, gélatine, mica, papier, corne, toito cirée, ou tout autre corps transparent, et Ton impressionne du côté de la matière servant de support.
• La coagulation partant alors de la face qui est en contact avec le support, l'image, après le lavage, reste en totalité fixée sur ce soutien.
Deuxième manière,
• Sur une glace on étend une ou plusieurs couches de collodion, puis une couche de gélatine bichromatée ; après dessiccation, on coupe les bords de la gélatine et la feuille de gélatine se détache facilement, emportant le collodion qui fait corps avec elle.
I On expose à la lumière sous un cliché du côté du collodion ; puis, sur cette même face collodionnée, on pose une plaque de métal enduite d'une matière agglutinative et Ton fait passer entre les rouleaux d'une presse : la feuille se trouve alors parfaitement ^xé^^ la face de gélatine non impressionnée en dessus et dans les conditions voulues pour être soumise à Taction du dissolvant.
» Une seule couche de collodion sur la glace ne suffirait pas toujours pour détacher facilement la feuille de gélatine. Le collodion peut d'ailleurs être remplacé par toute autre substance jouissant de propriétés analogues.
» Après l'insolation, pour donner plus d'adhérence entre le collodion et le subjectile, il est préférable d'étendre une couche de vernis sur le collodion.
Troisième manière,
» Sur une plaque de métal mince et bien plane, on étend la matière sensible, la gélatine bichromatée par exemple ; après dessiccation, on applique une couche de collodion, on expose à la lumière sous un cliché, puis on ajoute une nouvelle couche de collodion mêlé de vernis ou de vernis seul; enfin oif coule par-dessus un mélange de cire et résine de i à 2 centimètres d'épaisseur, ou bien on fait adhérer une plaque métallique comme dans le cas précédent.
l88 LES PROGRftS DE LA PHOTOGRAPHIE.
» Après refroidissement, la plaque mince de métal peut être facilement détachée, laissant intacte et adhérente au subjectiie la feuille de gélatine, la iiace non insolée en dessus. On procède ensuite comme précédemment.
» La première couche de collodion pénétrerait moins uniformément la gélatine si on l'appliquait après Tinsolation ; car la lumière rend moins perméables les parties qu'elle a frappées.
• On peut, avec plus ou moins d'avantages, substituer au collodion et au mélange de cire et résine un grand nombre de corps.
• La couche de cire et résine a pour but de maintenir la gravure sur un fond bien uni, en empêchant le collodion de se tourmenter et par suite de déformer l'image. On peut s'en passer en combinant plusieurs couches de collodion et vernis, de manière à annuler la contraction ou la dilatation du subjectiie.
• Le dissolvant agissant, comme il est dit plus haut, sur le côté non insolé, commence par gonfler les parties non impressionnées, et produit des reliefs très-beaux et très-nets ; dans bien des cas, ces reliefs peuvent être utilisés ; on les moule, et après le moulage rien n'empêche de continuer l'action, du dissolvant pour obtenir une seconde gravure inverse de la première. Ainsi une même couche sensible produit deux gravures, l'une par gonflement, l'autre par dissolution des parties restées solubles.
» Outre les deux substances, bitume de Judée et gélatine bichromatée, indiquées précédemment comme exemple, on peut employer toutes matiè^res végétales ou animales, résine, gomme, albumine, dextrine, gluten, caséine, etc., sensibles à la lumière par elles-mêmes ou seulement quand on les mélange à un ou plusieurs sels, tels que les sels d'or, d'argent, d'urane, de chrome, de fer, les sulfures, les iodures, les acides tartrique, oxalique, le sel ammoniac, etc.
> Les opérations se simplifient si l'on emploie une substance qui, d'abord insoluble, devient soluble sous l'action de la lumière (les mélanges de gélatine, gomme, albumine, etc., et d'un sel de fer au maximum, joint à l'adde tartrique; quelques autres corps jouissent également de cette propriété).
» Le dissolvant, agissant dans ce cas à pactir de la face insolée, creuse à la manière de l'acide dans la gravure à l'eau-forte ; mais avec cet avantage que le dissolvant ne donne à chaque trait que juste la valeur qui lui est assignée par l'intensité correspondante du cliché.
« GRAYURE PHOTOGRAPHIQUE EN CREUX. l8g
» Le dessin obtenu comme il est dit plus haut, et dans des conditions appropriées à l'emploi que l'on veut en faire, le dessin, dis-je, peut être transporté sur des surfaces convenables et y servir de réserve, soit pour la gravure par les acides, soit pour le dépôt de métaux par la galvanoplastie ou autrement.
• Si dans la composition de la couche sensible on fait entrer des matières vitrifîables, ou si l'on fait adhérer ces matières aux reliefs après leur formation, on pourra, en transportant ou non, produire des émaux.
• On peut étendre sur toute la surface portant les reliefs une couche d'encre grasse, puis dissoudre ces reliefs qui entraînent avec eux l'encre qui les couvre, enfin transporter sur pierre ou sur zinc et opérer ensuite comme en lithographie ordinaire.
» Bien d'autres moyens peuvent être employés pour rendre pratiques les principes sur lesquels se base mon procédé de gravure héliographique ; ces principes, je les résume ainsi :
» i** Emploi de substances que la lumière rend insolubles ;
> Application de la couche sensible sur un subjectile convenable, et du côté qui reçoit directement l'action lumineuse;
» Application du dissolvant sur la face opposée ;
) Moulage et reproduction galvanoplastique des reliefs formés, soit par le gonflement, soit par la dissolution des parties non impressionnées.
» 2° Emploi de substances qui d'insolubles deviennent solubles sous Faction de la lumière ;
) Dissolution ou gonflement des parties impressionnées ;
1 Moulage et reproduction galvanoplastique des reliefs formés.
> Mes procédés permettent d'obtenir, sans le secours du dessinateur ou du graveur: des dessins photographiques à l'encre grasse qu'on peut reproduire par la lithographie, des photographies vitrifiées, des planches pour l'impression, des plaques pour empreintes ou pour émaux, enfin toute sorte de surfaces gravées applicables à l'ornementation. •
Plus tard M. le chevalier Avet a indiqué un procédé qui est la reproduction assez exacte de la première partie de la méthode de M. Placet.
Dans la description de ses procédés, M. Placet n'indique pas de quelle manière il obtient le grain de gravure nécessaire pour les reproductions faites sur nature, cependant les planches obtenues par lui portent un grain
f9» us rtOCBtS Bl LA PHOTOGRâPHIB.
tre»-ia« éà pntabkmat à une réaction chimique dont il n*a pas donné
D est «ji»e Rcomia que, toates les fois qu'on emploie une couche ayant one épaisseur appréciable, on ne peut obtenir les demi- .pd «lue àoil le but qu'on se propose, qu'en insolant sur une face et dé^eit^ppant par Faotre {voir p. 121 et suiv., les diverses méthodes pOTT arrîTcr à ce résolut;; on arrÎTO ainsi à rendre toutes les finesses du dicbé^ Bat» il teste la question du grain.
éde M. CerwÊd et divers.— là. Geymet (* ), dans son Traité de . iiiMO h description d'un procédé que l'on peut résumer de la :»Bi>aate :
ru Bé^atii de gravure ou autre est appliqué sur un papier couvert dTvae ciwcbe de gélatine bichromatée ; après impression à la lumière, on rîDiMerge (faik$ Tcau fraîche en même temps qu'une feuille de verre verve à fambre ou couverte d'une couche préalable d'albumine coagulée ou mieux une plaque de cuivre parddtement propre ; on applique les deux fiiect^ Tune contre l'autre, on retire de l'eau, on éponge et l'on met en presse quelque temps. On inunerge ensuite dans l'eau tiède exactement comme pour feùre une épreuve au charbon (p. 120 et suiv.), et l'on a aùfesî sur la plaque de verre ou de métal l'image en relief formée par les |viriiet!i de gélatine devenues insolubles sous l'influence de la lumière. On rend cette gélatine plus résistante par une immersion dans un bain d'alun.
Lo>rsque cette épreuve représente une image ayant du trait ou du grain, on peut métalliser les reliefs de gélatine et les mouler par les procédés ^Ivanoplasiiques ; mais, s'il s'agit d'épreuves prises sur nature, il faut MmiT un grain.
IVur avoir ce grain artificiel, M. Geymet propose de prendre une plaque tlo ouivro> gruinée en plein soit à la résine, soit par tout autre procédé ; on |>ncrt> à la manière ordinaire, on la recouvre d'une couche de coUodion cuir» o\vtt»A-dire d'un collodion normal additionné de 2 centimètres cubes d'huilo do ricin pour 100 centimètres cubes de collodion. Ce collodion wV^ht^ j*o (Wtuohe de la planche en emportant l'encre, et il présente une
( ») CnnwP héthgruphique^ par Geymet et Alker, 1870.
GRAYURB PHOTOGRIPHIQUB EN CREUX. tgt
pellicule très-mince couverte d'un grain uniforme ; en plaçant cette feuille presque sans épaisseur, entre le cliché et la couche bichromatée, on obtient la reproduction d'un grain à peine sensible lorsqu'il sera préservé par les parties opaques du cliché, plus accentué, au contraire, dans les parties transparentes.
Il serait encore facile, comme le propose M. .Courtenay, d'incorporer dans le collodion servant à faire le cliché quelques substances, telles que la silice pulvérulente ou du verre en poudre impalpable*
Ce grain, quelle que soit sa nature, est reproduit sur la couche gélatineuse qui le transmet à la planche galvanoplastique.
M. Woodbury emploie un procédé analogue, pour donner un grain aux planches métalliques, qu'il obtient par pression, soit qu'il ajoute directement une poudre dure et insoluble dans le mélange môme de gélatine et de bichromate de potasse, soit qu'il saupoudre la surface gélatinée, encore poissante, avec une poudre plus ou moins fine, qui n'adhère que dans les noirs et est enlevée au lavage dans les autres parties : il arrive ainsi à transformer les moules métalliques en planches prêtes pour l'impression en taille-douce.
Toutes ces ingénieuses méthodes* de grain artificiel ne sont en quelque sorte que des subterfuges et n'arrivent^as encore à ce but désirable dans lequel le grain doit augmenter progressivement en profondeur et en dimension selon la valeur des noirs que l'on veyt obtenir.
Pour atteindre ce but, il fallait, en quelque sorte, que le grain fût le résultat de l'action lumineuse, augmentant en raison de son intensité.
Procédé de M, Rotisselon,— Td. Rousselon, dans son procédé de gravure, a résolu cette difficulté, ce qui lui permet d'obtenir, d'après les peintures et d'après nature, des planches gravées d'une réussite remarquable. Ce grain est le résultat d'une action chimique que l'inventeur s'est borné à mentionner sans la divulguer lorsqu'il a donné les explications sur l'ensemble de son procédé.
L'opération est d'abord conduite exactement comme s'il s'agissait d'obtttiir une épreuve photoglyptique (iw/rp. i33), c'est-à-dire qu'une image est obtenue sur pellicule de gélatine sèche et imprimée par vigoureuse pression dans une planche métallique : seulement l'inventeur ajoute dans la préparation de gélatine la substance (? qui doit produire le grain sous
ig% LES PEOGEftS DE LA PHOTOGRAPHIE*
rinfluence de la lumière; et, comme dans Inapplication qui est faite de ce procédé une rigoureuse planimétrie n*est plus nécessaire, on peut remplacer la presse hydraulique par un bon laminoir et obtenir des planches de très-grandes dimensions.
Le métal dans lequel on obtient ce premier creux n*est pas assez résistant pour pouvoir être employé directement à Timpression ; mais la rigoureuse fidélité de la galvanoplastie en relief permet d'obtenir en cuivre, d'abord une planche mère qui donne le relief, puis, sur ce relief, on fait une planche en creux qui est encrée et donne au tirage en .taille-douce un nombre illimité d'épreuves. Avant d'être livrée à l'imprimeur, la planche de cuivre est aciérée, c'est-à-dire couverte électriquement d'une pellicule de fer infiniment mince et très-résistante qui supporte tous les frottements ; aussitôt que la moindre usure se manifeste par l'apparition de la couleur rouge du cuivre, on dissout toute la couche de fer ; on acière de nouv^u, ce qui permet de recommencer un tirage aussi nombreux que le premier; enfin la planche mère en relief reste comme type sur lequel on peut faire plusieurs planches en creux si les nécessités du tirage le demandent.
Ces opérations, installées de la manière la plus large dans les ateliers de la maison Goupil, à Asnières, sous ]a direction de M. Rdusselon, marchent avec la plus grande régularité au moyen des piles à gaz de M. Glamon, et produisent des planches gravées d'une finesse que ne pourrait obtenir ni le graveur ni le dessinateur le plus exercé.
Gravore photograpliiqae en creux par réserre. — Nous comprenons sous ce nom général tout procédé par lequel une substance capable de résister à la morsure de certains agents chimiques sera fixée sur le métal directement ou indirectement par l'action de la lumière. La surface métallique reste à nu dans les parties qui doivent être creusées ; les parties couvertes de la substance résistante sont dites réservées.
L'invention de la gravure photographique par réserve a été le premier pas que fit la Photographie dès sa naissance ; elle remonte à Nicéphore Niepce, le premier inventeur.
La théorie en est des plus simples : c'est la gravure à l'eau-forte à peine modifiée ; le vernis protecteur est remplacé par la couche sensible, la lumière et le cliché exécutent le dessin, la morsure est ensuite faite par des
GRAVURE PHOTOGRAPHIQUE EN GREUl. igS
agents variables suivant la nature et la résistance de la couche sensible.
On retrouvera, page 44^ et suivantes de la Chimie photographique y les premiers essais de Nicéphore Niepce, de son neveu Niepce de Saint- Victor, de M. Lemaître, de M. Ch. Nègre, etc. Ces opérateurs employaient le bitume de Judée étendu en couches minces sur plaques métalliques. M. Fox Talbot remplace le bitume de Judée par la gélatine bichromatée. Ces divers essais, en «dehors des belles planches de M. Ch. Nègre, ont rarement produit des épreuves complètes ; ils portaient en eux deux causes de non-réussite : i" la presque impossibilité d'obtenir les demiteintes qui disparaissaient au développement par suite de la dissolution des couches sous-jacentes, ou ne prenaient une adhérence suffisante que par la surexposition des autres parties ; 2*" l'absence de grain naturel et la nécessité d'un grain artificiel.
Dès i858, M. l'abbé Laborde signalait la première cause ei) appelant l'attention sur les services que peut rendre en Photographie l'huile de lin siccative. D'autre part, on essayait les grains artificiels comme dans les procédés par moulage (page i85), et nous avons mentionné, page 453 de la Chimie photographique^ le procédé de la glace striée et posée en divers sens, de manière à former un grain par les rayures se croisant en tous sens. D'autres opérateurs proposent l'interposition d'un tissu métallique ou autre entre le cliché et la planche préparée ou même l'impression première de ce tissu sur le cliché avant de prendre l'épreuve du sujet à reproduire ; pour cela on ferait une première pose sur un réseau tendu sur une étoffe noire et la glace ayant reçu cette impression serait ensuite employée pour faire le cliché.
Le procédé, qui parait à la fois le plus simple et. le plus fréquemment employé, consiste à donner un simple grain de résine sur la planche, soit avant, soit après l'impression et le développement de l'épreuve. Ce grain, nul dans les parties couvertes qui doivent rester blanches, devient de plus en plus abondant à mesure que le métal se découvre davantage et arrive à son maximum là où la planche est complètement à nu ; la morsure agit ensuite comme sur une planche à Vaqua-tinta, mais il est difficile, sinon impossible, de procéder en ce cas par morsures successives comme dans ce mode de gravure, et l'effet général doit nécessairement s'en ressentir.
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Toatciui^. de I snis- de imiiiijTcnK pnitifiifR. le hiÊmmt àtmmt une netteté bemeoi^ pins .«mide et dLdi êtn eH|iio>i« de piéfiÉraBoe.
La oooqMisiliaB du liquide destÎDé a mcodre k smtee à graver Tarie soîi-ant le métal emfiloyé. La léaerre an IntuBe réà^bt assez bien à une morsaie légèramentaôde; on pent emfdoyer s«t Fadde nitrique faible, soit une solution d*acâde dmnmqoe. soit une solution oonoentrée de ni-
(') M. GoBiXT, Bulletin de la Société française de Photographie, — 187J1 p. i83.
GRA.YCRB PHOTOGRAPHIQUE EN GRBOX. I9S
trate de cuivre, 3 parties mélangées à i partie de solution concentrée de clilorhydrate d'ammoniaque dans Tacide acétique et quelques gouttes d'acide nitrique. La réserve au bichromate de potasse est plus délicate, les acides l'altèrent immédiatement et l'on doit les remplacer par des solutions plus ou moins concentrées de sels métalliques, tels que le perchlorure de fer, le bichlorure de platine, etc., etc.
Ces opérations rentrent dans le domaine du graveur; elles demandent des connaissances spéciales et une grande expérience pour être bien conduites.
■ 94 ^BS PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPfllE.
Après les travaux sus-mentionnés de Niepce, de M. Talbot, de M. Nègre, nous avons vu des planches remarquables obtenues, par M. Garnier en 1866; mais l'auteur n'a pas donné de renseignements sur son mode d'opérer: il en est de même de MM. Baldus, Amand Purand, Dujardin, Rose, G. Portier. Nous avons vu également des gravures de la plus grande finesse, obtenues par M. Gobert, attaché à la Banque de France; mais, si par ces procédés de réserve la gravure de tiait paraît désormais acquise, il ne semble pas que pour les teintes fondues les résultats soient comparables à ceux obtenus par M. Rousselon.
En l'absence de renseignements suffisamment exacts sur les procédés employés, nous nous bornerons à recommander le bitume de Judée comme donnant la meilleure réserve et la plus grande netteté.
Sur la plaque de métal bien nettoyée on étend à la tournette une dissolution de bitume de Judée ( * ) dans la benzine ; la couche doit être suffisamment mince pour que la lumière puisse la pénétrer jusqu'au métal sur lequel elle la fixe* Après séchage on expose sous un cliché positif qui réserve tous les traits. La pose dure plus ou moins longtemps suivant la qualité du bitume, l'intensité de la lumière, etc.; mais l'action du soleil sera toujours préférable pour donner plus de résistance aux parties insolubilisées. Après l'exposition on lave la planche à l'essence de térébenthine ; on arrête l'action dissolvante par une nappe d'eau qui enlève l'essence et l'on encre avec l'encre grasse, qui s'attache seulement au bitume et vient consolider la réserve.
Le même mode d'opérer s'applique à la gélatine bichromatée qui, étendue sur métal en couches minces, est insôlée, lavée à l'eau tiède, encrée et donne ainsi une planche prête pour la morsure.
Toutefois , de l'avis de nombreux praticiens, le bitume donne une netteté beaucoup plus grande et doit être employé de préférence.
La composition du liquide destiné à mordre la surface à graver varie suivant le métal employé. La réserve au bitume résiste assez bien à une morsure légèrement acide ; on peut employer soit l'acide nitrique faible, soit une solution d'acide chromique, soit une solution concentrée de ni-
(*) M. GoBERT, Bulletin de la Société française de Photographie. — 1874, p. i83.
GRA.YCRE PHOTOGRAPHIQUE EN GRBOX. jgS
trate de cuivre, 3 parties mélangées à i partie de solution concentrée de chlorhydrate d'ammoniaque dans Tacide acétique et quelques gouttes d'acide nitrique. La réserve au bichromate de potasse est plus délicate, les acides l'altèrent immédiatement et l'on doit les remplacer par des solutions plus ou moins concentrées de sels métalliques, tels que le perchlorure de fer, le bichlorure de platine, etc., etc.
Ces opérations rentrent dans le domaine du graveur; elles demandent des connaissances spéciales et une grande expérience pour être bien conduites.
[gravure en relief).
La gravure en relief est celle qui creuse le métal de telle sorte que tous les traits, tous les points de Timage, restent sur le même plan, tandis que toutes les parties de la planche qui ne doivent pas prendre d'encre sont abaissées plus ou moins profondément au-dessous de ce plan, de telle sorte que le rouleau dépose de suite une couche d'encre égale sur tous les reliefs sans en mettre dans les creux.
La planche en relief se trouve ainsi dans les mêmes conditions qu'une composition d'imprimerie, abstraction faite de la mobilité des caractères; elle peut être intercalée au milieu de ces caractères et le tirage est fait avec la même facilité, la même rapidité et la même économie que l'impression ordinaire.
C'est aux progrès de la gravure en relief que nous devons tous les ouvrages de science ou d'illustrations avec gravures intercalées dans le texte.
Toutefois ces gravures en relief sont d'un prix assez élevé : il faut passer par le dessinateur, le graveur sur bois, le plus souvent par le moulage ou la galvanoplastie, avant d'avoir l'épreuve prête pour l'impression. Il est possible d'arriver à ces résultats par les moyens photographiques, surtout lorsqu'il s'agit de gravures ou de dessins ayant du grain ou du trait; mais, s'il s'agit d'images faites d'après nature, la réussite présente des diflBcultés plus grandes que pour la gravure en taille-douce ; il faut, en effet, pour la typographie, des traits ou des grains moins serrés que pour les autres procédés, sous peine d'empâtement général, et la question
XYPOGaAPBIE PHOTOGRAPHIQUE. I97
d'un large grain ou large trait artificiel se présente de nouveau et n'a pas encore été résolue, à notre connaissance du moins, d'une manière satisfaisante.
Toutefois, c'est surtout par la gravure en relief que la Photographie se rattache actuellement et se liera dans l'avenir de la manière la plus intime avec la grande imprimerie. La réussite de plus en plus parfaite de la planche en relief est le trait d'union de ces deux industries, et, même en se bornant à la reproduction des dessins et gravures, il y a, pour la Photographie qui les adapte au format voulu, un débouché assez considérable pour que déjà cette transformation soit devenue une industrie spéciale qui, de jour en jour, prend une plus grande extension.
Les premiers essais en ce genre remontent vers l'année i855, époque à laquelle M. Poitevin a montré qu'on pouvait mouler les reliefs de la i^élatine bichromatée insolés sous un négatif, puis en faire un contre-moulage galvanoplastique et obtenir les reliefs qui constituent une planche typographique.
Ce procédé ne pouvait cependant réussir en pratique d'une manière suffisamment parfaite ; d'abord à cause de la difficulté qu'il y avait d'obtenir tous ces reliefs sur le môme plan, les reliefs moins forts étant le plus souvent moins hauts, et passant sous le rouleau sans être atteints par l'encre ; de plus le moulage fait alors en plâtre manquait presque toujours de la finesse nécessaire, et enfin la reproduction galvanoplastique est souvent trop longue et trop coûteuse ; cette reproduction pourrait sans doute être remplacée par le clichetage en métal fusible que l'on emploie fréquemment dans l'industrie typographique.
Toutes les méthodes fondées sur un procédé quelconque de moulage semblent présenter les mômes difficultés, et dans l'état actuel, pour obtenir une flanche typographique par la Photographie, il faut employer les méthodes par réserve, soit que cette réserve s'obtienne directement par la couche sensible elle-même, soit qu'elle provienne d'un transport à l'encre crasse obtenu photographiquement par l'un des procédés quelconques mentionnés plus haut. En tout cas, il y a toujours deux opérations bien «listinctes.
i** Mettre l'image sur la plaque métallique, directement par l'emploi d'une couche sensible pouvant former réserve , telle que la gélatine bichromatée ou mieux le bitume de Judée, ou indirectement par report ;
igS LBS PROGRfcS DE LA. PHOTOGRAPHIE.
2® Creuser profondément les parties non réservées , ce que l*on obtient généralement au moyen d'un procédé nommé giilotage, du nom de Gillot, qui en est l'inventeur.
On pourrait s'étonner que la gravure en relief, obtenue photographiquement, ne soit pas d'un emploi général dans l'imprimerie; chaque jour elle prend une extension plus grande, mais il faut pourtant reconnaître que, si les procédés photographiques sont égaux , sinon supérieurs à la gravure sur bois pour les travaux qui demandent économie et célérité, ils n'arrivent que diflQcilement et demandent des opérateurs d'une extrême habileté pour pouvoir être comparés à l'œuvre soignée d'un excellent graveur sur bois. Cela tient, d'une part, à ce que le graveur sur bois fait les tailles avec un outil qui les tranche d'une manière parfaitement nette, et celles-ci se reproduisent avec une netteté presque égale dans l'impression, tandis que le photographe copie, soit un dessin, soit une gravure, où les lignes ne présentent déjà plus cette même arête vive, ne fût-ce que par suite des inégalités du papier. Souvent le format demandé exige des réductions dans lesquelles les traits deviennent tellement serrés qu'il n'y a plus entre eux l'espace nécessaire pour éviter l'empâtement par le rouleau, tandis qu'il faudrait au contraire de grands dessins traités à larges traits dont la chambre noire, en les réduisant, arrive à faire des merveilles de finesse. D'autre part, si l'on opère par épreuve directe sur le métal, il devient difficile d'avoir des lignes coupées comme avec le tranchant d'un outil, à moins d'employer des couches excessivement minces , qui alors ne présentent pas une résistance suffisante à la morsure. Ainsi, soit le dessin, soit le cliché, soit la couche sensible, soit l'encre qui vient la consolider, soit même la texture du métal que l'acide ne ronge pas rigoureusement de même sur tous les points, tout concourt à augmenter les difficultés ; ces causes le plus souvent s'ajoutent les unes aux autres et l'examen à la loupe montre que les lignes sont souvent légèrement bavocheuses. Si l'on opère par report, il faut joindre aux causes ci-dessus toutes celles qui peuvent provenir de l'opération du report, telles que les inégalités, l'écrasement des traits, etc.
Il n'est pas étonnant que la perfection ne soit pas toujours complètement atteinte en face de ces difficultés réunies; il en est sans doute beaucoup d'autres encore, mais l'importance du procédé doit nous faire espérer un progrès incessant.
TYPOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. igg
Examinons maintenant les diverses méthodes employées pour mettre le dessin sur la planche et pour creuser ensuite les blancs de cette planche.
Le cliché devra être fait dans les mêmes conditions que pour les reproductions de gravures, de cartes, etc., c'est-à-dire d'un noir opaque avec des blancs parfaitement purs. Nous avons dit plus haut que, selon nouS) les procédés secs, comme ceux à l'albumine, au collodion albuminé, le procédé Taupenot, etc., etc., présentaient de grands avantages pour l'intensité des noirs qu'on peut faire monter très-facilement sans boucher les clairs, qui conservent toute leur pureté.
Le collodion humide, plus rapide, plus facile, est presque exclusivement employé dans l'industrie ; alors on remonte généralement l'épreuve par le bichlorure de mercure, suivi du passage au sulfhydrate d'ammoniaque, ou mieux au monosulfure de sodium ; il faut se rappeler dans ce cas que les vernis résineux font tomber notablement l'intensité des noirs, à moins d'un passage préalable à la gomme arabique.
L'épreuve photographique doit, le plus souvent , être retournée soit au moyen d'un prisme ou d'une glace à faces parallèles, soit en opérant au moyen d'un châssis qui permette de recevoir l'épreuve à travers la glace collodionnée ou en décollant le cliché sur gélatine.
Dans quelques modes d'opérer, il faut au contraire se servir du cliché ordinaire.
Nous avons dit que l'on pouvait' former directement le dessin sur la plaque métallique à graver. On emploie de préférence , pour cause d'économie et de facilité de morsure, une plaque de zinc suffisamment épaisse, ayant environ 4^5 millimètres ; la face doit en être bien plane et bien nettoyée, et on la couvre de la substance sensible. Une solution de gélatine bichromatée est difficilement employée, parce qu'elle est rapidement attaquée par la morsure acide, ce qui donne des traits peu réguliers : on préfère la solution de bitume de Judée dans la benzine additionnée d'efisence de lavande ou d'essence de citron.
Dans l'un et l'autre cas, la couche doit être suffisamment mince pour, que la lumière puisse agir dans toute l'épaisseur et rendre les parties solarisées insolubles jusqu'au métal même, sans quoi les parties plus légères minées en dessous disparaîtraient au lavage et donneraient une image incomplète ; mais il faut aussi que cette couche soit suffisamment épaisse
pour offrir la résistance nécessaire à la morsure. L'expérience sera le meilleur guide à cet égard.
Le cliché est appliqué sur la surface métallique sensibilisée et il faut établir un contact rigoureux des deux faces sur tous les points de Tépreuve , ce qui est souvent une difficulté et une cause d'insuccès ; car il est nécessaire que les deux surfaces en contact soient parfaitement dressées toutes deux, la plaque métallique trop épaisse ne pouvant se prêter aux défauts de planimétrie. Si Ton emploie un cliché transporté sur pellicule de gélatine, celui-ci fait souvent quelques ondes sous la pression ; les clichés doivent donc être sur glace et Ton doit veiller le mieux possible à assurer la pression.
Après l'insolation sous un cliché retourné, on développe par l'eau tiède si l'on a employé la gélatine bichromatée, par l'essence de térébenthine si l'on a employé le bitume de Judée, qui doit avoir la préférence. On fait faire une première et très-légère morsure, comme s'il s'agissait d'obtenir une planche de zincographie, et l'on couvre d'encre grasse pour procéder ensuite aux morsures successives du gillotage.
Tout procédé pouvant donner une image encrable sur pierre, zinc, cuivre ou surface quelconque pourra être employé à cette condition que, après l'insolation et le développement de l'épreuve, le métal reste à nu dans toutes les parties où la lumière n'a pas insolubilisé la préparation.
L'autre mode d'opérer dit par report se prête plus facilement aux exigences des manipulations; mais, en introduisant un tirage de plus dans la série des opérations qui doivent donner l'image définitive et en opérant par un report qui amène presque forcément l'écrasement des lignes, on augmente les causes d'altération de la finesse. Du moment que l'on proc>ède par report, il suffit d'obtenir par un moyen quelconque une épreuve ù l'encre grasse sur une surface assez souple pour qu'on puisse la juxtaposer et la presser sur la planche du métal à graver. [Foir^. 176 les procédés de M. J.-J. Rodrigues sur feuilles d'étain, qui semblent préférables à ceux de M. le colonel James et tous autres qui peuvent donner une image à l'encre de report transportable sur zinc. )
Lorsque l'image est ïiiaé^ sur la plaque de zinc, elle est soumise à l'opération de la morsure, qui doit respecter tous les traits de l'épreuve pour es laisser en relief et creuser tout le reste plus ou moins profondément.
C'est ici que se présente la difficulté. Le zinc est très-attaquable par un acide faible, et Ton peut facilement limiter cette attaque à certaines parties de ia surface en protégeant les autres par une matière grasse ; mais, lorsque l'acide a creusé un premier sillon, ce n'est plus seulement une surface qui se présente à son attaque, c'est un fossé ayant un fond et des parois, et l'attaque de l'acide se porte aussi bien à droite et à gauche que sur le fond; le creux«fornxé ira donc s'élargissant par la base, les sillons rapprochés seront minés en dessous, crevés, et la planche sera perdue. Pour avoir une bonne gravure en relief, il faut, au contraire, que le sillon se creuse en forme de V se rétrécissant de plus en plus vers la base ; les traits sont ainsi soutenus et présentent toute la solidité désirable.
Ce fut Gillot qui, en 1866, résolut le problème; de là le nom de gillo^ tage donné à l'opération, et d'ouçricrs gilloteurs donné à ceux qui la pratiquent. C'est un art délicat, demandant des soins et une habitiide extrêmes. Les bons gilloteurs sont très-recherchés.
Pendant plusieurs années, Gillot seul comprit toute l'importance de son procédé , et il mourut sans avoir la consolation de lui voir prendre tout le développement qu'il comportait par l'application de laPhotogr9q[>hie, qui en est le complément pour ainsi dire indispensable. Ses successeurs (sa veuve et son fils) appliquent actuellement très-largement les procédés photographiques au procédé de gillotage ; plusieurs maisons se sont montées, qui exploitent également ce procédé ; ce sont celles de MM. Lefman et Lourdel, Yves et Barret, M. Dujardin, MM. Rose et C*", etc. (* ).
Gillotage (^). — La plaque de zinc sur laquelle on pose l'image à graver doit être bien poncée et bien polie ; l'image y est appliquée comme nous l'avons dit, soit par photographie directe, soit par report fait avec l'encre grasse spécialement employée pour ce genre de travail ; puis on humecte la plaque d'eau gommée et on la couvre d'un premier encrage en y passant avec soin un rouleau chargé d'encre lithographique additionnée
(*) Nous remercions ici les chefs de ces diverses maisons, et en particulier M. Gillot fils, qui nous a permis de suivre dans tous leurs détails les diverses opérations faites dans ses ateliers.
(*) Nous devons la Communication de ce procédé à l'obligeance de M'°* Gillot et de son fils, qui nous ont remis le manuscrit rédigé à ce sujet par M. Gillot père; nous avons extrait de ce manuscrit les renseignements que nous donnons.
aoa LES PBOGftÈS DB LA PHOTOGRAPHIE.
de cire blanche de colophane et de vernis lithographique ; Timage prend ainsi un léger relief et en même temps de la résistance à Faction de Tacide. On laisse sécher, et avec un tampon très-doux on distribue sur toute la surface de la colophane en poudre impalpable. On peut également bien faire cette opération dans la boite à résine disposée pour Tusage des graveurs ; la poudre ne s'attache que sur les parties encrées, et on l'enlève facilement des autres parties, soit en soufflant, soit on lafant, soit en essuyant avec un tampon de ouate. On garnit ensuite les bords de la plaque avec une solution de gomme laque; on peut garnir de môme les parties qui représentent de larges espaces blancs. Ces parties, qui seront réservées, comme le dessin lui-môme , contre la morsure acide, servent en quelque sorte de support au rouleau et assurent, pour les opérations suivantes, la bonne répartition de l'encre; elles seront ensuite enlevées mécaniquement ^oit à la scie, soit à l'échoppe.
Ayant ainsi assuré la réserve, on procède à la première morsure en mettant la plaque dans une grande cuve de gutta-percha assez profonde, contenant une quantité d'eau acidulée par l'acide nitrique suffisante pour baigner largement la planche à graver. Cette cuve est montée de telle sorte qu'un, mécanisme, mû par la vapeur ou à bras, la maintient dans une continuelle agitation.
L'acide attaque le zinc en formant du nitrate de zinc qui reste en solution; un flacon placé au-dessus de la cuve et muni d'un robinet de cristal laisse tomber goutte à goutte dans l'eau la quantité d'acide nitrique que l'on sait nécessaire pour remplacer celui qui se combine avec le zinc.
La force de l'eau acidulée est variable suivant l'effet que l'on veut obtenir; faible pour les premières morsures, on peut en augmenter peu à peu l'activité à mesure que l'opération marche vers la fin ; on abrège ainsi sans danger l'opération.
En commençant par une morsure peu accentuée, on abaisse légèrement toutes les parties non protégées par la réserve, on retire la. plaque .de la cuve, on la lave, on l'essuie et on la place sur la plaque de fonte d'un fourneau analogue au fourneau de l'imprimeur en taille-douce. Sous l'influence de la chaleur, l'encre résineuse qui forme la réserve fond légèrement, déborde sur les entailles faites par l'acide et protège les deux versants du sillon contre l'attaque d'une seconde morsure, ne laissant que le
TYPOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. 2o3
fond à découvert; si les traits sont très-seirés, les deux débords de Tencre se rejoignent et bouchent ce premier creux.
On n'a pas encore le relief typographique, mais une première morsure suffit déjà pour donner dans l'encrage des différences qui accuseront les demi-teintes. Les parties très-fines bouchées par Tencre sont désormais à l'abri d'une morsure plus profonde qui les aurait détruites.
Aussitôt que la fusion de la réserve a été jugée suffisante, on retire la plaque, on laisse refroidir, puis on procède à un deuxième encrage au rouleau. La composition de l'encre peut être légèrement différente de la première; on emploie un mélange d'encre de report, de corps gras et de résine additionné de vernis lithographique en quantité suffisante pour donner une matière qui coule assez facilement autour des traits du dessin; on encre assez fortement la plaque pour que tous les noirs soient bien couverts, on saupoudre de nouveau avec la résine et on la replace dans la cuvette avec une eau un peu plus acide. Qn fait une seconde morsure qui descend le métal d'un nouveau cran.
On recommence les opérations de chauffage, encrage, morsure, de manière à obtenir chaque fois le bouchage des traits les plus serrés par la fusion de l'encre résineuse et l'on continue les opérations, qui varient de six à neuf morsures, jusqu'à ce que la résine, en descendant chaque fois, ferme les creux les plus profonds ; on obtient ainsi de chaque côté des tailles une série de talus, de gradins qui viennent se réunir par la base.
Cela fait, on lave la plaque à grande eau, puis, avec une lessive de potasse ou de soude, ou avec la benzine, on enlève complètement l'encre résineuse dans tous les creux, et, si l'on veut régulariser la pente des talus et enlever les gradins formés par les morsures successives, on recommence un encrage résineux que l'on fait de suite desceiïdre à la moitié ou au tiers des creux et l'on fait une morsure. On recommence en encrant moins profondément, on remonte en quelque sorte les tailles que l'on avait creusées, et, au lieu de gradins, on obtient ainsi une pente à peu près lisse.
Le zinc est alors découpé à la scie, de manière à enlever toutes les parties non mordues qui doivent cependant rester blanches, puis on le monte sur les bois d'épaisseur et on le livre à l'imprimeur.
Ce procédé permet d'obtenir très-rapidement des résultats fort remarquable. Ainsi, un dessin livré le matin peut , dans des circonstances fa-
2o4 LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.
yorables et quelle que soit sa complication , être reproduit à la chambre noire, reporté sur zinc, creusé par la morsure acide, monté sur bois et livré à l'imprimeur dans la même journée, ce qui présente un avantage immense pour toutes les illustrations et les dessins d'actualité.
Le plus grand progrès en ce genre serait de pouvoir transformer le cliché photographique pris sur nature en une planche typographique ; plusieurs essais prouvent que le problème n'est pas insoluble : nous avons vu des résultats presque industriels.
M. Gillot a tenté l'emploi de lignes croisées en sens divers pour obtenir le grain nécessaire.
Le procédé le plus original est celui de M. Wistanley, dont nous n'avons vu aucun résultat, mais qui mérite d'être mentionné.
Étant donnée une image en relief sur gélatine, on pose perpendiculairement sur ces reliefs une masse de fils métalliques, à pointes efl&lées comme celles des aiguilles, et présentant par conséquent une partie conique ; ces fils étant libres de descendre plus ou moins, chaque pointe vient se poser sur la gélatine, et l'ensemble des fils marque ainsi les creux et les reliefs de l'image. On les serre alors toutes et on les immobilise par une soudure ou tout autre moyen, et, retournant le bloc ainsi formé, on use le côté des pointes jusqu'à ce qu'on soit arrivé à les amener toutes sur le môme plan. La surface plane obtenue se compose donc de points plus ou moins fins, plus ou moins éloignés, suivant c^e la pointe a été retenue plus ou moins haut ; et, si l'on encre cette surface, si l'on imprime, on obtiendra un dessin correspondant à celui que présentait la gélatine.
M. J.-J. Rodrigues, de Lisbonne, emploie, pour obtenir la gravure en relief d'un cliché fait sur nature, un mélange de bitume de Judée, d'essence de lavande et de sucre de lait en poudre. (L'amidon, le carbonate de chaux, le carbonate de plomb, ou toute autre substance soluble dans Teau ou l'acide nitrique remplirait le môme but. )
On broie le tout à la molette jusqu'à parfaite homogénéité et Ton môle un peu de cette pâte à la solution de bitume dans la benzine destinée à faire la couche sensible. On couvre alors la plaque comme à l'ordinaire, avec une couche mince de bitume ainsi préparé. Après exposition on développe à l'essence et l'on met immédiatement la plaque dans la cuve de gillotage avec une eau faiblement acidulée; l'acide, pénétrant peu à peu.
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dissout la matière solide qu'on avait ajoutée ; la préparation se trouve doncî plus ou moins percée, selon l'épaisseur de l'enduit de bitume, et, en continuant par morsures successives, on obtient une gravure qui arrive à donner l'impression en relief.
Dans cette étude rapide , nous avons essayé de faire connaître les diverses méthodes d'impression aux encres grasses; mais, pour la pratiquer, il faut les conseils, le» démonstrations d'une personne connaissant les moyens d'aplanir les difficultés d'exécution. Notre rôle, plus modeste, s'est borné à tâcher de faire comprendre ces divers procédés, de montrer la manière dont ils se relient les uns aux autres. Nous avons insisté sur leur importance pour unir la Photographie à l'ijidustrie générale et lui permettre de prendre tout son développement. Encore quelques progrès, ot cette union sera un fait accompli.
FïN.