V. — Lb rôle de l'État
On reprochait couramment au gouvernement grec de ne pas faire assez pour ragriculture. Les reproches peuvent se grouper sous tiois chefs : i"* avant 1880, le principal grief portait sur le maintien de la dîme, impôt productif mais fort gênant pour le producteur (cf. Gobineau» p. 379); a** quand les idées protectionnisties ont conquis TËu^ . rope continentale, on reprochait aux ministres des Finances hellènes de n'être pas entrés assez avant dans ces idées. C'est surtout M. Edmond Théry (p. lâô-xSg) qui a défendu cette manière de voir : et le directeur de l'Économiste eurofiêen, considérait une réforme dans ce sens comme d'autant plus urgente que, depuis igoS, le change baissait rapidement; 3° on jugeait l'action directe insuffisante. M. Décasos (p. Si) s'étonnait, en 1904» que, tandis qu'ailleurs on trouvait des ministres» d'Agriculture, en Gr^ce on se contentait d'un chef de section du ministère de l'Intérieur secondé par trois secrétaires seulement.
Tous ces reproches étaient fondés en leur temps, ils ne le sont plusmaintenant :
i** La suppression de la dîme, — Au moment où la libération de la Thessalie allait devenir un fait accompli, Tricoupis, en don de joyeux avènetnent, supprimait la dîme (1880). Gelie-ci équivalait alors à 7 p. 100 du produit brut : l'impôt sur les animaux de labour qui la remplaça, ne correspondait qu'à 3 p. 100. Le dégrèvement se montait à 60 p. 100; en réalité il était beaucoup plus considérable, et voici pourquoi : La dtme variait avec la production, et les recettes augmeii* taient avec elle; au contraire, le nouvel impôt étant un impôt presquefixe, le Trésor ne bénéficie pas de l'augmentation de la production^ Quelques chiffres permettront de mieux apprécier les sacrifices consentis. En 1880, la dîme donnait 3 900 000 drachmes; on calculait que la dîme des nouvelles provinces même réduite à 7 p. 100 (sous les Turcs elle se montait à la i/a p. 100) donnerait 2-3 millions. Total 6-7 millions; limpôt des animaux de labour donne 2 millions r sacrifice
I . L'Épire ne te suffit pas en céréales; mais elle se suffisait avant le dixhuitième siècle et elle poufva se suffire de nouveau.
^ LES PÇOGBÈS ÉCONOMIQUE BS LA GRÈCE
45oooo au bas mot. En 1 915, les produits, qui en 1880, étaient soumis à la dime» étaient estimés à 171 millions sur lesquels on aurait perçu II gSoooo drachmes; de plus la Thessalie (7 p. 100 sur 61 5ooooo drachmes) aurait donné 4 3o5 000. Total : 16985000. L'impôt introduit par Tricoupis continuait à donner a millions, le sacriiice consenti par l'Etat se monte donc à i4 millians par an. Par contre, le cultiTateur grec est débarassé de tous les tracas de l'ancien impôt et reste Tagriculteur le moins chargé de VEixrope.
PourmUux apprécier la grandeur du sacrifice œnsentif il faut con$U dérer : a) Que des pays infiniment plus riches que la Grèce, la Grande- Bretagne et VAutrichey ayant acquis, à la suite da traité de Berlin^ lun - Chypre et l'autre la Bosnie^ y sont conservé tous deux la dîïne; en Bosnie et en Herzégovine, même elle fut élevée à i5 p: loo.
b) Que la Grèce, forcée de procéder à des mobilisations consécutives pour obtenir de la Turquie Vexécuiion du traité de Berlin, devait, pour boucher le trou creusé dans ses reçues par Vaboliiion de la dîme^ augmenter ses droits de douane de 10 p. 100. Si bien que ce fut le pays entier qui paya le dégrèvement des producteurs de céréales.
3* Les dîroits sur les blés. — Pendant longtemps l'agriculteur grec trouvait une protection suffisante dans un droit d'entrée modéré, combiné avec un change qui descendait rarement au dessous de 160 p. lOD. Avec la baisse du change, si rapide à partir de 1903, cette forme de protection indirecte, mais très efflcace, fit défaut. (C'est (dors que naquirent les réclamations dont M. Théry se fit Vécho et Vavocat.)
L'idée d'une augmentation sensible du tarif rencontra une vive opposition dans les milieux urbains qui faisaient valoir qu'ils avaient déjà payé l'abolition de la dîme et que, comme le pays resterait, quoi qu'on fît, tributaire de l'étranger pour le tiers de sa consommation, le tarif pèserait sur eux d'une façon encore plus sensible. Cendant» encore une fois, ce furent les intérêts agricoles qui l'emportèrent; les blés grecs bénéficièrent d'abord en igo4 d'une augmentation générale du tarif; en igoS, on vit le droit sur le blé augmenté de a centimes par ocque, soit porté de 3o à 4o p. 100 du prix courant. Heureusement, le retour du change au pair, de 121 p. 100 qu'il était en 1906, Importa quelque consolation au consommateur et quelque satisfaction aux partisans du libre-échange.
3** Organisation d'une administration agricole et d'un ministère de VAgriculture. — Les sacrifices consentis par TÉtat en dehors du dqmtfine fiscal ne méritent pas moins d'attention. Nous avons signalé, chemin faisant, ce qui avait été fait pour chacune des cultures en particulier. Occupons-nous de l'organisation administrative centrale.
n y a dix ans, celle-ci se composait d'une section dépendant du ministère de l'Intérieur, à laquelle était venu s'ajouter, en 1901, un.
LES FROOBI» ÉGONO«aQUBS SB LÀ QiBàm S9
laboratoire de chimie agricole. Dans les provinces fonctionnaient huit stations agricoles et une école d'agriculture. La situation fut sensiblement améliorée par la création, en 1909, d'un ministère de l'Économie nationale (agriculture, industrie, commerce), d'où est sorti, en 1917, un ministère indépendant de rAgriculture. A l'heure qu'il est, l'Administration centrale est composée d'un directeur ayant sous set ordres directs quatre chefs de section (agriculture, élevage, économie agricole, hydraulique agricole), cinq secrétaires rapporteurs, deux inspecteurs (phytopathologie, viticulture). A deux laboratoires de chimie agricole s'ajoutent trois laboratoires spéciaux pour les maladies des plantes, la sériciculture, et la fabrication d'huiles aromatiques.
Le ministère dispose aussi de 49 spécialistes, pour chacune des différentes branches de la culture et de l'élevage. Ceux-ci ont un rôle surtout pratique. Mais indépendamment d'eux, il existe 24 ingénieurs agronomes (un par département), r5 directeurs de la stations agricoles, i5 directeurs de jardins et pépinières, soit en tout 54 fonctionnaires, secondés eux-mêmes par 7Ô ingénieurs adjoints, aides, directeurs de travaux, etc.
L'État n'a pas hésité non plus à faire appel aux lumières derétranger. Dès 1910 deux fonctionnaires chargés plus particulièrement de l'amélioration de la culture fruitière et maraîchère étaient a;^pelés de France. On s'est aussi à la même date assuré pour ua temps déterminé les services de cinq ingénieurs agronomes et de trois
forestiers» /
A 1 heure qu'il est, l'agriculture bénéficie de tous les conseila théoriques et de tout l'appui pratique qu'elle peut désirer ; on enseigne à l'agriculteur ce qu'il doit faire, il voit les nouvelles méthodes d'agriculture et d'arboriculture appliquées dans les stations et les jardins de l'État; il peut s'y procurer des semences et des arbres, des artisans spéciaux l'aident à appliquer les connaissances acquises et à combattre les maladies et les ennemis de Tagriculture.
La valeur, à ce dernier égard, des progrès réalisés est témoignée par la façon efficace dont on a combattu deux ennemis terribles de l'agriculture grecque : les sauterelles et les rats des champs thessaliens (arouraios). L'administration grecque est aussi Justement fière de ce qu'elle a fait pour Tarboriculture; tout récemment dans le seul district de Philiatra (Messénie), on sauvait soixante-deux mille arbres par des pulvérisations à l'arsenic.
L'enseignement théorique de l'agriculture n'a point été négligé. Outre l'école supérieure d'agriculture Avéroff, dont sortent de quinze à vingt élèves diplômés par an, et de l'école pratique Kassavetti (ces écoles portent le nom de leurs bienfaiteurs), une loi de 1917 prescrit
^ ix$ fsoGwJn éoMmaQVEs la la grège
la enéaUoii d'une école pratique par département; quatre de ces écoles fonctionnent déjà. Une seconde loi donne un caractère plu» systématique et plus pratique à renseignement dea ingénieurs agronomes qui doivent désormais, dans leurs tournées, être accompagnés d'un personnel inférieur et appliquer sous les yeux des paysans les méthodes qu'ils préconisent. II convient aussi de relever dans le même OK^Oe d'idées la création d'un enseignement agricole panique dans tontes les écoles primaires. On est en droit d'attendre de bons résultats, car les jardins scolaires inaugurés précédemment ont pleinement réussi, <et plus de Uois cent mille arbres ont été plantés dans le voisinage des difféxentes écoles*
Une action encore plus directe en faveur de I agriculture a été inaug^ée par des lois récentes. L'État a le droit de conclure un emprunt anprès delà Banque nationale pour l'achat d'outils perfectionnés, de produits contre les insectes, etc. , que la Société agricole se charge de répandre parmi les paysans; il peut aussi acheter dans les mêmes conditions des engrais. Mille charrues et aoo heises ont été déjà commandées dans les usines de Volo; 200 tracteurs et 200 effrileuses ont été commandés en Amérique et en France. Enfin on compte aoo charrues à essence à la place des 7 qui fonctionnaient Tannée dernirre.
4* La Sodéié agricole. — On ne saurait parler des progrès de Tigriculture sans mentionner la Société royale agricole. Cette société, fondée en 1901 sous ie patronage du roi Georges, jouit de l'appui et da la confiance tani du gouTcamement que des particuliers.
Grâce aux souscriptions, dons et legs de ces derniers, sa fortune a, en quinze années, atteint le million. L'État lui verse une subvention variant selon l'intensité des besoins de l'agriculture de i5 à 4oooo drachmes. 11 la charge aussi de diverses missions de confiance : achat et distribution au prix coûtant d'instruments agricoles, de semençeSi d'engrais, de produits pharmaceutiques, etc.
Les sommes dont la Société a disposé dans ce but, se sont élevées jusqu'à I 5ooooo drachmes par an.
Indépendamment des missions que lui confie TÉtat, le rôle de la société est multiple.
£llea créé une station d'expérimentation à Pharsale, ayant pour but d'essayer d'implanter en Grèce des espèces inconnues de céréales» de légumes et de plantes industrielles (tabac, coton, etc.)*
Deux autres pépinières à Halandri et à Aighion, fournissent des arbres fruitiers à bas prix.
La société fait aussi beaucoup pour l'élevage, tant par les étalons qu'elle entretint dans ses stations, que par les moyens qu'elle fournit de combattre les maladies des animaux aussi bien que celles des plantes. £nfin la Société est aussi une institution d'enseignement.
us PBôOBàa àGOVomqvBA ns x*a osàes
Elle entretient aœt. environs d'Athènes deux écedes d'apiculture el de sériciculture ; elle publie une revue mensudle des brochures de vulgarisation; elle donne enfin l'enseignement pratique au cours des tonraées que f<mt ses loncticmnaires techniques*